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L'Afrique du Nord romaine

Spartacus était-il d’origine numide ?

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Spartacus était un gladiateur, devenu le chef d’une importante révolte d’esclaves qui a fait trembler Rome. Alors qu’il est généralement décrit comme Thrace, on entend parfois qu’il était d’origine numide. Dans cet article, nous découvrirons les origines de cette idée et expliquerons pourquoi c’est peu probable.

La mort de Spartacus

Qui était Spartacus ?

Né vers 103 avant notre ère, Spartacus a été capturé par les légions romaines dans sa jeunesse. Vendu à une école de gladiateurs de Capoue, en Italie, il a reçu une formation de gladiateur. En 73, il parvient à s’échapper avec d’autres gladiateurs. Dans les années qui suivent (73-71), il deviendra le chef d’une insurrection d’anciens esclaves.

La révolte de Spartacus est connue surtout par le film Spartacus, de Stanley Kubrick. Ce film mémorable prend néanmoins ses distances avec la réalité historique. Notamment, si, après leur défaite finale, 6 000 insurgés ont effectivement été crucifiés le long de la Voie Appienne, de Rome à Capoue, Spartacus n’en fait pas partie : il est mort au combat dans la dernière bataille. Par ailleurs, Spartacus ne s’est jamais battu pour la liberté de tous les esclaves ou pour l’abolition de l’esclavage, mais seulement pour un avenir meilleur pour lui-même et ses camarades.

A l’ère moderne, Spartacus est également devenu une icône communiste, en tant qu’esclave qui a lutté pour briser ses chaînes. Karl Marx le décrit comme « le héros le plus splendide de toute l’histoire antique ». Les Spartakiades, une compétition sportive internationale organisée en URSS de 1928 à 1937, ont été ainsi nommées en l’honneur de Spartacus. Plusieurs clubs sportifs, en Russie, en Ukraine et ailleurs, sont également appelés Spartak.

Spartacus Numide ?

Statue de Spartacus brisant ses chaînes

Pour les historiens du monde antique, la question des origines de Spartacus est une évidence : il était originaire de Thrace (Bulgarie actuelle). Pourtant, on peut lire aussi, sur les réseaux sociaux et dans certains médias, que Spartacus était d’origine numide. Théorie crédible ou récupération historique fumeuse ?

La plupart de ceux qui prétendent que Spartacus était Numide ne s’embarrassent pas de citer leurs sources. Après avoir découvert cette idée sur Facebook, il m’a fallu plusieurs heures de recherche pour enfin trouver une publication qui mentionne cette fameuse source. Ainsi, ce serait l’historien grec Plutarque qui parle des origines numides de Spartacus.

Plutarque est une des deux sources antiques les plus complètes sur la vie de Spartacus, avec un autre historien, Appien d’Alexandrie. Ses Vies parallèles sont une série de courtes biographies de personnages célèbres de l’Antiquité. Il mentionne Spartacus dans sa biographie de Crassus, le général romain qui l’a combattu.

Après vérification, la traduction française des Vies parallèles par Alexis Pierron, publiée en 1853 et disponible gratuitement en ligne, mentionne effectivement que Spartacus était « Thrace de nation et de race numide ». Une autre traduction plus ancienne, par Dominique Ricard (1829), dit qu’il était « Thrace de nation, mais de race numide ». Cette description n’a pas vraiment de sens, à moins que lui ou sa famille étaient des Numides immigrés en Thrace.

Cela suffit-il à clore la question ? Pas vraiment, dans la mesure où les traductions de Plutarque dans d’autres langues ne contiennent pas le mot « Numide ». D’après la traduction anglaise de John Dryden (1683), révisée par A.H. Clough (1859), Spartacus était « a Thracian of one of the nomad tribes » (Thrace d’une des tribus nomades). Plusieurs tribus thraces étaient nomades.

La Numidie antique

Il nous a donc fallu consulter le texte original grec. Les manuscrits les plus anciens des Vies parallèles décrivent Spartacus comme « ἀνὴρ Θρᾷξ τοῦ vομαδικοῦ γένους » (aner thrax tou nomadikou genous). On peut traduire littéralement par : « un homme Thrace de race nomade ». Plus récemment, le philologue allemand Konrad Ziegler a proposé en 1955 que « nomadikou » pourrait être une corruption de « Maidikou », les Maïdes étant une tribu thrace connue. Cette correction est aujourd’hui largement acceptée, si bien que les éditions grecques plus récentes modifient le texte en « ἀνὴρ Θρᾷξ τοῦ Μαιδικοῦ γένους » ((aner thrax tou Maidikou genous). Les traductions françaises qui décrivent Spartacus comme Numide datent d’avant cette modification. (Source)

Qu’en penser ? Si Konrad Ziegler a raison, alors Spartacus était « Thrace de race Maïde » ou « Thrace de la tribu Maïde ». La traduction « Numide » serait alors invalide, car fondée sur un manuscrit corrompu. Même si Konrad Ziegler se trompe et que « nomadikou » est bien le texte original, la traduction la plus logique serait : « Thrace d’une tribu nomade ». La traduction « Numide » ne correspond tout simplement pas au texte original !

