Carthage et l'Empire carthaginois

La bataille d’Himère : une défaite lourde de conséquences

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Vers le début du 5° Siècle avant notre ère, Carthage intervient militairement en Sicile, contre les villes grecques de Syracuse et d’Acragas. L’armée carthaginoise est vaincue à la bataille d’Himère. Cette défaite mènera à une réforme profonde de la société carthaginoise, afin de la rendre plus démocratique en limitant les pouvoirs du roi au profit d’une assemblée élue par le peuple.

La bataille d’Himère – peinture de Giuseppe Sciuti

Contexte

Depuis le 6° Siècle, Carthage, installée au Nord-Ouest de la Sicile, est régulièrement en conflit avec les colonies grecques qui occupent la plus grande partie de l’île. Les Grecs de Sicile sont eux-mêmes divisés entre Ioniens et Doriens.

La Sicile avant la bataille d’Himère : territoire de Syracuse (en rouge), soumis à Syracuse (en jaune) et soumis à Acragas (en bleu) ; points noirs : villes carthaginoises

A cette époque, la plupart des villes grecques de Sicile sont tombées sous le pouvoir de tyrans (des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec). Gélon, le tyran de Syracuse, qui contrôle le plus grand territoire, fait alliance avec Théron d’Acragas, créant un front uni des Grecs Doriens, contre les Grecs Ioniens et les autochtones Sicules. Face à cette menace, les Ioniens font alliance avec Carthage.

La bataille d’Himère

Tombeau de Théron d’Acragas, le tyran qui a vaincu Carthage à Himère

En 483, Théron d’Acragas dépose Terrilus, le tyran ionien d’Himère, qui appelle Carthage à l’aide. Les Carthaginois, craignant de voir l’alliance entre Gélon et Théron prendre le contrôle de toute la Sicile, interviennent en 480.

L’armée carthaginoise, menée par le roi Hamilcar Ier, est vaincue à la bataille d’Himère. Hamilcar lui-même est tué au combat ou se suicide après sa défaite, selon les sources. Carthage conserve cependant ses territoires en Sicile.

Cette défaite a provoqué de profonds changements dans la société carthaginoise : le gouvernement aristocratique a été remplacé par une assemblée élue, avec un roi aux pouvoirs purement symboliques.

Par la suite

La bataille d’Himère est la première d’une série de sept guerres entre Carthage et les Grecs de Sicile, menés par Syracuse, pour le contrôle de l’île.

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Les anciens rois de Carthage

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Pendant les premiers siècles après sa fondation, Carthage était gouvernée par un chef appelé suffète (shophet). Les historiens grecs et romains les appelaient « rois » de Carthage, mais la plupart des historiens modernes pensent que c’est une erreur due à leur ignorance du système politique carthaginois. Leur rôle semble avoir été différent de celui des rois dans la plupart des royaumes antiques. Dans cet article, nous découvrirons tout ce que nous savons des anciens « rois » de Carthage.

Les suffètes de Carthage : des rois ?

Reconstitution de Carthage

L’histoire ancienne de Carthage est très peu connue : certains historiens doutent même qu’il soit possible de la reconstruire, à cause de la destruction totale des sources historiques carthaginoises lors de la destruction de la ville. On ne sait donc pas exactement quel était le rôle des premiers suffètes. En tout cas, ils n’étaient probablement pas des « rois » au sens courant dans l’Antiquité, mais plutôt de hauts magistrats (shophet 𐤔𐤐𐤈 signifie « juge » en phénicien), choisis pour leurs compétences, peut-être comme des « premiers parmi les pairs ». On ne sait pas si cette fonction était héréditaire : les suffètes étaient généralement issus de la même famille, mais il est possible qu’il s’agisse davantage d’une question d’éducation que de succession dynastique.

Les rois de Carthage

Voici la liste la plus courante des anciens rois de Carthage, fondée sur les travaux de l’historien français Gilbert Charles-Picard. Cette liste n’est qu’une hypothèse parmi d’autres. Toutes les dates sont des suppositions.

Les premiers rois

Didon

La première reine de Carthage serait Didon (Elissa), une princesse phénicienne de Tyr devenue la fondatrice légendaire de la ville.

Le premier roi historique connu est Hannon I, qui aurait régné de 580 à 556. C’était probablement un descendant de Didon. On ne sait rien de plus de sa vie.

Son successeur, Malchus (556-550), était probablement issu de l’armée. C’est pendant son règne que la conquête carthaginoise de la côte nord-africaine a commencé. Vers le début de son règne, il a mené une campagne en Sicile, probablement suite à l’appel à l’aide des colonies phéniciennes face à l’expansion grecque sur l’île. Les villes phéniciennes de Sicile, comme Motya, Panorme et Solonte, sont intégrées à l’Empire carthaginois. Par la suite, il combat les Libou dans la région de Leptis Magna, pour le contrôle de la côte libyenne. Vers la fin de son règne, il est envoyé en Sardaigne à la tête d’une armée de 80 000 hommes, afin de soutenir les populations phéniciennes locales contre les autochtones nuragiques. Il remporte une série de victoires qui lui permettent d’établir des colonies puniques sur l’île. Cependant, après une défaite, lui et ce qui reste de son armée sont exilés. Il revient alors assiéger Carthage, prend le contrôle de la ville par la force et fait exécuter ceux qui l’avaient exilé.

