Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Eunoé, reine de Maurétanie, amante de Jules César

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Le grand homme d’Etat romain Jules César a eu des liaisons avec de nombreuses femmes. L’une d’entre elles était Eunoé, l’épouse du roi Bogud de Maurétanie.

La reine Eunoé de Maurétanie était l’épouse de Bogud, roi de Maurétanie occidentale, qui correspond au Nord du Maroc actuel (à l’Ouest du fleuve Moulouya). Eunoé était d’origine maure et son nom de naissance était Ausnufa ; son nom d’usage grec indique que sa famille était issue de la noblesse hellénisée du Royaume de Maurétanie. En tout cas, elle était issue d’une lignée très noble : l’historien romain Suétone la met au même rang que la reine Cléopâtre d’Egypte.

A un moment donné, son mari Bogud a organisé une expédition d’exploration de la côte atlantique. Il est apparemment allé au-delà des frontières de son royaume, jusqu’aux tropiques. A son retour, il a présenté à Eunoé des roseaux et des asperges géants qu’il avait trouvés.

Bogud était un allié de Jules César dans la guerre civile romaine et plusieurs historiens antiques attestent qu’Eunoé a eu une liaison avec César. La date de cette liaison n’est pas certaine : soit pendant son séjour en Afrique, soit ensuite, pendant sa campagne en Espagne, où Bogud l’a accompagné.

Avant de débarquer en Afrique, César avait passé plusieurs mois en Egypte, auprès de Cléopâtre, son amante la plus connue, avec qui il a eu un enfant. Ainsi, Eunoé a remplacé Cléopâtre dans les affections de César.

Bogud, le mari d’Eunoé, était certainement au courant de la liaison de sa femme avec César et ne semble pas avoir fait quoi que ce soit pour l’empêcher. En tout cas, il a largement profité des riches cadeaux que César lui a faits.

La liaison entre Eunoé et César a inspiré beaucoup de romans historiques, qui la comparent notamment à Cléopâtre, cette autre reine amante de César.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Les derniers rois de Numidie et de Maurétanie

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Pour cet article, nous nous sommes largement inspirés de cet excellent blog, sur l’histoire antique de l’Algérie.

Après le règne de Massinissa et, surtout, l’insurrection de son petit-fils Jugurtha, les derniers rois de Numidie seront de plus en plus dépendants clients de Rome, jusqu’à l’annexion finale de leur royaume par l’Empire romain. Les rois de Maurétanie, eux, conserveront davantage d’autonomie, jusqu’au règne de Juba II.

L’Afrique du Nord au 1er Siècle (Source)

Les derniers rois de Numidie : les descendants de Massinissa

Gauda et ses fils

L’Afrique romaine et la Numidie à l’époque de Gauda

Après la défaite de Jugurtha, Gauda (105-88), un jeune demi-frère de Jugurtha, a été choisi par les Romains comme nouveau roi d’une Numidie amputée de la moitié de son territoire. D’après l’historien romain Salluste, pendant la guerre de Jugurtha, Gauda avait demandé au commandant romain Quintus Metellus à être traité avec les honneurs dus à ceux que les Romains reconnaissaient comme rois. Lorsque Metellus a refusé, il a conspiré avec son adjoint Caïus Marius pour salir sa réputation et le faire remplacer par Marius.

Après sa mort, son royaume est divisé entre ses fils.

La Numidie orientale

Frontière approximative entre la Numidie orientale et occidentale

Hiempsal II (88-60), l’aîné, reçoit la plus grande part, avec pour capitale Zama, en Tunisie actuelle. D’après Salluste, Hiempsal a écrit un livre sur l’histoire de l’Afrique, en langue punique.

Hiempsal sera immédiatement menacé par un usurpateur, Hierbas, qui s’est emparé du trône de son frère Masteabar. Les origines de Hierbas sont incertaines : selon certaines sources, il est également le fils de Gauda et le frère d’Hiempsal et de Masteabar, mais il est plus probable qu’il n’était pas apparenté à la famille royale. Il était peut-être d’origine gétule ; le poète romain Virgile le présente comme Gétule dans l’Enéïde.

Pendant la guerre civile romaine entre Sylla et Marius, Hiempsal prend le parti de Sylla et Hierbas celui de Marius. Lorsque Marius fuit Rome avec ses fils, Hiempsal les reçoit à sa cour avec des égards apparents, mais sa véritable intention est de les retenir prisonniers. Ils parviennent cependant à s’enfuir. En 84, Hierbas chasse Hiempsal de son trône, avec le soutien des partisans de Marius, mais en 82, Sylla envoie une armée menée par Pompée, pour le rétablir. Hierbas est tué et Hiempsal règne sans rival pendant près de 20 ans encore.

Juba Ier

Après sa mort, son fils Juba Ier (60-46) lui succède. Juba, comme son père, est un allié du général romain Pompée. En 49, lorsque la guerre civile éclate entre Pompée et Jules César, Juba prend donc logiquement le parti de Pompée. Il espère aussi profiter de la guerre civile pour préserver l’indépendance de la Numidie. Après avoir résisté courageusement aux avancées de César, Juba se suicide après la défaite finale de son camp. Son royaume devient la province romaine d’Africa Nova (Afrique nouvelle).

