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Les Amazighs, les premiers Nord-Africains, Les Juifs en Afrique du Nord

Tafaska : le nom amazigh de l’Aïd al-Adha, dérivé de la Pâque

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Aïd al-Adha (عيد الأضحى), la fête du sacrifice, qui commémore le sacrifice d’Abraham, le « Père des croyants », est la principale fête religieuse musulmane, à l’occasion de laquelle les familles sacrifient un mouton. En tamazight, cette fête est appelée « Tafaska », un nom directement inspiré d’une fête dont les Amazighs étaient déjà familiers bien avant l’islam : la Pâque. En Afrique de l’Ouest, ce nom est devenu « Tabaski ».

Le sacrifice d’Abraham

Les textes sacrés racontent comment Dieu a ordonné à Abraham (Ibrahim) de lui offrir son fils en sacrifice. Abraham, obéissant, s’est mis en route avec son fils. Au dernier moment, alors qu’Abraham s’apprêtait à tuer son fils, un ange l’a arrêté, en lui disant que son obéissance à Dieu, jusqu’à lui sacrifier même ce qu’il avait de plus cher, était suffisante pour montrer que son cœur était entièrement attaché à Dieu. Abraham a ensuite sacrifié le bélier à la place de son fils.

Le sacrifice d’Abraham, mentionné à la fois dans la Torah et dans le Coran, est un épisode fondamental de l’histoire sacrée des trois grandes religions monothéistes. Abraham est présenté comme un modèle de foi et d’obéissance à Dieu. Afin de commémorer le sacrifice d’Abraham, les familles musulmanes sacrifient un mouton pour l’Aïd al-Adha, le 10° jour du mois islamique de Dhou al-Hijjah.

Le sacrifice de la Pâque

En tamazight, la langue des populations autochtones d’Afrique du Nord, cette fête s’appelle Tafaska (ⵜⴰⴼⴰⵙⴽⴰ). Bien avant l’arrivée des premiers musulmans, les anciens Amazighs étaient familiers d’une autre communauté qui vivait parmi eux, qui croyait aussi en un Dieu unique et célébrait également une fête religieuse à l’occasion de laquelle ils sacrifiaient un mouton : les Juifs. Le nom « Tafaska » est certainement dérivé de la Pâque, une fête à la fois juive et chrétienne.

Main de Myriam, khamsa juive nord-africaine – D’après une tradition, les Hébreux ont dessiné une main en traces de sang sur leurs portes

La Pâque juive, en hébreu Pessah (פֶּסַח), « passage », commémore la délivrance des Israélites de l’esclavage en Egypte, par le prophète Moïse (Musa). La veille de leur sortie d’Egypte, Dieu a dit à Moïse de demander à tous les membres de son peuple de sacrifier un agneau et de répandre son sang sur les portes de leurs maisons. La nuit suivante, Dieu a envoyé l’ange de la mort pour tuer tous les fils premiers-nés des Egyptiens, mais il « passa » les maisons des Hébreux, qui avaient du sang de l’agneau pascal sur leurs portes, sans y entrer.

Les Amazighs d’Afrique du Nord, qui voyaient leurs voisins Juifs sacrifier un agneau tous les ans pour la Pâque, ont fait le lien avec la coutume des nouveaux arrivants musulmans. La transformation de la lettre P en F est courante pour les mots tamazight empruntés au latin (par ex. pullus (poulet) / afullus).

Dans l’Evangile, Christ est appelé l’Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde

A l’époque de l’arrivée de l’islam en Afrique du Nord, la plupart des habitants de la région étaient juifs ou chrétiens. Pour les Amazighs chrétiens, le sacrifice d’Abraham comme celui de la Pâque juive étaient des images d’un autre sacrifice : celui de Christ, sur la croix, pour racheter l’humanité du péché. La Pâque chrétienne est la fête de la résurrection de Christ, plus que de sa mort. Pour cette raison, les chrétiens n’offrent plus de sacrifices, parce qu’ils voient en la mort rédemptrice de Christ le sacrifice parfait, accompli une fois pour toutes. Les chrétiens d’Afrique du Nord étaient cependant toujours familiers des sacrifices d’animaux, même s’ils ne les pratiquaient plus.

Tafaska dans l’histoire

Le nom de Tafaska (ou Faska) s’est enraciné très tôt parmi les tribus amazighes, dont la langue était apparentée aux dialectes tamazight actuels. Il semble même y avoir eu des personnes qui portaient ce nom : ainsi, Abou Hafs Omar el Hintati, le chef de la puissante tribu Hintata des montagnes du Haut-Atlas, s’appelait à l’origine Faskat u Mzal Inti, avant que Ibn Toumert, le chef spirituel des Almohades, ne lui donne le nom d’Abou Hafs, d’après un compagnon du Prophète Mohammed, pour le remercier de sa fidélité. Ses descendants, les Bani Hafs, devinrent les fondateurs de la dynastie hafside, en Ifriqiya.

Avec l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest, Tafaska est devenue Tabaski, d’abord en wolof, la langue d’une des premières ethnies subsahariennes converties à l’islam, puis pour tous les musulmans d’Afrique subsaharienne.

