Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Drusilla : une mystérieuse princesse maurétanienne

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Drusilla, fille de Ptolémée, dernier roi de Maurétanie, aurait eu une destinée remarquable après la mort de son père. Des publications sur les réseaux sociaux racontent qu’elle aurait épousé un gouverneur romain, puis un roi syrien, devenant la reine d’un royaume voisin de Rome. Pourtant, les sources antiques qui la mentionnent sont si rares que certains historiens doutent même de son existence. Cet article propose de faire le point sur ce que l’on sait réellement de cette énigmatique princesse.

Image de couverture : Mariage de Felix et Drusilla de Maurétanie – Image créée par ChatGPT

Drusilla : une princesse maurétanienne ?

Juba II
Cléopâtre Séléné

L’historien romain Tacite rapporte qu’Antonius Felix, un esclave affranchi de la famille impériale, devenu gouverneur romain de Judée, « avait épousé Drusilla, petite-fille d’Antoine et de Cléopâtre » (Histoires, livre V, 9). Ce passage de Tacite est la seule mention de cette Drusilla. Comme nous le verrons par la suite, le récit de Tacite pose problème, au point où certains historiens modernes pensent qu’il s’est trompé.

Le général romain Marc-Antoine et la reine Cléopâtre d’Égypte ont eu trois enfants. Leur fille Cléopâtre Séléné a épousé le roi Juba II de Maurétanie. Leurs autres enfants sont probablement morts jeunes et n’ont pas de descendance connue.

Ptolémée de Maurétanie

Tacite semble penser que Drusilla était la fille de Juba II et Cléopâtre Séléné. Cependant, au niveau chronologique, il est plus probable qu’elle était leur petite-fille, probablement la fille de leur fils Ptolémée, qui est devenu roi de Maurétanie après la mort de son père. Le terme latin employé par Tacite, neptem, signifie le plus souvent petite-fille, mais peut aussi désigner une descendante au sens large.

Plusieurs femmes de l’élite romaine à cette époque s’appelaient Drusilla, en l’honneur de Julia Drusilla, la soeur de l’Empereur Caligula. Julia Drusilla était la cousine de Ptolémée de Maurétanie, il est donc logique qu’il ait donné son nom à sa fille.

Ptolémée de Maurétanie a été tué en l’an 40. Après sa mort, la Maurétanie a été annexée par l’Empire romain. Si Ptolémée avait eu une fille, elle aurait probablement été élevée à Rome, comme beaucoup d’enfants de familles royales alliées.

Felix : un esclave devenu gouverneur

Felix, gouverneur de Judée

Felix était un esclave affranchi de l’Empereur Claude (ou de sa mère Antonia la Jeune, selon les sources). Grâce à l’influence de son frère Pallas, qui a servi comme secrétaire au trésor pendant le règne de Claude, Felix a été nommé gouverneur de Judée. Pendant son mandat, il était réputé pour sa cruauté et sa corruption : il a notamment fait assassiner le grand-prêtre juif Jonathan. Les aristocrates romains comme Tacite méprisaient Felix, un ancien esclave parvenu au sommet du pouvoir.

Comment un simple esclave affranchi aurait-il pu épouser une princesse de Maurétanie ? La princesse déchue vivait certainement à la cour impériale, il est donc possible que l’Empereur lui-même ait arrangé leur mariage. Cela paraît cependant surprenant, étant donnée leur différence de statut social.

Drusilla de Judée

En revanche, les historiens antiques s’accordent à dire que Felix a épousé une autre Drusilla : la fille du roi de Judée Hérode Agrippa. Alors qu’elle était déjà mariée au roi Aziz d’Emèse (l’actuelle Homs, en Syrie), qui s’était converti au judaïsme pour l’épouser, Felix la séduit et la convainc de quitter son mari pour lui. Leur mariage fait scandale, pour les Juifs comme pour les Romains.

Felix et Drusilla sont même mentionnés dans la Bible : alors que l’apôtre Paul, arrêté à Jérusalem pour sa prédication, est en prison, en attente de jugement, le gouverneur Felix, avec son épouse, le font venir pour s’entretenir de sa foi avec lui. Felix espère surtout que Paul lui offre de l’argent pour qu’il le libère, ce que Paul refuse de faire. Le fait que le texte mentionne que l’épouse de Felix est juive montre qu’il s’agit de Drusilla de Judée et non de Drusilla de Maurétanie.

Felix et Drusilla ont eu un fils, Marcus Antonius Agrippa, qui est mort dans l’éruption du Vésuve, un volcan du Sud de l’Italie, en 79. L’historien Flavius Josèphe dit qu’il est mort « σὺν τῇ γυναικὶ » (sun tè gunaiki), littéralement « avec la femme ». La traduction la plus probable est qu’il est mort avec son épouse, mais une autre possibilité est que l’auteur fait référence à la femme mentionnée précédemment dans le texte : sa mère, Drusilla.

Une confusion de Tacite ?

L’Apôtre Paul s’entretient avec Felix et Drusilla

Comment concilier le passage de Tacite avec le récit du mariage de Felix avec Drusilla la fille du roi de Judée ? Il est possible que Felix ait épousé Drusilla de Maurétanie à Rome, avant d’être nommé gouverneur de Judée. Cependant, aucune source historique ne mentionne qu’il était déjà marié lorsqu’il a rencontré Drusilla de Judée, ou qu’il aurait divorcé pour l’épouser. L’historien juif Flavius Josèphe, qui s’indigne du fait que Drusilla ait abandonné son mari pour épouser Felix, n’aurait certainement pas manqué de le rapporter si Felix avait fait la même chose !