Les traducteurs français ont confondu « nomade » et « Numide », du fait de la ressemblance entre les deux termes. Ils ont probablement aussi été influencés par l’esprit de leur époque : les deux traductions qui contiennent le terme « Numide » datent de juste avant et peu après le début de la colonisation française de l’Algérie, à une époque où les Français voyaient les « indigènes » amazighs, descendants des anciens Numides, comme des « nomades » par excellence.

Au-delà de la question linguistique, l’idée que Spartacus serait d’origine Numide, mais vivait en Thrace, n’a pas de sens : qu’est-ce qu’un Numide irait faire en Thrace à cette époque ? Les deux régions étaient très éloignées et n’entretenaient pas de liens commerciaux.

Quelques autres arguments

Gladiateur thrace

On entend parfois que Spartacus n’était pas d’origine thrace, mais que c’était plutôt un gladiateur « thrace ». Les Thraces étaient un type de gladiateur, dont l’armure était inspirée de celle des soldats Thraces vaincus par Rome. C’est possible, mais peu probable, dans la mesure où tous les historiens antiques qui mentionnent Spartacus sont unanimes pour dire qu’il était d’origine thrace. Son nom est un autre indice dans ce sens : c’est un nom d’origine thrace, plusieurs rois de Thrace s’appelaient Spartacus.

Cette publication de la page Facebook Histoires Berbères affirme que Spartacus était Numide et qu’il est parti « en Sicile dans l’espoir de rallier la Numidie, avec le soutien des esclaves de Sicile ». Spartacus est effectivement allé en Sicile, mais sa motivation était autre : la Sicile avait une forte population d’esclaves, notamment dans les mines, et avait déjà connu plusieurs révoltes d’esclaves dans le passé. Spartacus espérait gagner les esclaves de Sicile à sa cause, mais il n’a jamais eu l’intention d’aller en Numidie ensuite.

Un autre esclave numide ?

Oenomaüs, joué par Peter Mensah

Dans la série télévisée Spartacus, Oenomaüs, un des chefs de la rébellion de Spartacus, est d’origine numide. En fait, l’Oenomaüs historique était Gaulois.

Plus de 100 000 esclaves ont participé à la révolte de Spartacus. Il est très probable qu’il y avait des Numides et d’autres Nord-Africains parmi eux. Cependant, aucun des chefs de la rébellion dont nous connaissons le nom n’est décrit comme d’origine numide ou nord-africaine.

Conclusion

Comme nous l’avons vu, Spartacus n’était pas Numide et ceux qui prétendent qu’il l’était se fondent sur une erreur de traduction. Il y a pourtant assez de héros en Numidie et en Afrique du Nord antique, sans qu’il y ait besoin d’en inventer d’autres.

Les Juifs en Afrique du Nord

Histoire des Juifs de Cyrénaïque

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La communauté juive de Cyrénaïque est une des plus anciennes en Afrique du Nord. Depuis Cyrène et les villes voisines, les Juifs se sont répandus dans toute la Libye actuelle. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire des Juifs de Cyrène et de Cyrénaïque.

Synagogue de Benghazi – carte postale – Crédit photo : Dynasty Auction House – Employé avec permission

La présence juive en Cyrénaïque remonte à l’Egypte des Ptolémée : après avoir conquis la Palestine, Ptolémée I Sôter déporte des Juifs en Alexandrie, dans toute l’Égypte et jusqu’en Cyrénaïque. D’autres suivront comme migrants économiques. Le Juif de Cyrène le plus connu de cette époque est Jason de Cyrène, qui a écrit un livre historique en cinq volumes, sur la révolte des Maccabées (une révolte juive contre l’Empire séleucide, qui a abouti à la formation d’un Royaume juif indépendant en Palestine).

La communauté juive de Cyrénaïque a connu plusieurs siècles de prospérité : des inscriptions, notamment à Bérénice (Benghazi), font état de communautés riches, bien établies et influentes. Les Juifs de Benghazi, contrairement à ceux des autres villes, étaient gouvernés par leur propre archon, lui-même juif.

Cyrène est aussi la première ville d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé, notamment au sein de sa communauté juive. Marc, l’auteur d’un des Évangiles, était un Juif originaire de Cyrène. D’après la tradition chrétienne, Marc a annoncé le message chrétien à Cyrène, puis à Alexandrie. Les textes sacrés chrétiens mentionnent plusieurs autres croyants juifs de Cyrène.

Salle de classe juive à Benghazi au début du 20° Siècle

En 73, alors que les légions romaines ont détruit Jérusalem et se battent contre les derniers éléments de résistance juive en Palestine, une révolte juive menée par Jonathan le Tisserand éclate à Cyrène. Jonathan est dénoncé au gouverneur romain et tué, avec plusieurs autres juifs influents.

Une nouvelle révolte juive, la guerre de Kitos, éclate à Cyrène en 115-117. Cette révolte, le plus grand soulèvement juif contre les Romains, s’est étendue dans d’autres régions de l’Empire.

Après la révolte de Bar Kokhba (132-135), la dernière révolte juive en Palestine, les Romains déportent douze bateaux pleins de réfugiés de Palestine vers la Cyrénaïque, qui s’ajoutent au demi-million de Juifs qui vivaient déjà dans la région à ce moment-là.

Synagogue Dar Bishi de Tripoli, en 1923

Les Juifs ont continué à vivre en Cyrénaïque et se sont répandus dans toute la Libye, à travers les siècles de domination romaine, byzantine et arabe. Les Juifs étaient particulièrement nombreux dans la région des Monts Nefoussa.