Le fait que les musulmans du Sud du Sahara aient adopté le nom amazigh, plutôt que le nom arabe, de la fête, s’explique par la présence de tribus nomades Sanhadja (Iznaguen ⵉⵥⵏⴰⴳⵏ) jusqu’aux environs du fleuve Sénégal. Leur vocation commerciale et leur monopole sur le commerce de l’or les rendait très influents dans les villes caravanières au Sud du Sahara. Le nom du fleuve Sénégal, ainsi que de l’Etat moderne du Sénégal, pourrait d’ailleurs venir des Sanhadja, dont le nom a été transcrit « Zenaga » par les premiers cartographes européens.

Par la suite, la dynastie almoravide, également d’origine amazighe sanhadja, a conquis Aoudaghost, dans le Royaume du Ghana, en 1054, étendant sa domination jusqu’au fleuve Sénégal. L’émir almoravide Abou Bakr ibn Omar est mort dans la région du Tagant, en Mauritanie actuelle, laissant derrière lui sa femme toucouleure enceinte de leur fils, Ndiadiane Ndiaye, qui, d’après la légende, est devenu le fondateur de l’Empire du Djolof, au Sénégal. Les Almoravides ont joué un rôle important dans l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest et la légende de Ndiadiane Ndiaye illustre bien les liens étroits entre dynasties amazighes et royaumes musulmans d’Afrique de l’Ouest.

Aïd moubarak saïd à tous nos lecteurs !!!

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Juba II et Caius César : quand le roi de Maurétanie appuie la diplomatie romaine

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Au cours de son règne, l’Empereur romain Auguste a envoyé son petit-fils Caius César en Asie, afin de restaurer la stabilité dans les régions orientales de son Empire, secouées par diverses crises. Pour accompagner le jeune homme, Auguste a choisi pour lui des conseillers expérimentés, parmi lesquels le roi Juba II de Maurétanie. La participation de Juba II à cette expédition illustre son influence sur les affaires romaines.

Caius César

Contexte

L’Empereur Auguste n’a pas de fils, donc pas d’héritier selon la loi romaine. Sa fille unique, Julia, a eu deux fils : Caius et Lucius, qu’Auguste a adoptés en vue de faire d’eux ses successeurs.

Royaume d’Hérode le Grand

Vers -4, le roi de Judée Hérode le Grand, un allié des Romains, meurt. Ses fils font appel à Rome pour gérer sa succession.

Le Sénat romain décide de favoriser Archélaos, un des fils d’Hérode, à cause de sa promesse de verser une importante somme d’argent au trésor impérial. Lorsque des troupes romaines entrent en Judée pour récolter cet argent, les villes judéennes se révoltent. L’Empereur est contraint de faire intervenir les légions romaines basées en Syrie pour restaurer l’ordre.

Au même moment, le roi Tigrane IV d’Arménie, un autre allié des Romains, est renversé par l’Empereur de Perse. Pour faire face aux Perses en Arménie, Rome a besoin de ses légions syriennes, qui sont déjà engagées en Judée.

L’Empereur décide alors d’organiser une grande expédition en Orient, afin de stabiliser la Judée et de reprendre le contrôle de l’Arménie. Son objectif est de restaurer la domination romaine jusqu’à l’Euphrate. Auguste, qui est trop âgé pour prendre lui-même la tête d’une expédition en Orient, choisit son petit-fils, Caius César. Le jeune Caius, qui n’a que 18 ans, est très inexpérimenté pour une telle mission. Pour l’entourer et le conseiller, l’Empereur choisit un groupe d’hommes expérimentés. L’un d’eux est le roi Juba II de Maurétanie, qu’Auguste connaît bien puisqu’il a grandi à Rome. Ce choix montre l’estime que l’Empereur avait pour Juba II.

L’expédition de Caius César

En Judée

Partage du Royaume d’Hérode le Grand

La première étape de l’expédition est la Syrie, puis la Judée, où Caius est chargé de mettre en œuvre le plan de partage du royaume d’Hérode le Grand décidé par Rome. Archélaos obtient la moitié du territoire de son père, tandis que ses frères se partagent le reste. Cette solution permet de stabiliser la région.

Pendant que Caius et ses compagnons se trouvent en Judée, l’Empereur le félicite pour son choix de s’abstenir d’offrir des prières aux dieux romains à Jérusalem, ce qui aurait été perçu comme une provocation par la population juive de la ville.

En Judée, Juba II, qui est veuf depuis le décès de son épouse Cléopâtre Séléné, en -5, rencontre Glaphyra, la veuve d’Alexandre, un fils d’Hérode le Grand, qui deviendra sa deuxième épouse.

En Arabie

Après avoir rétabli la stabilité en Judée, Caius retourne en Syrie, où il prépare la guerre contre les Perses.

Royaume des Nabatéens

A un moment donné de son séjour en Orient, il mène une expédition en Arabie. Pour les Romains, l’Arabie, c’est le Royaume des Nabatéens, une dynastie arabe qui règne sur une vaste région s’étendant du Sud de la Syrie à la Péninule du Sinaï et à la région du Hejaz, dont la capitale est Petra, la célèbre cité gravée dans la roche. Caius et ses compagnons sont apparemment allés jusqu’au Golfe d’Aqaba, au Sud de la Jordanie actuelle.

