Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les Amazighs de Libye dans l’histoire égyptienne

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Les Amazighs de Libye, voisins de l’Egypte des Pharaons, ont eu une forte influence sur l’histoire égyptienne. Ils sont régulièrement mentionnés dans des inscriptions égyptiennes et représentés dans l’art égyptien. Grâce à ces références, ils sont mieux connus que les autres tribus amazighes de cette époque ancienne. Il y a même eu deux dynasties pharaoniques d’origine libyenne !

L’Egypte antique est la première grande civilisation nord-africaine. Sur ce site, nous avons cependant choisi de ne pas écrire sur l’Egypte, pour deux raisons. D’abord, l’histoire antique de l’Egypte est déjà très connue, beaucoup mieux que celle du reste de l’Afrique du Nord. Ensuite, l’Egypte est aujourd’hui culturellement distincte des pays maghrébins. Nous n’abordons l’histoire de l’Egypte que dans ses interactions avec ses voisins.
Chef libyen enchaîné – faïence égyptienne de l’époque de Ramsès III

Les Libou

Libou en hiéroglyphes (rbw)

Le nom de la Libye vient des Libou (ⵍⵉⴱⵓ), une tribu amazighe qui habitait la région située à l’Ouest de l’Egypte. Les Libou sont mentionnés pour la première fois sur une stèle de la région d’Al-Alamein, datant de l’époque du Pharaon Ramsès II (1279-1213). Ils sont décrits comme des ennemis de l’Egypte. Pendant le règne de Ramsès II, plusieurs fortifications militaires ont été construites à l’Ouest du Nil, ce qui semble indiquer une menace imminente.

Merenptah (1213-1203), le fils et successeur de Ramsès II, a combattu et vaincu une coalition entre les Libou et les « peuples de la mer », une civilisation maritime inconnue. Cette guerre est racontée dans la Grande inscription de Karnak, une des inscriptions égyptiennes les plus connues. Par la suite, les Libou ont de nouveau été vaincus par Ramsès III (1186-1155).

Les Meshwesh

Meswhesh en hiéroglyphes

Une autre tribu amazighe, les Meshwesh (Mâchaouach), vivait dans la même région. Ils sont mentionnés plus tôt que les Libou, dès le règne du Pharaon Amhenotep III (1390-1350), pour avoir fourni du bétail pour le palais du Pharaon. Ils étaient en conflit quasi constant avec l’Egypte, pendant la 19° et la 20° dynastie (1292-1075).

Les sources égyptiennes décrivent les Meshwesh comme des hommes aux cheveux longs, avec des tatouages. C’étaient des bergers et chasseurs nomades, qui élevaient des chameaux et des chèvres, dont ils buvaient le lait et se servaient de la laine pour fabriquer des vêtements et des tentes.

Après leur défaite contre Ramsès III, les Libou se sont alliés aux Meshwesh. Ensemble, ils ont envahi le delta du Nil, mais ils ont de nouveau été vaincus. Après cette défaite, les Meshwesh qui vivaient dans le delta du Nil ont été contraints de s’assimiler à la société égyptienne. Leur langue a progressivement disparu.

Après la chute de la 20° dynastie d’Egypte, quatre fiefs meshwesh, dirigés chacun par un « Grand Prince des Mâ », ont émergé dans le delta du Nil, à Mendes (Tell el-Ruba), Sebennytos (Samannud), Busiris (Abusir Bana) et Per-Sopdu (Saft el-Hinna). D’autres fiefs, plus petits, étaient dirigés par des « Princes des Mâ ».

Les Pharaons d’origine libyenne

Cartouche d’Osorkon l’Ancien

Pendant la période d’instabilité qui a suivi la chute de la 20° dynastie, les Grands Princes des Mâ faisaient partie des plus puissants seigneurs d’Egypte. En 992, Osorkon l’Ancien, fils du Grand Prince des Mâ Sheshonq l’Ancien, est devenu le premier Pharaon d’origine libyenne. Il a régné six ans. A cette époque, les Pharaons étaient officiellement rois de toute l’Egypte, mais en réalité, ils ne dominaient que la Basse-Egypte, tandis que la Haute-Egypte était sous la domination des prêtres d’Ammon, à Thèbes.

La 22° dynastie, fondée en 943 par Sheshonq Ier, un neveu d’Osorkon, est la première dynastie d’origine libyenne. Sheshonq Ier est généralement identifié à Shishak, le Pharaon mentionné dans la Bible, qui a pillé le Temple de Jérusalem ; le récit biblique mentionne la présence de guerriers libyens dans l’armée égyptienne. La mention biblique de Shishak pourrait être la première référence écrite aux Amazighs et l’année (approximative) de l’avènement de Sheshonq 1er a été adopté comme « an 0 » du calendrier amazigh moderne. Les Pharaons de la 22° dynastie ont régné pendant deux siècles, jusqu’en 720.