Son fils Juba II grandit à Rome, dans une captivité dorée. Il est élevé par Octavie, la sœur du futur Empereur Auguste, avec plusieurs autres enfants de rois vaincus par Rome, notamment Cléopâtre Séléné, la fille du général romain Marc-Antoine et de Cléopâtre d’Egypte, qui deviendra son épouse. En effet, les Romains veulent élever une nouvelle génération de rois romanisés, qui serviront les intérêts de Rome.

La Numidie occidentale

Un autre fils de Gauda, Masteabar, a reçu la partie occidentale de la Numidie, plus petite, avec pour capitale Cirta (Constantine). Ce roi a laissé très peu de traces, au point où certains historiens doutent même de son existence. Cela s’explique certainement par le fait qu’il a été renversé très tôt par Hierbas.

Son fils Massinissa II (81-46) est établi sur le trône après la chute de Hierbas, en tant que vassal de la Numidie orientale. Comme Juba Ier, il prend le parti de Pompée dans la guerre civile romaine. On ne sait pas ce qu’il est devenu après la victoire de César.

L’Afrique du Nord après la guerre civile – en vert foncé, le territoire de Publius Sittius (Source)

Après la guerre civile, la plus grande partie de la Numidie occidentale est rattachée à la Maurétanie, tandis que la région autour de Cirta devient la propriété du mercenaire romain Publius Sittius (46-44), un allié de César, qui s’y installe avec ses troupes.

Après la mort de Jules César, en 44, Arabion (44-40), le fils de Massinissa II, qui s’était enfui en Espagne, revient et parvient à tuer Sittius pour reprendre le trône de son père. Il est tué en 40, en participant à une nouvelle guerre entre forces rivales romaines.

La Numidie unifiée

En l’an 30, le jeune Juba II (30-25) est rétabli comme roi d’une Numidie unifiée, dont le territoire comprend à la fois celui de son père Juba (devenue la province romaine d’Africa Nova) et de son oncle Massinissa II. La restauration du Royaume de Numidie ne durera cependant pas longtemps : il est définitivement aboli en 25. L’ancienne Africa Nova est à nouveau annexée par Rome, tandis que la Numidie occidentale est rattachée à la Maurétanie.

Les rois de Maurétanie : les descendants de Baga

Bocchus Ier

Le premier roi connu de Maurétanie, Baga, a participé à la 2° Guerre punique avec Massinissa, est mort en 111. Son fils (ou petit-fils) Bocchus Ier (111-80), qui lui a succédé, est le beau-père de Jugurtha, qu’il finira par trahir.

Son fils Mastanesosus (80-49) lui succède. Son règne est assez peu connu. A son époque, un royaume indépendant émergera brièvement dans la région de Tingis (Tanger).

Après la mort de Mastanesosus, son royaume est divisé entre ses fils Bocchus II (49-33), à l’Est de la rivière Moulouya, et Bogud (49-38), à l’Ouest. Tous deux soutiennent tous deux Jules César contre Pompée dans la guerre civile romaine. Après sa victoire, en 46, César accorde à Bocchus une partie de la Numidie occidentale, qui sera cependant reconquise par Arabion en 44. En 45, Bogud aide César à réprimer une insurrection en Espagne. La femme de Bogud, Eunoé, a eu une liaison avec Jules César.

Après la mort de César, en 44, Bocchus soutient Octave (le futur Empereur Auguste), tandis que Bogud soutient son rival Marc-Antoine. En 38, Bocchus profite d’un voyage en Espagne de Bogud pour s’emparer du territoire de son frère. Bogud meurt pendant la guerre d’Actium.

Dès lors, Bocchus II règne seul sur toute la Maurétanie. Bien qu’allié des Romains, son royaume est bien plus indépendant de Rome que la Numidie.

Bocchus II meurt en 33, sans héritier. Après sa mort, la Maurétanie est administrée directement par Rome, sans être officiellement annexée : la région n’est pas encore assez romanisée.

Juba II et Ptolémée, rois de Numidie et de Maurétanie

Juba II

En 25, Juba II (25 av. J.-C.-23 ap. J.-C.), le dernier descendant de Massinissa, est choisi par le premier Empereur romain Auguste comme roi d’une grande Maurétanie, élargie à la Numidie occidentale. Sa capitale est Iol (Cherchell), qu’il renomme Césarée. Son royaume s’étend de Hippo (Annaba) et Cirta (Constantine) à Tingis (Tanger). Son règne de près de cinquante ans est si marquant que nous lui consacrerons un article détaillé.

Ptolémée de Maurétanie

Après la mort de Juba II, son fils Ptolémée (23-40) lui succède. Au début de son règne, il doit réprimer l’insurrection de Tacfarinas, qui avait commencé sous son père.