Les motivations de cette expédition ne sont pas certaines. A cette époque, le Roi des Nabatéens est Arétas IV (en arabe Haritha حارثة), qui a régné de -9 à 40 et était un allié des Romains. Il est possible que l’expédition était destinée soit à s’assurer de sa loyauté, soit à le soutenir contre un adversaire, mais nous n’en savons pas plus.

Avant (ou après) cette expédition, Juba II écrit un traité De l’Arabie, sur la géographie de la région et les coutumes des Arabes. Il dédie ce livre au jeune prince Caius. Les sources romaines affirment qu’il a écrit ce traité avant l’expédition, pour préparer Caius à sa rencontre avec les Arabes, mais les historiens modernes pensent plutôt qu’il s’est servi des informations récoltées pendant l’expédition pour écrire. Cet ouvrage, le seul que Juba II a écrit en latin, a connu un grand succès à Rome et a beaucoup contribué à la fascination des Romains pour l’Arabie.

En Arménie

Le Royaume d’Arménie

Après leur retour d’Arabie, Caius et ses compagnons ont continué les préparatifs pour la guerre contre les Perses. En l’an 1, l’Empereur de Perse, qui n’était pas prêt à se battre, a finalement accepté de se retirer d’Arménie. Les Romains choisissent Ariobarzane d’Atropatène comme nouveau roi d’Arménie.

En même temps, si les Perses ne revendiquent plus l’Arménie, ils continuent de s’opposer à l’influence romaine en soutenant une rébellion nationaliste arménienne. Caius envahit l’Arménie en l’an 2, pour réprimer les rebelles. L’année suivante, Abaddon, le chef de la rébellion, l’invite à venir lui parler dans sa forteresse. Cette invitation s’avère être un piège : Caius est gravement blessé et ses compagnons doivent le porter pour repartir. Il meurt quelques mois après, des suites de ses blessures, à seulement 23 ans. Son frère Lucius est également mort de maladie en l’an 2, à Massalia, à l’âge de 18 ans.

Par la suite

Avec la mort subite de Caius et de Lucius, l’Empereur Auguste a perdu ses deux seuls petits-fils, qu’il préparait pour lui succéder.

Juba II retourne dans sa patrie. On ne sait pas si sa nouvelle épouse Glaphyra l’a accompagné ; aucune inscription à son nom n’a été retrouvée en Maurétanie. Ils divorcent vers l’an 7 et Glaphyra se remarie avec Archélaos, le fils d’Hérode le Grand.

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La femme du roi Salomon : une princesse libyenne ?

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Le grand roi Salomon, considéré comme l’homme le plus sage du monde antique, aurait épousé une fille de Pharaon, le roi d’Egypte. Or, l’époque de Salomon coïncide avec celle des premiers Pharaons d’origine amazighe libyenne. Qui était la princesse égyptienne qui a épousé Salomon ? Se pourrait-il qu’elle était d’origine amazighe ?

Salomon et son épouse, la fille de Pharaon (créé par ChatGPT)

Salomon était le troisième roi du Royaume d’Israël. Son règne représente l’apogée de la nation hébraïque. Son père David, à qui il a succédé, ayant fait beaucoup de conquêtes, il règne sur un vaste territoire qui s’étend sur les deux rives du Jourdain. Il est connu surtout pour avoir construit le Temple de Jérusalem, le cœur du culte du Dieu unique pendant l’Antiquité. Salomon et son père David sont considérés comme des prophètes dans les religions juive, chrétienne et musulmane.

Voici le récit du mariage de Salomon avec la fille de Pharaon : « Salomon s’allia par mariage avec Pharaon, roi d’Égypte. Il prit pour femme la fille de Pharaon, et il l’amena dans la ville de David, jusqu’à ce qu’il eût achevé de bâtir sa maison, la maison de l’Éternel, et le mur d’enceinte de Jérusalem. » (La Bible, 1 Rois 3 v 1) D’après la tradition juive, elle s’est convertie au judaïsme.

Sphinx de Siamon

Qui est le Pharaon dont Salomon a épousé la fille ? Le texte ne mentionne pas son nom. Les historiens estiment que Salomon a régné pendant 40 ans, de 970 à 931 avant notre ère. Il y a eu trois Pharaons qui ont régné en même temps que lui : Siamon/Neterkheperre (986-967), Psousennès (967-943) et Sheshonq Ier (943-922). Toutes ces dates, à une époque si ancienne, sont évidemment approximatives. La plupart des spécialistes pensent que Salomon a épousé la fille de Siamon, mais Psousennès est également plausible ; Sheshonq est plus improbable, car il n’a commencé à régner que vers la fin du règne de Salomon.

