Les Jeux Olympiques étaient la principale compétition sportive du monde antique, organisée tous les quatre ans à Olympie en Grèce. La seule liste complète des vainqueurs des Jeux Olympiques qui soit parvenue jusqu’à notre époque a été rapportée par un auteur nord-africain du 3° Siècle.
Les Jeux Olympiques et les Olympiades
Les premiers Jeux Olympiques ont été organisés en -776. Pendant les treize premières éditions, il n’y avait qu’une seule épreuve : le stadion, une course à pied tout autour d’un stade, sur une longueur de 600 pieds (environ 150 mètres). Par la suite, d’autres épreuves se sont ajoutées.
Après la mort d’Alexandre le Grand, les Grecs ont commencé à se servir des Olympiades, l’intervalle de temps entre deux Jeux Olympiques, comme unité du calendrier : la Première Olympiade correspond à la période de -776 à -772, la Deuxième Olympiade, de -772 à -768, etc. Ce calendrier a permis de dater les événements historiques avec beaucoup plus de précision qu’auparavant.
La listes des vainqueurs, transmise par Jules l’Africain
Sextus Julius Africanus, plus connu sous le nom de Jules l’Africain, est né vers 160, en Palestine, dans une famille originaire d’Afrique romaine. A cette époque, les Romains, après avoir chassé les Juifs de Palestine, y installent de nouvelles populations originaires de tout l’Empire. La famille de Jules l’Africain fait partie de cette migration.
Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée romaine. Devenu officier, il fait ensuite carrière en diplomatie. Il sert dans l’administration de Septime Sévère et de ses successeurs, des Empereurs qui, étant eux-mêmes d’origine africaine, veulent promouvoir une nouvelle élite romano-africaine.
Son œuvre est essentiellement historique. Il a écrit une chronique de l’histoire du monde, depuis sa création. Il s’agit de la première chronique universelle, qui raconte l’histoire de tous les hommes, alors que les chroniqueurs plus anciens se concentrent sur un peuple particulier. Jules l’Africain est aussi le premier à avoir écrit l’histoire dans une perspective chrétienne. En cela, il a beaucoup influencé les historiens chrétiens après lui.
La chronique de Jules l’Africain contient une liste des vainqueurs des Jeux Olympiques, sur une période de presque 1000 ans, de la Première (-776) à la 249° Olympiade (217). Les vainqueurs des éditions suivantes, jusqu’à l’abolition des Jeux en 394, sont connus par d’autres sources. Il s’agit de la seule liste complète dont nous disposons aujourd’hui !
C’est donc grâce à un historien Nord-Africain que nous connaissons le nom de tous les vainqueurs des Jeux Olympiques. Le fait qu’une information aussi précieuse sur le monde antique nous a été transmise par un Nord-Africain devrait être une grande fierté pour l’Afrique du Nord !
Lorsqu’Alexandre le Grand, roi de Macédoine qui deviendra un des plus grands conquérants de l’histoire, s’empare de l’Egypte, il décide de fonder une nouvelle ville sur la côte égyptienne, à laquelle il donnera son nom : Alexandrie. Au cours des siècles après sa mort, sous la dynastie grecque des Ptolémée, Alexandrie deviendra la ville la plus influente du monde grec.
Les Grecs et l’Egypte
La Grèce avait des liens très anciens et profonds avec l’Egypte. Plusieurs grands penseurs grecs, notamment Pythagore, auraient séjourné en Egypte. Une colonie grecque en Egypte, Naucratis, servait de lieu d’interaction entre les civilisations grecque et égyptienne.
Fondation d’Alexandrie
Le jeune roi Alexandre III de Macédoine, qui a hérité de son père un Royaume qui domine déjà la plus grande partie de la Grèce, s’attaque à l’ambition de sa vie : conquérir l’Empire perse.
Lorsqu’il entre en Egypte, les Egyptiens l’accueillent en triomphe et l’installent sur le trône des Pharaons. En avril 331, il fonde une nouvelle ville : Alexandrie, dont il ambitionne de faire la capitale de son Empire et une passerelle entre sa Grèce natale et l’ancienne et la prestigieuse nation égyptienne. Il repart après quelques mois et ne reviendra jamais à Alexandrie de son vivant, mais il y sera enterré après sa mort.