Un autre historien romain, Suétone, rapporte que Felix « épousa trois reines ». On ne sait pas exactement ce qu’il entend par le terme de « reines » : il pourrait s’agir d’un simple titre honorifique, voire même d’un emploi satirique – courant chez Suétone.

Généalogie supposée de Drusilla de Maurétanie

Il faut préciser aussi que Drusilla de Maurétanie n’a jamais été « reine » au sens strict : ce titre n’était donné qu’aux souveraines de territoires reconnus par Rome, alors que la Maurétanie était déjà une province romaine. Certains ont même spéculé que le titre de « reine » impliquait que Drusilla de Maurétanie a dû épouser un autre roi par la suite, peut-être Sohaemus d’Emèse. Là encore, il n’y a absolument rien pour l’indiquer.

Drusilla dans la dynastie hérodienne – Clic pour agrandir

Par ailleurs, en examinant plus attentivement les sources, on note que, toujours selon Flavius Josèphe, Drusilla de Judée a été promise en mariage à Ptolémée de Maurétanie dans son enfance (une pratique courante à une époque où les mariages royaux étaient avant tout une question d’alliances politiques). Leur mariage n’a jamais eu lieu, parce que Ptolémée est mort alors que Drusilla était encore trop jeune. Flavius Josèphe écrit à une époque plus proche des faits que Tacite et il avait des liens privilégiés avec la famille royale de Judée, son récit peut donc être considéré comme fiable.

En l’absence de toute autre mention d’une princesse maurétanienne nommée Drusilla, il est plus vraisemblable que Tacite ait confondu Drusilla de Judée avec la descendante de Cléopâtre et de Marc-Antoine. Cette confusion pourrait provenir de la mention, par Flavius Josèphe, d’un projet de mariage entre Ptolémée de Maurétanie et Drusilla de Judée. Il est également possible que Tacite ait tout simplement cherché à souligner le contraste social entre Felix et son épouse, en lui attribuant une ascendance encore plus illustre qu’elle ne l’était en réalité.

Monnaie à l’effigie de Zénobie

Zénobie, une reine arabe de Palmyre, en Syrie, qui a mené une révolte contre Rome au 3° Siècle, prétendait être la descendante de Cléopâtre d’Egypte. Pour certains, Drusilla de Maurétanie et son deuxième mari Sohaemus d’Emèse sont devenus les ancêtres, non seulement de Zénobie, mais aussi de Julia Domna, l’épouse syrienne de l’Empereur Septime Sévère. La plupart des historiens modernes pensent cependant que cette princesse maurétanienne n’a jamais existé, mais que toutes les sources qui en parlent se basent sur la confusion de Tacite.

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Un roi numide en Grèce : une statue de Hiempsal à Rhodes

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Les anciens roi de Numidie maintenaient des liens étroits avec la Grèce antique, surtout à l’époque de Massinissa. Près d’un siècle après la mort de Massinissa, les habitants de l’île grecque de Rhodes ont construit une statue d’un de ses descendants, le roi numide Hiempsal II.

Rhodes

Rhodes est une des plus grandes îles grecques. A l’époque hellénistique, Rhodes était un royaume indépendant et un allié de Rome. Le Colosse de Rhodes, une statue monumentale de 30m de haut, était la plus grande statue du monde antique et une des sept merveilles du monde. Rhodes contrôlait aussi le commerce du blé dans le bassin méditerranéen oriental.

Les liens culturels et commerciaux entre la Numidie et la Grèce sont connus. Pendant le règne de Massinissa, la Numidie a fourni du blé gratuitement à l’île grecque de Délos. Pour remercier Massinissa, les habitants de Délos ont construit un monument en son honneur. Mastanabal, un des fils de Massinissa, a fait ses études en Grèce et remporté la course de chars aux Jeux panathénaïques. Massinissa a aussi participé à la guerre de ses alliés Romains contre le Royaume de Macédoine, contribuant à la conquête romaine de la Grèce. La présence en Grèce d’une statue d’un roi numide tardif est cependant plus surprenante.

Inscription mentionnant Hiempsal, à Rhodes (Source)

Pourtant, une inscription retrouvée en 1969 dans la vieille ville de Rhodes mentionne le roi Hiempsal II, l’arrière-petit-fils de Massinissa, qui a régné de 88 à 60 environ. Il s’agit certainement de la base d’une statue de Hiempsal II. L’occasion à laquelle les Rhodiens ont construit cette statue est inconnue.

En plus d’être la seule inscription en l’honneur de Hiempsal II en dehors du monde romain, cette base de statue mentionne toute la généalogie de Hiempsal, de Massinissa à lui-même. Elle nous permet ainsi de compléter et de corriger notre connaissance de l’histoire de la famille royale numide.

La transcription grecque des noms des rois numides, dans cette inscription, est surprenante. Hiempsal est transcrit Ίυμψύα (Iumpsua), une forme très différente de celle généralement employée par les historiens grecs, Ίεμφάλ (Iempsal). La transcription du nom de son père, Gauda, est encore plus différente : Γάος (Gaos), alors que la forme courante est Γαύδας (Gaudas).

