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Les Grecs en Afrique du Nord

Dorieus de Sparte : un prince grec en Libye

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Dorieus est un prince grec, de la ville de Sparte. Alors que son frère Léonidas s’est illustré en tant que commandant de l’armée grecque unifiée qui a résisté à l’envahisseur perse à la Bataille des Thermopyles, Dorieus, lui, est connu surtout en tant que fondateur d’une éphémère colonie grecque en Libye.

Origines

Ruines de Sparte

Dorieus est né vers 540 avant notre ère, à Sparte, une des villes grecques les plus influentes et la grande rivale d’Athènes. Son père était le roi Anaxandridas II de Sparte, de la dynastie agiade.

D’après l’historien grec Hérodote, le roi Anaxandridas n’avaient pas d’enfant après plusieurs années de mariage. Alors, les éphores, un conseil de cinq magistrats qui dirigeaient la ville, craignant que la lignée royale ne vienne à s’éteindre, lui ont conseillé de divorcer de son épouse pour en prendre une autre. Lorsque le roi a refusé, ils lui ont conseillé de prendre au moins une deuxième épouse, bien que la polygamie ne faisait pas partie des coutumes spartiates. Peu après le deuxième mariage du roi, ses deux épouses se sont retrouvées enceintes. L’enfant de la deuxième épouse, Cléomène, est né quelques mois avant Dorieus, l’enfant de la première épouse. Par la suite, la première épouse du roi aura deux autres enfants, Léonidas et Cléombrote, tandis que sa deuxième épouse n’aura pas d’autre enfant.

Lorsque leur père est décédé, le Conseil d’éphores a choisi Cléomène, l’aîné, pour lui succéder. Dorieus a contesté cette décision, affirmant qu’il était l’héritier légitime en tant que fils de la première épouse, mais il n’a pas obtenu gain de cause.

Le récit d’Hérodote ne peut être considéré comme entièrement fiable, étant donné que son auteur est ouvertement hostile à Cléomène.

Dorieus en Libye

Après s’être vu refuser le trône de Sparte, Dorieus a choisi de quitter sa ville natale, pour aller fonder une colonie ailleurs. Toujours d’après Hérodote, il est parti sous le coup de la colère, sans d’abord consulter l’oracle de Delphes. Hérodote attribue l’échec de sa colonie à cette erreur. Il écrit aussi que si Dorieus était resté à Sparte, il aurait fini par succéder à Cléobule.

Emplacement de Cinyps

Vers 515, Dorieus s’est installé en Libye, dans la Tripolitaine actuelle, où il a fondé une colonie : Cinyps (Κίνυψ). Sa colonie était à l’embouchure du fleuve Cinyps (Wadi Ka’am), à proximité de l’actuelle ville de Khoms. A cette époque, il y avait déjà plusieurs colonies grecques plus à l’Est, en Cyrénaïque, mais aucune dans cette région.

En revanche, plusieurs colonies phéniciennes étaient déjà établies dans la région et faisaient depuis peu partie de l’Empire carthaginois. La principale de ces villes, Leptis Magna, était très proche de Cinyps. Ses habitants ne voyaient évidemment pas d’un bon œil l’arrivée des nouveaux venus. Les Grecs de Cyrénaïque, cependant, ont soutenu cette nouvelle colonie, afin de barrer la route aux Carthaginois, dont les frontières s’étendaient de plus en plus loin vers l’Est. Dans un tel contexte, l’aventure coloniale a été de courte durée : après trois ans, Dorieus et ses compagnons ont été chassés par une tribu amazighe locale alliée aux Phéniciens de Leptis Magna.

Dorieus en Sicile

La Sicile dans l’Antiquité

De retour à Sparte, Dorieus a entendu parler d’une région en Sicile, qui, selon la mythologie, avait appartenu à Hercule et revenait donc de droit à ses descendants, les Héraclides, dont sa famille faisait partie. Cette fois-ci, il a consulté l’oracle de Delphes, qui lui a dit qu’il pouvait s’emparer de cette terre. Alors, il a rassemblé des compagnons et s’est mis en route pour la Sicile.

Au moment de son arrivée, deux villes grecques du Sud de l’Italie, Crotone et Sybaris, étaient en guerre. Crotone lui a demandé de les aider et il a accepté et participé à leur attaque contre Sybaris. Ensuite, il s’est installé à Eryx, en Sicile, afin d’y fonder une colonie. Sa ville, isolée des autres colonies grecques en Sicile, fait face à l’hostilité des villes carthaginoises environnantes. Après quelques années, Dorieus et ses compagnons sont attaqués et tués par les habitants de la ville voisine de Ségeste, alliée à Carthage. Les survivants sont partis dans le Sud de l’île, où ils se sont emparés de la ville grecque d’Héracléa Minoa. Dorieus est probablement mort vers 510.

Après sa mort

Statue de Léonidas

Une vingtaine d’années après la mort de Dorieus, son demi-frère Cléomène, roi de Sparte, est également mort. Léonidas, le frère de Dorieus par la même mère, lui a succédé.

En 480, lorsque l’Empire perse, déjà repoussé 10 ans auparavant lors de la bataille de Marathon, a de nouveau tenté d’envahir la Grèce, Léonidas a été choisi comme chef de l’alliance de villes grecques qui a combattu l’envahisseur. Lors de la bataille des Thermopyles, une des plus célèbres batailles de l’histoire, une armée de 7 000 Grecs, commandée par Léonidas, a tenu tête pendant trois jours à une armée persane au moins dix fois plus nombreuse, en leur bloquant le passage montagneux des Thermopyles. Bien qu’ils aient finalement été vaincus, leur courage a inspiré les Grecs pour continuer à résister, jusqu’à la victoire finale l’année suivante. Léonidas lui-même a été tué, mais après la bataille, les Grecs ont construit en son honneur une statue de lion, sur le site des Thermopyles. Hérodote souligne dans son récit que si Dorieus était resté à Sparte, il aurait fini par succéder à son frère et serait lui-même devenu le héros de la bataille des Thermopyles.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Shefa Salem : une artiste libyenne qui s’inspire de l’histoire de son pays

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Shefa Salem est une jeune artiste libyenne, dont l’œuvre s’inspire de l’histoire de la Libye. Nous l’avons découverte sur Facebook et son œuvre nous a beaucoup impressionnés. Alors, nous avons voulu faire connaître son talent en écrivant un article à son sujet ici.

