Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Juifs en Afrique du Nord

Tafaska : le nom amazigh de l’Aïd al-Adha, dérivé de la Pâque

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Aïd al-Adha (عيد الأضحى), la fête du sacrifice, qui commémore le sacrifice d’Abraham, le « Père des croyants », est la principale fête religieuse musulmane, à l’occasion de laquelle les familles sacrifient un mouton. En tamazight, cette fête est appelée « Tafaska », un nom directement inspiré d’une fête dont les Amazighs étaient déjà familiers bien avant l’islam : la Pâque. En Afrique de l’Ouest, ce nom est devenu « Tabaski ».

Le sacrifice d’Abraham

Les textes sacrés racontent comment Dieu a ordonné à Abraham (Ibrahim) de lui offrir son fils en sacrifice. Abraham, obéissant, s’est mis en route avec son fils. Au dernier moment, alors qu’Abraham s’apprêtait à tuer son fils, un ange l’a arrêté, en lui disant que son obéissance à Dieu, jusqu’à lui sacrifier même ce qu’il avait de plus cher, était suffisante pour montrer que son cœur était entièrement attaché à Dieu. Abraham a ensuite sacrifié le bélier à la place de son fils.

Le sacrifice d’Abraham, mentionné à la fois dans la Torah et dans le Coran, est un épisode fondamental de l’histoire sacrée des trois grandes religions monothéistes. Abraham est présenté comme un modèle de foi et d’obéissance à Dieu. Afin de commémorer le sacrifice d’Abraham, les familles musulmanes sacrifient un mouton pour l’Aïd al-Adha, le 10° jour du mois islamique de Dhou al-Hijjah.

Le sacrifice de la Pâque

En tamazight, la langue des populations autochtones d’Afrique du Nord, cette fête s’appelle Tafaska (ⵜⴰⴼⴰⵙⴽⴰ). Bien avant l’arrivée des premiers musulmans, les anciens Amazighs étaient familiers d’une autre communauté qui vivait parmi eux, qui croyait aussi en un Dieu unique et célébrait également une fête religieuse à l’occasion de laquelle ils sacrifiaient un mouton : les Juifs. Le nom « Tafaska » est certainement dérivé de la Pâque, une fête à la fois juive et chrétienne.

Main de Myriam, khamsa juive nord-africaine – D’après une tradition, les Hébreux ont dessiné une main en traces de sang sur leurs portes

La Pâque juive, en hébreu Pessah (פֶּסַח), « passage », commémore la délivrance des Israélites de l’esclavage en Egypte, par le prophète Moïse (Musa). La veille de leur sortie d’Egypte, Dieu a dit à Moïse de demander à tous les membres de son peuple de sacrifier un agneau et de répandre son sang sur les portes de leurs maisons. La nuit suivante, Dieu a envoyé l’ange de la mort pour tuer tous les fils premiers-nés des Egyptiens, mais il « passa » les maisons des Hébreux, qui avaient du sang de l’agneau pascal sur leurs portes, sans y entrer.

Les Amazighs d’Afrique du Nord, qui voyaient leurs voisins Juifs sacrifier un agneau tous les ans pour la Pâque, ont fait le lien avec la coutume des nouveaux arrivants musulmans. La transformation de la lettre P en F est courante pour les mots tamazight empruntés au latin (par ex. pullus (poulet) / afullus).

Dans l’Evangile, Christ est appelé l’Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde

A l’époque de l’arrivée de l’islam en Afrique du Nord, la plupart des habitants de la région étaient juifs ou chrétiens. Pour les Amazighs chrétiens, le sacrifice d’Abraham comme celui de la Pâque juive étaient des images d’un autre sacrifice : celui de Christ, sur la croix, pour racheter l’humanité du péché. La Pâque chrétienne est la fête de la résurrection de Christ, plus que de sa mort. Pour cette raison, les chrétiens n’offrent plus de sacrifices, parce qu’ils voient en la mort rédemptrice de Christ le sacrifice parfait, accompli une fois pour toutes. Les chrétiens d’Afrique du Nord étaient cependant toujours familiers des sacrifices d’animaux, même s’ils ne les pratiquaient plus.

Tafaska dans l’histoire

Le nom de Tafaska (ou Faska) s’est enraciné très tôt parmi les tribus amazighes, dont la langue était apparentée aux dialectes tamazight actuels. Il semble même y avoir eu des personnes qui portaient ce nom : ainsi, Abou Hafs Omar el Hintati, le chef de la puissante tribu Hintata des montagnes du Haut-Atlas, s’appelait à l’origine Faskat u Mzal Inti, avant que Ibn Toumert, le chef spirituel des Almohades, ne lui donne le nom d’Abou Hafs, d’après un compagnon du Prophète Mohammed, pour le remercier de sa fidélité. Ses descendants, les Bani Hafs, devinrent les fondateurs de la dynastie hafside, en Ifriqiya.

Avec l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest, Tafaska est devenue Tabaski, d’abord en wolof, la langue d’une des premières ethnies subsahariennes converties à l’islam, puis pour tous les musulmans d’Afrique subsaharienne.

Le fait que les musulmans du Sud du Sahara aient adopté le nom amazigh, plutôt que le nom arabe, de la fête, s’explique par la présence de tribus nomades Sanhadja (Iznaguen ⵉⵥⵏⴰⴳⵏ) jusqu’aux environs du fleuve Sénégal. Leur vocation commerciale et leur monopole sur le commerce de l’or les rendait très influents dans les villes caravanières au Sud du Sahara. Le nom du fleuve Sénégal, ainsi que de l’Etat moderne du Sénégal, pourrait d’ailleurs venir des Sanhadja, dont le nom a été transcrit « Zenaga » par les premiers cartographes européens.