La dynastie magonide (550-340)

Vers 550, Magon, un général de l’armée carthaginoise, s’empare du pouvoir à Carthage. Il règne de 550 à 530 et fonde une dynastie qui sera au pouvoir pendant deux siècles. On ne sait pas s’il s’agissait à l’origine d’un simple potentat militaire qui a pris le pouvoir par la force ou s’il était reconnu comme roi légitime.

Alalia, la première possession carthaginoise en Corse

Magon I commence par faire exécuter Malchus pour trahison, à cause de son attaque contre Carthage. Pendant son règne, Carthage continue à s’imposer comme la principale puissance du bassin méditerranéen occidental. Il fait alliance avec les Etrusques contre les Grecs de Massalia, une alliance qui durera jusqu’à l’époque romaine. Vers 540, Carthaginois et Etrusques attaquent ensemble Alalia, une colonie phocéenne en Corse. Les Phocéens sont vaincus et contraints d’abandonner Alalia, qui passe sous contrôle carthaginois. Magon fortifie ensuite la domination carthaginoise sur le Sud de l’Espagne, depuis Gadir (Cadiz). Vers la fin de son règne, la civilisation tartessienne, un important partenaire commercial de Carthage en Espagne, s’effondre, permettant aux Carthaginois de prendre le contrôle de leurs mines de métaux précieux.

Hasdrubal I (530-510), le fils de Magon I, lui succède. D’après l’historien romain Justin, il a été élu « roi » à 11 reprises – un indice montrant que la fonction de suffète était peut-être élective et non héréditaire. Avec son frère Hamilcar, il lance une expédition militaire en Sardaigne. Il a été honoré d’un triomphe quatre fois pour ses victoires, le seul Carthaginois à avoir reçu tant d’honneurs. Pendant son règne, le prince grec Dorieus de Sparte tente d’établir une colonie grecque près de Leptis Magna, mais il est repoussé. Hasdrubal meurt de blessure en Sardaigne, vers 510.

Son frère Hamilcar I (510-480), qui lui succède, poursuit la campagne pour le contrôle de la Sardaigne, qui dure 25 ans. Les autochtones sont soutenus par les Grecs de Magna Graecia (Sud de l’Italie). Hamilcar est connu aussi pour avoir signé le premier traité entre Carthage et Rome, qui définit leurs zones d’influence respectives et reconnaît notamment le contrôle carthaginois sur la Sicile et la Sardaigne.

La bataille d’Himère : un point tournant dans l’histoire carthaginoise

Vers la fin du règne de Hamilcar I, Carthage intervient militairement en Sicile, contre les villes grecques de Syracuse et d’Acragas : c’est la première d’une série de sept guerres entre Grecs et Carthaginois en Sicile. L’armée carthaginoise est vaincue à la bataille d’Himère. Hamilcar lui-même est tué au combat ou se suicide après sa défaite, selon les sources – son suicide pourrait être un sacrifice rituel pour inverser le cours de la bataille. Après cette défaite, Carthage a mis en place une réforme limitant les pouvoirs du roi, avec la mise en place d’une assemblée élue.

Après cette réforme, la chronologie des rois de Carthage devient floue. Un fils de Hamilcar I appelé Himilcon I a apparemment régné sur les territoires carthaginois en Sicile ; il pourrait s’agir de l’explorateur Himilcon, le premier Carthaginois à avoir navigué jusqu’en Bretagne. Hannon le Navigateur, qui a exploré la côte ouest-africaine au-delà du détroit de Gibraltar, était probablement aussi issu de la famille magonide, peut-être un fils ou petit-fils de Hamilcar I – certaines sources le décrivent comme « roi ».

Hannibal I (440-406), le petit-fils de Hamilcar I, a mené une expédition militaire en Sicile, en 410. Les Carthaginois s’emparent des villes grecques de Sélinonte et d’Himère. Après sa victoire, Hannibal fait exécuter 3000 prisonniers de guerre, pour venger la défaite de son grand-père à Himère, 70 ans auparavant. Quelques années plus tard, Hannibal meurt de la peste, pendant le siège d’Agrigente.

Soldat carthaginois

Bomilcar, le fils de Hannibal I, meurt quelques jours après lui. C’est donc son neveu Himilcon II (406-396) qui lui succède. Himilcon II pourrait être le fils de Hannon le Navigateur. Il poursuit la guerre en Sicile, jusqu’à la conclusion d’un accord de paix avec Syracuse. La guerre reprend en 398. Himilcon assiège Syracuse. Après une défaite, il décide de lever le siège et d’évacuer tous les soldats carthaginois, abandonnant à leur sort les mercenaires étrangers qui se battaient à ses côtés. Les Carthaginois, choqués par son attitude, le destituent. D’après l’historien grec Diodore de Sicile, Himilcon, pris de regrets, se serait ensuite laissé mourir de faim à Carthage.