Pendant l’ère ottomane, beaucoup de Juifs de Tripoli se sont installés à Benghazi. La confrérie sanoussie était bien disposée à l’égard des Juifs, dont ils appréciaient la contribution à l’économie et l’attitude pacifique.

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, près de 2000 Juifs Libyens ont été emprisonnés par l’occupant italien, dans le camp de concentration de Jadu, dans les Monts Nefoussa. Environ 500 d’entre eux sont morts.

L’ancienne synagogue Dar Bishi de Tripoli

Comme dans toute l’Afrique du Nord, la plupart des Juifs Libyens ont émigré au 20° Siècle. Aujourd’hui, il n’y a plus de Juifs en Libye : ils n’étaient plus qu’une centaine lors de la Révolution libyenne de 1969, puis les derniers sont partis dans les années 1980. Malheureusement, la plupart des synagogues et du reste du patrimoine juif libyen a été détruit après leur départ. Depuis 2011, David Gerbi, un psychanalyste d’origine juive libyenne installé en Italie, se bat pour la restauration de ce patrimoine.

Pour en savoir plus

L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

La guerre civile de Sylla : l’ombre d’une dictature

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons la première grande guerre civile romaine, entre Marius et Sylla, deux hommes qui se connaissent pour avoir combattu Jugurtha ensemble.

Contexte

Caïus Marius

Caïus Marius est né en 157, dans une famille plébéïenne. Il commence sa carrière militaire en 134, en tant qu’officier dans le siège de Numance, en Espagne. En 109, il devient l’adjoint du général Quintus Metellus, le commandant des troupes romaines qui combattent Jugurtha en Numidie. En 108, il quitte la Numidie pour se présenter aux élections consulaires, contre l’avis de Metellus. Elu consul en 107, il est ensuite choisi par les comices (conseil plébéïen) pour succéder à Metellus. Par cette décision, les comices usurpent les prérogatives du Sénat ; sa nomination est aussi contraire aux coutumes militaires romaines.

Pièce à l’effigie de Sylla

Lucius Cornelius Sylla est né en 138, dans une vieille famille patricienne. Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée. En 108, il est élu questeur, à l’âge de 30 ans (l’âge minimal requis pour cette fonction). Il est envoyé servir en Numidie, sous Marius.

La rivalité entre les deux hommes remonte à la guerre de Jugurtha : alors que Sylla avait été à l’origine de la capture de Jugurtha, Marius, son supérieur, s’est attribué tout le mérite. Par ailleurs, Sylla est un conservateur, qui défend les valeurs traditionnelles romaines face aux réformateurs populistes comme Marius.

Début de la guerre civile

Après une série de succès militaires, Sylla est élu consul en 88. La même année, Marius, qui aspire à un nouveau commandement militaire, passe un accord secret avec le tribun de la plèbe Sulpicius : en échange de son soutien, il veut que le commandement de la guerre contre le roi Mithridate du Pont, qui avait été confié à Sylla, lui soit transféré. Sylla ordonne alors à ses troupes de marcher sur Rome : c’est la première fois dans l’histoire romaine qu’un homme s’empare du pouvoir par la force.

Après sa marche sur Rome, Sylla fait bannir Marius et ses alliés. Marius s’enfuit en Afrique avec ses fils. Le roi Hiempsal de Numidie les reçoit à sa cour avec des égards apparents, mais sa véritable intention est de les retenir prisonniers. Ils parviennent cependant à s’enfuir.

Marius revient à Rome en 87 et s’allie au consul Lucius Cornelius Cinna. Il meurt en 86. Pendant que Sylla mène la guerre contre Mithridate, les partisans de Marius et Cinna reprennent le dessus à Rome.

Pendant cette période, les deux camps mettront en place une campagne de proscription : les partisans du camp adverse qui étaient dénoncés voyaient leurs terres confisquées sans procès et accordées à celui qui les avait dénoncés.

La guerre civile reprend

Scuplture tardive de Sylla

En 84, les partisans de Marius et Cinna envoient une armée pour relever Sylla de ses fonctions. Le commandant de cette armée est assassiné et beaucoup de ses soldats rejoignent Sylla. Pendant ce temps, en Numidie, le roi Hiempsal, un allié de Sylla, a été renversé par l’usurpateur Hierbas, avec le soutien des partisans de Marius et Cinna.

En 83, après une victoire provisoire contre Mithridate, Sylla revient en Italie, déterminé à reprendre le contrôle de Rome à ses ennemis. Le jeune Pompée (le futur rival de Jules César) lève trois légions pour le soutenir. Metellus, l’ancien commandant des forces romaines contre Jugurtha, le rejoint également. Ses adversaires, eux, s’allient à deux peuples italiens voisins de Rome : les Samnites et les Lucaniens.

En novembre 82, les armées de Sylla et de ses adversaires s’affrontent aux portes de Rome. Environ 50 000 hommes meurent dans cette bataille, mais Sylla sera victorieux. Le lendemain, il fait encore massacrer 8 000 combattants qu’il avait faits prisonniers après la bataille, en pleine réunion avec le Sénat.

Après avoir vaincu ses rivaux à Rome, Sylla envoie une armée, menée par Pompée, pour rétablir Hiempsal comme roi de Numidie.