Shefa Salem al-Baraesi est née en 1996, à Benghazi, en Libye. Elle a fait des études d’architecture et de planification urbaine. Elle a commencé sa carrière artistique très jeune : elle se produit sur la scène artistique libyenne depuis 2018. Sa vision artistique consiste à revisiter le patrimoine historique et culturel libyen, en s’inspirant de l’histoire et de l’archéologie de sa nation, de sa place dans la mythologie, ainsi que de l’esprit de l’art rupestre dans le désert libyen. Dans son œuvre, les pages écrites des livres d’histoire prennent vie. Son objectif : dans une nation divisée par la guerre civile, entretenir l’identité et la mémoire collective libyenne.

La jeune artiste talentueuse a eu l’occasion d’exposer son œuvre, à Benghazi, Tripoli et Tunis, notamment dans le cadre de l’exposition « L’art comme identité ». Elle explique qu’elle a choisi un style réaliste afin de demeurer proche du peuple : elle s’adresse aux Libyens ordinaires, pas aux élites artistiques ou académiques. A travers son art, elle espère rapprocher ce peuple par la redécouverte de leur histoire commune en tant que Libyens – une nécessité, selon elle, pour avancer ensemble.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter son site Internet, sa page Facebook et sa page Instagram.

Pour conclure, voici quelques photos de ses œuvres, que nous partageons avec la permission de l’artiste.

Chariot du Sahara – Les Garamantes
La Nuit des Neuf Arcs
Le conflit gréco-libyen
Déesse silphium
Flûte libyenne
Italiano

Shefa Salem: un’artista libica che trae ispirazione dalla storia del suo Paese

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Shefa Salem è una giovane artista libica, il cui lavoro si ispira alla storia della Libia. L’abbiamo scoperta su Facebook e il suo lavoro ci ha davvero colpito. Abbiamo quindi voluto far conoscere il suo talento scrivendo un articolo su di lei qui.

Shefa Salem al-Baraesi è nata nel 1996 a Bengasi, in Libia. Ha studiato architettura e urbanistica. Inizia giovanissima il suo percorso artistico: è presente sulla scena artistica libica dal 2018. La sua visione artistica consiste nel rivisitare il patrimonio storico e culturale libico, traendo ispirazione dalla storia e dall’archeologia della sua nazione, dal suo posto nella mitologia, così come lo spirito dell’arte rupestre nel deserto libico. Nel suo lavoro prendono vita le pagine scritte dei libri di storia. Il suo obiettivo: in una nazione divisa dalla guerra civile, preservare l’identità libica e la memoria collettiva.

La talentuosa giovane artista ha avuto l’opportunità di esporre le sue opere a Bengasi, Tripoli e Tunisi, in particolare nell’ambito della mostra “Arte come identità”. Spiega di aver scelto uno stile realistico per restare vicina alla gente: si rivolge alla gente comune della Libia, non alle élite artistiche o accademiche. Attraverso la sua arte, spera di riunire queste persone attraverso la riscoperta della loro storia comune come libici – una necessità, secondo lei, per andare avanti insieme.

Per saperne di più potete visitare il suo sito web, la pagina Facebook e la pagina Instagram.

Infine, ecco alcune foto delle sue opere, che condividiamo con il permesso dell’artista.

I carri del Sahara – I Garamanti
La Notte dei Nove Archi
Il conflitto libico-greco
Dea del silfio
Flauto libico
Carthage et l'Empire carthaginois

Les guerres siciliennes : Carthage contre Syracuse

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A l’époque où l’Empire carthaginois étend sa domination sur les deux rives de la Mer Méditerranée, il entrera de plus en plus souvent en conflit avec une autre grande puissance maritime : la Grèce, présente au Sud de l’Italie et de la Gaule (à Massalia). La Sicile, la plus grande île méditerranéenne, située juste en face de Carthage, avec un grand nombre de colonies grecques, sera au cœur de cette rivalité. Au cours du 5° et du 4° Siècles avant notre ère, il y aura pas moins de sept guerres entre Grecs et Carthaginois, pour le contrôle de la Sicile.

Contexte

A partir du 6° Siècle avant notre ère, plusieurs colonies grecques ont été fondées au Sud de l’Italie. L’influence grecque dans cette région était telle que les Romains l’appelleront Magna Graecia (Grande-Grèce). En Sicile, la principale colonie grecque était Syracuse, fondée vers 734, par des colons originaires de la ville de Corinthe. Les Grecs de Sicile étaient divisés en deux groupes : les Ioniens et les Doriens.

La Sicile comptait également quelques anciennes colonies phéniciennes. D’abord indépendantes, ces villes sont passées sous contrôle carthaginois vers 540.

Vers 580, un groupe de colons grecs originaires de Rhodes et de Cnide tente d’établir une colonie grecque sur l’emplacement de la future ville de Lilybée (aujourd’hui Marsala), en plein territoire phénicien et tout près de la ville de Motya. Les Phéniciens de Sicile s’allient aux populations autochtones de l’île pour les chasser.

Vers 510, le prince Dorieus de Sparte, après l’échec de son projet de colonie en Tripolitaine, s’installe dans la région d’Eryx. Sa colonie, isolée des autres villes grecques de Sicile, fait face à l’hostilité des villes carthaginoises environnantes. Après quelques années, Dorieus et ses compagnons sont attaqués et tués par les habitants de la ville voisine de Ségeste, alliée à Carthage. Les survivants sont partis dans le Sud de l’île, où ils se sont emparés de la ville grecque d’Héracléa Minoa.

Vers le début du 5° Siècle, la plupart des villes grecques de Sicile sont tombées sous le pouvoir de tyrans (des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec). Gélon, le tyran de Syracuse, qui contrôle le plus grand territoire, fait alliance avec Théron d’Acragas, créant un front uni des Grecs Doriens, contre les Grecs Ioniens et les autochtones Sicules. Face à cette menace, les Ioniens font alliance avec Carthage.

La première guerre sicilienne (480)

Après la première guerre sicilienne : territoire de Syracuse (en rouge), soumis à Syracuse (en jaune) et soumis à Acragas (en bleu) ; points noirs : villes carthaginoises

En 483, Théron d’Acragas dépose Terrilus, le tyran ionien d’Himère, qui appelle Carthage à l’aide. Les Carthaginois, craignant de voir l’alliance entre Gélon et Théron prendre le contrôle de toute la Sicile, interviennent en 480.

L’armée carthaginoise, menée par le roi Hamilcar Ier, est vaincue à la bataille d’Himère. Hamilcar lui-même est tué au combat ou se suicide après sa défaite, selon les sources. Carthage conserve cependant ses territoires en Sicile.