Salluste

Enfin, la découverte de cette inscription pose une autre question. L’historien romain Salluste, qui a écrit un livre sur la guerre de Jugurtha, s’est servi des écrits d’un Hiempsal comme source sur l’histoire ancienne de la Numidie. On pense généralement qu’il s’agit du roi Hiempsal I, petit-fils de Massinissa et cousin de Jugurtha, tué par Jugurtha. Le fait que Hiempsal II entretenait des liens avec Rhodes, un centre culturel important, au point où les Rhodiens l’ont même honoré d’une statue, semble cependant indiquer qu’il était peut-être l’auteur des ouvrages historiques dont Salluste s’est servi.

Source

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Quand Massinissa offre du blé à une île grecque

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Pendant le règne de Massinissa, la Numidie a massivement développé sa production agricole. En 179 avant notre ère, Massinissa a même fait don de 100 tonnes de blé à l’île grecque de Délos.

Pendant son règne, le roi Massinissa de Numidie a mis au point un système de grands domaines agricoles royaux, qui produisaient du blé à grande échelle. Cette politique, en plus d’enrichir considérablement son royaume, a aussi accéléré la sédentarisation de la population. Sa production excédentaire permettait à la Numidie d’exporter du blé vers Rome, notamment pour ravitailler l’armée romaine. Par la suite, l’Afrique du Nord est devenue le grenier à blé de l’Empire romain.

Délos dans l’archipel des Cyclades

Délos est une île grecque de l’archipel des Cyclades. Dans la mythologie grecque, elle est considérée comme le lieu de naissance des dieux Apollon et Artémis, une île sacrée. A l’époque de Massinissa, Délos, auparavant soumise à Athènes, est indépendante. Comme d’autres villes portuaires grecques, Délos était trop petite pour produire assez de blé afin de nourrir sa population, si bien qu’elle avait besoin d’importer du blé. (Source) Le port de Délos servait aussi de centre de distribution de blé vers les îles voisines.

En 179, Massinissa a offert aux Déliens environ 145 000 litres de blé. En poids, cela correspond à un peu plus de 1000 quintaux ou 100 tonnes. Il s’agissait, pour la Numidie, d’écouler son excédent de production de blé, tout en s’affirmant comme un partenaire commercial de confiance pour ses alliés grecs. Contrairement à ce qu’on peut lire dans certaines publications sur les réseaux sociaux, il ne s’agit pas d’un don humanitaire pour venir en aide à l’île en temps de famine, mais d’un geste commercial : la Numidie fournissait du blé gratuitement, mais en échange, elle obtenait des liens commerciaux privilégiés avec le monde grec.

Base de la statue de Massinissa, au Musée de Délos (Source)

Pour commémorer ce don de blé, les Déliens ont construit un monument en l’honneur de Massinissa sur leur île. Ce monument contenait une statue de Massinissa, qui est perdue, mais sa base existe encore, avec l’inscription : « [β]ασιλέα Μασαννά[σαν] βασιλέως Γαία ‘Ερμων Σόλωνος τὸν αὑτοῦ φίλον Ἀπόλλωνι. Πολιάνθης ἐπόει. » En français : « Hermon fils de Solon [a consacré la statue] du roi Masannasa fils du roi Gaia, son ami, à Apollon. Polianthès a fait. » Hermon fils de Solon est un notable de Délos, qui est à l’origine de la statue. Polianthès est un sculpteur connu à Délos.

D’autres inscriptions, sur des jarres, rapportent comment le blé offert par Massinissa a été vendu à bas prix aux habitants de Délos et des îles voisines, sous la supervision d’une commission de trois hommes, dont Hermon fils de Solon faisait partie. Une de ces jarres mentionne même qu’une partie de ce blé a été vendu jusqu’à l’île de Rhodes. (Source)

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Le rôle de Massinissa pendant les guerres macédoniennes

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A partir du règne de Massinissa, le Royaume de Numidie était un fidèle allié de Rome. La fameuse cavalerie numide, redoutée dans tout le monde antique, a participé à beaucoup de guerres aux côtés de l’armée romaine. Massinissa a notamment participé à la guerre entre les Romains et le Royaume de Macédoine, contribuant ainsi à la conquête romaine de la Grèce.

Le bassin méditerranéen en -218

Contexte

Depuis les conquêtes d’Alexandre le Grand, la Grèce est la civilisation dominante du bassin méditerranéen et le grec est devenu la langue vernaculaire de toute la région.

Au 3° Siècle avant notre ère, trois grandes puissances, issues de la division de l’Empire d’Alexandre le Grand, dominent le monde hellénistique : le Royaume de Macédoine, gouverné par la dynastie antigonide, l’Egypte des Ptolémée et l’Empire séleucide, en Syrie. D’autres plus petits royaumes grecs, comme Syracuse, en Sicile, le Royaume de Pergame, en Asie mineure, et l’île de Rhodes, subsistent à l’ombre de ces puissances.

Guerres entre Rome et les Grecs

Rome a mené plusieurs guerres contre les différents royaumes grecs. Ces guerres lui ont permis d’étendre son influence dans le bassin méditerranéen oriental, en même temps que les guerres puniques assuraient son emprise sur le bassin méditerranéen occidental.