Après la guerre civile : Sylla dictateur

Denier d’or représentant le char triomphal de Sylla, émis en 82

Après sa victoire, Sylla est élu dictateur par le Sénat. Il met en œuvre une série de réformes profondes des institutions de la République, qui visent selon lui à restaurer les valeurs traditionnelles romaines ; dans les faits, loin de rétablir un ordre passé, ses réformes introduisent des éléments tout à fait nouveaux, avec un Sénat élargi et des pouvoirs accrus pour les magistrats. Alors que, jusqu’ici, les dictateurs romains étaient élus avec une mission précise et quittaient leurs fonctions dès que cette mission était accomplie, Sylla envisage la dictature comme un moyen d’accroître son pouvoir personnel. Il mène également une vaste campagne de proscription contre ses ennemis.

En 80, Sylla est élu consul et renonce à sa fonction de dictateur. L’année suivante, il prend sa retraite de la vie publique. Les dernières années de sa vie seront consacrées à l’écriture de ses mémoires. Il meurt en 78.

Le christianisme en Afrique du Nord, Les Juifs en Afrique du Nord

La communauté juive et chrétienne d’Alexandrie

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Alexandrie, la capitale de l’Egypte des Ptolémée et le centre culturel du monde grec, avait aussi une communauté juive nombreuse et influente. Les Juifs alexandrins, qui étaient en première ligne des échanges entre le judaïsme et le monde hellénistique, ont traduit la Bible hébraïque en langue grecque. Par la suite, Alexandrie deviendra aussi un important centre chrétien, avec la principale école théologique chrétienne antique.

La communauté juive d’Alexandrie

Origines

D’après l’historien juif Flavius Josèphe, il y avait des Juifs à Alexandrie dès sa fondation.

L’Egypte des Ptolémée, avec la Palestine

Après la mort d’Alexandre le Grand, son Empire est partagé entre ses généraux. La Palestine, appelée à l’époque Yehoud medinata, sera contestée entre l’Empire séleucide (Syrie) et l’Egypte des Ptolémée, qui auront le dessus dans un premier temps. Ptolémée I Sôter déporte des Juifs en Alexandrie, dans toute l’Égypte et jusqu’en Cyrénaïque ; d’autres suivent comme migrants économiques.

Les Ptolémée mènent une politique de tolérance religieuse et communautaire. Un quartier juif est fondé à Alexandrie, afin de permettre aux Juifs de continuer à vivre selon leur loi religieuse sans être dérangés.

Les Juifs d’Alexandrie forment une communauté influente dans la ville. Les principaux commerçants et prêteurs d’argent sont Juifs. La fonction d’alabarque, un fonctionnaire chargé de la gestion des impôts, notamment des douanes du port d’Alexandrie, était traditionnellement occupée par un Juif.

A l’époque romaine, les Juifs alexandrins feront face à l’hostilité croissante du reste de la population de la ville, qui les voient comme des isolationnistes privilégiés.

La Septante : une traduction grecque de la Bible hébraïque

Au 3° Siècle avant notre ère, la communauté juive alexandrine a traduit la Bible hébraïque en grec. D’après la tradition, cette traduction aurait été commandée par Ptolémée II Philadelphe, pour la bibliothèque d’Alexandrie, qu’il a fondée. En réalité, il s’agit probablement plutôt d’une initiative de la communauté juive alexandrine elle-même.

La lettre d’Aristée à Philocrate, qui raconte la légende de la Septante

D’après la légende, cette traduction a été réalisée par un groupe de 72 savants juifs (6 pour représenter chacune des 12 tribus d’Israël), envoyés de Jérusalem pour ce travail. Chacun de ces hommes a travaillé en isolement pendant 72 jours. Pourtant, miraculeusement, leurs 72 traduction étaient identiques. Cette Bible grecque a été appelée Septante, à cause des 72 (ou 70) traducteurs.

La Septante marque une rupture théologique fondamentale dans la théologie juive : avec la traduction de ses écrits sacrés en grec, la langue vernaculaire du monde méditerranéen, le judaïsme est passé d’une religion tribale, centrée sur la révélation divine accordée à un seul peuple, à une religion universelle, dont le message s’adresse à tous les hommes.

La Septante s’est rapidement imposée dans l’ensemble de la diaspora juive, qui ne comprenait souvent plus l’hébreu, pour être lue dans les synagogues. Elle sera également adoptée par l’Eglise chrétienne.

Les auteurs juifs alexandrins

Alexandrie, en tant que lieu d’interaction entre la foi juive et la culture grecque, a également produit plusieurs théologiens et penseurs juifs influents.

Philon d’Alexandrie

Le plus célèbre est Philon d’Alexandrie, né vers -20 et mort vers 40. Issu d’une famille riche et influente (son frère Alexandre était alabarque), il a écrit un grand nombre de commentaires de la Torah. Il développe une méthode d’interprétation allégorique des textes sacrés, qui s’éloigne de leur sens littéral pour trouver un sens spirituel plus profond.

L’œuvre de Philon est une synthèse entre théologie juive et philosophie grecque, notamment celle de Platon. En cela, sa pensée se rapproche de celle d’Averroès (Ibn Ruchd), qui a fait le même travail de synthèse entre islam et philosophie grecque. Philon voit la raison comme un don de Dieu, le Logos divin comme l’instrument de la création et la philosophie comme la contemplation du monde, qui permet de comprendre la création divine par la raison.