Plusieurs Pharaons de cette époque étaient d’origine amazighe libyenne. Osorkon l’Ancien (992-986), le prédécesseur de Siamon, était le premier Pharaon d’origine libyenne. Siamon et Psousennès n’étaient pas Libyens. Cependant, Karimala, la fille d’Osorkon l’Ancien, est décrite comme à la fois « fille de roi » et « épouse de roi » dans une inscription retrouvée dans un temple. Elle a probablement été l’épouse, soit de Siamon, soit de Psousennès. Si c’est leur fille que Salomon a épousée, elle aurait donc été à moitié libyenne. Enfin, Sheshonq Ier, le neveu d’Osorkon l’Ancien, a fondé la 22° dynastie, d’origine libyenne.

Tombeau de la fille de Pharaon, à Jérusalem

On voit donc que, même si on ne sait pas quel Pharaon était le père de l’épouse de Salomon, il est possible qu’elle était d’origine libyenne.

Après la mort de Salomon, son royaume a été divisé. Le Pharaon Sheshonq Ier a envahi le territoire de son fils Roboam et pillé les trésors du Temple de Jérusalem et du palais royal. La mention biblique de Sheshonq Ier (sous le nom de Shishak) pourrait être la première référence écrite aux Amazighs et l’année (approximative) de son accès au trône a été adopté comme « an 0 » du calendrier amazigh moderne.

L'Afrique du Nord romaine

Les grands Romano-Africains : Lucius Quietus, prince maure devenu général romain

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale et se sont distinguées par leur talent, à Rome et dans tout l’Empire. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Dans cet article, de notre série sur les grandes figures romano-africaines, nous découvrirons la vie du général d’origine maure Lucius Quietus.

Lucius Quietus et sa cavalerie, sur la colonne de Trajan, à Rome

Lucius Quietus est né en Maurétanie tingitane. Son père était le chef d’une confédération de tribus nomades maures. Pendant la révolte d’Aedemon, il soutient les Romains. En remerciement pour ses services, sa famille reçoit la citoyenneté romaine.

Le jeune Lucius Quietus s’engage dans l’armée romaine et devient officier dans la cavalerie. Il est un des militaires les plus brillants de sa génération, si bien que, pour le récompenser, l’Empereur Domitien l’élève au rang équestre, le plus haut rang dans l’aristocratie romaine. Il s’illustre surtout sous le règne de l’Empereur Trajan, pendant ses campagnes en Dacie (Roumanie actuelle), puis en Perse.

En 117, il est nommé gouverneur de la province romaine de Judée. Son plus haut fait d’armes est la répression d’une révolte juive, qui a commencé en Cyrénaïque et s’est étendue en Palestine et dans toute la partie orientale de l’Empire. Cette révolte sera appelée guerre de Kitos, une déformation de son nom.

En 118, alors qu’il est au sommet de sa carrière, il est tué, probablement sur ordre du nouvel Empereur Hadrien, qui s’inquiète de sa popularité dans l’armée. Sa mort provoque une insurrection en Maurétanie, où il reste très populaire.

L'Afrique du Nord romaine, Les Juifs en Afrique du Nord

La guerre de Kitos : un soulèvement juif en Cyrénaïque

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En 115-117, la communauté juive de Cyrène se révolte contre le pouvoir romain. Le soulèvement s’étend à toute la Cyrénaïque, puis en Egypte, en Chypre et jusqu’en Palestine. Lucius Quietus, un général romain d’origine maure, est chargé de réprimer les insurgés.

Contexte

Depuis la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70, les Juifs n’ont plus de capitale nationale. La plupart des Juifs vivent toujours en Palestine, d’autres sont dispersés dans tout l’Empire romain et au-delà. Les communautés juives d’Alexandrie et de Cyrène, qui remontent à l’époque des Ptolémée, sont parmi les plus nombreuses et influentes de l’Empire.

A cette époque, les Juifs se soulèvent régulièrement contre l’occupation romaine de leur patrie. La révolte de 115-117 est surtout une révolte des Juifs de la diaspora, ceux de Palestine n’étaient que peu impliqués. Dans l’histoire juive, elle est appelée Mered ha-galuyot (מרד הגלויות), la « révolte de la diaspora ».

Cette révolte est connue aujourd’hui sous le nom de « guerre de Kitos », une déformation du nom de Lucius Quietus, le général romain (d’origine maure) qui l’a réprimée.

La révolte

Carte de la guerre de Kitos (Source)

En 115, l’Empereur romain Trajan est en campagne militaire contre l’Empire perse. Pour cela, il a réquisitionné la plus grande partie des troupes stationnées dans les régions orientales de l’Empire, en ne laissant que peu de soldats dans chaque ville… un contexte idéal pour une révolte.

Les Juifs de Cyrène, mené par un certain Lukuas, se soulèvent et massacrent les légions romaines restées dans la ville. Ils détruisent beaucoup de temples, ainsi que des bâtiments civils symboles de l’occupation romaine, comme la basilique et les bains publics. Lukuas se proclame « roi des Juifs ».

Après avoir pris le contrôle de toute la Cyrénaïque, les insurgés se dirigent vers Alexandrie. Le gouverneur romain abandonne la ville avant leur arrivée. Les insurgés entrent dans la ville et détruisent des temples et le tombeau de Pompée.