Par la suite, la dynastie almoravide, également d’origine amazighe sanhadja, a conquis Aoudaghost, dans le Royaume du Ghana, en 1054, étendant sa domination jusqu’au fleuve Sénégal. L’émir almoravide Abou Bakr ibn Omar est mort dans la région du Tagant, en Mauritanie actuelle, laissant derrière lui sa femme toucouleure enceinte de leur fils, Ndiadiane Ndiaye, qui, d’après la légende, est devenu le fondateur de l’Empire du Djolof, au Sénégal. Les Almoravides ont joué un rôle important dans l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest et la légende de Ndiadiane Ndiaye illustre bien les liens étroits entre dynasties amazighes et royaumes musulmans d’Afrique de l’Ouest.

Aïd moubarak saïd à tous nos lecteurs !!!

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La femme du roi Salomon : une princesse libyenne ?

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Le grand roi Salomon, considéré comme l’homme le plus sage du monde antique, aurait épousé une fille de Pharaon, le roi d’Egypte. Or, l’époque de Salomon coïncide avec celle des premiers Pharaons d’origine amazighe libyenne. Qui était la princesse égyptienne qui a épousé Salomon ? Se pourrait-il qu’elle était d’origine amazighe ?

Salomon et son épouse, la fille de Pharaon (créé par ChatGPT)

Salomon était le troisième roi du Royaume d’Israël. Son règne représente l’apogée de la nation hébraïque. Son père David, à qui il a succédé, ayant fait beaucoup de conquêtes, il règne sur un vaste territoire qui s’étend sur les deux rives du Jourdain. Il est connu surtout pour avoir construit le Temple de Jérusalem, le cœur du culte du Dieu unique pendant l’Antiquité. Salomon et son père David sont considérés comme des prophètes dans les religions juive, chrétienne et musulmane.

Voici le récit du mariage de Salomon avec la fille de Pharaon : « Salomon s’allia par mariage avec Pharaon, roi d’Égypte. Il prit pour femme la fille de Pharaon, et il l’amena dans la ville de David, jusqu’à ce qu’il eût achevé de bâtir sa maison, la maison de l’Éternel, et le mur d’enceinte de Jérusalem. » (La Bible, 1 Rois 3 v 1) D’après la tradition juive, elle s’est convertie au judaïsme.

Sphinx de Siamon

Qui est le Pharaon dont Salomon a épousé la fille ? Le texte ne mentionne pas son nom. Les historiens estiment que Salomon a régné pendant 40 ans, de 970 à 931 avant notre ère. Il y a eu trois Pharaons qui ont régné en même temps que lui : Siamon/Neterkheperre (986-967), Psousennès (967-943) et Sheshonq Ier (943-922). Toutes ces dates, à une époque si ancienne, sont évidemment approximatives. La plupart des spécialistes pensent que Salomon a épousé la fille de Siamon, mais Psousennès est également plausible ; Sheshonq est plus improbable, car il n’a commencé à régner que vers la fin du règne de Salomon.

Plusieurs Pharaons de cette époque étaient d’origine amazighe libyenne. Osorkon l’Ancien (992-986), le prédécesseur de Siamon, était le premier Pharaon d’origine libyenne. Siamon et Psousennès n’étaient pas Libyens. Cependant, Karimala, la fille d’Osorkon l’Ancien, est décrite comme à la fois « fille de roi » et « épouse de roi » dans une inscription retrouvée dans un temple. Elle a probablement été l’épouse, soit de Siamon, soit de Psousennès. Si c’est leur fille que Salomon a épousée, elle aurait donc été à moitié libyenne. Enfin, Sheshonq Ier, le neveu d’Osorkon l’Ancien, a fondé la 22° dynastie, d’origine libyenne.

Tombeau de la fille de Pharaon, à Jérusalem

On voit donc que, même si on ne sait pas quel Pharaon était le père de l’épouse de Salomon, il est possible qu’elle était d’origine libyenne.

Après la mort de Salomon, son royaume a été divisé. Le Pharaon Sheshonq Ier a envahi le territoire de son fils Roboam et pillé les trésors du Temple de Jérusalem et du palais royal. La mention biblique de Sheshonq Ier (sous le nom de Shishak) pourrait être la première référence écrite aux Amazighs et l’année (approximative) de son accès au trône a été adopté comme « an 0 » du calendrier amazigh moderne.

L'Afrique du Nord romaine, Les Juifs en Afrique du Nord

La guerre de Kitos : un soulèvement juif en Cyrénaïque

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En 115-117, la communauté juive de Cyrène se révolte contre le pouvoir romain. Le soulèvement s’étend à toute la Cyrénaïque, puis en Egypte, en Chypre et jusqu’en Palestine. Lucius Quietus, un général romain d’origine maure, est chargé de réprimer les insurgés.

Contexte

Depuis la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70, les Juifs n’ont plus de capitale nationale. La plupart des Juifs vivent toujours en Palestine, d’autres sont dispersés dans tout l’Empire romain et au-delà. Les communautés juives d’Alexandrie et de Cyrène, qui remontent à l’époque des Ptolémée, sont parmi les plus nombreuses et influentes de l’Empire.