Cette défaite a provoqué de profonds changements dans la société carthaginoise : le gouvernement aristocratique a été remplacé par une assemblée élue, avec un roi aux pouvoirs purement symboliques.

Période intermédiaire (480-410)

La victoire de l’axe Syracuse-Acragas marque le début d’une ère de prospérité pour les colonies grecques en Sicile. Le butin de guerre servira à la construction d’édifices publics.

Cette période est marquée aussi par la chute des tyrans grecs et l’établissement de régimes démocratiques et oligarchiques à Syracuse et Acragas, ainsi que dans d’autres villes grecques.

La deuxième guerre sicilienne (410-404)

La deuxième guerre sicilienne a éclaté à l’issue d’une série d’affrontements entre les villes de Sélinonte, alliée de Syracuse, et de Ségeste, alliée de Carthage. Après avoir essayé en vain de résoudre le conflit par la voie diplomatique, les Carthaginois débarquent en Sicile et s’emparent de Sélinonte, puis d’Himère, puis se retirent.

Syracuse et Acragas, les deux villes les plus puissantes de Sicile, n’interviennent pas. Cependant, le général rebelle syracusain Hermocrate lève une armée pour s’attaquer aux possessions carthaginoises en Sicile. D’abord victorieux, il est tué à Syracuse en 407.

Après sa mort, Carthage lance une expédition punitive. Les Carthaginois s’emparent d’Acragas, puis de Gela et de Camarina, et infligent plusieurs défaites aux troupes de Denys Ier, le nouveau tyran de Syracuse. L’armée carthaginoise sera cependant décimée par la peste, contraignant ses généraux à un accord de paix avec Syracuse, qui impose cependant un tribut aux dernières villes conquises par Carthage : c’est l’apogée de la puissance carthaginoise en Sicile.

La troisième guerre sicilienne (398-393)

En 398, Denys l’Ancien, après avoir consolidé son pouvoir, assiège la ville carthaginoise de Motya et s’en empare, en violation du traité de paix. Les Carthaginois interviennent et reprennent Motya, puis s’emparent de Messana. En 397, après une victoire décisive sur la flotte grecque lors de la bataille navale de Catane, ils assiègent Syracuse elle-même. Les troupes carthaginoises seront de nouveau décimées par la peste, les contraignant à lever le siège. Carthage perd ses dernières conquêtes, mais conserve le reste de son territoire.

Pendant les années suivantes, Carthage sera occupée à combattre une rébellion en Afrique. En 393, les Carthaginois tentent de reprendre Messana, mais échouent. Alors que les deux camps font face à des difficultés internes, un nouveau traité de paix, à travers lequel Carthage et Syracuse s’engagent à laisser leur rival en paix dans sa sphère d’influence, sera finalement conclu.

La quatrième guerre sicilienne (383-376)

Denys l’Ancien reprend les hostilités en 383. Carthage fait alliance avec les Grecs du Sud de l’Italie, afin d’attaquer les Syracusains sur deux fronts. En 378, les Carthaginois sont vaincus en Sicile. Ils veulent d’abord négocier un nouveau traité de paix, mais Denys l’Ancien exige qu’ils se retirent entièrement de l’île, une condition inacceptable pour eux. Les combats reprennent et les Carthaginois remportent finalement une victoire décisive en 376.

La cinquième guerre sicilienne (368-367)

En 368, Denys l’Ancien assiège Lilybée. Sa flotte est vaincue, un sérieux revers pour son effort de guerre. Après sa mort, en 367, son fils et successeur Denys II le Jeune fait la paix avec Carthage.

La sixième guerre sicilienne (345-333)

Soldat carthaginois

Vers la fin du règne de Denys le Jeune, les Carthaginois profitent des divisions entre factions politiques rivales à Syracuse pour entrer dans la ville, à l’invitation d’une de ces factions. Ils seront vite chassés.

En 343, Timoléon, le nouveau dirigeant de Syracuse, attaque les possessions carthaginoises en Sicile. L’expédition de secours carthaginoise est vaincue en 339. Carthage est contrainte de signer un traité de paix qui ne lui permet de garder le contrôle que de la moitié Ouest de l’île.

La septième guerre sicilienne (311-306)

En 311, Agathocle, le nouveau tyran de Syracuse, attaque les territoire carthaginois en Sicile, en violation du traité de paix. La contre-attaque carthaginoise le repousse et le contraint à se replier à Syracuse. Les Carthaginois occupent toute la Sicile, sauf Syracuse, qui est assiégée.

Désespéré, Agathocle mène une expédition armée en Afrique, afin d’attaquer Carthage elle-même. Sa manœuvre réussit : les troupes carthaginoises en Sicile sont contraintes de lever le siège pour revenir défendre Carthage.

La première bataille en Afrique est une défaite pour les Carthaginois. Ensuite, Agathocle assiège Carthage, mais la ville est trop bien fortifiée pour qu’il puisse espérer la conquérir. Alors, il fait alliance avec Aylimas, le roi des Numides Massyles, un ancêtre de Massinissa, et occupe tout le Nord de la Tunisie actuelle.

Les troupes d’Agathocle seront finalement vaincues et chassées en 307. L’année suivante, un nouveau traité de paix est conclu.

Après les guerres siciliennes

A l’issue des guerres siciliennes, Carthage contrôle la plus grande partie de l’île. Syracuse ne contrôle plus que le Sud et l’Est, de Gela à Messana.

Par la suite, le roi grec Pyrrhus d’Epire, en guerre contre Rome (280-275), envahit la Sicile en 279, afin de chasser les Carthaginois. Il s’empare de quelques villes, mais, après l’échec de son siège de Libybée, il retourne en Italie en 276. La campagne militaire de Pyrrhus en Sicile peut être considérée comme le dernier épisode des guerres entre Grecs et Carthaginois pour le contrôle de l’île. Les victoires de Pyrrhus seront si coûteuses que l’expression « victoire à la Pyrrhus » est utilisée aujourd’hui pour une victoire qui coûte si cher au vainqueur qu’elle équivaut à une défaite.

La Sicile à la veille de la première guerre punique

Enfin, la première guerre punique, entre Rome et Carthage, aura également lieu en Sicile. Rome entrera en guerre afin de venir en aide aux Mamertins, un groupe de mercenaires italiens qui occupent la région de Messana. A l’issue de cette guerre, les Carthaginois seront chassés de Sicile.