Pièce de monnaie à l’effigie de Philippe V de Macédoine

Pendant la Deuxième guerre punique, le roi Philippe V de Macédoine fait alliance avec Hannibal. Rome envoie alors une armée attaquer les côtes macédoniennes : c’est la Première guerre macédonienne (214-202). L’objectif des Romains n’est pas de conquérir la Macédoine, mais d’occuper Philippe V chez lui pour l’empêcher de venir en aide à Hannibal.

Par la suite, les Romains mèneront trois autres guerres contre le Royaume de Macédoine (200-196, 171-168 et 150-148) et une contre l’Empire séleucide (192-188), qui a recruté Hannibal, l’ennemi mortel de Rome, comme conseiller militaire. Le plus souvent, ils viennent en aide à des alliés locaux, comme Pergame et Rhodes. Après chaque victoire, ils se retirent : ils ne sont pas encore prêts à conquérir de nouveaux territoires.

Pendant la Troisième guerre macédonienne (171-168), les Romains ont reçu l’aide de leur nouvel allié : la Numidie du roi Massinissa.

Le rôle de Massinissa dans la Troisième guerre macédonienne

Massinissa, roi de Numidie
Pièce de monnaie à l’effigie de Persée de Macédoine

Après la mort de Philippe V de Macédoine, en 179, son fils Persée, qui veut restaurer la puissance passée de son royaume, mène une politique agressive contre ses voisins. Lorsqu’il tente d’assassiner le roi Eumène II de Pergame, un allié de Rome, le Sénat romain déclare la guerre à la Macédoine.

La Numidie participe à cette guerre aux côtés de ses alliés romains : Massinissa envoie un contingent de cavaliers numides en Macédoine, commandé par son propre fils Misagène.

Chef cavalier numide (Source)

Misagène est moins connu que ses frères : on n’entend plus parler de lui après sa campagne en Macédoine, ce qui montre qu’il est probablement mort peu après. Il n’a donc pas succédé à son père, parce qu’il est mort avant lui. Son engagement contre Persée en Macédoine montre cependant qu’il est un digne héritier du glorieux roi de Numidie. Sa cavalerie numide a rendu d’importants services à ses alliés, grâce à leur rapidité, leur mobilité et l’efficacité de leurs escarmouches.

En plus de leur contribution militaire, les Numides ont aussi ravitaillé l’armée romaine en vivres, notamment en blé, qu’ils cultivaient en abondance.

La Bataille de Pydna, la bataille décisive ayant déterminé l’issue de la guerre, est une bataille au corps à corps entre phalanges macédoniennes et légions romaines. Dans un tel scénario, le rôle de la cavalerie numide est limité. Les Numides ont cependant contribué à la victoire romaine, en tant qu’éclaireurs et en poursuivant les fuyards macédoniens afin de les empêcher de se regrouper.

Après la victoire, la Macédoine est divisée en quatre royaumes clients de Rome. Les troupes numides retournent en Afrique par la mer, mais leurs bateaux sont dispersés par une tempête et plusieurs font naufrage. Misagène lui-même, malade, se réfugie à Brundusium (Brindisi), en Apulie, où il est très bien accueilli par le questeur Stertinius, qui lui fait des cadeaux et met un logement à sa disposition.

Hommages à Massinissa et ses fils

Texte de l’inscription (Source)

Le rôle de la cavalerie numide dans la victoire romaine est si important qu’un monument en l’honneur des fils de Massinissa a été construit sur l’île grecque de Délos. Ce monument est perdu, mais son socle a été conservé. Une inscription, incomplète, mentionne Gulussa, un autre fils de Massinissa, qui commandait l’armée numide pendant la Troisième guerre punique. Le nom de Gulussa figure en deuxième position, après un nom manquant. Le nom manquant est probablement celui de son frère Misagène, le commandant de la cavalerie numide en Macédoine. Dans ce cas, Gulussa aurait probablement servi sous les ordres de son frère aîné – une expérience utile pour son futur rôle de commandant de l’armée numide après le décès de son frère. Le monument contenait probablement une statue de la famille royale numide – Massinissa et ses deux fils – dédiée par le peuple de Délos. (Source)

Monument d’Aemilius Paullus, à Delphes

Certaines sources en ligne mentionnent qu’une statue de Misagène aurait aussi été construite au Temple d’Apollon à Delphes, un des sites les plus prestigieux de la Grèce antique. Cette statue serait accompagnée d’une inscription : « Les Amphictyons de Delphes [l’autorité religieuse du sanctuaire] ont honoré Misagène, fils de Massinissa, en reconnaissance de ses services militaires. » En réalité, aucune telle inscription n’a été retrouvée. L’auteur romain Plutarque mentionne que Aemilius Paullus, le commandant des troupes romaines en Macédoine, a fait construire une statue de lui-même à Delphes, sur un pilier de marbre blanc qui avait auparavant été préparé pour une statue de Persée, son ennemi. Il est probable que l’idée fausse d’une statue de Misagène à Delphes vienne d’une confusion entre cette statue d’Aemilius Paullus et le monument de Délos.