Ptolémée de Maurétanie, issu de plusieurs lignées royales, a une des filiations les plus prestigieuses du monde antique. Son père, Juba II, en plus d’être un descendant direct de Massinissa, descend également de Hannibal, par sa mère. Sa mère, Cléopâtre Séléné, est la fille de Marc-Antoine et de la reine Cléopâtre d’Egypte. Ptolémée est donc à la fois l’héritier, par son père, de Massinissa et de Hannibal, et, par la mère, de l’aristocratie romaine, des anciens Pharaons et des Ptolémée d’Egypte. Enfin, il a hérité du trône des anciens rois de Maurétanie.

Une telle filiation fait de lui un prétendant potentiel au trône impérial, mais elle représente aussi aussi un grand danger pour lui. En 40, l’Empereur Caligula l’invite à Rome, où il le fait assassiner. Son Royaume est annexé par les Romains.

Le meurtre de Ptolémée provoque une nouvelle révolte maure contre Rome, menée par Aedémon, un esclave affranchi de la cour royale. Peu soutenu par la population locale, Aedémon est tué après deux ans. Les Romains contrôlent à présent toute l’Afrique du Nord.

Généalogie des rois de Numidie et de Maurétanie (Source)
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Mastanesosus, Iephtas et Ascalis : un royaume indépendant à Tingis

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L’ancienne ville punique de Tingis, annexée par le Royaume de Maurétanie après la deuxième guerre punique, a longtemps gardé une large autonomie, continuant notamment à frapper sa propre monnaie avec des inscriptions puniques. Vers la fin du règne de Bocchus Ier de Maurétanie, des chefs locaux, Iephtas, puis son fils Ascalis, ont pris le contrôle de la région de Tanger.

Bocchus Ier, le roi de Maurétanie connu surtout pour sa participation à la guerre de Jugurtha, est mort vers 80 avant notre ère. Son fils Mastanesosus, qui lui succède, est très peu connu… ce qui pourrait être un indice montrant qu’il n’exerçait qu’un contrôle limité sur son royaume.

En effet, on sait par l’historien romain Salluste que, vers l’époque de la mort de Bocchus Ier, un royaume indépendant de Tingis a émergé. Son premier roi est Iephtas, succédé par son fils Ascalis. Ils contrôlaient probablement la côte africaine du détroit de Gibraltar. Leur capitale était Tingis (Tanger).

Dans le passé, on pensait que Iephtas et Ascalis étaient apparentés à la dynastie royale maurétanienne. Entretemps, on sait qu’il s’agit plutôt de chefs de tribu locaux du Rif. En tout cas, leurs noms montrent qu’ils étaient d’origine amazighe et non punique.

Salluste rapporte qu’Ascalis a été vaincu par le général romain Quintus Sertorius, un ancien partisan de Marius dans la guerre civile de Sylla, devenu gouverneur d’Hispanie. Sertorius a restauré l’autorité du roi de Maurétanie sur la région de Tanger.

Pour en savoir plus

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Le fils de Jugurtha : Oxyntas pendant la Guerre sociale

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Le roi Jugurtha de Numidie avait deux fils, Iampsas et Oxyntas, qui ont été déportés à Rome avec lui. Après la mort de son père, Oxyntas a été libéré et exilé à Venusia, au Sud de l’Italie. Par la suite, il a joué un rôle dans la Guerre sociale, une guerre entre Rome et ses alliés en Italie.

En 91 avant notre ère, le tribun de la plèbe Marcus Livius Drusus, qui proposait d’accorder la citoyenneté romaine à tous les socii (alliés) de Rome en Italie, a été assassiné. Son assassinat a provoqué la révolte des peuples italiens, comme les Marses et les Samnites, qui auraient bénéficié de la réforme : c’est la Guerre sociale, ou Guerre marsique, qui a duré de 91 à 88.

Monnaie à l’effigie de Gaius Papius Mutilus

Dans ce contexte, un des chefs des insurgés, le Samnite Gaius Papius Mutilus, a fait appel au jeune Oxyntas, qui se trouvait sur son territoire, afin d’inspirer des défections dans les troupes numides qui servaient dans l’armée romaine. Cette stratégie semble avoir connu un certain succès : une grande partie des combattants numides ont déserté en voyant le fils de leur ancien roi.

Finalement, les Romains ont vaincu les insurgés. On ignore ce qu’Oxyntas est devenu après la fin de la guerre.

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L’éternel Jugurtha : le roi numide qui a fait trembler Rome

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Une cinquantaine d’années après la mort du glorieux roi Massinissa de Numidie, un de ses petits-fils, Jugurtha, a mené une redoutable insurrection contre les Romains en Afrique du Nord. Ce courageux guerrier, qui excelle dans les tactiques de guérilla, n’hésite par pour autant à s’engager dans de véritables batailles. Pendant sept ans, il s’est montré un adversaire redoutable pour Rome.

Jeunesse de Jugurtha

Jugurtha

Jugurtha est né vers 160 avant notre ère. Son père, Mastanabal, est le fils du roi Massinissa de Numidie. Jugurtha grandit à la cour de Massinissa. Son nom amazigh, Yugerṯen (ⵢⵓⴳⵔⵝⵏ), signifie « il les a surpassés ».