A cette époque, les Juifs se soulèvent régulièrement contre l’occupation romaine de leur patrie. La révolte de 115-117 est surtout une révolte des Juifs de la diaspora, ceux de Palestine n’étaient que peu impliqués. Dans l’histoire juive, elle est appelée Mered ha-galuyot (מרד הגלויות), la « révolte de la diaspora ».

Cette révolte est connue aujourd’hui sous le nom de « guerre de Kitos », une déformation du nom de Lucius Quietus, le général romain (d’origine maure) qui l’a réprimée.

La révolte

Carte de la guerre de Kitos (Source)

En 115, l’Empereur romain Trajan est en campagne militaire contre l’Empire perse. Pour cela, il a réquisitionné la plus grande partie des troupes stationnées dans les régions orientales de l’Empire, en ne laissant que peu de soldats dans chaque ville… un contexte idéal pour une révolte.

Les Juifs de Cyrène, mené par un certain Lukuas, se soulèvent et massacrent les légions romaines restées dans la ville. Ils détruisent beaucoup de temples, ainsi que des bâtiments civils symboles de l’occupation romaine, comme la basilique et les bains publics. Lukuas se proclame « roi des Juifs ».

Après avoir pris le contrôle de toute la Cyrénaïque, les insurgés se dirigent vers Alexandrie. Le gouverneur romain abandonne la ville avant leur arrivée. Les insurgés entrent dans la ville et détruisent des temples et le tombeau de Pompée.

Pendant ce temps, en Orient, l’Empereur Trajan a conquis plusieurs villes qui appartenaient à l’Empire perse, comme Edesse (Şanlıurfa), Nisibe (Nusaybin), Séleucie et Arbela (Erbil). Chacune de ces villes avaient une forte communauté juive. Encouragés par le soulèvement en Cyrène, les Juifs de ces villes se révoltent dès le départ de l’Empereur et massacrent les garnisons romaines restées sur place.

En 117, les Juifs de Chypre, menés par Artemion, se rebellent à leur tour. Ils massacrent les troupes romaines stationnées sur l’île, avec des civils grecs.

La répression

Lucius Quietus et sa cavalerie, sur la colonne de Trajan, à Rome

Pour réprimer la révolte, Trajan fait appel à un de ses meilleurs généraux : Lucius Quietus, le fils d’un chef de tribu maure qui a aidé les Romains à s’emparer de la Maurétanie.

Lucius Quietus mène une campagne victorieuse pour reprendre les villes insurgées en Orient. Pendant ce temps, un autre général romain, Marcius Turbo, reprend le contrôle de l’Egypte, de Chypre et de la Cyrénaïque.

Lukuas, le chef des insurgés, s’enfuit en Palestine, poursuivi par Marcius Turbo. Les derniers insurgés se réfugient dans la ville de Lydde (Lod). Lucius Quietus, entretemps nommé gouverneur de la province romaine de Judée, assiège Lydde. La ville tombe et les insurgés sont massacrés.

Conséquences

Cette insurrection a causé plus de 200 000 morts en Cyrénaïque. La ville de Cyrène a été saccagée par les insurgés et presque tous les bâtiments ont été détruits. La reconstruction de la ville a pris plusieurs décennies.

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs amazighs : des tribus converties au judaïsme ?

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L’historien musulman médiéval Ibn Khaldoun affirme qu’un certain nombre de tribus amazighes se sont converties au judaïsme pendant l’ère romaine et que ces tribus amazighes judaïsées étaient encore présentes en Afrique du Nord au moment des conquêtes arabes. Qu’en penser ? A-t-on des traces de telles conversions ?

Ibn Khaldoun

Aucune preuve archéologique de la conversion au judaïsme de tribus amazighes ne subsiste, ce qui n’a cependant rien de surprenant, étant donné que l’histoire des tribus de l’Atlas et du Sahara est assez peu documentée. On sait cependant que des Juifs vivaient parmi ces tribus.

Quand ces conversions auraient-elles eu lieu ? Après la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, au 6° Siècle, les Byzantins ont imposé des restrictions aux Juifs de Carthage et des autres villes sous leur contrôle. Beaucoup de Juifs persécutés ont alors fui ces villes pour aller vivre parmi les tribus amazighes des montagnes et du désert. Si certaines de ces tribus ont été gagnées par leur prosélytisme, c’est probablement à ce moment-là. Certains spécialistes suggèrent que ces conversions auraient pu commencer quatre siècles plus tôt, dans le désert libyen, avec les Juifs de Cyrène qui fuyaient la répression de la révolte de Kitos. La figure du « prophète » amazigh Moshe ben Shelah (mentionné par Ibn Khaldoun sous le nom de Moussa ibn Salah) indique une influence juive encore plus ancienne.

La religion de la fameuse Dihya (Kahina), la reine des Aurès qui a mené la résistance contre les conquérants Arabes, est débattue : selon certaines sources (notamment Ibn Khaldoun), elle était issue d’une tribu amazighe judaïsée, tandis que d’autres sources affirment qu’elle était chrétienne. Il est possible aussi que sa tribu se soit d’abord convertie au judaïsme, puis au christianisme.

L’existence de tribus juives amazighes est aujourd’hui contestée par les spécialistes, notamment parce que le témoignage d’Ibn Khaldoun est tardif, il écrit plusieurs siècles après les faits. L’islamologue tunisien Mohamed Talbi a noté aussi que la traduction française d’Ibn Khaldoun est inexacte : elle ne prend pas en compte le caractère conditionnel de son récit. Par ailleurs, l’archéologue français Gabriel Camps a démontré que les tribus jarawa et nefzaoua, mentionnées par Ibn Khaldoun comme juives, étaient chrétiennes avant l’arrivée de l’islam.

