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Carthage et l'Empire carthaginois

La troisième guerre punique (149-146) et la destruction de Carthage

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Après la deuxième guerre punique, l’Empire carthaginois, amputé d’une grande partie de son territoire, est très affaibli. Le roi Massinissa de Numidie en profitera pour s’emparer de nouveaux territoires carthaginois. Lorsque Carthage finit par se défendre, cette action militaire contre un allié de Rome servira de prétexte au Sénat romain pour déclarer à nouveau la guerre : c’est le début de la troisième et dernière guerre punique, qui aboutira à la destruction de Carthage.

Contexte

À Rome, l’hostilité historique envers Carthage est ravivée par le souvenir douloureux de la campagne militaire menée par Hannibal en Italie. De plus, près de 50 ans après sa défaite, alors que Carthage a presque fini de payer ses indemnités de guerre, les Romains craignent de la voir ensuite rapidement retrouver toute sa puissance. Une faction de l’élite romaine, menée par l’influent sénateur Caton l’Ancien (l’auteur de la fameuse formule « Carthago delenda est »), veut en finir une fois pour toutes avec la menace carthaginoise.

En Afrique, Massinissa mène plusieurs campagnes militaires pour reprendre des régions dont il estime qu’elles ont été volées par Carthage à ses ancêtres. Il s’empare de la Tripolitaine, puis de territoires au centre de la Tunisie actuelle. Carthage, incapable de se défendre puisque le traité de paix lui interdit de faire la guerre sans autorisation, fait appel à Rome, mais à chaque fois, l’arbitrage romain est favorable à Massinissa.

En 151, Carthage se décide finalement, malgré l’interdiction, à se défendre contre les agressions répétées de Massinissa. L’armée carthaginoise, nouvellement constituée et inexpérimentée, est vaincue a la bataille d’Oroscopa. Alors que Carthage ne représente aucune menace pour Rome, cette violation du traité servira de prétexte pour une expédition punitive.

Le Sénat romain semble avoir été motivé aussi par la crainte de voir leur allié Massinissa devenir trop puissant pour eux, surtout s’il devait conquérir Carthage lui-même.

Siège et destruction de Carthage

Scipion Emilien

En 149, l’armée romaine assiège Carthage. Leur premier camp, très mal situé, sera rapidement infecté par une épidémie de peste, obligeant les Romains à le déplacer vers une zone plus difficile à défendre. Les Carthaginois attaquent les assaillants par des sorties et à l’aide de brûlots (navires enflammés), leur infligeant de lourdes pertes.

Le siège durera trois ans. Au printemps 146, le général romain Scipion Émilien (le petit-fils adoptif de Scipion l’Africain) lance l’assaut final. Les Carthaginois, voyant que les Romains attaquent par le port de la ville, brûlent les entrepôts. Les troupes romaines parviennent cependant à pénétrer dans la ville. Pendant six jours, les Romains font le tour des quartiers de la ville, tuant tous ceux qu’ils rencontrent et mettant le feu aux bâtiments. Le dernier jour, les derniers combattants carthaginois se rendent. 50 000 survivants sont vendus en esclavage.

La haine des Romains envers Carthage est telle que la ville sera entièrement rasée jusqu’au sol. Ce qui reste de son territoire deviendra la province romaine d’Afrique, avec pour capitale Utique. Le Sénat romain décrète que la ville devrait demeurer détruite pour toute l’éternité, avec interdiction formelle de la reconstruire ou de s’installer sur ce site. Malgré cette interdiction, le prestige de Carthage est tel qu’une nouvelle ville romaine sera construite un siècle plus tard, par Jules César, devenant la capitale de l’Afrique romaine.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

La guerre numido-carthaginoise : la dernière bataille de Carthage

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Le traité de paix conclu à la fin de la deuxième guerre punique impose à Carthage de payer de lourdes indemnités financières, sur une période de 50 ans, et lui interdit de mener une guerre sans l’autorisation du Sénat romain. Le roi Massinissa de Numidie en profite pour s’emparer de plus en plus de territoires carthaginois, sans que Carthage ne puisse se défendre. Près de 50 ans après sa défaite, Carthage, certainement encouragée par la levée prochaine des indemnités de guerre, finit par réagir.

Contexte

A l’approche de la fin du paiement des indemnités de guerre, l’élite carthaginoise est divisée sur la démarche à suivre. Une faction, héritière de Hannon le Grand (décédé en 193), veut mener une politique d’apaisement avec Rome. Une autre faction, menée par Hannibal l’Etourneau, favorise une collaboration plus étroite avec la Numidie de Massinissa. Une dernière faction, menée par Hamilcar le Samnite, aspire à rendre à Carthage sa gloire passée.