Après la mort de Massinissa, en 148, son trône est partagé entre ses trois fils : Micipsa, Gulussa et Mastanabal, le père de Jugurtha, qui est chargé de l’administration de la justice. Il meurt vers 140. Micipsa devient le seul roi de Numidie.

Le jeune Jugurtha est très populaire parmi les Numides, au point où son oncle Micipsa craint qu’il ne devienne trop influent. Pour l’écarter, il l’envoie en Espagne, pour aider ses alliés romains dans une campagne militaire.

En Espagne, Jugurtha participe au siège de Numance, une ville fortifiée des autochtones Ibères. Ses exploits militaires accroissent encore sa réputation. Après la conquête de Numance, en 133, le commandant romain Scipion Emilien le renvoie en Numidie, avec une lettre à Micipsa, le félicitant d’avoir « un neveu digne de vous et de son aïeul Massinissa ».

Jugurtha profite aussi de cette période pour se faire beaucoup d’amis influents à Rome. Enfin, il découvre la vénalité des Romains et leur sensibilité à la corruption… une faiblesse dont il n’hésitera pas à se servir par la suite. Il décrit Rome comme « une ville à vendre, condamnée à une destruction rapide si elle trouvait un acheteur ».

Jugurtha accède au pouvoir

Pièce de monnaie à l’effigie de Jugurtha

Peu avant sa mort, Micipsa, sous la pression des Romains, décide de partager son royaume entre ses deux fils Hiempsal et Adherbal et son neveu Jugurtha. Pour sceller cet accord de succession, Micipsa a apparemment adopté Jugurtha. Micipsa meurt en 118.

Jugurtha entre immédiatement en conflit avec les fils de Micipsa. Il fait tuer Hiempsal en 117. Adherbal s’enfuit à Rome. Sous l’égide des Romains, la Numidie est divisée entre Jugurtha et Adherbal. Cet accord est marqué par des accusations de corruption d’officiers romains par Jugurtha.

La guerre entre Jugurtha et Adherbal reprend en 112, lorsque Jugurtha attaque Adherbal, conquiert son territoire et l’assiège à Cirta, sa capitale. Adherbal se place sous la protection de Rome, mais les Romains, déjà engagés militairement ailleurs, se contentent d’envoyer une délégation négocier avec Jugurtha, sans aide militaire. Jugurtha finit par s’emparer de Cirta et tuer Adherbal, devenant le seul roi de Numidie.

Un autre petit-fils de Massinissa, Massiva, fils de Gulussa, a pris le parti d’Adherbal dans son conflit contre Jugurtha. Après la défaite d’Adherbal, il s’enfuit à Rome.

Jugurtha en guerre contre Rome

Après la conquête de Cirta, les troupes de Jugurtha massacrent des résidents de la ville, dont des Romains. Pour Rome, c’est une déclaration de guerre.

Les Romains réagissent en envoyant une armée en Numidie. Leur infanterie lourde ne fait cependant pas le poids face à la cavalerie légère numide. Il semble aussi que Jugurtha a soudoyé certains officiers pour se retirer. Les Romains furent obligés d’entamer des négociations de paix.

Le traité de paix est très favorable à Jugurtha, ce qui soulève de nouvelles suspicions de corruption. Le commandant romain local est rappelé à Rome pour répondre des accusations de corruption. Jugurtha obtient un sauf-conduit pour venir lui-même à Rome, afin de témoigner en faveur des accusés.

Arrivé à Rome, en 110, Jugurtha soudoie deux tribuns pour annuler le procès. Il profite aussi de son séjour à Rome pour faire assassiner son cousin Massiva, qu’il voyait comme un rival potentiel pour son trône. Le meurtre est exécuté par Bomilcar, l’homme de confiance de Jugurtha. Découvert, Bomilcar doit être jugé, mais Jugurtha le fait repartir secrètement en Numidie avant son procès. L’assassinat de Massiva ternira gravement la réputation de Jugurtha à Rome.

Cavalerie numide

De retour en Numidie, Jugurtha lance une insurrection à grande échelle contre la présence romaine dans son royaume. Rome envoie une armée pour le combattre, mais les troupes de Jugurtha, grâce à leur meilleure connaissance du terrain, ont l’avantage. En hiver 109, Jugurtha parvient à attirer les Romains dans le désert du Sahara, où il les attaque par surprise. La moitié des soldats romains sont massacrés et les survivants se rendent et sont renvoyés à Rome.

Le Sénat romain, qui n’avait pas vraiment pris la menace de Jugurtha au sérieux jusqu’ici (ou qui s’était laissé corrompre par ses pots-de-vin), envoie en Afrique le général Quintus Metellus, réputé pour son intégrité. Il commence par réorganiser l’armée, afin d’améliorer la formation des recrues et d’instaurer une meilleure discipline militaire. Au printemps 109, il mène son armée en Numidie. Cette fois, les Romains remportent quelques victoires, mais sans parvenir à capturer Jugurtha. Le roi de Numidie mène dès lors une campagne de guérilla, en profitant de sa maîtrise du terrain pour tendre des embuscades à l’ennemi, lui infligeant des pertes considérables.