On peut donc conclure que, s’il y a certainement eu des conversions individuelles, peut-être même de petits groupes au niveau local, la conversion massive de tribus entières est plus improbable.

En tout cas, des études génétiques récentes ont démontré que les Juifs Nord-Africains ont un patrimoine génétique distinct du reste de la population nord-africaine, mais plus proche de celui des Juifs d’Europe et du Moyen-Orient. Il n’y a donc aucun doute que la grande majorité des Juifs Nord-Africains descendent de Juifs originaires de Palestine. L’apport amazigh existe, mais il n’est pas déterminant au niveau génétique.

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs troglodytes du désert libyen

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Depuis l’Antiquité, des communautés juives installées dans le désert vivaient une vie entièrement souterraine : leurs maisons, et même leurs synagogues, sont des grottes creusées ! Les plus connus sont ceux du plateau de Gharyan, à l’Ouest de la Libye, appelés djebalia dans le dialecte local.

L’existence de Juifs troglodytes est attestée depuis l’Antiquité : ils sont mentionnés par l’historien juif Flavius Josèphe. De telles communautés ont vécu pendant des siècles dans les régions désertiques de la Libye, de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc actuels. Les seules qui ont survécu jusqu’à l’ère moderne sont celles de Gharyan et, dans une moindre mesure, celles des monts de Matmata, en Tunisie.

La description la plus détaillée de la vie des communautés juives troglodytes du Gharyan est celle de l’archéologue Nahum Slouschz, en 1906. Leur habitat souterrain était centré sur une cour, qui servait d’étable, d’atelier pour les artisans et de cuisine. Les logements individuels sont des compartiments creusés dans les murs de ces cours. Même les synagogues sont construites sous la terre, seuls les cimetières sont en surface.

Comme les Juifs du Mzab, les Juifs de Gharyan étaient arabophones dans une région largement amazighophone.

Après l’invasion de Tripoli par l’Espagne, en 1510, 800 Juifs de Tripoli ont fui à Gharyan et dans les environs. Au cours des siècles suivants, beaucoup de Juifs de Gharyan ont migré vers Tripoli, les autres villes côtières libyennes et Gabès, en Tunisie. Au début du 20° Siècle, il y avait encore entre 2000 et 2500 Juifs dans le Jebel Nefoussa. Comme les autres Juifs libyens, ils ont émigré au cours du 20° Siècle.

Certains noms de famille courants dans la communauté juive nord-africaine, comme Fitoussi, Gallula, Ankri, Magaïdes, Sitruk, Djebali, Gharyani ou Sroussi, correspondent à des toponymes du Jebel Nefoussa. Cela montre que ces familles ont des origines nefoussies.

Aujourd’hui, les communautés juives troglodytes n’existent plus. Certaines de leurs grottes sont louées comme gîtes touristiques par les habitants de la région.

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs Marocains : une histoire millénaire

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Les Juifs Marocains, la communauté juive la plus nombreuse du monde musulman, sont une minorité influente et respectée. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de cette communauté, qui est présente au Maroc depuis l’Antiquité pré-romaine.

Les premiers Juifs se sont probablement installés au Maroc actuel dès l’époque de la conquête de Jérusalem par les Babyloniens, en 586 avant notre ère. La plus ancienne communauté juive documentée au Maroc actuel est celle d’Ifrane Atlas-Sghir, dans la province de Guelmim, qui remonte à l’an -361. Si ces Juifs sont parvenus si loin vers le Sud, ils étaient forcément présents aussi plus au Nord.

Vers -150, une vague de persécution contre les Juifs de Cyrène a poussé un certain nombre d’entre eux à fuir. Arrivés à Tingis (Tanger) par la mer, ils se sont installés dans les montagnes du Rif et de l’Atlas.

A Volubilis, capitale historique du Royaume de Maurétanie, des inscriptions funéraires attestent de la présence d’une communauté juive, dès le 2° Siècle avant notre ère.

Epitaphe du fondateur de la synagogue de Volubilis

La présence juive au Maroc actuel s’est beaucoup multipliée à l’ère romaine, surtout après la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70 de notre ère. A Volubilis, une synagogue a été construite au 3° Siècle après notre ère, attestée par une inscription funéraire en l’honneur de son fondateur, un certain Caecilianos. L’emplacement de cette synagogue sur le site archéologique de Volubilis est inconnu. Il y avait aussi une communauté juive à Tingis, Lixus (Larache) et Sala (Salé), ainsi qu’à Azemmour, au-delà des frontières de la Maurétanie romaine.

En 429, les Vandales envahissent la Maurétanie depuis l’Espagne et entament leur conquête de l’Afrique du Nord. Les Juifs, qui subissaient de plus en plus de restrictions dans l’Empire romain chrétien, soutiennent l’invasion vandale, qui leur assure la liberté religieuse.

Au 7° Siècle, beaucoup de Juifs d’Espagne s’installent au Maroc actuel, pour fuir les persécutions des rois Visigoths d’Espagne, devenus catholiques.

Au moment des conquêtes arabo-musulmanes, les Juifs combattent l’envahisseur aux côtés des Amazighs chrétiens et païens. Dans la période agitée qui suit la Révolte berbère de 743, des communautés juives vivent dans la capitale des nouveaux Royaumes kharijites, comme Sijilmassa et Tlemcen. Selon certaines sources, Tarif al-Matghari, le fondateur de la confédération berghouata, était d’origine juive. Des Juifs, originaires d’Andalousie ou de Kairouan, faisaient partie aussi des tout premiers habitants de la ville de Fès, après sa fondation par les Idrissides ; plusieurs familles juives vivaient déjà dans la région avant l’arrivée de Moulay Idriss.