La guerre numido-carthaginoise

Carthage et le Royaume de Numidie

En 151, le parti nationaliste de Hamilcar le Samnite parvient à faire expulser de Carthage 40 membres du parti pro-numide. Ils s’enfuient à Cirta, à la cour de Massinissa. Le roi envoie ses deux fils, Micipsa et Gulussa, à Carthage, pour négocier le retour des exilés. Les autorités carthaginoises, exaspérées par les conquêtes successives de Massinissa, les renvoient. Hamilcar le Samnite tend même une embuscade à Gulussa et tue plusieurs membres de son escorte.

Un tel affront ne pouvait rester impuni : Massinissa assemble immédiatement son armée pour envahir le territoire carthaginois. Carthage lève une armée pour se défendre, en violation du traité de paix.

Juste avant la bataille, deux chefs numides, Suba et Asasis, font défection et rejoignent le camp carthaginois avec leurs 6000 cavaliers. Malgré ces renforts, l’armée carthaginoise est vaincue à la bataille d’Oroscopa.

Au même moment, le tribun romain Scipion Emilien rend visite à Massinissa pour obtenir des éléphants de guerre. Les Carthaginois font appel à lui pour négocier un armistice. Pour cela, Massinissa exige que les déserteurs numides lui soient livrés, mais Carthage refuse.

L’armée carthaginoise est trop affaiblie pour continuer les combats. Massinissa assiège les Carthaginois dans leur camp, cherchant à les affamer. Carthage sera contrainte de céder, en livrant les déserteurs numides et en autorisant le retour des exilés carthaginois.

Conséquences

Même si Carthage n’a pas perdu de territoires dans cette guerre, elle aura des conséquences désastreuses : lorsque la nouvelle arrive jusqu’à Rome, le Sénat romain menace Carthage de représailles pour sa violation du traité de paix.

Une délégation carthaginoise est envoyée à Rome en 149, pour tenter de négocier une solution pacifique. Un des membres cette délégation s’appelle Hamilcar, mais les sources ne précisent pas s’il s’agit du même Hamilcar qui est à l’origine de la reprise du conflit. La négociation échoue. Quelque temps après, l’armée romaine est aux portes de Carthage.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Mastanabal, champion de course de char

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Les chevaux d’Afrique du Nord étaient célèbres dans tout le monde antique pour leur vitesse et les cavaliers numides étaient de redoutables guerriers, craints de tous leurs ennemis. Mastanabal, le fils du roi Massinissa de Numidie, a remporté la course de chars aux Jeux panathénaïques, une compétition sportive organisée à Athènes.

Mastanabal est né à Cirta (Constantine), vers 190 avant notre ère. Son père, Massinissa, était le roi de Numidie. Son nom signifie « défenseur, protecteur ». Il a reçu une éducation grecque, un privilège rare pour un prince numide. Il étudie notamment le droit et la littérature grecque. Après la mort de son père, il lui succèdera comme roi, avec ses frères aînés Micipsa et Gulussa, et sera chargé d’administrer la justice dans le royaume. Par la suite, son fils Jugurtha mènera une révolte contre Rome.

Mastanabal était passionné d’équitation et possédait un haras de chevaux de race. Dans sa jeunesse, peut-être alors qu’il étudiait en Grèce, il a même participé aux Jeux panathénaïques, une des plus prestigieuses compétitions sportives du monde grec.

Les Panathénées étaient des festivités religieuses et sociales organisées tous les quatre ans par la cité d’Athènes. Comme aux Jeux olympiques, plusieurs épreuves sportives étaient proposées. On ne sait pas exactement en quelle année Mastanabal a participé à la course de chars, probablement en 168 ou 164. En tout cas, il a gagné la course sur l’hippodrome d’Athènes, devenant le premier champion d’une grande compétition sportive d’origine nord-africaine.

La participation aux Jeux panathénaïques était réservée aux nations que les Grecs considéraient comme civilisées. La participation de Mastanabal montre qu’à cette époque, la Numidie était pleinement reconnue comme faisant partie des grandes civilisations du monde antique.

Ce n’est pas la première fois que des chevaux originaires d’Afrique du Nord ont été primés lors d’une grande compétition sportive : le roi Arcésilas IV de Cyrène avait déjà remporté la course de chars aux Jeux pythiques de Delphes en 462, avec un attelage de chevaux libyens. Avec Mastanabal, c’est cependant la première fois que ces fiers coursiers étaient conduits par un cavalier natif de leurs terres.