La communauté chrétienne d’Alexandrie

Origines

L’église St-Marc d’Alexandrie

Le christianisme est arrivé en Alexandrie dès l’époque des apôtres. D’après la tradition chrétienne, Marc, l’auteur d’un des Évangiles, a annoncé le message chrétien à Cyrène, dont il était originaire, puis à Alexandrie. L’Église copte d’Égypte, qui est aujourd’hui la communauté chrétienne la plus nombreuse du monde musulman, remonte à la prédication de Marc à Alexandrie.

Des racines juives

Les premiers destinataires de la prédication chrétienne étaient certainement les Juifs d’Alexandrie. Comme dans tout le monde romain, une forte proportion des premiers convertis au christianisme étaient d’origine juive.

Certaines sources chrétiennes rapportent que Philon d’Alexandrie serait lui-même devenu chrétien à la fin de sa vie. En réalité, il est probablement mort avant que le message chrétien ne parvienne à Alexandrie. Par contre, il est probable que ses disciples ont rejoint la communauté chrétienne d’Alexandrie. Apollos, un prédicateur chrétien mentionné dans la Bible, qui était originaire d’Alexandrie, était peut-être un disciple de Philon.

L’école théologique d’Alexandrie

Alexandrie, le principal centre intellectuel de l’Empire romain, est devenue le siège d’une école théologique chrétienne, où les jeunes chrétiens apprenaient à interpréter les textes sacrés et à interagir avec la pensée grecque. Les théologiens de cette école ont repris l’interprétation allégorique des textes sacrés de Philon d’Alexandrie.

Fondée par Marc, l’école théologique d’Alexandrie est réellement devenue influente sous la direction de Pantène, un philosophe stoïcien qui s’est converti au christianisme à Alexandrie. Vers la fin de sa vie, Pantène est parti en Inde comme missionnaire. Son successeur, Clément d’Alexandrie, a écrit une série de trois ouvrages dans lesquels il réinterprète toute la mythologie et la philosophie grecques dans une perspective chrétienne.

Origène d’Alexandrie

La figure la plus connue de l’école d’Alexandrie est certainement Origène, le père de l’exégèse biblique, qui a écrit un commentaire de tous les livres bibliques. Origène est allé encore plus loin que Philon dans l’interprétation allégorique des textes sacrés, en distinguant trois sens derrière le texte, qui correspondent au corps, à l’âme et à l’esprit : un sens littéral, parfois historiquement vrai, parfois fictif ; un sens moral, utile pour notre vie quotidienne ; et un sens spirituel, qui nous enseigne des vérités sur Dieu.

L'Afrique du Nord romaine

Les provinces romaines d’Afrique du Nord

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Au cours des siècles d’occupation romaine de l’Afrique du Nord, la région a été divisée en plusieurs provinces. Dans cet article, nous découvrirons ces provinces, d’Est en Ouest.

Egypte

L’Egypte est devenue une province romaine en 27 avant notre ère, avec pour capitale Alexandrie, la deuxième ville de l’Empire après Rome.

Cyrénaïque

La Cyrénaïque a été annexée par Rome en 96 et reçu son premier gouverneur en 74. En 67, elle a été rattachée à la province romaine de Crète et Cyrénaïque, avec pour capitale Gortyne, en Crète. En réalité, la Cyrénaïque est cependant restée largement autonome. Elle est finalement devenue une province à part entière en 296 de notre ère, avec pour capitale Cyrène, puis Ptolémaïs après 365.

Tripolitaine

La Tripolitaine est passée sous souveraineté romaine en -105, après la guerre de Jugurtha. Elle faisait d’abord partie de la province d’Afrique. En 193, l’Empereur Septime Sévère, originaire de Leptis Magna, en fait une province à part entière.

Afrique

La province d’Afrique, la première possession romaine en Afrique du Nord, a été instituée en -146, après la chute de Carthage. Sa capitale était d’abord Utique, puis la nouvelle ville romaine de Carthage.

La Tripolitaine a été rattachée à la province d’Afrique en -105, avant de devenir une province à part entière en 193.

En -46, après la guerre civile romaine entre Jules César et Pompée, César annexe la Numidie orientale, qui devient la province d’Africa Nova (Nouvelle Afrique), avec pour capitale Zama. Son premier gouverneur est l’historien romain Salluste, qui profite de ses fonctions pour faire des recherches et écrire sur l’histoire de l’Afrique du Nord.

En -25, les provinces d’Africa Vetus (Ancienne Afrique) et d’Africa Nova sont fusionnées, pour former la province d’Afrique proconsulaire.

En 40, l’ancienne Numidie occidentale est rattachée à la province d’Afrique.

Numidie

La Numidie, vestige d’un ancien royaume bien plus grand, est annexée par Rome en 40. D’abord rattachée à l’Afrique proconsulaire, elle formera sa propre province en 193, en même temps que la Tripolitaine, avec pour capitale Cirta (Constantine). La partie Sud sera une province militaire spéciale, avec pour capitale Lambèse (Tazoult).

Maurétanie

La Maurétanie devient romaine en 40, à la mort de son dernier roi, Ptolémée.

En 42, elle est divisée en deux provinces. La Maurétanie césarienne, dont la capitale sera Césarée (Cherchell), correspond à la partie de la Numidie annexée par la Maurétanie après la guerre de Jugurtha. L’influence numide y demeure forte. La Maurétanie tingitane correspond à l’ancien territoire du roi Baga, avant que la Numidie ne commence à annexer des territoires numides. Au lieu de Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie, les Romains choisissent Tingis (Tanger) comme capitale provinciale.