Son successeur, Magon II (396-375), est un membre de la famille magonide, mais pas le fils de Himilcon II. Pendant les premières années de son règne, il doit réprimer une rébellion amazighe dans les territoires carthaginois en Afrique. Il tente ensuite de reprendre Messana, en Sicile, mais échoue, puis signe un nouveau traité de paix avec Syracuse. La guerre en Sicile reprend vers la fin de son règne. Magon II est tué au combat.

Pièce syracusaine à l’effigie de Timoléon

Son fils Magon III (375-344) continue la guerre en Sicile. Vers 345, il profite des divisions entre factions politiques rivales à Syracuse pour entrer dans la ville, sur l’invitation d’une faction. Il échoue cependant à obtenir une victoire permettant à Carthage de prendre le dessus. Peu après, il est vaincu par le général corinthien Timoléon, qui est venu en aide à Syracuse. Il se suicide pour échapper à la crucifixion, le supplice que Carthage réserve aux généraux vaincus.

Son successeur, Hannon III (344-340), est le dernier suffète de la dynastie magonide. Après la défaite de Magon III, il mène une opération de secours carthaginoise en Sicile, mais il est vaincu à son tour.

La dynastie hannonide

Un autre Hannon, qui n’est pas issu de la famille magonide, a remporté une victoire importante contre les Grecs de Sicile en 367. Il devient un des hommes les plus riches et les plus puissants de Carthage pendant vingt ans. Après la défaite de Hannon III, le dernier suffète magonide, il essaye de s’emparer du pouvoir, avec le soutien d’un chef de tribu amazigh local. Il est capturé et torturé à mort avec plusieurs membres de sa famille.

Peu après, les autorités carthaginoises font appel à Giscon, un fils de Hannon qui avait été exilé avant la mort de son père, pour continuer le combat en Sicile. Il remporte plusieurs victoires, mais ne parvient pas à vaincre Timoléon, qui a entretemps pris le pouvoir à Syracuse.

Agathocle de Syracuse

Hamilcar, le fils de Giscon, commande l’armée carthaginoise pendant la guerre contre Agathocle de Syracuse.

Bomilcar, le frère (ou un parent plus éloigné) de Hamilcar, tente de prendre le pouvoir à la mort de Hamilcar. Non content de la fonction de suffète, il veut restaurer les pouvoirs des anciens rois d’avant la réforme de 480. Il échoue et est crucifié.

Après la tentative de coup d’Etat de Bomilcar, le Sénat carthaginois met en œuvre de nouvelles réformes qui feront de Carthage une République. Pour éviter une nouvelle tyrannie, les suffètes sont à présent deux plutôt qu’un seul, élus pour un mandat d’un an, et exercent leur pouvoir d’une manière collégiale.

Hannon le Grand, l’aristocrate carthaginois qui a été le principal adversaire de Hannibal pendant la Deuxième guerre punique, était probablement un descendant de la famille hannonide.

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Hamilcar le Rhodien : un espion carthaginois dans l’armée d’Alexandre le Grand

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Alexandre le Grand, le plus grand conquérant de l’Antiquité, a conquis un Empire qui s’étendait de sa Macédoine natale jusqu’au fleuve Indus. Ses conquêtes ont suscité une grande crainte à Carthage, au point où les Carthaginois ont décidé d’envoyer un espion pour les tenir informés de ses projets.

Alexandre le Grand – Mosaïque retrouvée à Pompéi

Contexte : les campagnes d’Alexandre le Grand

Le jeune roi Alexandre III de Macédoine, qui a hérité de son père un Royaume qui domine déjà la plus grande partie de la Grèce, avait surtout pour ambition de vaincre l’ennemi mortel des Grecs : l’immense Empire perse. Il traverse l’Hellespont en 334, et se lance à la conquête de l’Asie mineure (Turquie actuelle).

Siège de Tyr – Dessin d’André Castaigne

En 332, il assiège Tyr, la capitale de la confédération de cités-Etats phéniciennes. Pendant ce siège, les femmes et les enfants de la ville sont évacués à Carthage. Alexandre le Grand finit par comprendre qu’il ne pourra prendre la ville qu’avec une flotte. A ce moment-là, 80 navires perses originaires de villes qu’il a déjà conquises se rallient à lui, suivis de 120 navires venus de Chypre, qui ont entendu parler de ses exploits et souhaitent le rejoindre. Grâce à cette flotte, il prend le contrôle de la ville. La civilisation phénicienne, qui dominait jadis une grande partie du bassin méditerranéen, n’existe désormais plus que dans la diaspora, centrée sur Carthage.

L’année suivante, Alexandre le Grand conquiert l’Egypte et fonde la nouvelle capitale de son Empire, à laquelle il donne son nom : Alexandrie. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Il marche ensuite vers l’Orient.

En octobre 331, il affronte l’armée de l’Empereur de Perse Darius III, à Gaugamela (probablement Tel Gomel, près d’Erbil, dans le Kurdistan iraquien actuel). Sa victoire est totale. L’Empire perse, l’ennemi historique des Grecs, est vaincu. Au cours des prochaines années, il étend ses conquêtes de plus en plus loin vers l’Orient. A sa mort, en 323, il règne sur le plus grand Empire de l’histoire antique.