Fin 109, Metellus, ayant capturé Bomilcar, le plus proche confident de Jugurtha, parvient à le convaincre de trahir son maître, en échange de la faveur de Rome. En 108, Bomilcar complote avec Nabdalsa, un autre noble numide, pour capturer ou tuer Jugurtha. Leur complot est découvert et Bomilcar exécuté.

Fin 108, Metellus parvient finalement à découvrir où se trouve Jugurtha. Il l’assiège dans sa forteresse et s’en empare, mais Jugurtha parvient à s’enfuir.

Après cette défaite, Jugurtha se réfugie à la cour du roi Bocchus de Maurétanie, dont il a épousé la fille. Metellus entame des négociations avec Bocchus, pour qu’il lui livre Jugurtha.

Caïus Marius

En 107, Metellus est remplacé par son adjoint, Caïus Marius. La première mesure prise par le nouveau commandant romain est de rompre les négociations avec Jugurtha, pour reprendre la guerre. Il s’empare de plusieurs villes perdues par son prédécesseur.

Ces conquêtes le rapprochent de plus en plus du territoire maurétanien. Bocchus, inquiet, se laisse convaincre par son gendre Jugurtha de s’engager directement dans la guerre à ses côtés.

En octobre 106, l’armée unifiée de Jugurtha et de Bocchus engage l’armée romaine dans la région désertique à l’Ouest de Setif. Les Romains, pris par surprise, n’ont pas le temps de s’organiser. Ils sont assiégés sur deux collines, mais parviennent à résister jusqu’à la nuit. Le lendemain matin, dès l’aube, alors que leurs ennemis dorment encore, les Romains attaquent leur camp, insuffisamment gardé, et les mettent en déroute. Jugurtha s’enfuit en Gétulie, tandis que Bocchus retourne dans son royaume. Les Romains s’emparent ensuite de Cirta, la capitale numide.

Jugurtha capturé

Malgré cette victoire, les Romains ont compris qu’il ne viendrait jamais à bout de Jugurtha et de ses tactiques de guérilla par la force militaire. Alors, Caïus Marius et son questeur Sylla reprennent les négociations avec Bocchus. Celui-ci, décrit par les historiens comme un roi fourbe et versatile, finit par accepter de trahir Jugurtha. En échange, il veut étendre son royaume sur la moitié occidentale de la Numidie.

En été 105, Bocchus reçoit Jugurtha à sa cour. L’invitation est un guet-apens : Jugurtha est capturé, enchaîné et livré aux Romains. Ses derniers compagnons sont ensuite massacrés par les Maurétaniens.

Par la suite

Pièce de monnaie romaine
A gauche : le triomphe de Sylla
A droite : Jugurtha enchaîné

Jugurtha et ses fils Iampsas et Oxyntas sont déportés à Rome, où ils défilent lors de la parade triomphale de Caïus Marius. Ensuite, Jugurtha est emprisonné dans le Tullianum, la fameuse prison romaine. Il est exécuté en 104.

Son fils Oxyntas a été libéré et exilé à Venusia, au Sud de l’Italie, où il jouera un rôle par la suite dans une guerre entre Rome et ses alliés en Italie.

Pour avoir livré Jugurtha, Bocchus a reçu le titre honorifique d’Amicus populi romani, ami du peuple romain. Il a aussi annexé la partie occidentale de la Numidie, avec pour ville principale Iol (Cherchell).

Les Romains ont choisi Gauda, un jeune demi-frère de Jugurtha, comme nouveau roi d’une Numidie amputée de la moitié de son territoire et plus que jamais dépendante de Rome.

Enfin, à Rome, la facilité avec laquelle Jugurtha a pu acheter les consciences des autorités civiles et militaires romaines pour arriver à ses fins, a révélé l’ampleur de la corruption politique dans la République romaine à cette époque. L’historien romain Salluste, qui a écrit un livre sur la guerre de Jugurtha, décrit ce problème comme un effet du déclin des valeurs traditionnelles romaines. L’Empire romain sera fondé par la suite afin de restaurer ces valeurs perdues.

Jugurtha aujourd’hui

Plus récemment, la figure de Jugurtha est devenue une icône de l’anticolonialisme et du nationalisme nord-africain, dont la lutte contre les Romains évoque la résistance aux invasions étrangères. L’écrivain algérien Jean Amrouche a écrit un essai, L’Eternel Jugurtha, qui présente Jugurtha comme l’incarnation de l’esprit nord-africain, l’« homme libre » (sens étymologique du terme Amazigh), toujours en révolte contre tous ceux qui veulent l’asservir.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Trois princes pour un royaume : la succession de Massinissa

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Après avoir unifié le Royaume de Numidie, le roi Massinissa a régné encore plus de cinquante ans. Après sa mort, à l’âge de 90 ans environ, ses trois fils se sont partagés le pouvoir royal : Micipsa, l’aîné, était chargé de l’administration du royaume, Gulussa commandait l’armée et Mastanabal administrait la justice.