Les Grecs en Afrique du Nord

Les grands esprits de Cyrène : Callimaque et Eratosthène

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Pendant l’ère hellénistique, Cyrène, la première colonie grecque en Libye, a donné naissance à des scientifiques et poètes prestigieux, qui ont contribué au rayonnement culturel du monde grec à cette époque. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de deux grands esprits grecs d’Afrique du Nord, originaires de Cyrène, qui ont fait carrière à Alexandrie : le poète Callimaque et le mathématicien Eratosthène.

Callimaque : le poète de la simplicité

Callimaque est né vers 310 avant notre ère, à Cyrène, dans une famille influente, qui descend de la dynastie des Battiades. Son grand-père, qui s’appelait également Callimaque, a été un général de Cyrène.

Dans sa jeunesse, il fait ses études à Alexandrie, la capitale de l’Egypte des Ptolémée et la ville la plus influente du monde grec à cette époque. Après avoir travaillé comme enseignant, il passe sous le patronage du roi Ptolémée II, qui veut promouvoir les arts et la culture dans son Royaume. Il travaille à la bibliothèque d’Alexandrie, dont il deviendra le directeur. Il meurt vers 240.

Callimaque a écrit plus de 800 œuvres, en vers et en prose, dont la plupart sont perdus. La plus célèbre est l’Aitia, un poème en quatre livres, qui s’intéresse aux origines de diverses coutumes humaines. Sa poésie favorise les thèmes simples, quotidiens, voire obscurs, sur les grand enjeux, et les textes courts, mais finement travaillées, sur les œuvres plus longues. Pour cette raison, il refuse d’écrire des épopées, le genre littéraire le plus en vogue à son époque. Son approche de la poésie marque une rupture fondamentale avec les poètes grecs plus anciens.

Dans le cadre de sa fonction de directeur de la bibliothèque d’Alexandrie, il a écrit aussi les Pinakes, un ouvrage bibliographique qui contient un court résumé de tous les manuscrits contenus dans la bibliothèque. Les Pinakes peuvent être considérés comme le premier catalogue littéraire de l’histoire.

Eratosthène : le fondateur de la géographie

Eratosthène est également né à Cyrène, en 276. Après avoir commencé ses études dans une école locale, il les poursuit à Athènes, où il devient disciple du philosophe Zénon de Kition, le fondateur du stoïcisme. Il étudie aussi à l’Académie platonicienne. Plus tard, il s’installe à Alexandrie, où il découvre la poésie sous la direction d’un autre Cyrénéen, Callimaque. Il succède à Callimaque comme directeur de la bibliothèque d’Alexandrie.

Eratosthène s’intéressera davantage aux mathématiques et aux sciences naturelles qu’à la poésie. Il est connu surtout pour avoir calculé la circonférence de la terre, avec une précision remarquable : son résultat est très proche de la circonférence terrestre que nous connaissons aujourd’hui.

A partir de là, Eratosthène est parti de ses connaissances sur la taille et la forme de la terre pour la décrire plus en détail, et même la représenter. Sa Géographie, en grande partie fondée sur les récits de voyage auxquels il avait accès dans la bibliothèque d’Alexandrie, contient la plus ancienne carte du monde connue. Il divise le monde en cinq zones climatiques : les deux pôles, deux zones tempérées et la zone intertropicale chaude, traversée par l’équateur. Il est considéré comme le fondateur de la géographie moderne.

Dans sa vieillesse, Eratosthène devient aveugle, ce qui l’empêche de poursuivre ses travaux. Déprimé, il se laisse mourir de faim. Il meurt en 194.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Le Royaume de Massinissa : l’âge d’or de la Numidie

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Après avoir aidé les Romains à vaincre Carthage, Massinissa s’empare du territoire de ses rivaux et devient le premier roi numide à unifier toute la Numidie sous son autorité. Son règne, qui durera plus de 50 ans, sera l’âge d’or du Royaume de Numidie.

Massinissa unifie la Numidie

Massinissa

Massinissa est né vers 238 avant notre ère. Son père, Gaïa, et le roi des Massyles, un royaume numide. Il a été élevé à Carthage, dont son père était un allié.

A l’âge de 17 ans, il prend le commandement de l’armée de son père. Alors que la deuxième guerre punique fait rage, il combat les Massaesyles, un royaume numide rival, allié à Rome. Ensuite, il rejoint ses alliés Carthaginois en Espagne, où, la tête de sa puissante cavalerie numide, il mène une redoutable campagne de guérilla contre les troupes romaines. Il était fiancé à Sophonisbe, la fille d’un général carthaginois.

Après la défaite des Carthaginois en Espagne, Massinissa, qui a entretemps succédé à son père comme roi des Massyles, comprend qu’il est dans son intérêt de rompre avec Carthage et de se rallier aux Romains. Après sa défection, les Carthaginois font alliance avec son rival, Syphax, le roi des Massaesyles, et lui donnent pour épouse Sophonisbe, la fiancée de Massinissa.