Une autre dynastie d’origine libyenne, la 23° dynastie, a régné sur la Haute-Egypte de 833 à 735, en même temps que la 22° dynastie sur la Basse-Egypte. Son fondateur, Takelot II, était le fils d’un prêtre d’Ammon.

Les Grands Princes des Libou

Tefnakht

La domination sur l’Egypte des Pharaons de la 22° et 23° dynastie était fragile. Pendant cette période, un nouveau royaume libou a émergé dans le delta du Nil. Le premier « Grand Prince des Libou », Inamunnifnebu, a commencé à régner vers 795. Vers 732, son héritier, Ankh-Hor, est vaincu par Tefnakht, le prince de la ville de Saïs (Sa El-Hajar).

Tefnakht, bien que d’origine égyptienne et non libyenne, se proclame à la fois Grand Prince des Mâ et Grand Prince des Libou. Après sa victoire contre Ankh-Hor, il devient Pharaon (732-725) et fonde la 24° dynastie. C’est la fin à la fois des Grands Princes des Libou et des Pharaons d’origine libyenne.

Sous le règne de Bakenranef (Bocchoris en grec, 725-720), le fils de Tefnakht, l’Egypte sera envahie par les Nubiens. Après les dynasties libyennes, la 25° dynastie sera donc nubienne. Selon certaines sources, la 26° dynastie (664-525) était également libyenne, mais ce n’est pas certain.

Pendant ce temps, en Libye

Avec la chute des Pharaons libyens, l’influence libyenne sur l’Egypte s’est estompée. Les Libou restés en Libye ont cependant continué à prospérer. Au 7° Siècle, ils étaient en contact avec les colonies grecques de Cyrénaïque.

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Yennayer : le Nouvel An amazigh

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Yennayer (ⵢⵏⵏⴰⵢⵔ), le Nouvel An amazigh, est une fête traditionnelle amazighe, célébrée chaque année du 12 au 14 janvier, selon les régions. Il s’agit avant tout d’un moment de convivialité en famille, autour d’un repas de fête accompagné de gâteaux et de friandises. Cette année, Yennayer sera célébré pour la première fois au Maroc comme un jour férié officiel !

Etymologie

Yennayer (ⵢⵏⵏⴰⵢⵔ) désigne à la fois la fête et le premier mois de l’année amazighe. D’après une théorie, il serait composé de yan (le chiffre un) et ayyur (mois). Il est cependant plus probable qu’il s’agit d’une déformation du mois de janvier, januarius en latin.

Le calendrier amazigh

Le calendrier amazigh remonte à avant l’islam. C’était un calendrier solaire, probablement dérivé du calendrier julien, en usage pendant l’ère romaine, mais peut-être inspiré d’un calendrier traditionnel plus ancien. On ne sait que peu de choses sur les noms des mois et des saisons.

Les Amazighs s’en servaient pour marquer le cycle des saisons. Avec l’arrivée de l’islam, ils ont adopté le calendrier islamique, lunaire, pour les fêtes religieuses, tout en conservant le leur, plus utile pour l’agriculture. Les Touaregs du Sahara se servent encore aujourd’hui d’un double calendrier, solaire et lunaire.

Le calendrier amazigh moderne a été développé par l’écrivain amazigh algérien Ammar Negadi, un des fondateurs de l’Académie berbère (Agraw n imaziɣen ⴰⴳⵔⴰⵡ ⵉⵎⴰⵣⵉⵖⵏ). Il s’est basé sur le calendrier julien, qui commence 13 jours après le calendrier grégorien, en vigueur aujourd’hui. Ainsi, le premier jour de l’année amazighe est le 14 janvier. La date traditionnelle du Yennayer varie cependant selon les régions, du 12 au 14 janvier.

A la base, le calendrier amazigh n’avait pas de point de départ (pas d’ « an 0 »). Ammar Negadi a choisi la date (approximative) du couronnement de Sheshonq Ier, le premier Pharaon d’Egypte d’origine amazighe libyenne. Ce roi, mentionné dans la Bible sous le nom de Shishak, a ensuite envahi le Royaume d’Israël et pillé le Temple de Jérusalem. La mention biblique de l’invasion de Sheshonq Ier serait la plus ancienne référence écrite aux Amazighs.