La réaction de Carthage

Statue équestre d’Alexandre le Grand à Thessalonique

Au début des campagnes d’Alexandre le Grand, les Carthaginois le voyaient avec une certaine indifférence : son armée était loin de leurs frontières et s’intéressait surtout aux régions orientales. Cela a changé après la conquête de Tyr, la cité-mère de Carthage, avec laquelle l’ancienne colonie avait gardé des liens étroits : les Carthaginois craignaient à présent qu’après avoir atteint son objectif en Orient, Alexandre le Grand ne se tourne vers l’Occident, vers leur Empire. Cette crainte s’est encore accentuée après la fondation d’Alexandrie, sur la rive Sud de la Mer Méditerranée, dont le port menaçait de devenir un rival de poids pour Carthage.

L’espion carthaginois Hamilcar le Rhodien – Image créée par ChatGPT

C’est à ce moment-là que les autorités carthaginoises ont décidé d’envoyer un espion auprès d’Alexandre le Grand. Cet espion est appelé Hamilcar le Rhodien (à ne pas confondre avec Hannibal le Rhodien, un officier carthaginois pendant la Première guerre punique). Sa mission était de les tenir informés de ses projets, notamment s’il prévoyait d’attaquer Carthage.

Cet espion carthaginois n’est mentionné que par trois auteurs antiques : Frontin, un officier militaire romain du 1° Siècle, Justin, un historien latin du 2° Siècle, et Paul Orose, un auteur chrétien du 5° Siècle, qui a écrit une histoire du monde dans une perspective chrétienne. Tous ces auteurs ont écrit plusieurs siècles après les faits, ce qui a amené certains historiens modernes à mettre en doute leur témoignage. Il est cependant possible qu’ils s’inspirent de sources plus anciennes, qui sont perdues. La plupart des historiens acceptent aujourd’hui que l’épisode de l’envoi de l’espion carthaginois est bien historique.

Les craintes carthaginoises étaient-elles fondées ? Alexandre le Grand avait-il effectivement l’intention de revenir attaquer Carthage après avoir conquis l’Orient ? Sur ce point, les historiens modernes sont en désaccord : selon certaines sources, après sa conquête de Tyr, il aurait renvoyé des Carthaginois vivant dans la ville avec le message que le tour de Carthage viendrait, mais même si c’est vrai, il pourrait s’agir davantage de rhétorique guerrière que d’un projet de conquête à venir. En tout cas, les craintes carthaginoises étaient bien réelles.

Qu’Alexandre le Grand ait effectivement eu l’intention de conquérir Carthage ou non, il n’en a pas eu le temps : il est mort en 323, à Babylone, à seulement 32 ans.

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Hannibal le Rhodien : un forceur de blocus carthaginois

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Vers la fin de la Première guerre punique, les Romains assiègent la ville de Libybée, en Sicile. Un audacieux officier carthaginois, Hannibal le Rhodien, est entré dans la ville par la mer, en pleine vue des Romains, pour ravitailler les assiégés. Grâce à la vitesse supérieure de son navire, il a échappé aux troupes romaines.

Hannibal le Rhodien était un officier de l’armée carthaginoise, pendant la Première guerre punique. Son surnom « le Rhodien » vient probablement de ses qualités de navigateur : les habitants de l’île de Rhodes étaient connus pour être d’excellents marins. Hannibal le Rhodien était aussi un habile inventeur : son navire, qu’il avait lui-même construit, était équipé de fonctions spéciales qui le rendaient encore plus rapide que les autres navires de la flotte carthaginoise.

Vers 250, alors que la Première guerre punique fait rage depuis plus de 10 ans, les Romains ont pris le contrôle de la plus grande partie de la Sicile. L’armée romaine décide d’assiéger Lilybée (aujourd’hui Marsala), une des dernières villes carthaginoises de l’île.

C’est pendant ce siège que Hannibal le Rhodien s’est illustré. L’historien Polybe raconte comment il est entré dans le port de Lilybée, en plein jour et sans même chercher à se cacher de l’ennemi, pour apporter des provisions aux troupes carthaginoises assiégées. Puis, seul à bord de son navire, il repart et échappe facilement aux vaisseaux romains qui l’attaquent : son navire est si rapide que personne ne peut le rattraper. Polybe rapporte qu’il s’est même arrêté pour insulter et provoquer ses ennemis.

Après l’exploit de Hannibal le Rhodien, d’autres suivent son exemple. Grâce à ces expéditions, les Carthaginois peuvent non seulement ravitailler la ville assiégée, mais aussi récolter des informations utiles sur leurs ennemis. Les Romains, dépassés par tant d’audace, tentent sans succès de combler l’entrée du port.

Navire de guerre romain – Gary Rees – Source

Un jour, un navire carthaginois échoue sur un banc de sable. Les Romains s’en emparent et s’en servent pour poursuivre les autres navires qui viennent ravitailler la ville. Hannibal le Rhodien lui-même est finalement capturé pendant une de ses expéditions. Les Romains construiront leur propre flotte sur le modèle de son navire, ce qui leur permettra d’empêcher de nouvelles expéditions de ravitaillement.