Quelles étaient les frontières de la Maurétanie romaine ?
Officiellement, l’Empire romain a annexé tout l’ancien Royaume de Maurétanie. En réalité, cependant, le contrôle romain effectif se limitait au Nord du Maroc actuel. Il est même probable que la majorité des Maures n’ont jamais été sous domination romaine.
La frontière passait probablement quelque part entre Rabat et Casablanca. Sala (Salé) est la dernière ville sous administration romaine incontestable. Les Romains ont également construit un port à Anfa (Casablanca), mais on ne sait pas jusqu’où ils contrôlaient vraiment la ville et sa région.

Après la réforme de Dioclétien

L’Empereur Dioclétien (284-305) a réformé l’administration de l’Empire en profondeur, créant un grand nombre de nouvelles provinces, regroupées en diocèses.

Le diocèse d’Egypte regroupe l’Egypte et la Cyrénaïque. L’Egypte est divisée en quatre provinces et la Cyrénaïque en deux provinces : la Libye supérieure (Cyrénaïque historique) et la Libye inférieure (Marmarique), avec pour capitale Paraetonium (Mersa Matrouh).

Le diocèse d’Afrique regroupe la Tripolitaine, l’Afrique, la Numidie et la Maurétanie césarienne. La Maurétanie tingitane, elle, fait partie du diocèse d’Hispanie. L’Afrique proconsulaire est divisée en deux provinces : la Zeugitane, au Nord, et la Byzacène, au Sud, avec pour capitale Hadrumetum (Sousse). Enfin, la Maurétanie sitifienne, avec pour capitale Sitifis (Setif), est séparée de la Maurétanie césarienne.

Avec la division de l’Empire romain par Dioclétien, en 286, l’Afrique du Nord est également divisée : l’Egypte et la Cyrénaïque font partie de l’Empire d’Orient, tandis que le reste de la région fait partie de l’Empire d’Occident. La région n’est cependant pas vraiment affecté : le désert de Syrte formait de toute manière une frontière difficilement franchissable. Carthage est devenue la deuxième plus grande ville de l’Empire d’Occident, après Rome elle-même.

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs de Djerba : la plus ancienne communauté juive d’Afrique du Nord

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Les Juifs de l’île de Djerba, en Tunisie, sont certainement la plus ancienne communauté juive en Afrique du Nord, ainsi qu’une des dernières communautés juives importantes qui vit toujours dans le monde arabe. La synagogue de la Ghriba, leur principal lieu de culte, contiendrait des vestiges du Temple de Salomon !

Emplacement de Djerba, en Tunisie

L’île de Djerba est connue depuis l’Antiquité. Elle est généralement associée à l’île des Lotophages, mentionnée dans l’Odyssée d’Homère. Aujourd’hui, la plupart de ses habitants parlent une langue amazighe. Contrairement au reste de la Tunisie, musulmane sunnite, Djerba a longtemps été un centre de l’islam ibadite et compte encore aujourd’hui une importante minorité ibadite.

Les Juifs vivent à Djerba depuis plus de 2500 ans. Ils ont vécu sous souveraineté carthaginoise, romaine, vandale, byzantine et arabe et son restés fidèles à leur foi face au paganisme carthaginois et romain, à la christianisation du monde méditerranéen et aux conquêtes islamiques.

Synagogue de la Ghriba

La synagogue de la Ghriba est la plus vieille synagogue d’Afrique du Nord, peut-être même de tout le continent. D’après la tradition, au moment de la destruction de Jérusalem par les Babyloniens (en 586 avant notre ère), le dernier grand-prêtre aurait fui la ville en emportant avec lui une porte du Temple de Salomon. Cette porte qui est aujourd’hui intégrée à la synagogue de la Ghriba.

Les Juifs de Djerba étaient influents aussi au Moyen-Âge. Une lettre écrite en 1030 mentionne un Juif du nom de Abou al-Faraj al-Jerbi, qui vivait à Kairouan et faisait du commerce avec l’Orient. Une autre lettre, datée de 1060, est adressée au commerçant juif Khalaf ibn Farah al-Jerbi, qui était sur le point de voyager d’Egypte en Sicile. Maïmonide, le plus grand penseur juif médiéval, mentionne la communauté juive de Djerba dans ses écrits.

La plupart des Juifs de Djerba, comme de toute l’Afrique du Nord, ont émigré au cours du 20° Siècle.

Pèlerinage de la Ghriba

Aujourd’hui, quelques centaines de Juifs vivent encore à Djerba, qui représentent la majorité des Juifs Tunisiens. Tous les ans, beaucoup de Juifs viennent en pèlerinage à la synagogue de la Ghriba, pour la fête de Lag Ba’omer (ל »ג בעומר). Malheureusement, ils sont aussi menacés : le 9 mai 2023, au moment du pèlerinage annuel, cinq personnes ont été tuées dans une fusillade à la synagogue de la Ghriba. La présence de cette communauté millénaire est une richesse pour le patrimoine spirituel et culturel de l’île de Djerba. Sa disparition serait une grande perte pour la Tunisie.