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Los Guanches: los amazighs de las Islas Canarias

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Tamazgha, el país de los amazighs, se extiende desde el oasis de Siwa, en el desierto egipcio, hasta las Islas Canarias, en el océano Atlántico. Los guanches, los amazighs de las Islas Canarias, vivieron en estas islas durante miles de años, hasta su conquista por España en el siglo XV. El Islam nunca ha cruzado el océano, por lo que son los únicos amazighs que nunca han sido musulmanes.

Orígenes

Antes de la llegada de los primeros humanos, las islas estaban habitadas por animales gigantes únicos en el mundo: ratas, lagartos y tortugas gigantes. Estos animales probablemente fueron erradicados por el hombre.

Grabado rupestre guanche en La Palma

Los primeros habitantes de las Islas Canarias aparecieron hace unos 8.000 años, al inicio de la desertificación del Sahara. Probablemente cruzaron el océano en pequeñas embarcaciones, primero hacia Lanzarote y Fuerteventura, las islas más cercanas a tierra firme, y luego hacia el resto de islas. Se asentaron principalmente en las costas, habitaban en cuevas naturales y vivían de la pesca, la caza y la agricultura. Es posible que, en un principio, no residieran permanentemente en la isla, sino que sólo vinieran estacionalmente.

Todo lo que sabemos sobre estos primeros habitantes de Canarias indica que su cultura era muy cercana a la de los amazighs del continente. También hemos encontrado miles de inscripciones en el alfabeto libio, antepasado de Tifinagh, en cada una de estas islas.

Primeros contactos con las civilizaciones mediterráneas

Bastón de jefe

Desde la Antigüedad, las Islas Canarias fueron conocidas por las civilizaciones de la cuenca mediterránea. Los griegos las llamaron Islas Afortunadas; en la mitología griega, estas islas son un paraíso terrenal, que no conoce el invierno, donde quienes han tenido una vida virtuosa permanecen eternamente después de su muerte.

Las Islas Canarias fueron probablemente visitadas por el explorador cartaginés Hannón el Navegante y luego por el explorador griego Eutimenes el Masaliota. No se sabe si los cartagineses mantuvieron relaciones regulares con sus habitantes.

En el siglo I a.C., el rey Juba II de Mauritania organizó una expedición de exploración a las Islas Canarias, desde el puerto de Mogador (Essaouira). Encontró estas islas deshabitadas (quizás porque nunca antes había habido una población permanente, sino sólo estacional), pero encontró allí rastros de edificios hechos por el hombre.

Los romanos fueron los primeros en dar un nombre a cada una de las Islas Canarias: Ninguaria o Nivaria (Tenerife), Canaria (Gran Canaria), Pluvialia (Lanzarote), Umbrion (La Palma), Planasia (Fuerteventura), Junonia (El Hierro) y Capraria (La Gomera). Estas islas no formaban parte del Imperio Romano, pero los romanos comerciaban con sus habitantes.

Posteriormente, los habitantes de Canarias también tuvieron contacto con los árabes, así como con los marineros españoles procedentes de Baleares.

Los amazighs de Canarias

Idolo guanche

Originariamente, los guanches, Guan Achinet (hombres de Tenerife) en el idioma local, eran los habitantes de la isla de Tenerife. Hoy en día se utiliza este nombre para las poblaciones indígenas de todas las Islas Canarias.

Su lengua estaba relacionada con las lenguas amazigh del continente. Aún encontramos vestigios de él en topónimos, así como en determinadas expresiones españolas utilizadas en las islas.

Su religión también se parecía a la religión tradicional de los Amazigh del continente. Creían en un dios supremo, cuyo nombre variaba según las islas, y también adoraban al sol, la luna, las estrellas y los espíritus de las montañas. Momificaban a sus muertos y realizaban sacrificios de animales y sacrificios humanos.

Una costumbre de origen guanche, que aún hoy se encuentra en la isla de La Gomera, es el silbo, una lengua silbada, que permite comunicar mensajes a lo largo de varios kilómetros, mediante el silbido.

La conquista española

Tegueste, rey de los guanches en la época de la conquista española

Los habitantes de las Islas Canarias vivieron en relativo aislamiento hasta el siglo XV.

En 1402, los exploradores franceses Jean de Béthencourt y Gadifer de la Salle invadieron Lanzarote y Fuerteventura, y luego las otras islas. Su motivación fue sobre todo económica: las Islas Canarias contenían abundantes reservas de tintes para la industria textil.

En 1418, la familia Bethencourt vendió sus derechos sobre las Islas Canarias al noble español Enrique Pérez de Guzmán. En 1477, estos derechos fueron finalmente cedidos al Rey de España.

La conquista española de las Islas Canarias, de 1478 a 1496, fue muy violenta: las poblaciones indígenas fueron masacradas, deportadas y vendidas como esclavas, su cultura fue completamente erradicada. Algunos historiadores incluso consideran que este episodio fue el primer genocidio colonial europeo. Las tácticas utilizadas servirán de modelo para las conquistas españolas en América.

Hoy en día, la lengua y la cultura guanche han desaparecido, aunque algunas expresiones y costumbres han sido adoptadas por los españoles de Canarias.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les Guanches : les Amazighs des Îles Canaries

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Tamazgha, le pays des Amazighs, s’étend de l’oasis de Siwa, dans le désert égyptien, jusqu’aux Îles Canaries, dans l’Océan atlantique. Les Guanches, les Amazighs des Îles Canaries, vivaient sur ces îles depuis des milliers d’années, jusqu’à leur conquête par l’Espagne, au 15° Siècle. L’islam n’a jamais traversé l’océan, si bien qu’ils sont les seuls Amazighs qui n’ont jamais été musulmans.

Origines

Avant l’arrivée des premiers hommes, les îles étaient habitées par des animaux géants uniques au monde : des rats géants, des lézards géants et des tortues géantes. Ces animaux ont probablement été éradiqués par l’homme.

Gravure rupestre guanche à La Palma

Les premiers habitants des Îles Canaries sont apparus il y a environ 8000 ans, au début de la désertification du Sahara. Ils ont probablement traversé l’océan sur de petits bateaux, d’abord vers Lanzarote et Fuerteventura, les îles les plus proches du continent, puis sur les autres îles. Ils s’installaient surtout sur des côtes, habitaient dans des grottes naturelles et vivaient de la pêche, de la chasse et de l’agriculture. Il est possible que, dans un premier temps, ils ne résidaient pas en permanence sur l’île, mais y venaient seulement par saisons.

Tout ce qu’on sait de ces premiers habitants des Îles Canaries indique que leur culture était très proche de celle des Amazighs du continent. On a retrouvé aussi des milliers d’inscriptions en alphabet libyque, l’ancêtre du tifinagh, sur chacune de ces îles.