Le calendrier amazigh commence donc en l’an -950 du calendrier grégorien. Ainsi, l’année 2024 correspond à l’année 2974 du calendrier amazigh.

Yennayer hier et aujourd’hui

La tradition de Yennayer remonte à l’Antiquité pré-romaine. Cette fête marque le début de la remontée du soleil, après le solstice d’hiver, lorsque la durée des jours recommence à augmenter. Elle symbolise la longévité, le temps qui ne s’arrête pas.

Au Moyen-Âge, Yennayer était célébré jusqu’en Andalousie. Le poète arabo-andalou Ibn Quzman, décrit dans ses poèmes les produits alléchants qu’on trouve au marché de Cordoue à l’occasion de cette fête : brioches, cornes de gazelles, fruits frais et secs, friandises…

Traditionnellement, la veille de Yennayer, on mange un repas assez frugal : berkuks, blé trempé dans du lait, légumes secs cuits à l’eau… On prépare la maison en la nettoyant et en l’embaumant de diverses herbes et branches d’arbres. Le lendemain, on partage un copieux repas de fête, souvent basé sur une volaille sacrifiée pour l’occasion : couscous en Kabylie et dans l’Aurès, rfissa dans le Souss… Les enfants se déguisent et font le tour des maisons pour demander des beignets.

Yennayer est souvent associé à des événements familiaux : première coupe de cheveux pour les petits garçons, première fois où les enfants cueillent eux-mêmes des fruits et des légumes, etc. Les mariages célébrés à Yennayer sont censés être présage de bonheur ; les petites filles s’amusent même à marier leurs poupées.

Et qu’en est-il de la reconnaissance de cette fête par les Etats nord-africains ? En Algérie, Yennayer est un jour férié officiel depuis 2018, célébré le 12 janvier. Au Maroc, il a été déclaré jour férié en 2023 et sera donc célébré pour la première fois cette année, le 14 janvier. Dans les autres pays de la région, ce n’est pas encore un jour férié officiel.

Joyeux Yennayer !!!
ⴰⵙⴳⴳⵯⴰⵙ ⴰⵎⴰⵣⵉⵖ ⴰⵎⴰⵢⵏⵓ ⴰⵏⴰⵎⵎⴰⵔ, ⴰⵙⴳⴳⵯⴰⵙ ⵉⵖⵓⴷⴰⵏ
سنة امازيغية سعيدة وبهية

Pour ceux qui veulent aller plus loin, le site O-Maroc.com a publié une série d’articles de recherche approfondie sur les origines de Yennayer (partie 1partie 2) et du calendrier amazigh. Leur article sur le calendrier amazigh contient même une publication originale d’Ammar Negadi, qui explique sa démarche pour la création du calendrier amazigh moderne.

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Gétules et Garamantes : les Amazighs du Sahara

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Les Amazighs du Sahara, contrairement à ceux des régions côtières, n’avaient que des contacts distants avec les autres civilisations méditerranéennes. Ils sont donc assez rarement mentionnés dans les sources historiques. Ils n’ont jamais été sous domination carthaginoise, ni romaine, ce qui leur a permis de garder une culture amazighe plus authentique. Les historiens antiques parlent de deux peuples : les Gétules, qui vivaient au-delà des montagnes de l’Atlas, au Sud de la Numidie ; et les Garamantes, dans le Fezzan, qui pourraient être les ancêtres des Touaregs actuels.

Les Gétules

D’après l’historien romain Strabon, les Gétules étaient le peuple le plus nombreux d’Afrique du Nord, mais aussi le moins connu. C’étaient des tribus nomades qui vivaient dans les régions semi-désertiques au Sud de l’Atlas, jusqu’au désert du Sahara. Leur région correspond au Sud de l’Algérie et de la Tunisie actuelles. Le climat très varié de leur territoire les a forcés à s’adapter à des conditions de vie très diverses. Ils vivaient de l’agriculture, de l’élevage et de la chasse, se vêtaient de peaux d’animaux et se nourrissaient surtout de viande et de lait. Leur animal emblématique était le lion de Gétulie.

Les Romains ont découvert les Gétules pendant la guerre de Jugurtha. Ce roi numide a recruté des régiments de cavalerie gétules comme forces auxiliaires dans son armée, qui étaient très craints des troupes romaines. Plus tard, à l’époque romaine, des tribus gétules se sont installées au Sud de la Maurétanie, au Maroc actuel, où ils se sont mélangés aux populations maures demeurées libres du joug romain. Les Gétules ont pris part à toutes les révoltes africaines contre Rome. La plus importante de ces révoltes, celle de Tacfarinas, en 17 de notre ère, a été menée par la tribu gétule des Musulames.