L'Afrique du Nord romaine

La conquête romaine de l’Afrique du Nord

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La conquête romaine de l’Afrique du Nord a eu lieu très progressivement, sur une période de près de deux siècles, allant de -146 à 40. Dans cet article, nous reviendrons sur les étapes de cette conquête.

Afrique (autour de Carthage)

La première possession romaine sur le continent africain était la province d’Africa. Il s’agit de ce qui restait encore du territoire de l’ancien Empire carthaginois, au moment de la destruction de Carthage, en 146 avant notre ère. Sa première capitale était Utique, jusqu’à la reconstruction de Carthage, en -44.

Tripolitaine

Pendant la guerre de Jugurtha contre Rome, la ville de Leptis Magna s’est rangée du côté des Romains. Après la fin de la guerre, en -105, Rome a pris le contrôle de la Tripolitaine, qui a été rattachée à la province d’Afrique. En récompense pour son soutien, Leptis Magna a reçu le statut de ville libre.

Cyrénaïque

Ptolémée Apion, le dernier roi de Cyrénaïque, meurt sans héritier en -96. Son royaume est légué à Rome. Le premier gouverneur romain n’arrivera cependant qu’en -74.

Africa Nova

Afrique proconsulaire, composée de l’Africa Vetus, de la Tripolitaine et de l’Africa Nova

Après la guerre civile romaine, en -46, Jules César annexe la partie orientale de la Numidie, autour de Zama, qui devient la province romaine d’Africa Nova (Nouvelle Afrique), par opposition à l’Africa Vetus (Ancienne Afrique).

Entre -30 et -25, la région sera brièvement réintégrée au Royaume de Numidie, sous Juba II. Il s’agit du seul territoire d’Afrique du Nord à avoir repris son indépendance après avoir été sous souveraineté romaine. Le Royaume de Numidie est aboli en -25 : l’ancienne Africa Nova redevient romaine, tandis que la Numidie occidentale est rattachée à la Maurétanie. La province d’Africa Nova est abolie : les deux Africa sont intégrées à la nouvelle province d’Afrique proconsulaire.

Egypte

La dernière reine d’Egypte, Cléopâtre (51-30), a soutenu Jules César dans sa guerre contre Pompée. Après la mort de César, elle s’est alliée à Marc-Antoine contre son rival Octave (le futur Empereur Auguste). Octave envahit l’Egypte en -31. Marc-Antoine et Cléopâtre, vaincus, se suicident en -30. Octave s’empare l’Egypte comme une possession personnelle. En -27, après sa proclamation de l’Empire romain, l’Egypte devient une province romaine.

Numidie occidentale et Maurétanie

L’Afrique du Nord romaine au Ier Siècle

Juba II et son fils Ptolémée, les derniers rois de Maurétanie, règnent sur un large territoire, qui s’étend de l’ancienne Numidie occidentale (autour de Cirta) à la Maurétanie historique (autour de Volubilis et Tingis). Après la mort de Ptolémée, en 40 de notre ère, le dernier royaume indépendant d’Afrique du Nord est à son tour annexé par Rome. La Numidie occidentale est intégrée à la province d’Afrique, tandis que la Maurétanie est séparée en deux provinces : la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane.

Quelles étaient les frontières de la Maurétanie romaine ?
Officiellement, l’Empire romain a annexé tout l’ancien Royaume de Maurétanie. En réalité, cependant, le contrôle romain effectif se limitait au Nord du Maroc actuel. Il est même probable que la majorité des Maures n’ont jamais été sous domination romaine.
La frontière passait probablement quelque part entre Rabat et Casablanca. Sala (Salé) est la dernière ville sous administration romaine incontestable. Les Romains ont également construit un port à Anfa (Casablanca), mais on ne sait pas jusqu’où ils contrôlaient vraiment la ville et sa région.

Conquêtes provisoires

En 202, l’Empereur romain Septime Sévère s’empare du territoire des Garamantes. La domination romaine sur la région demeurera cependant faible et ne durera pas longtemps.

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Le Medracen : le plus ancien mausolée d’Afrique du Nord

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Le Medracen (ⵉⵎⴷⵖⴰⵙⵏ) est un mausolée, dans la région des Aurès, en Algérie, qui date du 3° Siècle avant notre ère et a été construit par un roi numide avant Massinissa. Il s’agit du plus ancien mausolée d’Afrique du Nord.

Le Medracen est situé près de Boumia, dans la wilaya de Batna, dans les Aurès. Il s’agit d’un tumulus en pierre, d’environ 60m de diamètre et 20m de hauteur. Cette forme de construction, typiquement amazighe, rappelle le tombeau de Massinissa, à El Khroub, dans la wilaya de Constantine, et, surtout, le Mausolée royal de Maurétanie, près de Tipasa (Tipaza), où sont enterrés Juba II et sa reine Cléopâtre Séléné.

Curieusement, le Medracen n’est jamais mentionné à l’époque romaine. Il est décrit pour la première fois au 11° Siècle, par l’historien et géographe arabe andalou Al-Bakri, qui affirme, d’après le témoignage des populations locales, qu’il s’agit du tombeau d’un ancien roi appelé Madghis. Al-Bakri décrit aussi les bas-reliefs qui décoraient le mausolée, représentant divers animaux. Ces ornements ne sont plus visibles aujourd’hui, ils ont probablement été pillés à l’époque ottomane. D’après Ibn Khaldoun, Madghis était l’ancêtre des Numides.