L’Empire d’Alexandre le Grand
Au cours des prochaines années, il continue de pousser ses conquêtes de plus en plus loin. L’Empire d’Alexandre le Grand était le plus grand Empire du monde antique ; mais il sera très éphémère : après sa mort, à seulement 32 ans, il est divisé entre ses généraux.
Alexandrie, capitale des Ptolémée
Un de ces généraux, Ptolémée, prend le contrôle de l’Egypte et de la Cyrénaïque. Pour asseoir sa légitimité, il s’empare du corps d’Alexandre le Grand et lui construit un tombeau à Alexandrie. Il se proclame Pharaon d’Egypte, sous le nom de Ptolémée Ier Soter, et fonde la dynastie des Ptolémée.
Les Ptolémée deviendront les véritables artisans du développement d’Alexandrie. Ptolémée Ier Soter et son fils Ptolémée II Philadelphe font construire le fameux phare d’Alexandrie, une des sept merveilles du monde antique, ainsi que l’Heptastade, une chaussée pour relier l’île de Pharos au continent.
Ptolémée II Philadelphe fait construire aussi la bibliothèque d’Alexandrie, la plus grande du monde antique. Des scientifiques prestigieux, comme le mathématicien Euclide ou l’astronome Claude Ptolémée, y travaillent. Des poètes comme Callimaque de Cyrène et Apollonius de Rhodes écrivent des chefs d’œuvre de poésie grecque. Ptolémée II a aussi chargé le prêtre égyptien Manethon d’écrire une Histoire de l’Egypte, en langue grecque. Grâce au patronage des arts et des sciences par les Ptolémée, Alexandrie deviendra le centre culturel du monde grec, contribuant au rayonnement de la langue et de la culture grecques dans tout le bassin méditerranéen.
Ruines du Sérapion
Les Ptolémée se revendiquent les héritiers des anciens Pharaons et maintiennent les traditions égyptiennes, tout en les conciliant avec leur héritage grec. Ptolémée III Evergète construit le Sérapion, le plus grand temple d’Alexandrie, consacré au dieu Sérapis, qui est proclamé protecteur de la ville. Le culte syncrétiste de Sérapis est le meilleur exemple de la synthèse entre la religion grecque et égyptienne promue par les Ptolémée.
En un siècle, Alexandrie est devenue la plus grande ville du bassin méditerranéen. Elle profite aussi du déclin de Tyr, ravagée par Alexandre le Grand, pour s’imposer comme nouveau port commercial. La ville demeurera la capitale des Ptolémée, jusqu’à l’annexion de l’Egypte par l’Empire romain. Même à l’époque romaine, elle sera toujours la deuxième ville de l’Empire après Rome.
Les Amazones sont un peuple de femmes guerrières, aussi fortes et aussi douées à cheval et au combat que les hommes. Leur société était entièrement féminine : elles ne rencontraient des hommes qu’occasionnellement, pour se reproduire, puis élevaient leurs filles selon leurs coutumes, mais tuaient les garçons. Les Amazones apparaissent dans plusieurs mythes grecs, comme les Travaux d’Hercule, les Argonautiques et l’Iliade. Il y avait deux principaux groupes d’Amazones : l’un vivait en Libye, l’autre en Asie mineure. Dans cet article, nous découvrirons le mythe des Amazones libyennes, ainsi que ses origines historiques.
Origines
D’après la mythologie, la première reine des Amazones, Otréré, a eu une liaison avec Arès, le dieu de la guerre. Leurs filles Hippolyte et Penthésilée sont devenues les deux plus grandes reines des Amazones.
Le nom des Amazones n’est pas d’origine grecque. Une étymologie populaire grecque le fait venir de amazos (ἀμαζός), « sans poitrine ». En effet, on pensait que les Amazones se coupaient ou se brûlaient le sein droit, afin de ne pas être gênées en tirant à l’arc. Cette idée est fausse : sur toutes les représentations plus anciennes des Amazones, on les voit avec deux seins (souvent l’un couvert et l’autre découvert). Une origine plus plausible du nom est le terme persan ha-mazan, « guerriers ».