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Les Etrusques : des alliés de Carthage en Italie

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Les Etrusques sont une civilisation antique qui vivait au centre de l’Italie. Rivaux historiques des Romains, les Etrusques étaient des alliés de Carthage. Un certain nombre d’objets artisanaux d’origine étrusque ont été retrouvés à Carthage et ailleurs en Afrique du Nord.

Tesserae hospitales étrusques retrouvées à Carthage : une « tessera hospitalis » était un petit objet employé pour symboliser un accord d’amitié, d’hospitalité et d’assistance mutuelle entre deux individus, familles ou communautés ; la tessera était divisée en deux et chaque partie gardait une moitié, comme preuve de l’accord et signe de reconnaissance lors de rencontres ultérieures
Carte des 12 villes de la Ligue étrusque et de l’expansion de la civilisation étrusque

Les Etrusques, apparus vers 900 avant notre ère, formaient une fédération de 12 cités-Etats, qui parlaient la même langue et avaient une culture commune. Leur région, l’Etrurie, s’étendait au centre de la péninsule italienne, du fleuve Arno au Tibre. La civilisation étrusque dominait l’Italie jusqu’au début de l’expansion romaine. Du 6° au 3° Siècle, les cités-Etats étrusques ont combattu les Romains dans une série de guerres, qui ont permis à Rome de prendre le contrôle de l’Italie. Les Etrusques ont ensuite été assimilés à la civilisation romaine. Ils ont reçu la citoyenneté romaine en 90, avec tous les habitants de l’Italie.

Poteries étrusques retrouvées à Carthage (clic pour agrandir)

Les Etrusques et les Carthaginois avaient des intérêts communs dans le bassin méditerranéen. Ils étaient notamment des alliés naturels contre l’influence grecque dans leur région. Ils se sont alliés une première fois en 540, pour attaquer ensemble Alalia, une colonie fondée en Corse par les Grecs de Massalia. L’alliance entre Etrusques et Carthaginois est victorieuse : les Grecs abandonnent Alalia et la Corse passe sous souveraineté carthaginoise. Par la suite, les Etrusques soutiennent Carthage dans leurs premières guerres contre les Grecs en Sicile. Vers la fin du 5° Siècle, la puissance étrusque commence à décliner et leur implication en Sicile cesse. Les Carthaginois, soucieux d’éviter un conflit ouvert avec Rome, n’ont pas envoyé de soutien militaire aux villes étrusques pendant leurs guerres contre les Romains. Ils ont cependant soutenu leurs alliés Etrusques financièrement (et peut-être aussi en les faisant profiter de leur flotte), surtout lorsque cela coïncidait avec leurs intérêts en Sicile et en Sardaigne. Les Etrusques ont été vaincus par les Romains avant le début des guerres puniques, si bien qu’ils n’ont pas pu soutenir Carthage contre Rome.

Infundibula en bronze retrouvées à Carthage

Carthage entretenait des liens commerciaux étroits avec les Etrusques, ainsi que l’atteste la grande quantité d’objets artisanaux d’origine étrusque retrouvés à Carthage et dans d’autres villes puniques d’Afrique du Nord. Il s’agit essentiellement de poteries et d’objets en bronze. On a même retrouvé des inscriptions révélant une présence étrusque en Tunisie et en Algérie moderne, jusqu’au 2° et au 1° Siècle (soit après la destruction de Carthage). Il s’agit probablement de populations qui ont fui en Afrique après la conquête de leur territoire par Rome.

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Les stèles de La Ghorfa : l’héritage punique à l’ère romaine

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Après la conquête romaine, la langue et la culture puniques n’ont pas disparu, mais ont gardé une profonde influence dans les territoires de l’ancien Empire carthaginois. Les stèles de la Ghorfa, une série de stèles retrouvées à Maghrawa, en Tunisie, témoignent des liens entre cet héritage culturel punique et la nouvelle civilisation romano-africaine.

Stèles de La Ghorfa, Musée du Louvre, Paris

Les stèles de La Ghorfa sont une collection d’une quarantaine de stèles punico-romaines, qui datent de la fin du 1° Siècle au début du 2° Siècle de notre ère, soit plus de 200 ans après la chute de Carthage. Elles ont été découvertes en plusieurs fois, entre 1842 et 1967, à Maghrawa, près de Makthar, en Tunisie. Etant donné qu’elles ont été éparpillées dès leur découverte, leur provenance exacte n’a été déterminée que récemment, grâce aux travaux du chercheur tunisien Ahmed M’Charek.

Stèles du Musée de Makthar

Ces stèles sont aujourd’hui dispersées entre plusieurs musées tunisiens et étrangers. La plus grande collection est celle du British Museum de Londres, qui compte 22 stèles. 3 stèles sont exposées au Musée du Louvre, à Paris, et 2 autres au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Enfin la Tunisie a conservé 17 stèles : 12 au Musée national du Bardo, 4 au Musée de Makthar et la dernière à l’antiquarium de Dougga. L’image de couverture de cet article montre la collection du Musée du Bardo.

Les stèles de La Ghorfa mesurent environ 1,75m de haut. Leur sommet est triangulaire, puis elles contiennent trois niveaux superposés. Certaines stèles contiennent aussi des dédicaces rédigées en latin.