Pendant ce temps, en Orient, l’Empereur Trajan a conquis plusieurs villes qui appartenaient à l’Empire perse, comme Edesse (Şanlıurfa), Nisibe (Nusaybin), Séleucie et Arbela (Erbil). Chacune de ces villes avaient une forte communauté juive. Encouragés par le soulèvement en Cyrène, les Juifs de ces villes se révoltent dès le départ de l’Empereur et massacrent les garnisons romaines restées sur place.

En 117, les Juifs de Chypre, menés par Artemion, se rebellent à leur tour. Ils massacrent les troupes romaines stationnées sur l’île, avec des civils grecs.

La répression

Lucius Quietus et sa cavalerie, sur la colonne de Trajan, à Rome

Pour réprimer la révolte, Trajan fait appel à un de ses meilleurs généraux : Lucius Quietus, le fils d’un chef de tribu maure qui a aidé les Romains à s’emparer de la Maurétanie.

Lucius Quietus mène une campagne victorieuse pour reprendre les villes insurgées en Orient. Pendant ce temps, un autre général romain, Marcius Turbo, reprend le contrôle de l’Egypte, de Chypre et de la Cyrénaïque.

Lukuas, le chef des insurgés, s’enfuit en Palestine, poursuivi par Marcius Turbo. Les derniers insurgés se réfugient dans la ville de Lydde (Lod). Lucius Quietus, entretemps nommé gouverneur de la province romaine de Judée, assiège Lydde. La ville tombe et les insurgés sont massacrés.

Conséquences

Cette insurrection a causé plus de 200 000 morts en Cyrénaïque. La ville de Cyrène a été saccagée par les insurgés et presque tous les bâtiments ont été détruits. La reconstruction de la ville a pris plusieurs décennies.

L'Afrique du Nord romaine

Les grands Romano-Africains : Fronton, précepteur impérial

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale et se sont distinguées par leur talent, à Rome et dans tout l’Empire. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Dans cet article, de notre série sur les grandes figures romano-africaines, nous découvrirons la vie du rhéteur Fronton, qui a été le précepteur de l’Empereur Marc-Aurèle.

Marcus Cornelius Fronto est né vers l’an 100, à Cirta (Constantine). Sa famille était d’origine amazighe, mais il est citoyen romain de naissance.

Dans sa jeunesse, il s’installe à Rome pour ses études. Il fait carrière dans la capitale impériale, en tant qu’avocat, rhéteur et grammairien. Sa réputation était telle qu’il était considéré comme le plus grand orateur depuis Cicéron. Il a amassé une grande fortune est construit beaucoup d’édifices somptueux ; il a même acheté les fameux jardins de Mécène, parmi les plus beaux de Rome.

En 142, il a été élu consul pendant deux mois. Ensuite, il s’est vu proposer la fonction de gouverneur d’Asie, mais il a refusé pour des raisons de santé. Il a atteint le sommet de sa carrière lorsque l’Empereur Antonin l’a choisi comme précepteur de ses deux fils, les futurs Empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus. C’est lui qui a initié Marc-Aurèle, surnommé « l’Empereur philosophe », à la philosophie stoïcienne.

Fronton est mort vers 165. L’époque de sa mort coïncide avec une épidémie de peste qui a tué le quart de la population de l’Empire à cette époque (environ 10 millions de personnes), dont l’Empereur Marc-Aurèle lui-même. Aucune source ne confirme que Fronton est également mort de la peste, mais c’est possible.

L’œuvre littéraire de Fronton était prolifique. En plus de deux traités de grammaire, on dispose encore aujourd’hui des lettres qu’il a échangées avec Marc-Aurèle et Lucius Verus. Un fragment d’un de ses discours, dans lequel il critique le christianisme naissant et accuse les chrétiens d’orgies incestueuses, est cité par l’auteur chrétien romano-africain Minucius Felix. Marc-Aurèle parle de lui avec une grande affection, à la fois dans les lettres qu’il lui a adressées et dans ses Méditations.

Après Fronton, l’Afrique romaine était réputée pour ses grands rhéteurs.

NB : L’image de couverture n’est pas une statue de Fronton, mais de l’Empereur Marc-Aurèle.

Le christianisme en Afrique du Nord

Vetus Latina : la première Bible en latin, traduite en Afrique du Nord

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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. La première traduction de la Bible en latin, la langue officielle de l’Empire romain, a probablement été réalisée en Afrique du Nord.

Les premiers chrétiens lisaient la Bible en grec. Les Evangiles et les autres livres du Nouveau Testament ont été écrits en grec. Pour l’Ancien Testament, les chrétiens ont emprunté la Septante, la traduction grecque de la Bible hébraïque par la communauté juive alexandrine.

Le grec était parlé surtout dans les régions orientales de l’Empire romain, de la Grèce à la Syrie et à l’Egypte. A Rome et en Italie, si la langue courante était le latin, la plupart comprenaient le grec. Ce n’était pas le cas en Afrique du Nord et en Espagne, dont les habitants parlaient latin, en plus des langues locales. Les chrétiens de ces régions ont donc traduit la Bible en latin.