Par la suite

Pièce de monnaie à l’effigie d’Andriscos

La Quatrième guerre macédonienne (150-148) a lieu en même temps que la Troisième guerre punique, contre Andriscos, un usurpateur qui veut rétablir le Royaume de Macédoine. La Numidie n’a pas directement participé à cette guerre, mais l’engagement numide contre Carthage a permis de libérer des troupes romaines pour combattre en Macédoine. Cette fois-ci, après leur victoire, les Romains prennent le contrôle de la Macédoine.

Deux ans plus tard, en 146, Rome, qui vient de détruire Carthage, mobilise ses troupes contre la Ligue achéenne, une coalition de cités du Sud de la Grèce. Sa victoire à la bataille de Corinthe lui permet d’étendre sa domination sur toute la Grèce, en même temps que sur les anciens territoires carthaginois en Afrique.

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Un roi érudit : l’œuvre littéraire de Juba II

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Juba II, roi de Maurétanie de -25 à 23, est un des rois les plus érudits de son époque. Il a écrit plusieurs livres sur l’histoire, les sciences naturelles, la géographie, la grammaire et l’art.

Pline l’Ancien, notre source principale sur l’œuvre de Juba II

Tous les ouvrages de Juba II sont perdus, mais une centaine de citations ont été conservées. La plupart de ces citations sont dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, qui le mentionne 65 fois comme une autorité. D’autres auteurs qui citent Juba II sont Plutarque, Athénée de Naucratis, le médecin Galien et Dioscoride, le « père de la pharmacie ».

Une dizaine de livres de Juba II sont connus. Un des principaux semble être ses Όμοιότητες (Ressemblances), une comparaison entre les institutions grecques et romaines.

Euphorbia resinifera, la plante découverte par Euphorbe

Euphorbe, le médecin de cour de Juba II, d’origine grecque, a découvert qu’une plante des montagnes de l’Atlas a un puissant effet laxatif. En -12, l’Empereur romain Auguste construit une statue dédiée à Antonius Musa, son médecin de cour et le frère d’Euphorbe. Juba II réagit en donnant à la plante découverte par Euphorbe le nom d’Euphorbia. Il écrit ensuite un pamphlet sur cette plante, décrivant ses usage médicaux.

Avant (ou après) son expédition en Arabie avec le prince romain Caius César, Juba II écrit un traité De l’Arabie, sur la géographie de la région et les coutumes des Arabes. Il dédie ce livre au jeune prince Caius. Les sources romaines affirment qu’il a écrit ce traité avant l’expédition, pour préparer Caius à sa rencontre avec les Arabes, mais les historiens modernes pensent plutôt qu’il s’est servi des informations récoltées pendant l’expédition pour écrire. Cet ouvrage, le seul que Juba II a écrit en latin, a connu un grand succès à Rome et a beaucoup contribué à la fascination des Romains pour l’Arabie.

Juba II

Juba II a écrit d’autres ouvrages du même genre, sur d’autres régions du monde :  Libyca, en trois livres, sur l’histoire, la géographie et les coutumes de l’Afrique du Nord, et De l’Assyrie, en deux livres, sur les régions orientales de l’Empire. Il a écrit aussi deux livres consacrés à l’archéologie romaine. Par ailleurs, il a traduit en latin le Périple du navigateur carthaginois Hannon.

Enfin, il a écrit un ouvrage De la peinture, en huit livres, une Histoire du théâtre, en dix-sept livres, et une livre d’Epigrammes, cité par Athénée de Naucratis.

Juba II aurait écrit aussi des pièces de théâtre, mais aucun titre ni citation n’est connu.

Juba II a organisé une expédition, au départ du port de Mogador (Essaouira), pour explorer les Îles Canaries. C’est lui qui a donné à ces îles le nom de Canaries (Canarius, de canis, chien), à cause des chiens féroces qu’il y a trouvés.

Le sophiste grec Philostrate, qui écrit 200 ans après la mort de Juba II, rapporte l’anecdote suivante : « Et j’ai lu dans le discours de Juba que les éléphants se viennent en aide les uns aux autres lorsqu’ils sont chassés, et qu’ils défendent leur congénère épuisé, et s’ils peuvent l’écarter du danger, ils oignent ses plaies des larmes de l’arbre à aloès et se tiennent autour de lui comme des médecins. »

La réputation de Juba II était telle qu’un monument a été construit en son honneur dans le Gymnase de Ptolémée, à Athènes (dont les ruines sont visibles sur l’image de couverture de cet article).

Euphorbia regis-jubae

Pour conclure, on peut mentionner que plusieurs espèces de plantes ont été nommées en l’honneur de Juba II. Le biologiste Carl von Linné a appelé Euphorbia le genre entier dont fait partie la plante à laquelle Juba II a donné ce nom en l’honneur de son médecin. Une autre plante du même genre s’appelle Euphorbia regis-jubae (euphorbe du roi Juba). Enfin, plusieurs variétés de palmiers, qu’on trouve dans les Îles Canaries, en Afrique du Sud ou au Chili, s’appellent Jubaea ou d’autres noms apparentés.

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Hierbas et Mithridate : une alliance anti-romaine

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A l’époque où les ambitions impérialistes romaines se font sentir de plus en plus, un roi de Turquie actuelle appelé Mithridate fait la guerre à Rome pour le contrôle de l’Asie. Hierbas, un chef mystérieux qui a renversé le roi de Numidie, fait alliance avec Mithridate pour résister ensemble à l’expansion romaine.