Niveaux médian et inférieur de la même stèle
Niveau supérieur d’une des stèles du Bardo

Les trois niveaux des stèles représentent la hiérarchie du cosmos, selon la vision du monde traditionnelle punique. Le niveau supérieur montre le monde des dieux, représenté sous forme humaine, avec les symboles astraux de la lune et du soleil. Le signe de Tanit est parfois représenté, accompagné de divinités romaines comme Mercure ou Vénus. Le niveau médian est celui du dédicant, qui dédie la stèle aux dieux : il est debout dans une sorte de chapelle, avec des colonnes et des pontons. Il peut être un homme ou une femme. Enfin, le niveau inférieur représente le monde des hommes, avec souvent des scènes de sacrifice.

Ces stèles témoignent du syncrétisme religieux et culturel en Afrique romaine à cette époque, avec un mélange entre divinités et symboles puniques et romains.

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Les Carthaginois pratiquaient-ils des sacrifices humains ?

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Plusieurs auteurs antiques affirment que les Carthaginois brûlaient des enfants nouveau-nés sur l’autel de leur dieu Baal et de leur déesse Tanit. Alors que cette idée était largement admise dans le passé, certains historiens modernes doutent que les sacrifices humains étaient réellement pratiqués à Carthage ou pensent qu’ils étaient très rares.

Le Tophet : un lieu de sacrifices humains ?

Tyr, la « cité-mère » de Carthage, offrait des sacrifices humains à ses débuts, de même que d’autres cités phéniciennes. La pratique des sacrifices humains à Tyr semble cependant avoir cessé à peu près à la même époque que la fondation de Carthage.

Il existe une théorie selon laquelle il y avait un lien entre l’abandon des sacrifices humains à Tyr et la fondation de Carthage. Lorsque Tyr a décidé de cesser d’offrir des sacrifices humains, les traditionalistes, qui restaient attachés à cette pratique, auraient quitté la ville pour partir fonder Carthage sur la côte nord-africaine. Le mythe du suicide d’Elissa, la légendaire reine fondatrice de Carthage, serait à l’origine un sacrifice d’auto-immolation pour obtenir la faveur des dieux sur la nouvelle ville. Le prestige de Carthage, par rapport aux autres colonies phéniciennes, s’explique peut-être par son rôle religieux, de ville sacrée, à cause du sacrifice de sa fondatrice. Cette théorie est intéressante, mais elle ne peut être formellement prouvée.

Les auteurs gréco-romains, comme Plutarque et Diodore de Sicile, décrivent les sacrifices humains offerts par les Carthaginois, notamment les enfants nouveau-nés brûlés vifs lors de cérémonies rituelles. Il faut cependant garder à l’esprit que ces auteurs sont des ennemis de Carthage et que leur œuvre contient une grande part de propagande. Cela ne veut pas dire que les sacrifices humains n’existaient pas, mais qu’ils étaient peut-être bien plus rares que le récit de ces auteurs n’en donne l’impression.

Le Tophet de Carthage, au cœur de la ville antique, était une ère sacrée, dédiée à Baal et Tanit. Des excavations ont permis de retrouver un grand nombres d’urnes funéraires contenant les restes d’enfants, parfois de nouveau-nés. Par ailleurs, des inscriptions mentionnant des offrandes d’animaux ou d’enfants aux dieux (molok) ont été retrouvées, sans qu’on sache si cela implique leur mise à mort. Il est possible que le Tophet servait de lieu de sacrifice d’enfants.

Certains spécialistes ont suggéré que le Tophet était peut-être plutôt un cimetière pour les bébés morts-nés et les autres enfants morts de mort naturelle. Un examen des squelettes d’enfants ne montre aucune trace de traumatisme indiquant qu’ils seraient morts de mort violente.

Le suicide du roi de Carthage Hamilcar Ier, après sa défaite en Sicile, pourrait être un auto-sacrifice afin d’inverser le cours de la bataille.

La femme de Hasdrubal et ses enfants, peinture d’Ercole de’ Roberti

Après la défaite finale de Carthage, le dernier commandant carthaginois, Hasdrubal le Boétharche, s’est rendu aux Romains. Sa femme l’a maudit pour sa lâcheté, puis elle a coupé la gorge de leurs enfants, les a jetés dans un temple en feu et s’est précipitée elle-même dans les flammes. Ce geste désespéré peut être interprété comme un sacrifice rituel, destiné à sauver la ville qui était sur le point d’être détruite. Le suicide de la femme de Hasdrubal a peut-être inspiré Virgile pour le suicide de Didon.

La plupart des spécialistes acceptent aujourd’hui que les Carthaginois pratiquaient des sacrifices humains, y compris d’enfants. Il est cependant probable que de tels sacrifices étaient extrêmement rares, réservés aux crises les plus graves.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Grecs en Afrique du Nord

Agathocle de Syracuse : le tyran grec qui a assiégé Carthage

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Syracuse est une colonie grecque en Sicile, qui, au cours du 5° et du 4° Siècles avant notre ère, a mené plusieurs guerres contre Carthage et ses colonies siciliennes, pour le contrôle de l’île. Un siècle avant les guerres puniques, le tyran Agathocle de Syracuse a déjà essayé de conquérir Carthage et s’est emparé de plusieurs villes puniques de la région.