Massinissa et son armée rejoignent les troupes romaines débarquées en Afrique. Ensemble, ils infligent une défaite décisive aux Carthaginois et aux Massaesyles. Syphax est fait prisonnier. Massinissa continue de combattre son fils Vermina, qui lui succède, jusqu’à s’emparer de son Royaume. Ainsi, il devient le premier à réaliser l’ambition de ses ancêtres : unifier la Numidie. En 202, il fonde le Royaume de Numidie, avec pour capitale Cirta (Constantine), l’ancienne capitale des Massaesyles.

Pendant les prochaines années, il se lance dans la conquête des possessions carthaginoises en Libye, où il estime que Carthage occupe les terres de ses ancêtres.

Le royaume de Massinissa

Le Royaume de Numidie à l’époque de Massinissa

Massinissa règne sur la Numidie pendant plus de 50 ans. C’était un chef charismatique, de haute taille, un guerrier vigoureux qui a continué à participer aux combats même alors qu’il était très âgé. Toute sa vie, il est resté un fidèle allié des Romains.

Le principal accomplissement de Massinissa est le développement de l’agriculture : alors que les tribus numides avant lui étaient semi-nomades, Massinissa a mis au point un système de grands domaines royaux, qui produisaient du blé à grande échelle. Il a aussi développé la culture des oliviers et de la vigne. Cette politique a accéléré la sédentarisation de la population. Pendant l’ère romaine, la Numidie était le grenier à blé de l’Empire.

Statue d’Apollon, à Iol (Cherchell)

Massinissa a aussi favorisé la diffusion des arts et de la culture dans son Royaume. Ses influences sont à la fois puniques et romaines. Après la destruction de Carthage, Massinissa reçoit les manuscrits puniques qui ont été sauvés des flammes par les légions romaines. Il développe aussi des liens avec le monde hellénique, au point où une communauté grecque s’installe à Cirta. Un de ses fils, Mastanabal, a reçu une éducation grecque. La participation de Mastanabal aux Jeux Panathénaïques, où il a remporté la course de chars, est le meilleur signe que la Numidie était pleinement intégrée au cercle des grandes civilisations du monde antique.

Le tombeau de Massinissa, à El Khroub, dans la wilaya de Constantine

Vers la fin de sa vie, Massinissa ambitionne de conquérir Carthage pour en faire sa capitale. La décision romaine de détruire Carthage était probablement motivée en partie par leur crainte de voir leur allié devenir trop puissant pour eux.

Massinissa meurt en 148, à l’âge de 90 ans. Après sa mort, ses trois fils se partagent ses pouvoirs royaux : Micipsa, l’aîné, est chargé de l’administration du royaume, Gulussa est commandant de l’armée et Mastanabal administre la justice.

Les Grecs en Afrique du Nord

La philosophie cyrénaïque : une école philosophique nord-africaine

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Le philosophe Aristippe de Cyrène, à l’origine un disciple du grand philosophe athénien Socrate, a ensuite fondé sa propre école de philosophie, dans sa ville natale. Cette école philosophique, connue comme l’école cyrénaïque, enseignait que le seul bien auquel nous devons aspirer dans la vie est le plaisir.

Aristippe de Cyrène

Aristippe, le fondateur de cette école philosophique, est né à Cyrène, vers 435 avant notre ère. Venu en Grèce pour voir les Jeux Olympiques, il a rencontré Socrate à Athènes et est devenu son disciple. Sa philosophie s’est cependant rapidement éloignée de celle de Socrate, notamment à cause de son intérêt pour le plaisir. Alors, il est parti à Syracuse, où il a vécu une vie de luxe et de sensualité, à la cour du roi Denys de Syracuse. Plus tard, il est retourné à Cyrène, où il a fondé son école de philosophie.

La doctrine philosophique d’Aristippe est centrée sur la quête du plaisir : pour lui, le sens de la vie consiste à non seulement à éviter la souffrance, comme l’enseignent d’autres écoles philosophiques, mais à rechercher activement le plaisir, sous toutes ses formes, mais surtout le plaisir physique, considéré comme plus intense et durable. Il ne s’agit cependant pas d’un hédonisme sans morale : Aristippe reconnaît l’importance de respecter les conventions sociales et affirme qu’un comportement altruiste peut aussi être source de plaisir. Contrairement à Socrate, qui pense que le bien suprême est la vertu, tandis que le plaisir qu’on en tire n’est que secondaire, pour Aristippe, le plaisir doit être l’objectif premier, même d’un comportement vertueux. Aristippe insiste aussi sur l’importance de ne pas laisser l’objet de notre plaisir dominer nos sens, ce qui détruirait le plaisir qu’on en tire, mais de toujours demeurer maîtres de nous-mêmes, selon sa devise : « Je possède, je ne suis pas possédé. »

Aristippe était aussi le premier disciple de Socrate qui acceptait d’être payé pour ses leçons de philosophie, un choix que Socrate condamnait absolument. Pour cette raison, ainsi que pour sa doctrine, les autres disciples de Socrate l’ont beaucoup critiqué, l’accusant de trahir la pensée de leur maître.