Dans la mythologie
Un des douze travaux d’Hercule a été de s’emparer de la ceinture d’Hippolyte, reine des Amazones. Le vol de la ceinture est clairement symbolique de la prise de la virginité : Hercule doit conquérir sexuellement la reine des Amazones, la femme la plus inaccessible aux hommes.
D’après la version la plus courante de ce mythe, Hippolyte était tellement impressionnée par Hercule qu’elle a d’abord accepté de lui donner sa ceinture de son plein gré ; mais les Amazones, qui croyaient qu’il voulait enlever leur reine, ont attaqué son bateau. Alors, Hercule, se croyant trahi, a tué Hippolyte et lui a enlevé sa ceinture alors qu’elle était déjà morte.
D’après un autre mythe, Hippolyte a été enlevée par Thésée, roi d’Athènes, qui l’a forcée à l’épouser et a eu un fils d’elle. Les Amazones ont ensuite envahi la Grèce pour la libérer. Une version plus tardive, qui vise à réconcilier ce mythe avec le précédent, raconte que c’est Antiope, la sœur d’Hippolyte, qui a été enlevée.
Penthésilée, la sœur d’Hippolyte, qui lui a succédé comme reine, a par la suite participé à la guerre de Troie, aux côtés des Troyens. Elle a été tuée par Achille, le plus grand guerrier grec, en combat singulier. Après sa mort, Achille, voyant sa beauté, a regretté de l’avoir tuée.
Les Amazones libyennes vivaient sur l’île d’Hespéra, dans le Lac Triton (probablement le Chott el-Jerid, en Tunisie actuelle). Leur reine s’appelait Myrina. L’Iliade mentionne son tombeau, près de la ville de Troie. Cela pose évidemment un problème de chronologie : si Myrina était déjà morte et enterrée au moment de la guerre de Troie, elle devait avoir vécu bien avant Penthésilée, qui a participé à cette guerre.
La réinterprétation historique
Des auteurs grecs plus tardifs ont cherché à réinterpréter leurs anciens mythes, afin de leur donner une origine historique. En partant du problème chronologique mentionné ci-dessus, ils ont pensé que les Amazones libyennes étaient plus anciennes que celles d’Asie mineure, et qu’elles étaient peut-être même les ancêtres de celles-ci.
Un de ces auteurs, Diodore de Sicile, donne une description détaillée de la société des Amazones libyennes. C’est une société matriarcale : la vie publique est le domaine des femmes, tandis que les hommes s’occupent du foyer. Les femmes font un service militaire de plusieurs années, pendant lequel elles doivent garder leur virginité. Ensuite, elles se marient et ont des enfants, qu’elles confient aux hommes. Les seins des petites filles sont brûlés dès leur enfance, pour les empêcher de se développer. Les femmes qui ont terminé leur service militaire peuvent exercer des fonctions publiques. Les hommes, eux, passent toute leur vie dans leur foyer, où ils s’occupent des tâches domestiques et élèvent les enfants. Cette description est une inversion des rôles masculins et féminins dans la société grecque.
Toujours selon Diodore de Sicile, Myrina, la reine des Amazones libyennes, a mené une campagne militaire, d’abord en Libye, contre d’autres peuples de la région. Ensuite, après avoir établi un traité de paix avec l’Egypte, elle a conquis la Syrie, l’Arabie et la Cilicie, puis envahi l’Asie mineure, où elle a construit plusieurs villes. Elle a finalement été vaincue et tuée par Mopsus, le fils du roi de Thrace.
Le récit de Diodore de Sicile n’est pas strictement historique : il cherche à donner une réinterprétation historique des anciens mythes grecs.
Des origines historiques
S’il n’y a certainement jamais eu dans l’histoire de civilisation entièrement féminine, le mythe des Amazones est probablement inspiré des femmes guerrières d’autres peuples, que les Grecs ont rencontrées au combat. Les Scythes, notamment, avaient des femmes guerrières à cheval.