Ancien drapeau de l’Empire chérifien, avec l’étoile de David

Depuis lors, la communauté juive a joué un rôle important dans tous les royaumes qui se sont succédés dans la région. Après la reconquête de l’Espagne par les Royaumes chrétiens, beaucoup de musulmans et de Juifs expulsés d’Espagne se sont installés au Maroc, surtout dans la région de Fès, Meknès et Tetouan. En plus des villes déjà mentionnées, deux autres importants centres juifs marocains sont Sefrou et Essaouira.

Pendant la 2° Guerre Mondiale, alors que le Maroc était sous protectorat français, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, a protégé les Juifs marocains contre les mesures discriminatoires du gouvernement de Vichy, en déclarant publiquement qu’il ne faisait aucune différence entre ses sujets juifs et musulmans.

André Azoulay

Aujourd’hui, il y a environ 2000 Juifs au Maroc, qui vivent surtout à Casablanca, Marrakech et Fès. Même si leur nombre a beaucoup diminué au 20° Siècle, ils demeurent la plus grande communauté juive en Afrique du Nord et dans le monde musulman. L’Etat a également entrepris beaucoup d’efforts afin de mettre en valeur le patrimoine culturel juif marocain. Le Juif Marocain le plus influent est André Azoulay, conseiller des rois Hassan II et Mohamed VI, né le 17 avril 1941 à Mogador (aujourd’hui Essaouira). Sa fille Audrey Azoulay est actuellement directrice générale de l’Unesco. Un autre Juif Marocain connu, bien que converti au christianisme, est l’humoriste Gad Elmaleh.

Pour en savoir plus :

Mimouna, association pour la promotion de l’héritage juif marocain

Musée du judaïsme marocain

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs en Afrique romaine

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Avant l’ère romaine, la population juive en Afrique du Nord était assez peu nombreuse, en dehors des grands centres juifs comme Alexandrie, Cyrène et Djerba. Elle s’est multipliée après la destruction du Temple de Jérusalem, lorsque beaucoup de Juifs ont fui la Palestine pour s’installer ailleurs.

Contexte

La Judée était d’abord un royaume client de Rome, sous Hérode le Grand et ses fils, puis une province romaine, depuis l’an 6 de notre ère. Les Juifs jouissaient d’un certain nombre de privilèges. Ils étaient notamment dispensés de participer au culte impérial : ils devaient seulement offrir un sacrifice annuel accompagné d’une prière pour l’Empereur dans leur Temple à Jérusalem.

Après la destruction du Temple de Jérusalem, les Romains pillent la menorah et les objets sacrés du culte juif – Arc de Titus, Rome

En 66, les Juifs se révoltent contre l’occupation romaine. En 70, l’armée romaine assiège Jérusalem. Après quatre mois de siège, la ville et son Temple sont détruits.

Une nouvelle révolte juive, la révolte de Bar Kokhba, a eu lieu en 132-136. Après cette révolte, les dernières populations juives restées en Palestine ont été exilées.

Les Juifs en Afrique romaine

Carte des principales communautés juives d’Afrique du Nord romaine

La plupart des Juifs installés en Afrique du Nord pendant l’ère romaine étaient des réfugiés, exilés de la terre de leurs ancêtres. Ils étaient hostiles aux Romains, qui avaient détruit leur Temple et les avaient chassés de leur patrie. Les Amazighs au milieu desquels ils s’installaient étaient solidaires de leur sort, car ils souffraient également sous l’occupation romaine.

Les Juifs d’Afrique du Nord se sont retrouvés en concurrence avec le christianisme naissant. Des auteurs chrétiens comme Tertullien de Carthage, Cyprien de Carthage et Augustin d’Hippone ont écrit des ouvrages polémiques contre la foi juive.

En Afrique proconsulaire

La communauté juive de Carthage, la grande mégalopole nord-africaine, était la plus grande en Afrique romaine. Les Juifs de Carthage sont probablement à l’origine des communautés juives dans d’autres villes d’Afrique proconsulaire.

Une présence juive est attestée dans d’autres villes de la province : Utique, Hadrumetum (Sousse), Oea (Tripoli) et Leptis Magna.

Enfin, une ancienne carte romaine mentionne l’existence d’un domaine impérial, appelé Locus Iudaeorum Augusti (site des Juifs d’Auguste), tout à l’Est de la province, à côté de Syrte. On ne sait rien de plus sur comment ces Juifs, probablement esclaves de l’Empereur, ont été installés là. (Source)

En Numidie

Contrairement à la Maurétanie, la Numidie n’avait pas de population juive connue avant l’ère romaine, certainement à cause de l’absence d’un port important entre Carthage et Tingis. L’historien français d’origine juive algérienne Richard Ayoun, dans son livre Les Juifs d’Algérie. 2000 ans d’histoire, parle d’une présence juive « incontestable » à Cirta (Constantine), Hippone (Annaba), Igilgili (Jigel), Iol (Cherchell), Icosium (Alger), Médea et Gunugu (Gouraya), dès avant la conquête romaine. C’est possible, mais aucune preuve archéologique ne l’atteste.

La présence d’une communauté juive à Cirta est attestée dès le 1er Siècle de notre ère, par des épitaphes (en langue latine). Elle existait probablement déjà avant la destruction de Jérusalem et a augmenté après.