Après la mort d’Aristippe, sa fille Arété lui a succédé à la tête de son école de philosophie. Son petit-fils, Aristippe le Jeune, a formalisé la doctrine philosophique cyrénaïque.

Aucun écrit des philosophes cyrénéens n’a été conservé, leur pensée est connue uniquement par d’autres auteurs plus tardifs.

La philosophie cyrénaïque est tombée en désuétude au 3° Siècle, supplantée par l’épicurisme, une autre doctrine philosophique également d’inspiration hédoniste.

Carthage et l'Empire carthaginois

Le général vaincu : Hannibal après la deuxième guerre punique

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Le général carthaginois Hannibal Barca, qui a envahi l’Italie pendant la deuxième guerre punique, est considéré comme un des plus brillants stratèges militaires de l’histoire. Toute sa vie, il était animé par une ambition suprême : détruire Rome. Même après sa défaite, il n’a pas renoncé à cette ambition.

Hannibal suffète

Hannibal Barca

A la fin de la deuxième guerre punique, Hannibal est âgé de 46 ans. Si sa défaite a beaucoup nui à sa popularité à Carthage, il a su rebondir, en argumentant que la défaite était due au manque de soutien du Sénat pour sa campagne.

Peu après la fin de la guerre, Hannibal est élu suffète, la fonction civile suprême de la République carthaginoise. Cette fonction n’était que rarement occupée par un militaire, mais Hannibal s’avérera être aussi habile en tant qu’homme d’Etat qu’en tant que général.

Le traité de paix impose à Carthage une indemnité de 10 000 talents, à payer sur 50 ans. Hannibal commence par ordonner un audit des finances de toutes les institutions, qui confirme que l’Etat carthaginois dispose des ressources nécessaires pour payer cette indemnité sans augmenter les impôts. Alors, Hannibal initie une série de réformes visant à réorganiser les finances de l’Etat, afin de combattre la corruption et de recouvrir les fonds détournés par l’élite carthaginoise.

Si ces réformes sont très populaires auprès du peuple, Hannibal se fait aussi beaucoup d’ennemis parmi les oligarques dont les intérêts sont ainsi menacés. Les principaux bénéficiaires des détournements de fonds étaient les membres du Conseil des Cent, le tribunal suprême carthaginois. Pour réduire l’influence de ce conseil, Hannibal fait voter une loi pour que ses membres, qui exerçaient auparavant leur pouvoir à vie, soient élus pour un mandat d’un an, avec interdiction de se présenter pour un deuxième mandat.

En exil

Après quelques années, les Romains, inquiets de la prospérité renouvelée de Carthage et alarmés surtout par les contacts entre Hannibal et l’Empereur séleucide Antiochos III, envoient une délégation à Carthage, pour accuser Hannibal de connivence avec un ennemi de Rome. Hannibal, conscient qu’il a beaucoup d’ennemis, surtout parmi les victimes de ses réformes financières, décide de partir en exil volontaire. Il quitte Carthage en 195, sept ans après la fin de la guerre.

Il voyage d’abord à Tyr, la ville mère de Carthage, puis à Antioche, la capitale de l’Empire séleucide, et enfin à Ephèse, en Asie mineure. Antiochos III le consulte pour ses propres projets de guerre contre Rome.

L’Asie mineure en 192 – Rouge : l’Empire séleucide et ses alliés – Bleu : alliés de Rome

Même en exil, Hannibal n’a jamais renoncé à sa haine contre Rome et à son désir de vaincre les Romains. En été 193, il planifie un coup d’Etat contre l’élite pro-romaine à Carthage, avec le soutien tacite d’Antiochos III. Ce projet ne sera jamais exécuté. Hannibal conseille aussi à Antiochos III d’équiper une flotte pour envahir le Sud de l’Italie, offrant de commander les troupes lui-même.

En 190, après qu’Hannibal ait passé cinq ans à sa cour, Antiochos III lui offre son premier commandement militaire. Il le charge de construire une flotte en Cilicie, qui viendra ensuite renforcer la flotte séleucide à Ephèse. Sa flotte sera cependant vaincue par la flotte de Rhodes, un allié de Rome.