On sait assez peu de choses sur ces premières traductions latines de la Bible. Il n’y avait pas une seule traduction, mais plusieurs manuscrits traduits séparément dans différentes régions. La première mention d’une Bible latine vient de Tertullien de Carthage, au début du 3° Siècle, ce qui semble indiquer qu’elle a été traduite dans la région de Carthage.

A la fin du 4° Siècle, le théologien chrétien Jérôme de Stridon a traduit la Bible entière en latin. Contrairement aux traductions plus anciennes, Jérôme de Stridon ne s’est pas basé sur la Septante, mais sur le texte original hébreu de l’Ancien Testament. Sa traduction, appelée la Vulgate, s’est rapidement imposée comme la traduction officielle de l’Eglise latine. Les autres traductions ont perdu en importance à partir de là.

L’ensemble des manuscrits de la Bible latine, avant la Vulgate, sont appelés Vetus Latina (ancien latin). Le plus ancien manuscrit qui existe encore aujourd’hui date de 350.

L'Afrique du Nord romaine

Les grands Romano-Africains

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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine, issus de familles de l’élite amazighe romanisée, ont pris des responsabilités dans l’administration impériale et set sont distinguées par leur talent, à Rome et dans tout l’Empire. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Cet article est le sommaire de notre série sur les grandes figures romano-africaines.

Fronton, précepteur impérial

Fronton, le précepteur de l’Empereur Marc-Aurèle, est considéré comme le plus grand orateur depuis Cicéron. Né vers l’an 100, à Cirta (Constantine), il s’installe à Rome dans sa jeunesse, puis fait carrière dans la capitale impériale en tant qu’avocat, rhéteur et grammairien. Après Fronton, l’Afrique romaine était réputée pour ses grands rhéteurs. Article détaillé

Lucius Quietus, prince maure devenu général romain

Lucius Quietus, le fils d’un chef de tribu maure qui a soutenu les Romains lors de leur annexion de la Maurétanie, est devenu un des militaires les plus brillants de sa génération. Son plus haut fait d’armes est la répression d’une révolte juive en Cyrénaïque. Article détaillé

Salvius Julianus, l’apogée de la jurisprudence romaine

Salvius Julianus

Lucius Salvius Julianus, né vers 110 à Pupput (Souk el-Abiod), près d’Hadrumetum (Sousse), est un juriste et haut fonctionnaire qui a servi dans l’administration de trois Empereurs romains : Hadrien, Antonin et Marc-Aurèle. C’était le principal représentant de l’école de pensée juridique sabinienne. Réputé pour sa clarté et sa finesse de raisonnement, il est parfois considéré comme le plus grand de tous les juristes romains.

Les administrateurs

Quintus Lollius Urbicus, gouverneur de la province romaine de Bretagne de 139 à 142, était originaire de Tiddis, en Numidie (aujourd’hui Beni Hamidane, province de Constantine). En tant que gouverneur, il a construit le Mur d’Antonin, à la frontière Nord de la Bretagne romaine.

Le préfet du prétoire Quintus Aemilius Laetus, qui a assassiné l’Empereur Commode, était originaire de Thenae (Thyna, près de Sfax, en Tunisie actuelle).

Vers la même époque, deux autres hommes d’Etat romano-africains, Publius Pactumeius Clemens et Gaius Arrius Antoninus, tous deux originaires de Cirta, ont servi comme sénateurs et consuls à Rome.

Les historiens

L’historien romain Suétone, auteur de la Vie de douze Césars, une biographie détaillée des 12 premiers Empereurs romains, est probablement né à Hippone, en Numidie.

Avant lui, Salluste, qui n’était pas d’origine nord-africaine, mais qui a servi comme premier gouverneur de la province romaine d’Africa Nova, a écrit un livre sur la guerre de Jugurtha, pour lequel il a fait de longues recherches en Afrique.

Les écrivains

Térence

Térence, le maître de la comédie latine, est né dans la région de Carthage avant la chute de la ville et a été vendu comme esclave à Rome dans sa jeunesse.

Apulée, originaire de Madaure (M’Daourouch), est l’auteur de L’Âne d’or, considéré comme le premier roman en latin.

Les poètes

Marcus Manlius est un poète latin d’origine africaine. Il a écrit les Astronomiques, un poème inspiré de l’astronomie et de l’astrologie antiques.

Florus était un autre poète latin d’origine africaine.

Commodien, le premier poète chrétien, était également d’origine africaine.

Les médecins

La civilisation romaine a beaucoup développé les sciences médicales, après avoir découvert la médecine grecque d’Hippocrate. Le plus grand médecin romain était Claude Galien.

Il y avait également plusieurs célèbres médecins romano-africains, come Caelius Aurelianus, de Sicca (El Kef), et Cassius Felix, de Constantine. Le roi Juba II de Maurétanie a lui-même écrit un traité sur les vertus médicales de l’euphorbe, une plante, qu’il a nommée d’après son médecin de cour, le Grec Euphorbe.