En Libye, les femmes de certaines tribus amazighes participaient aux combats. Chez les Machlyès, notamment, les femmes conduisaient les chars de guerre. D’après l’historien grec Hérodote, tous les ans, les jeunes femmes Machlyès affrontaient celles d’une tribu voisine, lors de batailles rituelles, avec des bâtons et des pierres. De telles batailles rituelles avaient encore lieu au début du 20° Siècle, entre les femmes de certaines tribus amazighes.
Chez les Amazighs, une femme pouvait être cheffe de tribu ou de confédération. L’exemple le plus connu est celui de la fameuse Dihya (Kahina), reine des Aurès, qui a mené la résistance contre les conquérants arabes. On retrouve cette tradition matriarcale encore aujourd’hui, chez les Touaregs du Sahara.
Les Grecs, la civilisation la plus prestigieuse du bassin méditerranéen, connaissaient l’Afrique du Nord et avaient des relations avec ses habitants, surtout après la fondation des colonies grecques de Cyrénaïque, au 7° Siècle avant notre ère. Ils étaient particulièrement fascinés par la région située tout à l’Ouest du continent, aux limites du monde tel qu’ils le connaissaient. Alors, ils ont situé certains de leurs mythes en Afrique du Nord. Parfois, selon leur coutume, ils reprenaient aussi des mythes amazighs, en donnant des noms grecs à des divinités locales.
Atlas : le géant devenu montagne
L’Atlas, le massif montagneux le plus haut du bassin méditerranéen, est à l’origine de nombreux mythes.
Atlas porte le ciel
D’après le mythe grec de la Titanomachie, Atlas était à l’origine un titan, une ancienne génération de dieux renversés par les dieux olympiens. Pour le punir de sa révolte, Zeus, le nouveau roi des dieux, l’a condamné à se tenir à l’extrémité du monde, sur le sommet le plus élevé des montagnes qui portent son nom aujourd’hui, où il devrait porter le ciel sur ses épaules pour toute l’éternité.
D’après un autre mythe, Atlas était le premier roi de Maurétanie. Lorsque le héros Persée est venu demander l’hospitalité à sa cour, Atlas, au lieu de l’accueillir avec honneur comme le voulait la coutume, l’a chassé. Alors, Persée lui a montré la tête de la Méduse, un monstre qu’il avait tué, dont la vue changeait en pierre tous ceux qui la voyaient. Le roi, qui était de très grande taille, a été pétrifié, donnant naissance aux montagnes de l’Atlas.
Ces deux mythes sont tout à fait différents. Le deuxième récit est un mythe local, adopté par les Grecs. Avec le temps, le roi de Maurétanie a été associé au titan Atlas, qui vivait dans la même région.
Les origines de la Libye
Dans la mythologie grecque, Libye était une princesse d’Egypte, la fille du roi Epaphos (identifié au dieu égyptien Apis). Elle a été enlevée par Poséidon, le dieu de la mer, à qui elle a donné deux fils : Bélos et Agénor.
Cyrène était une princesse grecque, passionnée par la chasse, dont le dieu Apollon est tombé amoureux après l’avoir vue tuer un lion à mains nues. Il l’a enlevée en Libye, où ils ont fondé la ville de Cyrène.
Le dieu marin Triton est également décrit comme vivant en Libye.
D’après certaines sources mythologiques, la déesse Athéna est née en Libye.
Le jardin des Hespérides
Jardin des Hespérides
Le jardin des Hespérides est un jardin fabuleux, le domaine des trois Hespérides, les nymphes du soir, filles du titan Atlas. Dans ce jardin, gardé par un dragon, se trouvait un arbre dont les fruits étaient des pommes d’or. Il s’agit probablement d’une allusion mythologique aux oranges, un fruit encore inconnu en Grèce.
Hercule, le plus grand des héros de la mythologie grecque, était un demi-dieu, le fils du dieu Zeus et d’une femme humaine. Afin d’être admis parmi les dieux, il a dû accomplir douze travaux exceptionnellement difficiles. Un de ces douze travaux était de voler les pommes d’or du jardin des Hespérides.