Les Garamantes

Un autre peuple amazigh du Sahara, les Garamantes, vivaient dans le Fezzan, au Sud de la Libye. Ils sont apparus vers 1000 ans avant notre ère et leur civilisation est parvenue à son apogée vers le 2° Siècle de notre ère.

Ruines de Garama, capitale des Garamantes

Les Garamantes étaient de grands bâtisseurs, la première grande civilisation saharienne, qui ont développé une société urbaine en plein désert, avec un réseau de cités-Etats centré sur les oasis de Garama (Djerma, à 150km au Sud-Ouest de Sabha), leur capitale, et de Murzouq, plus au Sud. Pour alimenter en eau leurs villes, dans une région où il n’y avait aucun fleuve, ils ont construit un système d’irrigation souterrain très élaboré (qanat). Cette infrastructure leur a permis de pratiquer l’agriculture au coeur du Sahara ! À son apogée, les Garamantes étaient la civilisation saharienne la plus riche de l’Antiquité.

Les Garamantes comme les Gétules étaient de grands éleveurs de chevaux. D’après l’historien grec Hérodote, ce sont les Garamantes qui ont appris aux Crétois à se servir de chars à chevaux.

Les Garamantes étaient aussi des acteurs importants du commerce d’esclaves, qui menaient des raids au Sud du Sahara pour capturer des esclaves, qu’ils vendaient ensuite en Libye méditerranéenne.

Conquêtes de Septime Sévère

En 202, l’Empereur romain Septime Sévère s’empare de Garama, mais la domination romaine sur la région demeurera faible et ne durera pas longtemps.

Les Garamantes se sont convertis au christianisme vers le 6° Siècle, sous l’influence de prédicateurs venus de Tripolitaine.

La civilisation garamante a entamé un long déclin à partir du 4° Siècle, à cause du changement climatique et de l’épuisement des ressources en eau. Elle semble avoir disparu avant les conquêtes arabes. Certains spécialistes pensent cependant que les Garamantes sont les ancêtres des Touaregs, ce peuple nomade amazigh qui vit aujourd’hui dans le désert du Sahara.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les divers noms des Amazighs à travers l’Antiquité

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Les populations autochtones d’Afrique du Nord s’appelaient elles-mêmes Amazighs, ce qui signifie « hommes libres » dans leur langue. Les autres peuples qui les entouraient leur ont donné d’autres noms, que nous découvrirons dans cet article.

Les Grecs, la civilisation dominante du bassin méditerranéen, appelaient les habitants d’Afrique du Nord du nom de Libu (λιβυ), ou Libyens. Ce nom vient des Libou (ⵍⵉⴱⵓ), une confédération de tribus amazighes qui a vécu dans la région correspondant à la Libye actuelle et joué un rôle important dans l’histoire de l’Egypte antique.

Pour les historiens grecs les plus anciens, comme Hérodote, ce nom semble désigner toutes les populations autochtones des régions à l’Ouest du delta du Nil, c’est-à-dire l’ensemble des Amazighs. Par la suite, son usage sera plus restreint : les Libyens seront uniquement les autochtones des environs de Carthage, qui étaient sous influence carthaginoise.

Les Romains, après la chute de Carthage, emploieront le nom d’Afri pour les populations autochtones des anciens territoires carthaginois. On ignore d’origine de ce nom.

Pour les Romains, Libya est devenue le nom de tout le continent. Curieusement, cet usage s’est inversé dans la suite de l’histoire, puisque le nom latin pour la région de Carthage, Africa, est à l’origine du nom moderne de l’Afrique.

Les populations nord-africaines à l’Ouest de Carthage étaient appelées Numides. A l’origine, ce terme semble avoir désigné tous les autochtones libres de l’influence carthaginoise, par opposition aux Libyens, qui étaient les autochtones qui dépendaient de Carthage. Avant le règne de Massinissa, les diverses tribus numides, nomades pour la plupart, n’avaient pas forcément le sentiment d’appartenir à un même peuple. Ce sentiment d’unité leur est venu avec la fondation du Royaume de Numidie, dont Massinissa était le premier roi.

Encore plus à l’Ouest, en face du détroit de Gibraltar, vivaient les Mauri, ou Maures, du Royaume de Maurétanie. Par la suite, le nom de Maures sera étendu à tous les habitants arabo-amazighs d’Afrique du Nord, ainsi qu’à ceux qui envahiront l’Espagne.