Les fouilles archéologiques sur ce site ont commencé au 19° Siècle. On pensait d’abord que le Medracen était le tombeau de Syphax, de Gaïa (le père de Massinissa), ou encore de Micispa. Ensuite, de nouvelles recherches ont montré que le mausolée est bien plus ancien : il a été construit au 3° Siècle avant notre ère. Le roi Maghdis, qui y est enterré, était le père fondateur de la nation numide, donc probablement un ancêtre de Massinissa.

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La statuette de Canusium : un cavalier numide blessé

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Les cavaliers numides étaient redoutés dans tout le monde antique, pour leur bravoure et leur efficacité au combat. En plus de leurs exploits au service de leur patrie, des unités de cavalerie numide ont combattu aux côtés des armées carthaginoise et romaine. Une statuette retrouvée à Canossa, en Italie, constitue une des rares représentations contemporaines de la cavalerie numide.

Cette statuette en terre cuite peinte, de 16 cm de haut et 23 cm de large, représente un cavalier numide blessé par une flèche, sur son cheval au galop. A l’origine, elle décorait un vase. Elle a été découverte dans un tombe à Canusium (Canossa), en Italie.

Cette découverte est d’autant plus remarquable que la statuette n’a pas été retrouvée en Afrique, mais en Italie. L’artiste a certainement été inspiré par les cavaliers numides qui ont combattu dans l’armée de Hannibal.

Cette statuette est aujourd’hui conservée au Musée du Louvre, à Paris.

L'Afrique du Nord romaine

Strabon : un géographe romain décrit l’Afrique du Nord

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Strabon était un philosophe, historien et géographe influent de l’Antiquité romaine, qui a écrit la première géographie universelle. Dans cet article, nous découvrirons sa description de l’Afrique du Nord.

Strabon

Strabon est né vers 64 avant notre ère, à Amasée (Amasya, au Nord-Est de la Turquie actuelle), dans une famille issue de la noblesse du Royaume du Pont, mais romanisée. Dans sa jeunesse, comme beaucoup de jeunes de familles aisées à cette époque, il a commencé à voyager. En plus de l’Asie mineure, dont il était originaire, il a parcouru l’Italie, la Grèce, les régions orientales de l’Empire romain et l’Egypte, où il est remonté le Nil jusqu’en Ethiopie.

Il est connu surtout comme l’auteur de la Géographie, une vaste « géographie universelle » en 17 livres, inspirée de ses voyages, qui offre un aperçu de toutes les régions du monde connu à cette époque, avec les coutumes de leurs peuples. Pour cet ouvrage, il s’inspire de l’œuvre d’auteurs grecs comme Posidonius, Polybe et Eratosthène, dont il n’hésite cependant pas à critiquer les conclusions et à les compléter par ses propres observations. L’objet de son ouvrage est surtout de célébrer l’avènement de l’Empire romain et son influence « civilisatrice » sur la quasi-totalité du monde tel qu’il le connaît. Il est considéré comme le plus grand géographe antique.

Le monde selon Strabon

Après deux premiers livres introductifs, qui exposent la théorie de la science géographique, les prochains livres décrivent chacun une région du monde. Les livres 3-10 sont consacrés au continent européen, les livres 11-16 à l’Asie et le livre 17 à l’Afrique. Ce dernier livre contient trois chapitres : sur l’Egypte, l’Ethiopie et la « Libye », c’est-à-dire tout le Nord du continent, au-delà de l’Egypte. C’est à ce dernier chapitre que nous nous intéresserons ici.

Pour Strabon, le continent africain a la forme d’un triangle, dont seule la base, la côte méditerranéenne, avec l’Ethiopie, est habitée, l’intérieur étant trop chaud pour que les hommes puissent y vivre. Même la partie habitable du continent est largement désertique, notamment autour des Syrtes et en Marmarique.

Strabon commence par la Maurétanie, surtout les environs des Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar), avec la ville de Lixus (Larache), puis Tingis (Tanger), les « Tombeaux des sept frères » (Septem Fratres) – les sept collines autour de la péninsule de Ceuta (Sebta) – et enfin le Mont Abyla (Djebel Musa). Il décrit la Maurétanie comme une région très fertile, avec des vignes géantes, peuplée aussi de beaucoup d’animaux sauvages, notamment de singes.

Entre les Colonnes d’Hercule et Carthage, Strabon ne mentionne qu’un seul endroit digne d’intérêt : Iol, récemment renommée Césarée (Cherchell). En revanche, il décrit les îles de la Mer méditerranéenne, comme la Corse, la Sardaigne, la Sicile, Malte et Lampedusa. Il s’attarde aussi longuement sur Carthage et sa région.

Après Carthage, il donne une description détaillée des contours de la Petite et le la Grande Syrte, avec une liste des villes qui s’y trouvent. Enfin, il conclut le chapitre sur la Cyrénaïque et la Marmarique.

Strabon a continué à retravailler son ouvrage jusqu’à sa mort, à l’âge de 90 ans environ. La mention de la mort récente du roi Juba II de Numidie, en 23 de notre ère (« Juba du reste vient de mourir à son tour laissant pour successeur et héritier son fils Ptolémée »), indique qu’il est lui-même mort peu après Juba II.

Le chapitre de Strabon sur la Libye peut être lu en ligne ici.