Les chrétiens

Augustin d’Hippone

Plusieurs des plus grands théologiens chrétiens des premiers siècles étaient Romano-Africains.  Tertullien, un rhéteur originaire de Carthage, était le premier auteur chrétien de langue latine. Cyprien, évêque de Carthage de 248 à 258, a beaucoup influencé l’organisation des premières églises chrétiennes. Augustin, évêque d’Hippone (Annaba), surnommé le Doctor gratiae (Docteur de grâce), est le plus grand théologien de l’Église romaine.

Les Romano-Africains tardifs

Au 5° Siècle, le poète Dracontius, de Carthage, a écrit des œuvres inspirées à la fois du christianisme et de la mythologie gréco-romaine. Issu d’une famille de propriétaires terriens, ses terres ont été confisquées après la conquête vandale de Carthage. A la même époque, Luxorius a servi comme poète à la cour des rois vandales de Carthage.

L'Afrique du Nord romaine

Lucceius Albinus : quand un gouverneur romain se proclame roi de Maurétanie

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Lucceius Albinus est un fonctionnaire romain qui a été gouverneur de Maurétanie. En 69, après la défaite du prétendant au trône impérial qu’il soutenait, il se proclame roi de Maurétanie sous le nom de Juba ! Il est tué peu après.

Lucceius Albinus exerce sa première fonction importante lorsqu’il est nommé gouverneur de Judée romaine, en 62, après le décès de son prédécesseur. Alors qu’il est en route pour la province, le grand-prêtre juif profite de l’absence de gouverneur romain pour faire lapider Jacques, le frère de Jésus-Christ et le responsable de la communauté chrétienne de Jérusalem. Dès son arrivée, Albinus fait destituer le grand-prêtre : les autorités religieuses juives n’avaient pas le droit de condamner un homme à mort et de l’exécuter sans l’accord de Rome. Son mandat est marqué par des tensions croissantes entre Juifs et Romains.

Après deux ans en Judée (62-64), Albinus est nommé gouverneur de Maurétanie césarienne. Son mandat est ensuite élargi aussi à la Maurétanie tingitane.

Juba II, roi de Maurétanie, dont Albinus se revendique le successeur

Après l’assassinat de l’Empereur Néron, en juin 68, Rome sombre dans l’anarchie : des factions militaires se battent pour le pouvoir et quatre Empereurs se succèdent en un an. Albinus soutient Othon, un des prétendants au trône, qui sera Empereur de janvier à avril 69 avant de se suicider. Après sa mort, Albinus se rebelle contre Rome : il renonce à sa charge de gouverneur et se proclame roi de Maurétanie, sous le nom de Juba. Il menace même de traverser le détroit pour envahir l’Espagne. Le nouvel Empereur Vitellius envoie des légions en Maurétanie pour le combattre. Peu soutenu par les populations locales, Albinus est facilement vaincu et exécuté.

Le christianisme en Afrique du Nord

Les martyrs chrétiens : leur sang est une semence

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Dans tout le monde romain, la croissance rapide du christianisme, avec ses dogmes radicalement nouveaux, suscitait beaucoup d’hostilité. Si l’Afrique du Nord était un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien, les persécutions aussi étaient particulièrement fortes dans la région. Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, un grand nombre de chrétiens nord-africains ont payé leur foi de leur vie.

Martyre de Perpétue et Félicité

Contexte

Pourquoi les autorités romaines persécutaient-elles les premiers chrétiens ?

La société romaine était polythéiste et assez tolérante en matière de religion : en plus de leurs propres dieux, les Romains « empruntaient » les divinités des peuples qu’ils avaient conquis. Le problème du christianisme était son exclusivité : les chrétiens irritaient leurs contemporains païens en proclamant que leur Dieu est le seul vrai Dieu et que tous les autres dieux ne sont que des idoles.

Un autre problème était le culte impérial : alors que l’Empereur était considéré comme divin, un intermédiaire entre les dieux et les hommes, les chrétiens (et les juifs) refusaient d’adorer un simple homme. Dans une société où les cérémonies et sacrifices en l’honneur de l’Empereur constituaient le socle de la vie civile, ne pas y participer était un crime à la fois politique et religieux. De plus, l’idée chrétienne d’égalité de tous les hommes devant Dieu était une menace pour l’ordre social antique.

Lorsque les autorités romaines arrêtaient des chrétiens, ils leur ordonnaient de renier leur foi en offrant un sacrifice à l’Empereur. Ceux qui refusaient pouvaient être exécutés pour rébellion contre l’Empereur. Les chrétiens n’avaient cependant pas peur de la mort : elle était l’accomplissement de leur espérance, leur entrée dans la vie éternelle.

Les premiers martyrs nord-africains

Les premiers martyrs chrétiens d’Afrique du Nord étaient un groupe de 12 croyants, qui ont été mis à mort à Scillium (Kasserine, en Tunisie actuelle) en l’an 180. Une lettre adressée à l’évêque Augustin d’Hippone, au 4° Siècle, mentionne quatre autres croyants qui seraient morts martyrs à Madaure (M’daourouch, en Algérie actuelle), vers la même époque. Cette source est cependant tardive et donc incertaine.