Inquiet de voir Antiochos III le livrer aux Romains, Hannibal s’enfuit en Crète, puis en Bithynie, où il entre au service du roi Prusias. En 183, les Romains exigent que Prusias le leur livre. Prusias accepte, mais Hannibal refuse de tomber entre les mains de ses ennemis et s’enfuit à nouveau.

Il meurt peu après, à l’âge de 65 ans environ. Les historiens antiques rapportent différents récits de sa mort : d’après Pausanias, il est mort d’une infection après s’être blessé le doigt avec sa propre épée ; d’après Tite-Live, il s’est suicidé en buvant du poison pour ne pas être livré ; d’après Appien, il a été empoisonné par Prusias.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Conflit de succession en Numidie : Massinissa devient roi

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Le jeune Massinissa, fils du roi Gaïa, était le meilleur guerrier de tous les princes numides, qui commandait la cavalerie de son père dès l’âge de 17 ans. Pourtant, lorsque son père meurt, le trône ne lui est pas acquis… d’autant plus que Carthage craint de voir un roi numide aussi puissant échapper à son contrôle.

Au moment de la mort de son père, Massinissa est en Espagne, où il soutient ses alliés Carthaginois dans leur guerre contre les Romains.

Selon la coutume massyle, le trône revient au prince le plus âgé. C’est donc Oezalcès (Ulzacen), le frère de Gaïa et l’oncle de Massinissa, qui est choisi comme nouveau roi. Massinissa ne lui conteste pas le trône.

Oezalcès meurt lui-même après quelques mois. Son fils aîné Capussa lui succède. Là encore, Massinissa ne lui conteste pas le trône : son cousin est l’héritier légitime, en tant qu’aîné de la nouvelle génération de princes.

Cependant, un autre chef numide, Mazétule, s’oppose à Capussa. Il épouse la veuve d’Oezalcès, une Carthaginoise, ce qui lui vaut le soutien d’une partie de l’élite carthaginoise, qui veut écarter Massinissa. En effet, bien que Massinissa ait toujours fidèlement servi les intérêts carthaginois jusqu’ici, ses succès militaires font craindre à certains de voir cet allié devenir trop puissant pour eux.

Capussa est tué dans un coup d’Etat organisé par Mazétule. Massinissa est le suivant dans l’ordre de succession. Mazétule, qui ne peut être roi lui-même parce qu’il n’est pas de la famille royale, établit Lacumazès, le plus jeune fils d’Oezalcès, comme roi, avec lui-même pour régent.

C’est alors que Massinissa, chassé d’Espagne par les Romains, revient en Afrique pour revendiquer le trône de son père. Lorsqu’ils apprennent son retour, Lacumazès et Mazétule s’enfuient auprès de Syphax, le roi des Massaesyles, mais ils sont capturés en route. Massinissa traite Lacumazès avec honneur et le rétablit dans son rang de prince.

Ainsi, moins d’un an après la mort de son père, Massinissa lui succède sur le trône massyle. Cependant, Syphax, l’éternel rival des Massyles, a profité du conflit de succession pour s’emparer d’une partie de son territoire. En même temps, à Carthage, de plus en plus se méfient de lui. C’est ce qui le mènera finalement à rompre avec les Carthaginois, pour faire alliance avec Rome.

Carthage et l'Empire carthaginois, Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Diviser pour mieux régner : les rois amazighs pendant les guerres puniques

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Pendant les guerres puniques, les Royaumes amazighs d’Afrique du Nord ont été pris au piège du conflit entre Carthage et Rome, deux grandes puissances qui se battaient pour le contrôle de toute la région. Afin de préserver leur propre indépendance, ils ont été contraints à des alliances, tantôt avec Carthage, tantôt avec Rome.

Contexte

A cette époque, plusieurs Royaumes amazighs s’étendaient sur l’Afrique du Nord. Le Royaume de Maurétanie allait jusqu’au fleuve Moulouya. La Numidie, elle, était divisée entre plusieurs tribus et entre deux royaumes rivaux : les Massyles, du roi Gaïa, et les Massaesyles, du roi Syphax.

Les alliances entre ces royaumes, et avec Carthage, se font et se défont au gré des intérêts des rois. Près de 50 ans avant le début de la première guerre punique, le roi massyle Aylimas avait déjà fait alliance avec le tyran Agathocle de Syracuse, pour combattre Carthage.

Massinissa allié de Carthage

Gaïa, le roi des Massyles, est un voisin et un allié de Carthage. Son fils Massinissa a même été élevé à Carthage.