Massinissa est mort en 148. Sa succession, en pleine Troisième Guerre Punique, préoccupe beaucoup les Romains, qui s’inquiètent de l’instabilité qu’un conflit de succession pourrait provoquer chez leur premier allié en Afrique. Alors, le général romain Scipion Emilien, que Massinissa avait chargé de la gestion de son patrimoine après sa mort, a réparti les pouvoirs royaux entre ses trois fils. Cette solution est peut-être inspirée d’une vieille coutume amazighe de partage du pouvoir entre trois chefs.

Pièce de monnaie à l’effigie de Micipsa

Micipsa, le fils aîné de Massinissa, a reçu comme héritage le palais de son père à Cirta, avec l’administration du royaume et la gestion du trésor royal. C’est à lui que Massinissa avait donné sa bague, symbole de puissance.

Pièces de monnaie à l’effigie de Gulussa

Gulussa, son deuxième fils, a reçu le commandement de l’armée. Il avait déjà une solide expérience guerrière, ayant participé aux campagnes de son père contre Carthage. Après la mort de Massinissa, les troupes de Gulussa ont participé au siège et à la destruction de Carthage.

Mastanabal

Mastanabal, le plus jeune, s’est fait connaître dans sa jeunesse en remportant la course de chars aux Jeux Panathénaïques. Il est le seul de ses frères à avoir reçu une éducation grecque. Puisqu’il a étudié le droit, il a reçu l’administration de la justice. Il était chargé aussi des relations avec les chefs vassaux.

Mastanabal est mort quelques années après cet accord de partage des pouvoirs, de maladie. On ne sait pas quand Gulussa est mort, mais la dédicace du temple de Massinissa à Dougga, en 139, ne mentionne que Micipsa, ce qui montre qu’il régnait déjà seul à ce moment-là. Rien n’indique qu’il y ait jamais eu de conflit entre les trois frères, ni que Micipsa aurait écarté les deux autres.

Inscription de Micipsa, à Cherchell

Micipsa et ses frères ont maintenu l’alliance de leur père avec Rome, mais avec moins d’enthousiasme que Massinissa. Ils ont cependant continué à envoyer des troupes pour soutenir les guerres romaines. Leur règne est marqué par l’installation en Numidie de plusieurs milliers de Carthaginois, qui ont fui Carthage après sa destruction par les Romains. Ces nouveaux arrivants ont contribué à l’enrichissement de la Numidie. La capitale du Royaume était toujours Cirta (Constantine), mais Iol (Cherchell) a été établie comme siège de la justice. Une fois qu’il règne seul, Micisca, paisiblement installé à Cirta, se consacre à l’art et à la culture.

Vers la fin de sa vie, Micipsa a pris ses dispositions pour qu’après sa mort, son royaume soit partagé entre ses deux fils, Hiempsal et Adherbal, et son neveu Jugurtha, un fils de Mastanabal. Dans le cadre de cet accord de succession, Micipsa a apparemment adopté Jugurtha.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Hiarbas : un roi numide dans l’Enéïde

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L’Enéïde est une épopée écrite par le poète romain Virgile, qui raconte le périple d’Enée, l’ancêtre légendaire du peuple romain, qui fuit les ruines de Troie, sa ville natale, en quête d’une terre inconnue, l’Italie, où les dieux lui ont révélé que sa descendance fonderait une nouvelle Troie : Rome, une ville destinée à dominer le monde. L’intrigue se déroule plus de 1000 ans avant la fondation de l’Empire romain, mais, par un habile jeu de typologie, elle fait référence aussi à des personnages et à des événements plus récents de l’histoire romaine. Un de ces personnages est Hiarbas, un roi nord-africain inspiré d’un roi numide historique.

D’après l’Enéïde, Hiarbas était le fils de Jupiter Hammon (une association entre le dieu suprême des Romains et des Phéniciens/Carthaginois) et d’une nymphe garamante, devenu roi des Gétules. Avant l’arrivée d’Enée à Carthage, il avait demandé Didon en mariage ; leur union aurait représenté la fusion entre les populations autochtones d’Afrique du Nord et les nouveaux arrivants Phéniciens. Didon avait cependant refusé sa demande en mariage, à cause de la promesse qu’elle avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier.

Lorsque Hiarbas apprend que Didon aime maintenant Enée, il est furieux et menace de les attaquer. Lorsqu’Enée l’abandonne, Didon lui dit qu’elle craint que Hiarbas vienne maintenant la prendre pour épouse de force.

D’autres poètes plus tardifs ont repris le personnage de Hiarbas, inventé par Virgile. Selon Ovide, Hiarbas a envahi Carthage après le suicide de Didon, une référence à la participation des rois de Numidie à la chute de Carthage.