Les martyrs scillitains étaient sept hommes, appelés Spératus, Nartzalus, Cittinus, Veturius, Felix, Aquilinus et Laetantius, et cinq femmes : Januaria, Generosa, Vestia, Donata et Secunda. Leurs noms indiquent des origines à la fois amazighes, puniques et romaines, les trois principaux groupes qui composaient la société nord-africaine.

Le récit de leur martyre, qui peut être lu en ligne sur cette page, est le plus ancien texte chrétien nord-africain. Interrogés par les autorités civiles romaines, ce groupe de chrétiens, dont Spératus est le porte-parole, insistent qu’ils sont de bons citoyens, qui payent leurs impôts et ne font de tort à personne. Leur réponse au proconsul romain qui leur ordonne d’offrir un sacrifice à l’Empereur résume l’état d’esprit de tant d’autres martyrs chrétiens après eux : « Nous honorons César en tant que César, mais nous ne craignons que Dieu. » Face à leur refus, ils sont mis à mort.

Les martyrs de Carthage

Basilique Majorum de Carthage, où Perpétue et Félicité sont enterrées

Deux des martyrs les plus connus de tous sont Perpétue et son esclave Félicité, qui ont été tuées pour leur foi à Carthage, vers 203. Perpétue était une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, tandis que Félicité était enceinte. On ne sait pas comment les deux jeunes femmes sont devenues chrétiennes, mais le récit de leur martyre montre clairement que, depuis qu’elles partageaient la même foi, elles ne se considéraient plus comme maîtresse et esclave, mais comme deux sœurs.

Le récit de leur martyre s’ouvre sur une visite du père de Perpétue, un notable de la ville, à sa fille emprisonnée, pour la supplier de renoncer à sa foi. Malgré les larmes de son père et son inquiétude pour le sort de son enfant, elle refuse de se laisser fléchir : sa foi en Christ est si forte que même la mort ne la séparera pas de lui.

Avant son exécution, elle a une vision dans laquelle elle se voit monter une échelle, au pied de laquelle se trouve un serpent. Le serpent ne lui fait aucun mal, elle arrive en haut de l’échelle et se retrouve dans un magnifique jardin. Elle comprend qu’elle devra mourir pour sa foi, mais qu’après sa mort, elle entrera au paradis.

Finalement, Perpétue et Félicité, avec d’autres croyants, sont dévorées par les animaux sauvages dans l’arène.

Autres martyrs nord-africains

L’évêque Cyprien de Carthage est mort martyr en 258, suivi de huit de ses disciples, Montanus, Lucius, Flavien, Julien, Victoricus, Primolus, Rhénus et Donatien.

Icône de Saint-Marcel et Saint-Cassien, Eglise orthodoxe russe de Rabat

Marcel était un centurion dans l’armée romaine, basé à Tingis (Tanger). En 298, il refuse de participer aux cérémonies organisées pour l’anniversaire de l’Empereur Maximien, à cause de sa foi chrétienne. Jugé par un tribunal militaire, il est condamné à mort et décapité. Cassien, le greffier du tribunal, a été tellement impressionné par son courage qu’il s’est converti lors du procès, a refusé de mettre par écrit cette sentence injuste et a donc été exécuté avec Marcel.

Victor le Maure, un soldat chrétien originaire de Maurétanie, qui servait dans la garde prétorienne, est mort martyr en 304, à Milan, en Italie.

Basilique Sainte-Salsa de Tipaza

Plus tard au cours du 4° Siècle, Fabia Salsa, une jeune fille chrétienne de 14 ans, a été tuée pour sa foi à Tipasa, en Algérie actuelle. D’après la légende, ses parents païens l’ont amenée à une fête en l’honneur d’une divinité locale, représentée par un dragon en bronze. Furieuse à la vue de cette idolâtrie, elle a jeté la tête du dragon à la mer pendant la nuit. Le lendemain, elle a été lapidée et jetée à la mer, mais un marin gaulois qui passait par là a recueilli et enterré son corps. Cette légende est plus tardive, donc certainement moins historique que les récits de martyrs plus anciens, mais il n’y a aucun doute que cette jeune chrétienne a effectivement été tuée pour sa foi à Tipasa. La basilique Sainte-Salsa existe encore à Tipaza aujourd’hui.

Enfin, après la conquête vandale de l’Afrique du Nord, les Vandales, qui étaient de religion arienne, ont également persécuté les chrétiens nord-africains. Plusieurs centaines, dont beaucoup d’évêques, mais aussi des croyants ordinaires, ont été mis à mort pour leur foi. Une martyr de l’époque vandale, Olive, a donné son nom à la mosquée Zitouna de Tunis, construite sur son tombeau.

Le sang des martyrs : une semence

La fermeté dans la foi des martyrs chrétiens, qui étaient prêts à mourir plutôt que de renier Christ, impressionnait tous ceux qui les voyaient et gagnait de nouvelles âmes à leur foi. L’auteur chrétien Tertullien de Carthage l’exprimait ainsi : « Le sang des martyrs est la semence de l’Eglise. »

L’écrivain algérien Nabil Ziani a écrit un livre, Eternellement heureuses, sur les femmes chrétiennes martyrs d’Afrique du Nord.