Syphax, le roi des Massaesyles, d’abord également un allié de Carthage, a choisi de faire alliance avec Rome, espérant ainsi affaiblir l’emprise carthaginoise sur son royaume.

De 215 à 212, alors que Hannibal fait campagne en Italie, Massyles et Massaesyles s’affrontent en Afrique, avec le soutien de leurs alliés respectifs. Cette guerre s’inscrit dans la rivalité ancestrale entre ces deux royaumes, pour la domination de toute la Numidie. Les troupes massyles, menées par le jeune prince Massinissa, remportent une victoire décisive.

Après sa victoire, Massinissa rejoint ses alliés Carthaginois en Espagne. A la tête de sa puissante cavalerie numide, il mène une redoutable campagne de guérilla contre les troupes romaines.

Guerre de succession : Massinissa roi des Massyles

Monnaie à l’effigie de Massinissa

Gaïa, le père de Massinissa, meurt en 207. Au moment de sa mort, Massinissa est en Espagne. Oezalcès (Ulzacen), le frère de Gaïa et l’oncle de Massinissa, est choisi comme son successeur, sans que Massinissa ne lui conteste le trône. Oezalcès et ses fils Capussa et Lacumazès règnent chacun quelques mois.

En 206, les Carthaginois sont chassés d’Espagne. Massinissa revient en Afrique également. A la nouvelle de son retour, son cousin Lacumazès s’enfuit auprès de Syphax, mais il est capturé en route. Massinissa s’établit sur le trône massyle, mais son rival Syphax profite du conflit de succession pour s’emparer d’une partie de son territoire. A Carthage, certains s’inquiètent de voir leur allié devenir trop puissant pour eux, surtout s’il devait devenir le roi d’une numidie unifiée.

Inversion d’alliances : Massinissa contre Carthage

Massinissa comprend alors qu’il est dans son intérêt de faire alliance avec les Romains. Pour l’encourager à rompre avec Carthage, le général romain Scipion décide de libérer son neveu, Massiva, qui avait été capturé par les Romains. Massinissa promet d’aider Scipion à envahir le territoire carthaginois en Afrique.

Les Carthaginois, qui ont perdu leur meilleur allié, se tournent vers Syphax. Pour sceller leur alliance, ils lui donnent pour épouse Sophonisbe, la fille d’un général carthaginois, qui était auparavant fiancée à Massinissa.

En 204, Massinissa rejoint les troupes romaines fraîchement débarquées en Afrique. En 203, leur armée inflige une défaite décisive aux Carthaginois et à leurs alliés Massaesyles, lors de la bataille des Grandes Plaines.

Sophonisbe, peinte par Jacopo Tintoretto

Syphax s’enfuit à Cirta, sa capitale. Poursuivi par Massinissa, il est fait prisonnier et livré aux Romains, qui le ramènent à Rome. Son fils Vermina, qui lui succède, envoie des troupes en aide aux Carthaginois, mais il arrive après leur défaite finale. Il est facilement vaincu à son tour, puis Massinissa s’empare de son royaume.

Massinissa retrouve Sophonisbe, qui avait été sa fiancée avant d’être donnée en mariage à Syphax, et l’épouse aussitôt. Scipion exige cependant qu’elle soit faite prisonnière et amenée à Rome pour leur parade triomphale. Pour échapper à cette humiliation, elle se suicide. Selon la légende, Massinissa lui aurait lui-même servi la coupe empoisonnée.

Et la Maurétanie ?

En revenant d’Espagne, Massinissa est passé par la Maurétanie. Le roi Baga de Maurétanie a mis 4000 hommes à sa disposition. Par la suite, il lui enverra encore d’autres troupes en renforts contre Carthage. Après la victoire, la Maurétanie a pris le contrôle de Tingis et des autres villes portuaires puniques sur ses côtes.

Par la suite

Après la défaite des forces carthaginoises en Afrique, le Sénat carthaginois rappelle Hannibal, qui abandonne sa campagne en Italie pour venir défendre Carthage. La bataille décisive entre son armée et les forces alliées romaines et numides, commandées par Scipion et Massinissa, a lieu en octobre 202, à Zama (près de la ville moderne de Siliana). La victoire romaine est totale ; Hannibal lui-même est un des seuls combattants carthaginois survivants. C’est la fin de la deuxième guerre punique.

Massinissa, qui contrôle à présent tout le territoire des anciens royaumes massyles et massaesyles, fonde le Royaume de Numidie. Pendant les prochaines années, il se lance dans la conquête des possessions carthaginoises en Libye, où il estime que Carthage occupe les terres de ses ancêtres. Il meurt en 148, deux ans avant la chute de Carthage.