D’après une variante de ce mythe, Hercule n’a pas accompli cette tâche seul, mais avec l’aide d’Atlas. Lorsque Hercule est venu le trouver pour lui demander où se trouvait le jardin des Hespérides, Atlas lui a proposé de lui apporter lui-même les pommes d’or, à condition qu’Hercule porte le ciel à sa place pendant ce temps. En réalité, il était heureux d’être débarrassé de son fardeau et n’avait aucune intention de le reprendre à son retour. Alors, Hercule, rusé, lui a demandé de reprendre brièvement le ciel sur ses épaules, le temps qu’il trouve une position confortable, puis il s’est enfui avec les pommes.
A l’origine, le jardin des Hespérides était situé au-delà des limites du monde des hommes, dans un espace accessible uniquement aux dieux. Ensuite, avec la colonisation grecque en Cyrénaïque, le mythe a évolué : le jardin se trouvait à présent à Euhespérides (Benghazi). Les versions plus tardives du mythe le situent aux limites du monde connu : à Lixus (Larache) en Maurétanie, ou encore en Espagne.
Le géant Antée
Combat entre Hercule et Antée
Antée (en grec Antaios, adversaire) était un géant, le fils de Poséidon (la mer) et de Gaïa (la terre). C’était le premier roi de Libye et le gardien de l’Afrique du Nord contre les envahisseurs étrangers. Tous les voyageurs qui passaient par son royaume devaient l’affronter à la lutte. Or, puisqu’il était le fils de la terre, Antée retrouvait ses forces à chaque fois qu’il touchait la terre, ce qui lui permettait de vaincre n’importe quel adversaire.
Lorsque Hercule, en route vers le jardin des Hespérides, est arrivé chez Antée, celui-ci, comme à son habitude, l’a mis au défi de l’affronter à la lutte. Pour le vaincre, Hercule l’a soulevé, pour que ses forces ne puissent plus se renouveler au contact de la terre, puis il l’a tué en l’étouffant.
Dans les mythes les plus anciens, Antée vivait dans le désert libyen, une allusion aux contacts entre Grecs de Cyrénaïque et Amazighs de Libye. Les versions plus récentes le situent bien plus à l’Ouest, en Maurétanie.
Le détroit de Gibraltar
Monument des colonnes d’Hercule
La cosmologie antique voyait la terre comme un disque plat, entouré de l’océan primordial, une étendue d’eau infinie, dans laquelle se jetaient les eaux de tous les océans du monde. La Maurétanie et l’Espagne étaient considérées comme les dernières régions habitées. Au-delà, c’était l’inconnu, qu’on imaginait peuplé de monstres effrayants. Le détroit de Gibraltar représentait l’extrémité du monde civilisé, avec les « colonnes d’Hercule », deux montagnes situées de part et d’autre du détroit, qui indiquent aux voyageurs qu’ils étaient arrivés aux limites du monde connu.
Les mythes sur les origines du détroit abondent. D’après une version, Hercule, alors qu’il traversait l’Atlas pendant sa quête du jardin des Hespérides, a frappé une montagne qui se trouvait sur sa route. Sous l’effet de sa force surhumaine, la montagne s’est fendue en deux, séparant ainsi les deux rives du détroit, qui formaient auparavant un seul continent. Les deux parties de la montagne sont devenues les colonnes d’Hercule. D’autres sources racontent, au contraire, qu’il a rétréci un détroit auparavant plus large, afin d’empêcher les monstres marins de l’Océan atlantique d’entrer dans la Mer méditerranée.
Les villes situées sur le détroit jouaient un rôle important dans l’imaginaire grec, en tant que gardiennes du monde civilisé. Selon certaines sources, Tingis (Tanger) était le site du combat entre Hercule et Antée. Après avoir tué Antée, Hercule a couché avec son épouse, Tinjis, la fille du roi Atlas de Maurétanie. Leur fils Syphax a fondé la ville de Tingis, qu’il a nommée en l’honneur de sa mère. En réalité, la ville est plus ancienne que cette légende : il s’agit, pour les Grecs, d’inventer une origine grecque à une ville importante pour eux.