Premiers contacts avec les civilisations méditerranéennes

Bâtons de chefs

Dès l’Antiquité, les Îles Canaries étaient connues des civilisations du bassin méditerranéen. Les Grecs les appelaient les Îles Fortunées ; dans la mythologique grecque, ces îles sont un paradis terrestre, qui ne connaît pas l’hiver, où ceux qui ont eu une vie vertueuse demeurent éternellement après leur mort.

Les Îles Canaries ont probablement été visitées par l’explorateur carthaginois Hannon le Navigateur, puis par l’explorateur grec Euthymènes le Massaliote. On ne sait pas si les Carthaginois entretenaient des relations régulières avec ses habitants.

Au 1er Siècle avant notre ère, le roi Juba II de Maurétanie a organisé une expédition d’exploration des Îles Canaries, depuis le port de Mogador (Essaouira). Il a trouvé ces îles inhabitées (peut-être parce qu’il n’y avait jamais eu de population permanente, mais seulement saisonnière, avant cette époque), mais y a retrouvé des traces de bâtiments construits par l’homme.

Les Romains sont les premiers à avoir donné un nom à chacune des Îles Canaries : Ninguaria ou Nivaria (Tenerife), Canaria (Gran Canaria), Pluvialia (Lanzarote), Ombrion (La Palma), Planasia (Fuerteventura), Junonia (El Hierro) et Capraria (La Gomera). Ces îles ne faisaient pas partie de l’Empire romain, mais les Romains faisaient du commerce avec ses habitants.

Par la suite, les habitants des Îles Canaries avaient également des contacts avec les Arabes, ainsi qu’avec des marins espagnols originaires des Baléares.

Les Amazighs des Îles Canaries

Idole guanche

A l’origine, les Guanches, Guan Achinet (hommes de Tenerife) en langue locale, étaient les habitants de l’île de Tenerife. Aujourd’hui, ce nom est utilisé pour les populations autochtones de toutes les Îles Canaries.

Leur langue était apparentée aux langues amazighes du continent. On en retrouve encore des traces dans des noms de lieux, ainsi que dans certaines expressions espagnoles utilisées dans les îles.

Leur religion ressemblait également à la religion traditionnelle des Amazighs du continent. Ils croyaient en un dieu suprême, dont le nom varie selon les îles, et vénéraient aussi le soleil, la lune, les étoiles et les esprits des montagnes. Ils momifiaient leurs morts et pratiquaient des sacrifices d’animaux et des sacrifices humains.

Une coutume d’origine guanche, qu’on retrouve encore aujourd’hui sur l’île de La Gomera est le silbo, un langage sifflé, qui permet de communiquer des messages sur plusieurs kilomètres, par des sifflements.

La conquête espagnole

Tegueste, le roi des Guanches au moment de la conquête espagnole

Les habitants des Îles Canaries ont vécu en isolement relatif, jusqu’au 15° Siècle.

En 1402, les explorateurs français Jean de Béthencourt et Gadifer de la Salle ont envahi Lanzarote et de Fuerteventura, puis les autres îles. Leur motivation était surtout économique : les îles Canaries contenaient d’abondantes réserves de teinture pour l’industrie du textile.

En 1418, la famille Béthencourt a vendu ses droits sur les Îles Canaries au noble espagnol Enrique Pérez de Guzmán. En 1477, ces droits seront finalement cédés au roi d’Espagne.

La conquête espagnole des Îles Canaries, de 1478 à 1496, sera très violente : les populations autochtones seront massacrées, déportées et vendues en esclavage, leur culture totalement éradiquée. Certains historiens considèrent même cet épisode comme le premier génocide colonial européen. Les tactiques employées serviront de modèle pour les conquêtes espagnoles en Amérique.

Aujourd’hui, la langue et la culture guanche ont disparu, même si certaines expressions et coutumes ont été adoptées par les Espagnols des Îles Canaries.

Carthage et l'Empire carthaginois

Les livres carthaginois : une littérature perdue

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La civilisation carthaginoise, héritière de la civilisation phénicienne, fait partie des grandes civilisations de l’Antiquité, et sa langue, le punique, était considérée comme une langue savante. Carthage a produit une abondance d’œuvres littéraires, à la fois en punique et en grec. Pourtant, on ne sait presque rien de cette littérature carthaginoise, qui est entièrement perdue. Par conséquent, puisque nous n’avons pas de sources originales, tout ce que nous savons de l’histoire de Carthage vient d’auteurs étrangers, souvent ennemis de Carthage.

Histoire des manuscrits carthaginois

Inscription punique

Plusieurs sources attestent qu’il y avait des bibliothèques à Carthage, probablement surtout dans les temples. Avant la destruction de la ville, elle possédait certainement plusieurs centaines, voire milliers de manuscrits. Que sont-ils devenus ?

La plupart des manuscrits carthaginois ont été détruits avec la ville, en 146, mais certains ont été sauvés des flammes par les légions romaines, qui les ont ensuite confiés à leur allié, le roi Massinissa de Numidie. Cela montre que les Romains, malgré leur hostilité à Carthage, reconnaissaient la valeur de ces manuscrits. L’auteur latin Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle, rapporte que le Sénat a même ordonné que certaines œuvres soient traduites en latin.

Juba II, le dernier propriétaire connu des manuscrits carthaginois

Qu’est-il advenu ensuite des manuscrits carthaginois ? L’historien romain Salluste a consulté et fait traduire ces manuscrits, afin de s’en servir comme source pour sa Guerre de Jugurtha. Cela montre que, près d’un siècle après la chute de Carthage, ils se trouvaient encore à la cour des rois de Numidie. Un autre historien romain, Ammien Marcellin, mentionne que les manuscrits de Carthage étaient toujours conservés à la cour de Juba II, le dernier roi de Numidie.

Après l’annexion romaine, on perd la trace de ces manuscrits. Certains ont cependant été conservés : l’évêque chrétien Augustin d’Hippone avait encore accès à des manuscrits puniques au 4° Siècle.

Malheureusement, aucun manuscrit carthaginois en langue punique n’est parvenu jusqu’à notre époque. On n’a conservé que des fragments de certaines œuvres particulièrement importantes, traduites en grec et en latin.

La littérature carthaginoise : un bref aperçu

Que savons-nous des auteurs carthaginois et de leur œuvre ? Les fragments d’informations dont nous disposons montrent qu’ils traitaient d’un vaste ensemble de thèmes, avec des textes législatifs, philosophiques, poétiques, historiques et religieux, des traités internationaux et des ouvrages consacrés à l’agriculture, à la géographie et à la navigation.