La communauté juive d’Hippone est mentionnée par l’évêque chrétien Augustin d’Hippone.

En Maurétanie césarienne

Le roi Juba II a épousé Glaphyra, la veuve d’Alexandre, le fils du roi de Judée Hérode le Grand. Même si Glaphyra n’était pas elle-même juive, une influence juive à sa cour, après leur mariage, est possible.

La communauté juive de Césarée (Cherchell) est attestée dès le 2° Siècle. La synagogue de Sitifis (Setif) date du 3° Siècle. Il y en avait une autre à Auzia (Sour el Ghozlane), à la même époque. La synagogue de Tipasa (Tipaza) a été construite au 4° Siècle.

Plus au Sud, une communauté juive vivait dans la région du Touat, dans le Sahara algérien, au moins depuis le 5° Siècle.

La Maurétanie tingitane

La Maurétanie avait déjà une communauté juive avant l’ère romaine, à Volubilis et dans les montagnes du Rif et de l’Atlas.

Cette présence juive se multipliera à l’ère romaine, notamment à Tingis, la nouvelle capitale provinciale, et à Volubilis. La synagogue de Volubilis date du 3° Siècle. L’existence d’une communauté juive à Sala (Salé) est également attestée.

Les Juifs en Afrique du Nord

Histoire des Juifs de Carthage

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La communauté juive de Carthage, la grande mégalopole nord-africaine, a prospéré surtout pendant l’ère romaine. Son histoire peut être divisée en trois parties : l’ancienne Carthage, avant sa destruction par les Romains, la nouvelle Carthage romaine et Carthage après l’ère romaine.

Grande synagogue de Tunis

L’ancienne Carthage

L’historien juif Flavius Josèphe affirme que des Juifs ont participé, aux côtés des Phéniciens, à la fondation de Carthage. Les Hébreux étaient voisins des Phéniciens et la Bible hébraïque rapporte que le roi Salomon a entrepris des expéditions maritimes avec Hiram, roi de Tyr, la ville-Etat phénicienne qui a fondé Carthage. S’il y avait effectivement des Juifs parmi les tout premiers habitants de Carthage, ils se sont cependant vite assimilés à la population phénicienne et ont cessé de pratiquer leur religion.

Carthage est parfois associée à Tarsis, un lieu mentionné à plusieurs reprises dans la Bible hébraïque, avec lequel les anciens Hébreux faisaient du commerce. En fait, Tarsis est probablement Tartessos, en Espagne. Les navires hébreux qui faisaient du commerce avec Tartessos passaient cependant certainement par le port de Carthage.

D’autres Juifs sont arrivés à Carthage après la conquête de leur patrie par les Babyloniens, en 586 avant notre ère. La communauté juive de Djerba, la plus ancienne en Afrique du Nord, remonte à cette époque. Aucun vestige archéologique d’une présence juive dans l’ancienne Carthage ne subsiste, mais la plupart des spécialistes pensent que l’existence de petites communautés juives installées à Carthage, ainsi que dans d’autres villes puniques, est probable.

La nouvelle Carthage romaine

La nécropole juive de Gammarth

Après la reconstruction de Carthage par les Romains, de nouvelles populations juives se sont installées dans la ville, surtout après la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70 de notre ère. Des inscriptions remontant au 2° Siècle constituent la plus ancienne preuve archéologique d’une présence juive à Carthage.

L’écrivain chrétien Tertullien de Carthage mentionne la présence d’une communauté juive dans la ville, qu’il décrit comme une « source de persécution » contre les chrétiens carthaginois. Il s’agit cependant probablement plus d’une opposition idéologique que de persécutions violentes. D’autres remarques de Tertullien montrent qu’il avait néanmoins un certain respect envers les Juifs, pour leur foi profonde, leur intégrité morale et leur refus de l’idolâtrie.

Le Talmud mentionne les noms de quatre rabbins de Carthage, dont le plus connu est Rabbi Abba. Pour certaines de ses références, les spécialistes ne sont cependant pas certains s’il s’agit de Carthage, en Afrique du Nord, ou de Carthago Nova (Carthagène), en Espagne, une ville qui avait une communauté juive florissante.

La principale découverte archéologique liée à la communauté juive de Carthage est certainement la nécropole de Gammarth, qui remonte au début du 3° Siècle. Cette nécropole contient 105 chambres funéraires, où jusqu’à 1500 personnes auraient pu être enterrées. L’identité juive de la nécropole est attestée par de nombreux symboles juifs.

Carthage après l’ère romaine

En 439, les Vandales envahissent Carthage et en font la capitale de leur Royaume en Afrique du Nord. Les Juifs, qui subissaient de plus en plus de restrictions dans l’Empire romain chrétien, soutiennent l’invasion vandale. Les rois vandales leur garantissent la liberté religieuse.

D’après certaines sources, le roi vandale Genséric, après avoir pillé Rome en 455, a emporté avec lui à Carthage les ustensiles sacrés du Temple de Jérusalem qui se trouvaient dans le trésor de la ville. Après la reconquête de Carthage par les Byzantins, en 533, le général byzantin Bélisaire les a faits transporter à Constantinople, d’où ils ont ensuite été renvoyés à Jérusalem.

Si les Juifs jouissaient de la liberté religieuse sous les Vandales, la reconquête byzantine marque une période de persécution, avec des restrictions à leur culte et des conversions forcées au christianisme. Pour les Juifs, comme pour les minorités chrétiennes dissidentes nombreuses en Afrique du Nord, la conquête arabo-musulmane était donc d’abord un soulagement.