Hiarbas porte le même nom qu’un personnage historique : Hierbas, qui s’est allié à des rebelles romains pour usurper le trône de Numidie, quelques dizaines d’années avant que Virgile n’écrive l’Enéïde. Le personnage de Hiarbas est clairement inspiré de ce personnage historique. Le fait que Virgile fasse de Hiarbas le roi des Gétules laisse à penser que le Hierbas historique était peut-être d’origine gétule.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

La guerre numido-carthaginoise : la dernière bataille de Carthage

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Le traité de paix conclu à la fin de la deuxième guerre punique impose à Carthage de payer de lourdes indemnités financières, sur une période de 50 ans, et lui interdit de mener une guerre sans l’autorisation du Sénat romain. Le roi Massinissa de Numidie en profite pour s’emparer de plus en plus de territoires carthaginois, sans que Carthage ne puisse se défendre. Près de 50 ans après sa défaite, Carthage, certainement encouragée par la levée prochaine des indemnités de guerre, finit par réagir.

Contexte

A l’approche de la fin du paiement des indemnités de guerre, l’élite carthaginoise est divisée sur la démarche à suivre. Une faction, héritière de Hannon le Grand (décédé en 193), veut mener une politique d’apaisement avec Rome. Une autre faction, menée par Hannibal l’Etourneau, favorise une collaboration plus étroite avec la Numidie de Massinissa. Une dernière faction, menée par Hamilcar le Samnite, aspire à rendre à Carthage sa gloire passée.

La guerre numido-carthaginoise

Carthage et le Royaume de Numidie

En 151, le parti nationaliste de Hamilcar le Samnite parvient à faire expulser de Carthage 40 membres du parti pro-numide. Ils s’enfuient à Cirta, à la cour de Massinissa. Le roi envoie ses deux fils, Micipsa et Gulussa, à Carthage, pour négocier le retour des exilés. Les autorités carthaginoises, exaspérées par les conquêtes successives de Massinissa, les renvoient. Hamilcar le Samnite tend même une embuscade à Gulussa et tue plusieurs membres de son escorte.

Un tel affront ne pouvait rester impuni : Massinissa assemble immédiatement son armée pour envahir le territoire carthaginois. Carthage lève une armée pour se défendre, en violation du traité de paix.

Juste avant la bataille, deux chefs numides, Suba et Asasis, font défection et rejoignent le camp carthaginois avec leurs 6000 cavaliers. Malgré ces renforts, l’armée carthaginoise est vaincue à la bataille d’Oroscopa.

Au même moment, le tribun romain Scipion Emilien rend visite à Massinissa pour obtenir des éléphants de guerre. Les Carthaginois font appel à lui pour négocier un armistice. Pour cela, Massinissa exige que les déserteurs numides lui soient livrés, mais Carthage refuse.

L’armée carthaginoise est trop affaiblie pour continuer les combats. Massinissa assiège les Carthaginois dans leur camp, cherchant à les affamer. Carthage sera contrainte de céder, en livrant les déserteurs numides et en autorisant le retour des exilés carthaginois.

Conséquences

Même si Carthage n’a pas perdu de territoires dans cette guerre, elle aura des conséquences désastreuses : lorsque la nouvelle arrive jusqu’à Rome, le Sénat romain menace Carthage de représailles pour sa violation du traité de paix.

Une délégation carthaginoise est envoyée à Rome en 149, pour tenter de négocier une solution pacifique. Un des membres cette délégation s’appelle Hamilcar, mais les sources ne précisent pas s’il s’agit du même Hamilcar qui est à l’origine de la reprise du conflit. La négociation échoue. Quelque temps après, l’armée romaine est aux portes de Carthage.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Mastanabal, champion de course de char

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Les chevaux d’Afrique du Nord étaient célèbres dans tout le monde antique pour leur vitesse et les cavaliers numides étaient de redoutables guerriers, craints de tous leurs ennemis. Mastanabal, le fils du roi Massinissa de Numidie, a remporté la course de chars aux Jeux panathénaïques, une compétition sportive organisée à Athènes.

Mastanabal est né à Cirta (Constantine), vers 190 avant notre ère. Son père, Massinissa, était le roi de Numidie. Son nom signifie « défenseur, protecteur ». Il a reçu une éducation grecque, un privilège rare pour un prince numide. Il étudie notamment le droit et la littérature grecque. Après la mort de son père, il lui succèdera comme roi, avec ses frères aînés Micipsa et Gulussa, et sera chargé d’administrer la justice dans le royaume. Par la suite, son fils Jugurtha mènera une révolte contre Rome.

Mastanabal était passionné d’équitation et possédait un haras de chevaux de race. Dans sa jeunesse, peut-être alors qu’il étudiait en Grèce, il a même participé aux Jeux panathénaïques, une des plus prestigieuses compétitions sportives du monde grec.

Les Panathénées étaient des festivités religieuses et sociales organisées tous les quatre ans par la cité d’Athènes. Comme aux Jeux olympiques, plusieurs épreuves sportives étaient proposées. On ne sait pas exactement en quelle année Mastanabal a participé à la course de chars, probablement en 168 ou 164. En tout cas, il a gagné la course sur l’hippodrome d’Athènes, devenant le premier champion d’une grande compétition sportive d’origine nord-africaine.