Un des premiers auteurs carthaginois que les Romains ont voulu traduire est Magon, considéré comme le père de l’agronomie. Il a écrit un traité d’agriculture, en 28 livres, un état des lieux des connaissances agricoles à son époque, qui décrit des pratiques à la fois puniques et amazighes. Il donne des conseils sur comment planter et tailler des vignes, comment planter des oliviers, comment planter des arbres fruitiers, sur la santé des animaux et même sur l’apiculture. Son œuvre est perdue, mais des citations par d’autres auteurs, en latin et en grec, ont été conservées, qui offrent un bon aperçu de sa pensée.

Itinéraire possible de Hannon le Navigateur

Avec le traité d’agriculture de Magon, les ouvrages carthaginois les plus influents dans l’Antiquité étaient les Périples (récits de voyage) des deux grands explorateurs carthaginois, Hannon et Himilcon. Une version grecque abrégée du Périple d’Hannon a été conservée, qui raconte son voyage d’exploration des côtes africaines. Il s’agit du seul ouvrage d’origine carthaginoise (relativement) complet qui soit parvenu à notre époque. Le Périple d’Himilcon, le premier Carthaginois à avoir navigué jusqu’en Bretagne, est perdu, mais des citations ont été conservées chez des auteurs plus tardifs.

La philosophie carthaginoise appartenait essentiellement aux écoles philosophiques platonicienne et pythagoricienne. Un philosophe néoplatonicien influent du 1er Siècle, Modératus de Gadir, pourrait être l’héritier d’une école philosophique plus ancienne dans la ville.

Quelques fragments de poésie punique ont également été conservés.

Pour ce qui est des livres historiques, il y a beaucoup de références à des historiens carthaginois chez des historiens grecs et romains, même si aucun nom d’auteur n’est mentionné. Si l’œuvre de ces historiens avait été conservée, elle constituerait un témoignage complémentaire sur les guerres entre Carthage et les autres civilisations méditerranéennes, notamment les Grecs et les Romains. Dans l’état actuel des choses, tout ce que nous savons sur ces guerres, et même sur les institutions et coutumes carthaginoises, vient d’autres civilisations, souvent ennemies de Carthage.

Enfin, plusieurs sources mentionnent des biographies de Hannibal. Il s’agit probablement de la continuation d’une tradition plus ancienne d’ouvrages écrits à la gloire des généraux carthaginois, afin de raconter leurs exploits.

La littérature étrangère traduite en punique

Les Carthaginois ont également traduit des œuvres d’auteurs étrangers en langue punique.

On a longtemps pensé que, de tous les peuples de l’Antiquité, seuls les Romains étaient assez éduqués pour traduire les pièces de théâtre grecques. Cependant, une pièce du comédien romain Plaute, Poenulus, contient deux passages en langue punique. Poenulus est une traduction-adaptation d’une comédie grecque plus ancienne. L’auteur se sert d’une langue étrangère pour amuser son public et pour faire des jeux de mots. Il est cependant clair qu’il cite une traduction punique existante de la même comédie grecque, ce qui montre qu’une telle traduction existait.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Histoire de l’oasis de Siwa

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Tamazgha, le pays des Amazighs, s’étend de l’oasis de Siwa, dans le désert égyptien, jusqu’aux Îles Canaries, sur la côte atlantique. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de l’oasis de Siwa.

L’oasis de Siwa

Siwa, appelée Sali dans le dialecte amazigh local, est la plus grande oasis du désert occidental égyptien. Au cœur d’une région très inhospitalière, on trouve cette oasis verdoyante, au climat tempéré, irriguée par plusieurs centaines de sources d’eau naturelles, qui fertilisent son sol et rendent possible la culture d’oliviers et de dattiers.

sḫt jꜣmw en hiéroglyphes

L’oasis de Siwa est habitée au moins depuis le 10° Millénaire avant notre ère. Ses premiers habitants, d’origine amazighe, vivaient de l’agriculture. Le nom égyptien de l’oasis était sḫt jꜣmw, qui signifie « champ d’arbres ». Le nom moderne de Siwa pourrait dériver du mot amazigh asiwan, oiseau de proie, en référence à son oracle d’Ammon, le dieu à tête de faucon.

Les premiers contacts connus entre Siwa et l’Egypte remontent à la 26° dynastie pharaonique (664-525), avec l’établissement d’une nécropole, qui demeurera en usage jusqu’à l’ère romaine. L’oasis faisait officiellement partie de l’Empire égyptien, mais son degré d’intégration réelle à l’Egypte est discutable.

Vers la même époque, les Grecs de Cyrénaïque découvrent également l’oasis. L’historien grec Hérodote évoque une « fontaine du soleil », dont l’eau est la plus froide dans la chaleur de midi. Il s’agit certainement d’une des sources de Siwa.

Ruines de l’oracle d’Ammon, à Siwa

Pendant l’Antiquité, l’oasis de Siwa était connue surtout pour son oracle du dieu égyptien Ammon. Construit par le Pharaon Ahmosis II (570-526), ce temple a été popularisé par les Grecs de Cyrénaïque. Par la suite, Siwa sera parfois appelée Ammonium, ou « oasis d’Ammon ».

Après la conquête perse de l’Egypte, en 525, l’Empereur de Perse Cambyse II a envoyé une armée de 50 000 hommes prendre le contrôle de Siwa. Cette armée n’est jamais arrivée dans l’oasis : elle s’est entièrement perdue dans le désert, sans laisser aucune trace.

Alexandre le Grand, après avoir conquis l’Egypte et fondé sa nouvelle capitale à Alexandrie, est allé à Siwa, pour consulter l’oracle d’Ammon. Ce voyage a été difficile : sa caravane s’est perdue dans le désert, a essuyé une tempête de sable et a manqué d’eau. A son arrivée, l’oracle l’a proclamé « fils d’Ammon », faisant de lui un dieu et confirmant sa légitimité en tant que Pharaon d’Egypte.

La source de Cléopâtre

D’après la légende, la reine d’Egypte Cléopâtre aurait également visité Siwa, pour consulter l’oracle d’Ammon, mais surtout pour se baigner dans ses sources d’eau chaude naturelle, réputées pour leurs vertus curatives et relaxantes. Une source d’eau dans laquelle elle se serait baignée porte son nom. Aujourd’hui, le tourisme thermal est très populaire à Siwa.