Les Juifs en Afrique du Nord

Histoire des Juifs de Cyrénaïque

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La communauté juive de Cyrénaïque est une des plus anciennes en Afrique du Nord. Depuis Cyrène et les villes voisines, les Juifs se sont répandus dans toute la Libye actuelle. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire des Juifs de Cyrène et de Cyrénaïque.

Synagogue de Benghazi – carte postale – Crédit photo : Dynasty Auction House – Employé avec permission

La présence juive en Cyrénaïque remonte à l’Egypte des Ptolémée : après avoir conquis la Palestine, Ptolémée I Sôter déporte des Juifs en Alexandrie, dans toute l’Égypte et jusqu’en Cyrénaïque. D’autres suivront comme migrants économiques. Le Juif de Cyrène le plus connu de cette époque est Jason de Cyrène, qui a écrit un livre historique en cinq volumes, sur la révolte des Maccabées (une révolte juive contre l’Empire séleucide, qui a abouti à la formation d’un Royaume juif indépendant en Palestine).

La communauté juive de Cyrénaïque a connu plusieurs siècles de prospérité : des inscriptions, notamment à Bérénice (Benghazi), font état de communautés riches, bien établies et influentes. Les Juifs de Benghazi, contrairement à ceux des autres villes, étaient gouvernés par leur propre archon, lui-même juif.

Cyrène est aussi la première ville d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé, notamment au sein de sa communauté juive. Marc, l’auteur d’un des Évangiles, était un Juif originaire de Cyrène. D’après la tradition chrétienne, Marc a annoncé le message chrétien à Cyrène, puis à Alexandrie. Les textes sacrés chrétiens mentionnent plusieurs autres croyants juifs de Cyrène.

Salle de classe juive à Benghazi au début du 20° Siècle

En 73, alors que les légions romaines ont détruit Jérusalem et se battent contre les derniers éléments de résistance juive en Palestine, une révolte juive menée par Jonathan le Tisserand éclate à Cyrène. Jonathan est dénoncé au gouverneur romain et tué, avec plusieurs autres juifs influents.

Une nouvelle révolte juive, la guerre de Kitos, éclate à Cyrène en 115-117. Cette révolte, le plus grand soulèvement juif contre les Romains, s’est étendue dans d’autres régions de l’Empire.

Après la révolte de Bar Kokhba (132-135), la dernière révolte juive en Palestine, les Romains déportent douze bateaux pleins de réfugiés de Palestine vers la Cyrénaïque, qui s’ajoutent au demi-million de Juifs qui vivaient déjà dans la région à ce moment-là.

Synagogue Dar Bishi de Tripoli, en 1923

Les Juifs ont continué à vivre en Cyrénaïque et se sont répandus dans toute la Libye, à travers les siècles de domination romaine, byzantine et arabe. Les Juifs étaient particulièrement nombreux dans la région des Monts Nefoussa.

Pendant l’ère ottomane, beaucoup de Juifs de Tripoli se sont installés à Benghazi. La confrérie sanoussie était bien disposée à l’égard des Juifs, dont ils appréciaient la contribution à l’économie et l’attitude pacifique.

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, près de 2000 Juifs Libyens ont été emprisonnés par l’occupant italien, dans le camp de concentration de Jadu, dans les Monts Nefoussa. Environ 500 d’entre eux sont morts.

L’ancienne synagogue Dar Bishi de Tripoli

Comme dans toute l’Afrique du Nord, la plupart des Juifs Libyens ont émigré au 20° Siècle. Aujourd’hui, il n’y a plus de Juifs en Libye : ils n’étaient plus qu’une centaine lors de la Révolution libyenne de 1969, puis les derniers sont partis dans les années 1980. Malheureusement, la plupart des synagogues et du reste du patrimoine juif libyen a été détruit après leur départ. Depuis 2011, David Gerbi, un psychanalyste d’origine juive libyenne installé en Italie, se bat pour la restauration de ce patrimoine.

Pour en savoir plus

Le christianisme en Afrique du Nord, Les Juifs en Afrique du Nord

La communauté juive et chrétienne d’Alexandrie

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Alexandrie, la capitale de l’Egypte des Ptolémée et le centre culturel du monde grec, avait aussi une communauté juive nombreuse et influente. Les Juifs alexandrins, qui étaient en première ligne des échanges entre le judaïsme et le monde hellénistique, ont traduit la Bible hébraïque en langue grecque. Par la suite, Alexandrie deviendra aussi un important centre chrétien, avec la principale école théologique chrétienne antique.

La communauté juive d’Alexandrie

Origines

D’après l’historien juif Flavius Josèphe, il y avait des Juifs à Alexandrie dès sa fondation.

L’Egypte des Ptolémée, avec la Palestine

Après la mort d’Alexandre le Grand, son Empire est partagé entre ses généraux. La Palestine, appelée à l’époque Yehoud medinata, sera contestée entre l’Empire séleucide (Syrie) et l’Egypte des Ptolémée, qui auront le dessus dans un premier temps. Ptolémée I Sôter déporte des Juifs en Alexandrie, dans toute l’Égypte et jusqu’en Cyrénaïque ; d’autres suivent comme migrants économiques.

Les Ptolémée mènent une politique de tolérance religieuse et communautaire. Un quartier juif est fondé à Alexandrie, afin de permettre aux Juifs de continuer à vivre selon leur loi religieuse sans être dérangés.