Villes occupées par Agathocle (en bleu) et par Eumachos (en vert)
Agathocle de Syracuse

Depuis le début du 5° Siècle, Syracuse est dirigée par des tyrans, des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec. Agathocle a commencé sa carrière d’officier militaire en tant que partisan de la faction démocratique. D’origine modeste, il aime à se présenter comme un homme du peuple. Cependant, après avoir pris le pouvoir par un coup d’Etat en 317, il s’avère être encore plus tyrannique que ses prédécesseurs. Surtout, il mène une politique militaire très agressive : il ambitionne de suivre le modèle d’Alexandre le Grand en devenant le nouveau protecteur du monde grec contre les « barbares » – en l’occurrence, les Carthaginois.

Sitôt au pouvoir, Agathocle déclare la guerre à Carthage. En 311, il est vaincu par l’armée carthaginoise, qui assiège Syracuse. Il prend alors une mesure désespérée : avec les troupes qui lui restent dans la ville, il force le blocus carthaginois et envahit l’Afrique, afin d’attaquer Carthage elle-même. Il espère contraindre les troupes qui assiègent Syracuse à lever le siège pour revenir défendre leur patrie.

Pièce d’argent à l’effigie d’Agathocle de Syracuse

L’armée d’Agathocle débarque sur le Cap Bon en août 310. Agathocle remporte une première victoire, qui lui permet d’établir son camp près de Tunis. Il assiège Carthage, mais la ville est trop bien fortifiée pour qu’il puisse espérer la conquérir.

Agathocle décide alors de se tourner vers l’Est et de prendre le contrôle des villes puniques de la côte, comme Neapolis (Nabeul), Hadrumetum (Sousse) et Thapsus (Bekalta). Pour cette campagne, il fait alliance avec Aylimas, le roi des Numides Massyles et un ancêtre de Massinissa. Ensemble, ils occupent tout le Nord de la Tunisie actuelle. Ensuite, cependant, Agathocle, qui veut s’étendre vers l’intérieur des terres, tue son allié Aylimas, devenu un obstacle à son ambition, et prend le contrôle de l’armée numide et de ses chars de guerre.

Pièce d’or à l’effigie d’Ophellas de Cyrène

Après la rupture de son alliance avec Aylimas, Agathocle, en quête de nouveaux alliés, contacte Ophellas, un ancien officier d’Alexandre le Grand, devenu gouverneur de Cyrénaïque pour le compte de Ptolémée d’Alexandrie. Afin de convaincre Ophellas de l’aider à combattre les Carthaginois, il promet de lui céder tous les territoires conquis en Afrique, ne gardant pour lui que la Sicile. Ophellas lève une grande armée, puis marche vers l’Ouest pour rejoindre Agathocle à Carthage, devenant le premier à mener une armée à travers le désert de Libye centrale. Quelques jours après l’arrivée d’Ophellas, Agathocle le fait tuer. L’armée cyrénéenne, privée de commandant, rejoint Agathocle.

Les Carthaginois, calquant leur stratégie sur celle d’Agathocle, envoient une nouvelle armée contre Syracuse. Agathocle retourne en Sicile, laissant derrière lui en Afrique son lieutenant Eumachos, qui poursuit les conquêtes vers l’Ouest, jusqu’à Hippone (Annaba).

Pièce d’argent à l’effigie d’Agathocle de Syracuse

En 307, Agathocle revient en Afrique pour mener la conquête finale de Carthage. Face au mécontentement de ses hommes à cause de leurs soldes impayés, il leur promet un énorme butin en cas de victoire. Après une série de défaites, son armée l’abandonne et il est contraint de fuir en Sicile, abandonnant ses conquêtes en Afrique. L’année suivante, il signe un traité de paix avec les Carthaginois, qui leur permet de récupérer tout leur territoire.

Après sa campagne africaine, Agathocle se proclame roi de Sicile. Il consacre le reste de sa vie à imposer sa domination sur les villes grecques de l’île, puis sur la Magna Graecia, région du Sud de l’Italie où se trouvent beaucoup de colonies grecques. On raconte qu’au moment de sa mort, en 289, il préparait une nouvelle attaque contre Carthage.

Carthage et l'Empire carthaginois

Kerkouane : une cité punique sur le Cap Bon

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Kerkouane est une ancienne cité punique située sur le Cap Bon. Pendant près de 400 ans, c’était une des cités les plus importantes de l’Empire carthaginois. Probablement abandonnée pendant la Première Guerre Punique, Kerkouane n’a pas été reconstruite par les Romains. Par conséquent, il s’agit aujourd’hui du seul site authentiquement punique, sans modifications apportées par des civilisations ultérieures.

Kerkouane était une cité punique, construite sur la pointe du Cap Bon, au Nord-Est de la Tunisie actuelle. Pendant près de 400 ans, c’était une des principales cités de l’Empire carthaginois, avec Carthage, Utique et Hadrumetum (Sousse). Le nom antique de la ville est inconnu ; le nom de Kerkouane, qui lui a été donné par les archéologues, vient du tamazight kkerker, « emmurer ».