Contexte

L’expansion romaine – Clic pour agrandir – Source

Les guerres puniques marquent le début de l’expansion impériale romaine : Rome prend le contrôle de la Sicile après la première guerre punique, de l’Espagne après la deuxième guerre punique, puis de l’Afrique (Tunisie actuelle) après la troisième guerre punique. Au même moment, elle s’empare de la Grèce après sa victoire à la Bataille de Corinthe, quelques mois après la chute de Carthage. L’influence romaine se fait sentir jusqu’en Asie (Turquie actuelle).

Mithridate VI Eupator, l’ambitieux roi du Pont (au Nord de la Turquie actuelle), mènera une série de trois guerres pour s’opposer à la domination romaine de sa région.

Mithridate : l’ennemi mortel de Rome

Mithridate

Mithridate VI est un roi d’origine persane, mais de culture hellénistique. Son nom signifie « don de Mithra », le dieu perse du soleil, tandis que son épithète grecque Eupator signifie « de père noble ». Il est né en 135 avant notre ère, à Sinope, en Turquie actuelle.

Mithridate, dont le père était mort empoisonné, est célèbre pour son habitude d’avaler régulièrement une petite quantité d’arsenic, afin de s’immuniser en cas de tentative d’empoisonnement. Depuis, la méthode d’immunisation contre le poison par l’ingestion de petites doses non létales s’appelle mithridatisation. Ironiquement, après la défaite de Mithridate, sa tentative de suicide a échoué à cause de son immunité.

Royaume et conquêtes successives de Mithridate VI – Violet foncé : Royaume du Pont avant Mithridate VI, violet clair : conquêtes de Mithridate VI, vert : Royaume d’Arménie, allié de Mithridate VI

Après s’être établi sur son trône, il ambitionne de faire de son royaume la puissance dominante en Anatolie et dans la région de la Mer noire. C’est là qu’il sera confronté pour la première fois à la République romaine, qui veut également étendre son influence en Asie.

En 89, Mithridate profite de l’engagement de Rome dans la Guerre sociale, en Italie, pour entrer en guerre contre son voisin, le roi Nicomède de Bithynie, qui est un allié de Rome. Victorieux, il fait massacrer les colons romains et italiens en Anatolie. Les Grecs, heureux de voir un roi capable de tenir tête à Rome, se rallient à lui et accueillent son armée en Grèce.

Rome envoie une armée pour combattre Mithridate, menée par le général Sylla. A l’issue de la première guerre entre Mithridate et les Romains (88-84), Sylla parvient à repousser Mithridate hors de Grèce, mais Mithridate demeure maître de l’Anatolie. La deuxième guerre (83-81) aboutit à une victoire de Mithridate. A l’issue de la troisième guerre, la plus longue (73-63), l’armée romaine, menée par Pompée (le futur rival de Jules César), parvient à vaincre Mithridate définitivement à la bataille du Lycos (65).

Pièce d’or à l’effigie de Mithridate

Après cette défaite, Mithridate s’enfuit en Crimée. L’année suivante, il veut lancer une nouvelle attaque contre Rome. Lorsque son fils Macharès, qu’il avait nommé roi du Bosphore, refuse de l’aider, il le fait assassiner. En 63, Pharnace, un autre fils de Mithridate, se rebelle contre lui. Mithridate se retire dans la citadelle de Panticapaeum, en Crimée, où il se suicide (d’abord en essayant de s’empoisonner, puis par l’épée lorsque l’empoisonnement échoue).

Hierbas : un allié africain de Mithridate

A cette époque, la Numidie est un royaume client de Rome, gouvernée par les descendants de Massinissa.

Pièces de monnaie à l’effigie de Hierbas (incertain) – Source

Vers 88, le roi Hiempsal (fils de Gauda, le frère de Jugurtha) est renversé par Hierbas, qui règne à sa place. Les origines de Hierbas sont floues : certaines sources le présentent comme le chef de la tribu des Maxitani, d’autres comme le frère de Hiempsal, mais il est plus probable qu’il n’était pas apparenté à la famille royale. Il était peut-être d’origine gétule ; le poète romain Virgile le présente comme Gétule dans l’Enéïde. Alors que la guerre civile entre Marius et Sylla fait rage à Rome, Hierbas est soutenu par Marius et ses partisans, tandis que Sylla soutient Hiempsal.

L’historien gréco-romain Appien, qui a écrit un livre sur les guerres mithridatiques, rapporte que Mithridate a envoyé un officier appelé Héraclide en Numidie, pour négocier une alliance avec Hierbas. Il s’agit pour Mithridate de former un front commun pour s’opposer à l’expansion romaine. Leur coalition anti-romaine sera élargie à Sertorius, le chef d’une révolte contre Rome en Espagne. C’est une simple alliance de circonstance, les trois chefs n’ont aucune affinité idéologique.

Pièce de monnaie à l’effigie de Sertorius

Le front anti-romain entre Mithridate, Hiempsal et Sertorius sera éphémère. Avoir vaincu ses rivaux à Rome, Sylla envoie une armée, menée par Pompée, pour rétablir Hiempsal comme roi de Numidie. On ne sait pas ce que Hiarbas est devenu. Sertorius poursuit sa guerre contre les Romains en Espagne pendant une dizaine d’années, soutenu par Mithridate et par le gladiateur révolté Spartacus, avant d’être tué.