La participation aux Jeux panathénaïques était réservée aux nations que les Grecs considéraient comme civilisées. La participation de Mastanabal montre qu’à cette époque, la Numidie était pleinement reconnue comme faisant partie des grandes civilisations du monde antique.

Ce n’est pas la première fois que des chevaux originaires d’Afrique du Nord ont été primés lors d’une grande compétition sportive : le roi Arcésilas IV de Cyrène avait déjà remporté la course de chars aux Jeux pythiques de Delphes en 462, avec un attelage de chevaux libyens. Avec Mastanabal, c’est cependant la première fois que ces fiers coursiers étaient conduits par un cavalier natif de leurs terres.

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Le Royaume de Massinissa : l’âge d’or de la Numidie

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Après avoir aidé les Romains à vaincre Carthage, Massinissa s’empare du territoire de ses rivaux et devient le premier roi numide à unifier toute la Numidie sous son autorité. Son règne, qui durera plus de 50 ans, sera l’âge d’or du Royaume de Numidie.

Massinissa unifie la Numidie

Massinissa

Massinissa est né vers 238 avant notre ère. Son père, Gaïa, et le roi des Massyles, un royaume numide. Il a été élevé à Carthage, dont son père était un allié.

A l’âge de 17 ans, il prend le commandement de l’armée de son père. Alors que la deuxième guerre punique fait rage, il combat les Massaesyles, un royaume numide rival, allié à Rome. Ensuite, il rejoint ses alliés Carthaginois en Espagne, où, la tête de sa puissante cavalerie numide, il mène une redoutable campagne de guérilla contre les troupes romaines. Il était fiancé à Sophonisbe, la fille d’un général carthaginois.

Après la défaite des Carthaginois en Espagne, Massinissa, qui a entretemps succédé à son père comme roi des Massyles, comprend qu’il est dans son intérêt de rompre avec Carthage et de se rallier aux Romains. Après sa défection, les Carthaginois font alliance avec son rival, Syphax, le roi des Massaesyles, et lui donnent pour épouse Sophonisbe, la fiancée de Massinissa.

Massinissa et son armée rejoignent les troupes romaines débarquées en Afrique. Ensemble, ils infligent une défaite décisive aux Carthaginois et aux Massaesyles. Syphax est fait prisonnier. Massinissa continue de combattre son fils Vermina, qui lui succède, jusqu’à s’emparer de son Royaume. Ainsi, il devient le premier à réaliser l’ambition de ses ancêtres : unifier la Numidie. En 202, il fonde le Royaume de Numidie, avec pour capitale Cirta (Constantine), l’ancienne capitale des Massaesyles.

Pendant les prochaines années, il se lance dans la conquête des possessions carthaginoises en Libye, où il estime que Carthage occupe les terres de ses ancêtres.

Le royaume de Massinissa

Le Royaume de Numidie à l’époque de Massinissa

Massinissa règne sur la Numidie pendant plus de 50 ans. C’était un chef charismatique, de haute taille, un guerrier vigoureux qui a continué à participer aux combats même alors qu’il était très âgé. Toute sa vie, il est resté un fidèle allié des Romains.

Le principal accomplissement de Massinissa est le développement de l’agriculture : alors que les tribus numides avant lui étaient semi-nomades, Massinissa a mis au point un système de grands domaines royaux, qui produisaient du blé à grande échelle. Il a aussi développé la culture des oliviers et de la vigne. Cette politique a accéléré la sédentarisation de la population. Pendant l’ère romaine, la Numidie était le grenier à blé de l’Empire.

Statue d’Apollon, à Iol (Cherchell)

Massinissa a aussi favorisé la diffusion des arts et de la culture dans son Royaume. Ses influences sont à la fois puniques et romaines. Après la destruction de Carthage, Massinissa reçoit les manuscrits puniques qui ont été sauvés des flammes par les légions romaines. Il développe aussi des liens avec le monde hellénique, au point où une communauté grecque s’installe à Cirta. Un de ses fils, Mastanabal, a reçu une éducation grecque. La participation de Mastanabal aux Jeux Panathénaïques, où il a remporté la course de chars, est le meilleur signe que la Numidie était pleinement intégrée au cercle des grandes civilisations du monde antique.

Le tombeau de Massinissa, à El Khroub, dans la wilaya de Constantine

Vers la fin de sa vie, Massinissa ambitionne de conquérir Carthage pour en faire sa capitale. La décision romaine de détruire Carthage était probablement motivée en partie par leur crainte de voir leur allié devenir trop puissant pour eux.

Massinissa meurt en 148, à l’âge de 90 ans. Après sa mort, ses trois fils se partagent ses pouvoirs royaux : Micipsa, l’aîné, est chargé de l’administration du royaume, Gulussa est commandant de l’armée et Mastanabal administre la justice.