La ville avait probablement environ 1200 habitants, pour la plupart des pêcheurs et des artisans. La présence de nombreux coquillages murex indique que la ville était probablement productrice de teinture pourpre. Elle produisait aussi du sel, ainsi que du garum, une sauce au poisson fermentée très populaire dans le monde antique.

Conquise par Agathocle de Syracuse, puis par les Romains pendant la Première Guerre Punique, la ville a probablement été ensuite abandonnée. Etant donné qu’elle n’a pas été reconstruite par les Romains, les ruines de Kerkouane sont aujourd’hui le seul site archéologique authentiquement punique, sans modifications apportées par des civilisations ultérieures. La ville et sa nécropole sont classées Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985.

Carthage et l'Empire carthaginois, L'Afrique du Nord romaine

Les guerres puniques dans la littérature romaine : Punica, de Silius Italicus

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Les guerres entre Rome et Carthage fascinaient tellement les Romains que, dans les siècles qui ont suivi, plusieurs auteurs romains s’en sont inspirés dans leurs œuvres. La plus célèbre de ces œuvres est l’épopée Punica, du poète Silius Italicus.

Les ouvrages historiques

La principale source historique sur les guerres puniques sont les Histoires, de Polybe. L’auteur, un Grec né vers 200 avant notre ère et envoyé comme otage à Rome en 167, s’intéresse à la période au cours de laquelle Rome est devenue une grande puissance. Contrairement aux historiens romains, Polybe écrit dans une perspective largement neutre entre Carthage et Rome.

Une autre source est l’historien romain Tite-Live, qui écrit sur l’histoire de Rome, depuis sa fondation.

Les premières épopées latines

Les premiers poètes romains se sont inspirés de la poésie épique grecque. Avant Virgile, leurs œuvres ne sont cependant que de pâles imitations d’Homère.

La plus ancienne épopée latine est Bellum Punicum, de Naevius (270-201). L’auteur, qui a servi comme soldat dans la première guerre punique et a vécu la deuxième dans sa vieillesse, est un témoin direct des événements. Son œuvre combine l’histoire romaine avec un arrière-plan mythique. Cette épopée est perdue.

Un autre poète, Ennius (239-169), a écrit les Annales, une épopée en 18 livres, qui couvre l’histoire romaine, de la chute de Troie à l’époque de l’auteur. Les livres 7-9 traitent des guerres puniques. Cette épopée est également perdue, seuls des fragments ont été conservés.

Le maître de l’épopée latine est évidemment Virgile. Nous avons écrit un article détaillé sur les références aux guerres puniques dans son Enéide.

Les Punica, de Silius Italicus

Silius Italicus

Une autre épopée plus tardive traite spécifiquement des guerres puniques : les Punica, écrites par le sénateur romain Silius Italicus (26-101). Il s’agit du plus long poème en latin encore disponible à notre époque, avec plus de 12 000 vers. Longtemps perdue, elle a été redécouverte en 1417.

Cette épopée en 17 livres, a pour thème la deuxième guerre punique et se concentre surtout sur l’affrontement entre Hannibal et Scipion. L’intrigue suit largement le récit historique de Tite-Live, mais en développant et embellissant des thèmes que Tite-Live ne mentionne que brièvement. Sur le plan poétique, il s’inspire surtout de Virgile.

Manuscrit des Punica

Le poème s’ouvre sur la trahison de Didon, son suicide et sa malédiction de toute la descendance d’Enée, des thèmes qui nous sont familiers par l’Enéide. Hannibal est présenté comme l’instrument de sa vengeance. Dans le livre 3, Hannibal traverse les Alpes, puis, dans les livres suivants, il combat les Romains en Italie. Dans les livres 15-17, Scipion débarque en Espagne, conquiert Carthago Nova, fait alliance avec Massinissa, puis inflige une défaite finale aux troupes carthaginoises à la bataille de Zama. Toute cette guerre est présentée comme voulue par les dieux pour éprouver la vertu des Romains.

Cette épopée est à la fois historique et mythique. Scipion est présenté comme le fils de Jupiter, qui, comme Ulysse dans l’Odyssée et Enée dans l’Enéïde, descend aux enfers pour recevoir une prophétie sur son avenir. Plusieurs personnages ne sont probablement pas historiques, mais plutôt des parallèles à des personnages de l’Enéïde. Ainsi, la princesse libyenne Asbyte, une alliée de Hannibal, est probablement inspirée de Camille, une femme guerrière de l’Enéïde, ainsi que du mythe des Amazones libyennes.

Les Carthaginois, bien qu’ennemis de Rome, sont tout de même décrits avec beaucoup de noblesse. La vengeance de Hannibal pour la trahison dont son ancêtre Didon a été victime est présentée comme légitime. Hannibal, comme Achille dans l’Iliade et Enée dans l’Enéide, reçoit un bouclier sur lequel sont dépeintes des scènes de l’histoire carthaginoise. Contrairement au bouclier d’Achille et d’Enée, son bouclier n’est cependant pas un cadeau des dieux, mais d’un allié humain.

Les Punica peuvent être lues en ligne en français sur cette page.