Les historiens de cette époque ont très peu écrit sur la figure de Hierbas, mais son alliance avec Mithridate semble être un indice montrant qu’il n’était pas qu’un simple usurpateur du trône numide, mais un meneur de la résistance numide contre la domination romaine et contre les rois numides soumis à Rome. Une vingtaine d’années après la révolte de Jugurtha, son souvenir demeurait très vivant et il est certain que beaucoup de Numides aspiraient toujours à vivre libres de la loi romaine.

Les Royaumes amazighs avant l'invasion romaine

Juba II et Caius César : quand le roi de Maurétanie appuie la diplomatie romaine

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Au cours de son règne, l’Empereur romain Auguste a envoyé son petit-fils Caius César en Asie, afin de restaurer la stabilité dans les régions orientales de son Empire, secouées par diverses crises. Pour accompagner le jeune homme, Auguste a choisi pour lui des conseillers expérimentés, parmi lesquels le roi Juba II de Maurétanie. La participation de Juba II à cette expédition illustre son influence sur les affaires romaines.

Caius César

Contexte

L’Empereur Auguste n’a pas de fils, donc pas d’héritier selon la loi romaine. Sa fille unique, Julia, a eu deux fils : Caius et Lucius, qu’Auguste a adoptés en vue de faire d’eux ses successeurs.

Royaume d’Hérode le Grand

Vers -4, le roi de Judée Hérode le Grand, un allié des Romains, meurt. Ses fils font appel à Rome pour gérer sa succession.

Le Sénat romain décide de favoriser Archélaos, un des fils d’Hérode, à cause de sa promesse de verser une importante somme d’argent au trésor impérial. Lorsque des troupes romaines entrent en Judée pour récolter cet argent, les villes judéennes se révoltent. L’Empereur est contraint de faire intervenir les légions romaines basées en Syrie pour restaurer l’ordre.

Au même moment, le roi Tigrane IV d’Arménie, un autre allié des Romains, est renversé par l’Empereur de Perse. Pour faire face aux Perses en Arménie, Rome a besoin de ses légions syriennes, qui sont déjà engagées en Judée.

L’Empereur décide alors d’organiser une grande expédition en Orient, afin de stabiliser la Judée et de reprendre le contrôle de l’Arménie. Son objectif est de restaurer la domination romaine jusqu’à l’Euphrate. Auguste, qui est trop âgé pour prendre lui-même la tête d’une expédition en Orient, choisit son petit-fils, Caius César. Le jeune Caius, qui n’a que 18 ans, est très inexpérimenté pour une telle mission. Pour l’entourer et le conseiller, l’Empereur choisit un groupe d’hommes expérimentés. L’un d’eux est le roi Juba II de Maurétanie, qu’Auguste connaît bien puisqu’il a grandi à Rome. Ce choix montre l’estime que l’Empereur avait pour Juba II.

L’expédition de Caius César

En Judée

Partage du Royaume d’Hérode le Grand

La première étape de l’expédition est la Syrie, puis la Judée, où Caius est chargé de mettre en œuvre le plan de partage du royaume d’Hérode le Grand décidé par Rome. Archélaos obtient la moitié du territoire de son père, tandis que ses frères se partagent le reste. Cette solution permet de stabiliser la région.

Pendant que Caius et ses compagnons se trouvent en Judée, l’Empereur le félicite pour son choix de s’abstenir d’offrir des prières aux dieux romains à Jérusalem, ce qui aurait été perçu comme une provocation par la population juive de la ville.

En Judée, Juba II, qui est veuf depuis le décès de son épouse Cléopâtre Séléné, en -5, rencontre Glaphyra, la veuve d’Alexandre, un fils d’Hérode le Grand, qui deviendra sa deuxième épouse.

En Arabie

Après avoir rétabli la stabilité en Judée, Caius retourne en Syrie, où il prépare la guerre contre les Perses.

Royaume des Nabatéens

A un moment donné de son séjour en Orient, il mène une expédition en Arabie. Pour les Romains, l’Arabie, c’est le Royaume des Nabatéens, une dynastie arabe qui règne sur une vaste région s’étendant du Sud de la Syrie à la Péninule du Sinaï et à la région du Hejaz, dont la capitale est Petra, la célèbre cité gravée dans la roche. Caius et ses compagnons sont apparemment allés jusqu’au Golfe d’Aqaba, au Sud de la Jordanie actuelle.

Les motivations de cette expédition ne sont pas certaines. A cette époque, le Roi des Nabatéens est Arétas IV (en arabe Haritha حارثة), qui a régné de -9 à 40 et était un allié des Romains. Il est possible que l’expédition était destinée soit à s’assurer de sa loyauté, soit à le soutenir contre un adversaire, mais nous n’en savons pas plus.

Avant (ou après) cette expédition, Juba II écrit un traité De l’Arabie, sur la géographie de la région et les coutumes des Arabes. Il dédie ce livre au jeune prince Caius. Les sources romaines affirment qu’il a écrit ce traité avant l’expédition, pour préparer Caius à sa rencontre avec les Arabes, mais les historiens modernes pensent plutôt qu’il s’est servi des informations récoltées pendant l’expédition pour écrire. Cet ouvrage, le seul que Juba II a écrit en latin, a connu un grand succès à Rome et a beaucoup contribué à la fascination des Romains pour l’Arabie.