L'Afrique du Nord romaine, Les Grecs en Afrique du Nord

La Cyrénaïque romaine

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Après la mort de Ptolémée Apion, le dernier roi de Cyrénaïque, la région passe sous contrôle romain. Elle fera partie de l’Empire romain, dès sa fondation.

Buste de l’Empereur Antonin, Cyrène romaine

Contexte

A l’époque hellénistique, de la mort d’Alexandre le Grand à l’avènement de l’Empire romain, la Cyrénaïque fait partie de la sphère d’influence de l’Egypte des Ptolémée. En 105, Ptolémée VIII Physcon établit son fils Ptolémée Apion comme roi de Cyrénaïque. Lorsque Ptolémée Apion meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à la République romaine.

Débuts

Dans un premier temps, ce nouveau territoire est largement ignoré par les Romains.

A Cyrène, un tyran du nom de Nicocrate prend le pouvoir et brutalise la population. Son épouse Arétaphile, qu’il avait forcée à l’épouser après avoir tué son premier mari, complote pour le faire assassiner. Malheureusement, son frère Léandre, qui lui succède, s’avèrera aussi tyrannique que lui. Alors, Arétaphile fait appel à un prince libyen pour le renverser. L’historien grec Plutarque mentionne Arétaphile dans son ouvrage De la vertu des femmes, comme un modèle de femme vertueuse, qui aspire à libérer son peuple de la tyrannie. Elle semble avoir été l’objet d’un culte pour les femmes de cette époque.

Le général romain Lucullus visite Cyrène en 87, réprime la tyrannie et établit une nouvelle Constitution. Le premier gouverneur romain est envoyé à Cyrène en 74. Après l’annexion romaine de la Crète, en 67, la Cyrénaïque sera intégrée à la province romaine de Crète et Cyrénaïque. La capitale de la province est Gortyne, en Crète, mais la Cyrénaïque jouit d’une large autonomie, avec Cyrène comme principale ville.

Province romaine

Statue d’Apollon, Cyrène romaine

Au début de l’époque romaine, la ville de Cyrène a connu une nouvelle ère de prospérité, avec beaucoup de nouvelles constructions au cours du 1er Siècle. Les autres villes de Cyrénaïque en ont profité aussi.

Vers le milieu du 1er Siècle, l’administration romaine a lancé une vaste campagne de recouvrement de terres publiques autour de Cyrène qui avaient été accaparées illégalement par des personnes privées.

Cyrène, qui avait une large population juive depuis l’époque hellénistique, est également devenue un important centre chrétien. D’après la tradition chrétienne, Marc, l’auteur d’un des Evangiles, était originaire de Cyrène et a prêché le message chrétien dans la ville.

En 115-117, une importante révolte juive a lieu en Cyrénaïque, causant plus de 200 000 morts dans toute la région. Cyrène a été saccagée par les insurgés et presque tous les bâtiments ont été détruits. La reconstruction de la ville a pris plusieurs décennies.

En 131, Cyrène est devenue membre du Panhellenion, une alliance de villes grecques créée par l’Empereur romain Hadrien, un grand admirateur de la Grèce antique. D’autres villes grecque de Cyrénaïque ont voulu devenir membres du Panhellenion, mais Cyrène a bloqué leur entrée.

Maison de Jason Magnus

Vers la fin du 2° Siècle, la ville était de nouveau prospère. Plusieurs palais ont été construits à cette époque, notamment la Maison de Jason Magnus, le plus beau vestige architectural de la Cyrène romaine.

Cyrène a recommencé à décliner au 3° Siècle. En 262, la ville a été ravagée par un tremblement de terre. Peu après, elle a été pillée par des nomades libyens. La ville a été reconstruite, mais n’a plus jamais retrouvé sa grandeur passée. Dorénavant, la ville la plus influente de Cyrénaïque était Ptolémaïs (Tolmeita).

Ruines de Ptolémaïs

Un nouveau tremblement de terre, en 365, a presque entièrement détruit les cinq villes historiques de la Pentapole. Ptolémaïs, relativement épargnée par le tremblement de terre, est devenue capitale de province.

La dernière figure influente de la Cyrénaïque romaine est le philosophe néoplatonicien Synésios de Cyrène. Né à Balagrae (El-Bayda) en 373, il a grandi à Cyrène et étudié la philosophie à Alexandrie, puis été envoyé comme émissaire de la Cyrénaïque à la cour de l’Empereur. Vers la fin de sa vie, il est même devenu évêque de Ptolémaïs.

Ptolémaïs a été détruite par les Libyens en 411.

La Cyrénaïque a été conquise par les Arabes en 643. La ville de Cyrène, déjà largement dépeuplée, a été abandonnée peu après.