Avec l’annexion de l’Egypte par l’Empire romain, l’oasis de Siwa et son oracle sont passés sous autorité romaine. Les Romains se servaient de Siwa et des autres oasis du désert oriental égyptien comme des lieux de bannissement, où ils envoyaient des prisonniers politiques.

Parmi les prisonniers exilés à Siwa, il y avait notamment des chrétiens persécutés par les autorités romaines. L’évêque Athanase d’Alexandrie rapporte que des responsables d’église égyptiens ont été exilés à Siwa. Un texte découvert récemment atteste de l’existence d’un évêque de Siwa au 4° Siècle. Après la christianisation de l’Empire romain, l’ancien oracle d’Ammon aurait été transformé en église, consacrée à la Vierge Marie. Le christianisme semble cependant avoir eu assez peu d’impact sur les populations autochtones de l’oasis, qui n’étaient que superficiellement christianisées au moment de l’arrivée de l’islam.

L’islam est arrivé à Siwa en 708, lorsque les troupes de Moussa ibn Noçaïr assiègent l’oasis. Ses habitants se retirent dans leur forteresse et résistent courageusement à l’envahisseur, qui sera finalement repoussé. Peu après, Tariq ibn Ziyad échoue également à conquérir l’oasis. L’islam ne prendra racine à Siwa que plusieurs siècles après, vers 1150.

Peu après, la population de Siwa a presque entièrement disparu, réduite à une quarantaine d’hommes, à cause des attaques récurrentes de tribus bédouines. C’est pourquoi, au 13° Siècle, ceux qui restaient ont construit une nouvelle ville : la forteresse de Shali, qu’on peut visiter encore aujourd’hui. L’historien égyptien al-Maqrizi mentionne que l’oasis de Siwa comptait environ 600 habitants à la fin du 13° Siècle, qui parlaient une langue « semblable à celle des Zénètes ».

A notre époque, l’oasis de Siwa compte environ 30 000 habitants, en majorité Amazighs. La langue amazighe locale, le Siwi, est apparentée aux langues amazighes du désert de Libye. Des Bédouins sédentarisés vivent également dans l’oasis. La majorité de la population est musulmane, mais il y a également une communauté chrétienne copte. Les paysages naturels uniques et le riche patrimoine historique et culturel de cette oasis continuent de fasciner les visiteurs.

Pour en savoir plus (en anglais)

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Grecs en Afrique du Nord

Massalia : une rivale de Carthage

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Massalia est une colonie grecque au Sud de la Gaule. Fondée au 6° Siècle avant notre ère, la ville grandira rapidement et établira plusieurs comptoirs commerciaux en Gaule, Espagne, Corse et Ligurie. Dès sa fondation, Massalia entrera en conflit avec Carthage, qui craint de voir la ville grecque menacer son hégémonie dans le bassin méditerranéen occidental. Au cours des siècles suivants, Massalia deviendra le port principal de la région et un rival important pour Carthage.

Fondation

Ruines de Phocée, ville d’origine des fondateurs de Massalia

Massalia a été fondée vers -600, par un groupe de commerçants grecs, originaires de la ville de Phocée (à l’Ouest de la Turquie actuelle). Au cours des prochaines décennies, trois autres colonies sont fondées depuis Massalia : Emporion (dans la province espagnole de Girone), Hemeroskopeion (dans la province espagnole d’Alicante) et Alalia (Aléria, en Corse). En 545, après la conquête de Phocée par les Perses, une nouvelle vague de colons rejoint Massalia et les autres colonies phocéennes. Dès la fin du 6° Siècle, Massalia est un centre commercial influent, qui domine la région environnante.

Le philosophe grec Aristote rapporte un mythe lié à la fondation de Massalia. D’après ce mythe, Euxène (ou Protis, selon les sources), le chef des premiers colons, était l’hôte de Nanos, le roi d’une tribu celte locale, au moment où celui-ci devait célébrer le mariage de sa fille Petta (ou Gyptis). Selon la coutume, le roi a organisé un banquet, au cours duquel la jeune fille devait offrir une coupe de vin à celui qu’elle souhaitait épouser. Lorsqu’elle a offert la coupe à Euxène, le roi a accepté de les marier, scellant ainsi l’union entre les anciens habitants de la région et les nouveaux arrivants.

Conflit avec Carthage

L’émergence de Massalia inquiète Carthage, surtout après la fondation de colonies en Espagne : la présence grecque constitue une menace pour les routes commerciales carthaginoises.

Vers 540, les Carthaginois s’allient aux Etrusques du Nord de l’Italie, pour attaquer Alalia, la ville phocéenne en Corse. Massalia envoie une quarantaine de navires au secours de la ville. Les deux flottes s’affrontent en mer, à la bataille d’Alalia. Les Phocéens sont vaincus et contraints d’abandonner Alalia, qui passe sous contrôle carthaginois. A long terme, ils sortiront cependant renforcés de cette défaite : leur domination sur les côtes gauloises, d’Emporion à la Ligurie, est reconnue.

L’apogée de Massalia

Pièce de monnaie de Massalia

Au cours des siècles suivants, le port de Massalia est devenu le plus grand du bassin méditerranéen occidental, après Carthage. Les Phocéens fonderont d’autres comptoirs commerciaux, à Agathe (Agde), Olbia (Hyères), Tauroentium (Six-Fours-les-Plages), Antipolis (Antibes) et Nikaia (Nice).

La Constitution de Massalia est louée à travers le monde grec comme un exemple de stabilité politique. La ville est une oligarchie : une boulê (assemblée) de 600 membres choisit 15 « premiers », qui administrent la ville. Trois d’entre eux sont les plus influents et détiennent l’essentiel des pouvoirs exécutifs.

Massalia sert d’interface culturelle entre le monde grec et la Gaule. Sous son influence, les Gaulois apprennent à écrire leur langue en alphabet grec.

Massalia était aussi une ville d’explorateurs : Euthymènes, qui, vers la fin du 6° Siècle, a remonté les côtes africaines, jusqu’au-delà du fleuve Sénégal, et Pythéas, qui, au 4° Siècle, a navigué jusqu’en Bretagne, puis exploré la Mer baltique et les côtes scandinaves. Si ces navigateurs grecs ont été précédés sur la même route par les explorateurs carthaginois, ils sont probablement allés plus loin qu’eux.

Pendant les guerres puniques, Massalia est une fidèle alliée de Rome. Après la deuxième guerre punique, le retrait des Carthaginois d’Espagne lui a permis d’étendre son influence.