Et plus au Sud ? Les Amazighs du Sahara, dont les contacts avec les autres civilisations méditerranéennes étaient limités, sont donc moins connus que ceux des régions côtières. Les historiens antiques parlent de deux peuples : les Gétules, qui vivaient au-delà des montagnes de l’Atlas, au Sud de la Numidie ; et les Garamantes, dans le Fezzan, qui pourraient être les ancêtres des Touaregs actuels.

Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Les premiers habitants d’Afrique du Nord : les Amazighs

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Les racines des premiers hommes qui ont habité notre région remontent à des milliers d’années. Originaires de la vallée du Nil, ils ont traversé le Nord du désert du Sahara et se sont installés dans la région située au Nord du continent africain, dont les vastes terres fertiles et bien irriguées offraient des pâturages en abondance pour eux et leurs troupeaux. Leur culture a très peu changé à travers les siècles : le mode de vie traditionnel de leurs descendants à notre époque ressemble toujours beaucoup à ce qu’on sait de celle de leurs lointains ancêtres.

Représentation d’un Amazigh de Libye, dans la tombe du Pharaon Séti 1er

La plupart de ces premiers Nord-Africains étaient des éleveurs nomades, qui vivaient sous tente et se déplaçaient au rythme des saisons avec leurs troupeaux de moutons et de chèvres. Avec le temps, certains se sont installés dans les plaines fertiles des régions montagneuses, où ils habitaient dans des maisons en pierre ou en terre, élevaient du bétail et cultivaient du blé, de l’orge et des oliviers. Partout, nomades ou sédentaires, ils vivaient au plus près de la nature.

Les hommes fabriquaient des outils de bois et de pierre, tandis que les femmes cousaient du tissu et faisaient de la poterie. Ensuite, ces ressources étaient échangées selon les besoins de chacun. Les métaux étaient réservés aux bijoux et l’argent inconnu.

Ils portaient des tuniques ornées de bandes rouges. Dans les climats plus froids, les tuniques étaient en laine, avec une capuche. Les hommes comme les femmes appréciaient beaucoup les bijoux, surtout en argent.

La base de leur alimentation était une épaisse semoule de blé ou d’orge : le seksou, qu’ils mangeaient avec du lait de chèvre ou de brebis.

Les familles vivaient ensemble, sous l’autorité du grand-père ou de l’aîné des oncles. Ils construisaient leurs villages sur le flanc des montagnes, pour pouvoir se défendre facilement en cas d’attaque. Les femmes fabriquaient des tapis, une autre activité emblématique, avec pour motifs les symboles des tribus.

Les tribus et villages formaient des alliances régionales, pour se protéger mutuellement ou attaquer des tribus rivales. Ces confédérations tribales étaient dirigées par une assemblée composée de tous les chefs de clan.

En vivant en contact si étroit avec la nature, ils ne pouvaient qu’être fascinés par les forces qui leur semblaient se cacher derrière la nature. Ils imaginaient le ciel comme la demeure du dieu soleil, parfois représenté comme un lion à la crinière étincelante. D’autres divinités influentes étaient Ayyur, la lune, et Gurzil, le tonnerre. Les rochers étaient la demeure des jnun, les esprits de la terre. Les rites saisonniers de la fertilité étaient censés garantir une bonne récolte et une bonne santé des troupeaux.

En même temps, la nature si belle pouvait aussi être terrifiante, d’où le besoin de se protéger contre les puissances spirituelles malfaisantes. Pour cela, ils portaient des amulettes, comme des ossements ou des coquillages, et avaient recours à des sortilèges. Le symbole de la main ouverte pour se protéger du mauvais œil remonte à bien avant l’islam.

Quel était le nom de ces premiers Nord-Africains ? Les Grecs, la civilisation la plus prestigieuse du bassin méditerranéen antique, les appelaient les Libyi. A d’autres moments, les populations autochtones d’Afrique du Nord, ou bien certaines tribus spécifiques, ont été appelés Massyles, Numides, Maures, Gétules ou Garamantes.

Plus tard, leurs nouveaux voisins Arabes les appelleront بربر, Berbères. Ce nom est dérivé du grec barbaroi, étrangers, qui a également donné « barbares » en français.

Eux-mêmes se désignaient sous le nom d’Amazigh, ou Imazighen au pluriel, ce qui signifie « hommes libres » dans leur langue. Ce nom, qui existe depuis des millénaires, était connu dans l’Antiquité et on en retrouve des variantes dans les textes d’autres peuples.

Le meilleur endroit pour découvrir davantage l’histoire et la culture amazighe est certainement le Musée Pierre Bergé des arts berbères, dans le Jardin Majorelle, à Marrakech, au Maroc, que nous recommandons à tous