Les Juifs d’Alexandrie forment une communauté influente dans la ville. Les principaux commerçants et prêteurs d’argent sont Juifs. La fonction d’alabarque, un fonctionnaire chargé de la gestion des impôts, notamment des douanes du port d’Alexandrie, était traditionnellement occupée par un Juif.

A l’époque romaine, les Juifs alexandrins feront face à l’hostilité croissante du reste de la population de la ville, qui les voient comme des isolationnistes privilégiés.

La Septante : une traduction grecque de la Bible hébraïque

Au 3° Siècle avant notre ère, la communauté juive alexandrine a traduit la Bible hébraïque en grec. D’après la tradition, cette traduction aurait été commandée par Ptolémée II Philadelphe, pour la bibliothèque d’Alexandrie, qu’il a fondée. En réalité, il s’agit probablement plutôt d’une initiative de la communauté juive alexandrine elle-même.

La lettre d’Aristée à Philocrate, qui raconte la légende de la Septante

D’après la légende, cette traduction a été réalisée par un groupe de 72 savants juifs (6 pour représenter chacune des 12 tribus d’Israël), envoyés de Jérusalem pour ce travail. Chacun de ces hommes a travaillé en isolement pendant 72 jours. Pourtant, miraculeusement, leurs 72 traduction étaient identiques. Cette Bible grecque a été appelée Septante, à cause des 72 (ou 70) traducteurs.

La Septante marque une rupture théologique fondamentale dans la théologie juive : avec la traduction de ses écrits sacrés en grec, la langue vernaculaire du monde méditerranéen, le judaïsme est passé d’une religion tribale, centrée sur la révélation divine accordée à un seul peuple, à une religion universelle, dont le message s’adresse à tous les hommes.

La Septante s’est rapidement imposée dans l’ensemble de la diaspora juive, qui ne comprenait souvent plus l’hébreu, pour être lue dans les synagogues. Elle sera également adoptée par l’Eglise chrétienne.

Les auteurs juifs alexandrins

Alexandrie, en tant que lieu d’interaction entre la foi juive et la culture grecque, a également produit plusieurs théologiens et penseurs juifs influents.

Philon d’Alexandrie

Le plus célèbre est Philon d’Alexandrie, né vers -20 et mort vers 40. Issu d’une famille riche et influente (son frère Alexandre était alabarque), il a écrit un grand nombre de commentaires de la Torah. Il développe une méthode d’interprétation allégorique des textes sacrés, qui s’éloigne de leur sens littéral pour trouver un sens spirituel plus profond.

L’œuvre de Philon est une synthèse entre théologie juive et philosophie grecque, notamment celle de Platon. En cela, sa pensée se rapproche de celle d’Averroès (Ibn Ruchd), qui a fait le même travail de synthèse entre islam et philosophie grecque. Philon voit la raison comme un don de Dieu, le Logos divin comme l’instrument de la création et la philosophie comme la contemplation du monde, qui permet de comprendre la création divine par la raison.

La communauté chrétienne d’Alexandrie

Origines

L’église St-Marc d’Alexandrie

Le christianisme est arrivé en Alexandrie dès l’époque des apôtres. D’après la tradition chrétienne, Marc, l’auteur d’un des Évangiles, a annoncé le message chrétien à Cyrène, dont il était originaire, puis à Alexandrie. L’Église copte d’Égypte, qui est aujourd’hui la communauté chrétienne la plus nombreuse du monde musulman, remonte à la prédication de Marc à Alexandrie.

Des racines juives

Les premiers destinataires de la prédication chrétienne étaient certainement les Juifs d’Alexandrie. Comme dans tout le monde romain, une forte proportion des premiers convertis au christianisme étaient d’origine juive.

Certaines sources chrétiennes rapportent que Philon d’Alexandrie serait lui-même devenu chrétien à la fin de sa vie. En réalité, il est probablement mort avant que le message chrétien ne parvienne à Alexandrie. Par contre, il est probable que ses disciples ont rejoint la communauté chrétienne d’Alexandrie. Apollos, un prédicateur chrétien mentionné dans la Bible, qui était originaire d’Alexandrie, était peut-être un disciple de Philon.

L’école théologique d’Alexandrie

Alexandrie, le principal centre intellectuel de l’Empire romain, est devenue le siège d’une école théologique chrétienne, où les jeunes chrétiens apprenaient à interpréter les textes sacrés et à interagir avec la pensée grecque. Les théologiens de cette école ont repris l’interprétation allégorique des textes sacrés de Philon d’Alexandrie.

Fondée par Marc, l’école théologique d’Alexandrie est réellement devenue influente sous la direction de Pantène, un philosophe stoïcien qui s’est converti au christianisme à Alexandrie. Vers la fin de sa vie, Pantène est parti en Inde comme missionnaire. Son successeur, Clément d’Alexandrie, a écrit une série de trois ouvrages dans lesquels il réinterprète toute la mythologie et la philosophie grecques dans une perspective chrétienne.

Origène d’Alexandrie

La figure la plus connue de l’école d’Alexandrie est certainement Origène, le père de l’exégèse biblique, qui a écrit un commentaire de tous les livres bibliques. Origène est allé encore plus loin que Philon dans l’interprétation allégorique des textes sacrés, en distinguant trois sens derrière le texte, qui correspondent au corps, à l’âme et à l’esprit : un sens littéral, parfois historiquement vrai, parfois fictif ; un sens moral, utile pour notre vie quotidienne ; et un sens spirituel, qui nous enseigne des vérités sur Dieu.