Les Grecs ont également fait de Hercule le fondateur d’Icosium (Alger). C’est pendant son voyage de retour du jardin des Hespérides qu’il aurait laissé derrière lui vingt de ses compagnons, qui ont fondé la ville.
L’Odyssée, d’Homère, est une des épopées les plus célèbres de l’Antiquité, qui raconte le voyage d’Ulysse, un des héros de la guerre de Troie, pour retourner à Ithaque, son île natale.
Les lieux visités par Ulysse sont impossibles à identifier avec certitude. D’ailleurs, ses aventures sont tellement fantastiques que tout lien direct avec des lieux et peuples réels est exclu. Un certain nombre d’épisodes pourraient cependant se dérouler en Afrique du Nord.
Ulysse s’empare de ses compagnons, sur l’île des Lotophages
Au livre 9, Ulysse et ses compagnons abordent dans une île, dont les habitants leur font manger la feuille de lotus, une plante qui, dès qu’ils y ont goûté, leur fait oublier leur patrie, leur famille et toute leur vie passée, si bien qu’ils veulent rester là pour toujours. Ulysse est obligé de s’emparer de ses compagnons pour les faire repartir de force. La plupart des spécialistes identifient l’île des Lotophages à l’île de Djerba, en Tunisie.
Après avoir perdu tous ses compagnons, Ulysse échoue, seul, sur une île appelée Ogygie, où il passera 7 ans auprès de la nymphe Calypso, qui lui promet l’immortalité s’il accepte de demeurer avec elle et de l’épouser. Calypso est décrite comme la fille du titan Atlas et son île est située à l’extrémité du monde. L’identification la plus courante pour cette île est Gozo, dans l’archipel maltais, mais d’autres spécialistes la situent plus près des colonnes d’Hercule. Une possibilité serait l’Île de Perejil (Îlot Persil), au large des côtes marocaines.
À la même époque où Carthage et les autres colonies phéniciennes prospéraient en Afrique du Nord, une autre grande civilisation maritime, la Grèce, établissait également des colonies sur les côtes méditerranéennes. La colonisation grecque était surtout tournée vers l’Asie et le Sud de l’Italie, mais il y avait aussi des colonies grecques dans la région d’Afrique du Nord située directement en face de la Grèce. L’influence grecque dans cette région sera si forte que la région prendra le nom de Cyrénaïque, d’après Cyrène (Shahhat), sa colonie grecque la plus influente.
La ville de Cyrène a été fondée en 631, par des colons originaires de l’île de Thera (Santorini), qu’ils avaient abandonnée à cause d’une famine. Leur chef est devenu le premier roi de Cyrène, sous le nom de Battos, qui signifie « roi » dans la langue amazighe locale.
Peu de temps après, Cyrène était à la tête de la Pentapole, une alliance de cinq villes grecques des environs : Cyrène, Euhespérides (Benghazi), Taucheira (Tocra), Balagrae (Bayda) et Barca (Marj). Apollonie (Marsa Susa) était le port de Cyrène. D’autres villes grecques moins importantes, comme Darnis (Derna) et Antipyrgos (Tobrouk), faisaient partie du territoire de la Pentapole.
La région peu peuplée à l’Est de la Pentapole, appelée Marmarique, correspond à l’Ouest de l’Égypte actuelle. Tout au Sud, l’oracle pharaonien d’Ammonium (dans l’oasis de Siwa) marquait la limite de la zone d’influence grecque.
Pièce d’argent représentant une tige de silphium
La région, pleine de terres fertiles, est vite devenue prospère. En plus du blé, de l’orge, des figues et de l’huile d’olive, les Grecs de Cyrénaïque cultivaient le silphium, une plante aujourd’hui disparue, qui poussait uniquement dans cette région. Cette plante, très prisée pour ses vertus médicales, servait notamment de contraceptif naturel.
En 105, la Cyrénaïque reprend son indépendance, avec pour roi Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII. Lorsque celui-ci meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à Rome.