Massalia à l’ère romaine

Vestiges du port de Massalia

Entre 125 et 121, Rome annexe presque tout l’arrière-pays massaliote à travers une série de campagne militaires. La région devient la province romaine de Gaule transalpine. La ville de Massalia elle-même devient cliente de Rome.

Pendant la guerre civile romaine (49-45), entre César et Pompée, Massalia, officiellement neutre, accueille néanmoins la flotte de Pompée. Pour se venger, César assiège la ville, qui doit se soumettre à Rome.

Massalia connaîtra encore un développement considérable à l’ère romaine, avec la reconstruction de son forum et la construction d’un théâtre et de thermes. Surtout, son port est agrandi, devenant un des plus grands ports de l’Empire.

Le christianisme est vraisemblablement entré en Gaule par Massalia : la première mission chrétienne documentée est celle de Lugdunum (Lyon), capitale de la Gaule romaine, vers 175, mais non seulement ces chrétiens, originaires d’Asie mineure, sont certainement venus en bateau par Massalia, mais il y avait probablement déjà une communauté chrétienne à Massalia avant eux.

La cité phocéenne aujourd’hui

Zinedine Zidane

A notre époque, Marseille est la deuxième ville de France. Au 20° Siècle, son emplacement stratégique lui a permis de devenir le port du commerce avec l’empire colonial, un monopole mis à mal par la décolonisation. Après l’indépendance de l’Algérie, en 1962, beaucoup de Pieds-Noirs français revenus d’Algérie s’installent à Marseille. En même temps, à cause de cette histoire, la ville compte aussi aujourd’hui une importante communauté nord-africaine, avec notamment le Français d’origine nord-africaine le plus célèbre de tous : la star du football Zinedine Zidane, champion du monde en 1998, né le 23 juin 1972 à Marseille.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les animaux emblématiques d’Afrique du Nord : le lion de l’Atlas et le macaque de Barbarie

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Les animaux d’Afrique du Nord, comme le macaque de Barbarie et le lion de l’Atlas, étaient connus des Amazighs et des autres peuples qui ont vécu en Afrique du Nord depuis l’Antiquité. Dans cet article, nous découvrirons le rôle de ces deux animaux dans l’histoire de l’Afrique du Nord.

Le macaque de Barbarie

Le macaque de Barbarie, appelé aussi macaque berbère ou magot, est une espèce de singe natif des montagnes de l’Atlas. Son nom est une référence à la Barbarie, ou Berbérie (pays berbère), l’ancien nom donné par les Européens à l’Afrique du Nord. Jadis présent dans toute l’Afrique du Nord, il ne subsiste aujourd’hui plus que dans les montagnes du Rif, du Moyen-Atlas et du Haut-Atlas, au Maroc, et dans les montagnes de Kabylie, en Algérie.

Le macaque de Barbarie se nourrit surtout de plantes et d’insectes. Sa morphologie adaptée aux hivers rigoureux des régions montagneuses où il vit en fait un des rares macaques capables de survivre même dans des températures très froides. Les mâles peuvent vivre jusqu’à environ 25 ans et les femelles jusqu’à environ 30 ans.

Une population d’environ 300 macaques de Barbarie vit aussi sur le Rocher de Gibraltar, où ils ont été importés par l’homme depuis l’Afrique du Nord. Il s’agit de la seule population de singes sauvages en Europe. Ils sont présents à Gibraltar depuis avant sa conquête par les Britanniques, en 1704, même si d’autres singes ont été importés plus récemment, notamment pendant la 2° Guerre Mondiale. Très populaires, ils constituent la principale attraction touristique de ce territoire.

Dès l’Antiquité, les macaques de Barbarie étaient capturés et vendus comme animaux de compagnie à travers tout le bassin méditerranéen. Les « singes » mentionnés dans la Bible hébraïque, que les navires du roi Salomon apportaient de Tarsis, étaient peut-être des macaques de Barbarie. On a même retrouvé un crâne de macaque de Barbarie… en Irlande, où il a certainement été apporté par des marchands carthaginois ! Les premiers macaques de Gibraltar descendaient probablement d’animaux importés par les Maures, qui se sont échappés et ont trouvé un habitat idéal sur le Rocher.

Aujourd’hui, le macaque de Barbarie est victime de sa popularité : il est menacé d’extinction, à la fois à cause de la destruction de son milieu naturel et à cause du braconnage pour le vendre comme animal de compagnie. Il a complètement disparu en Tunisie et son nombre est en déclin en Algérie et au Maroc.

Le lion de l’Atlas

Dernière photo d’un lion de l’Atlas sauvage, prise en 1925, pendant le raid Casablanca-Dakar

Le lion de l’Atlas est une sous-espèce de lion, qui a vécu pendant des milliers d’années dans toute l’Afrique du Nord, de l’Egypte au Maroc. Il a aujourd’hui disparu à l’état sauvage. Le dernier lion sauvage connu au Maroc a été abattu en 1942, vers le col de Tizi Tichka. Un autre lion a été aperçu en 1956, dans le district de Beni Ourtilane, vers Setif, en Algérie. Il est possible que quelques populations aient survécu dans des régions isolées jusque dans les années 1960. Moins d’une centaine de lions de l’Atlas subsistent encore en captivité, notamment au zoo de Rabat.

Le lion de l’Atlas a-t-il vraiment disparu ? Plusieurs témoignages récents affirment avoir vu un lion à l’état sauvage, dans la région de Khenifra, au Maroc. Malgré les dénégations de l’Agence nationale des eaux et forêts, le doute persiste. Et si c’était vrai ? Il est certainement trop tôt pour le dire. En tout cas, ce ne serait pas la première fois que des individus isolés d’une espèce considérée comme disparue sont soudain réapparus.

Les Romains se servaient de lions de l’Atlas dans leurs amphithéâtres, en les faisant combattre contre des gladiateurs ou pour l’exécution de prisonniers. La plupart des lions, des autres fauves et des ours utilisés pour les jeux du cirque venaient d’Afrique du Nord.

Un autre félin des montagnes de l’Atlas, le léopard (ou panthère) de Barbarie, est en voie d’extinction. Quelques individus vivent encore à l’état sauvage, dans la région frontalière entre le Maroc et l’Algérie. Par ailleurs, des léopards ont été observés récemment dans les montagnes du Hoggar, en Algérie, où l’espèce n’avait jamais été répertoriée auparavant.

Bien que disparus, les lions de l’Atlas continuent de jouer un rôle important dans la culture populaire des nations nord-africaines. L’équipe de football du Maroc, qui a réalisé un parcours remarquable lors de la dernière Coupe du Monde de 2023, est surnommée « Les Lions de l’Atlas » !