En Arménie

Le Royaume d’Arménie

Après leur retour d’Arabie, Caius et ses compagnons ont continué les préparatifs pour la guerre contre les Perses. En l’an 1, l’Empereur de Perse, qui n’était pas prêt à se battre, a finalement accepté de se retirer d’Arménie. Les Romains choisissent Ariobarzane d’Atropatène comme nouveau roi d’Arménie.

En même temps, si les Perses ne revendiquent plus l’Arménie, ils continuent de s’opposer à l’influence romaine en soutenant une rébellion nationaliste arménienne. Caius envahit l’Arménie en l’an 2, pour réprimer les rebelles. L’année suivante, Abaddon, le chef de la rébellion, l’invite à venir lui parler dans sa forteresse. Cette invitation s’avère être un piège : Caius est gravement blessé et ses compagnons doivent le porter pour repartir. Il meurt quelques mois après, des suites de ses blessures, à seulement 23 ans. Son frère Lucius est également mort de maladie en l’an 2, à Massalia, à l’âge de 18 ans.

Par la suite

Avec la mort subite de Caius et de Lucius, l’Empereur Auguste a perdu ses deux seuls petits-fils, qu’il préparait pour lui succéder.

Juba II retourne dans sa patrie. On ne sait pas si sa nouvelle épouse Glaphyra l’a accompagné ; aucune inscription à son nom n’a été retrouvée en Maurétanie. Ils divorcent vers l’an 7 et Glaphyra se remarie avec Archélaos, le fils d’Hérode le Grand.

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Le Medracen : le plus ancien mausolée d’Afrique du Nord

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Le Medracen (ⵉⵎⴷⵖⴰⵙⵏ) est un mausolée, dans la région des Aurès, en Algérie, qui date du 3° Siècle avant notre ère et a été construit par un roi numide avant Massinissa. Il s’agit du plus ancien mausolée d’Afrique du Nord.

Le Medracen est situé près de Boumia, dans la wilaya de Batna, dans les Aurès. Il s’agit d’un tumulus en pierre, d’environ 60m de diamètre et 20m de hauteur. Cette forme de construction, typiquement amazighe, rappelle le tombeau de Massinissa, à El Khroub, dans la wilaya de Constantine, et, surtout, le Mausolée royal de Maurétanie, près de Tipasa (Tipaza), où sont enterrés Juba II et sa reine Cléopâtre Séléné.

Curieusement, le Medracen n’est jamais mentionné à l’époque romaine. Il est décrit pour la première fois au 11° Siècle, par l’historien et géographe arabe andalou Al-Bakri, qui affirme, d’après le témoignage des populations locales, qu’il s’agit du tombeau d’un ancien roi appelé Madghis. Al-Bakri décrit aussi les bas-reliefs qui décoraient le mausolée, représentant divers animaux. Ces ornements ne sont plus visibles aujourd’hui, ils ont probablement été pillés à l’époque ottomane. D’après Ibn Khaldoun, Madghis était l’ancêtre des Numides.

Les fouilles archéologiques sur ce site ont commencé au 19° Siècle. On pensait d’abord que le Medracen était le tombeau de Syphax, de Gaïa (le père de Massinissa), ou encore de Micispa. Ensuite, de nouvelles recherches ont montré que le mausolée est bien plus ancien : il a été construit au 3° Siècle avant notre ère. Le roi Maghdis, qui y est enterré, était le père fondateur de la nation numide, donc probablement un ancêtre de Massinissa.

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La statuette de Canusium : un cavalier numide blessé

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Les cavaliers numides étaient redoutés dans tout le monde antique, pour leur bravoure et leur efficacité au combat. En plus de leurs exploits au service de leur patrie, des unités de cavalerie numide ont combattu aux côtés des armées carthaginoise et romaine. Une statuette retrouvée à Canossa, en Italie, constitue une des rares représentations contemporaines de la cavalerie numide.

Cette statuette en terre cuite peinte, de 16 cm de haut et 23 cm de large, représente un cavalier numide blessé par une flèche, sur son cheval au galop. A l’origine, elle décorait un vase. Elle a été découverte dans un tombe à Canusium (Canossa), en Italie.

Cette découverte est d’autant plus remarquable que la statuette n’a pas été retrouvée en Afrique, mais en Italie. L’artiste a certainement été inspiré par les cavaliers numides qui ont combattu dans l’armée de Hannibal.

Cette statuette est aujourd’hui conservée au Musée du Louvre, à Paris.

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Juba II, héritier de Massinissa, roi de Maurétanie

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Juba II, le dernier héritier du trône de Numidie, grandit à Rome. Jeune adulte, il est établi comme roi du dernier royaume nord-africain qui demeure indépendant de Rome, qui s’étend à la fois sur la Numidie et la Maurétanie historique.

Enfance de Juba II

Juba II est né en Numidie, vers 50 avant notre ère. Il est le fils de Juba Ier, roi de Numidie, ce qui en fait un descendant direct du glorieux roi Massinissa. Par sa mère, il est également descendant de Hannibal. Il est enfant lorsque son père, vaincu par César, se suicide, sans personne pour lui succéder sur son trône.

Après la mort de son père, Juba II grandit à Rome, dans une captivité dorée. Il est élevé par Octavie, la sœur du futur Empereur Auguste, avec plusieurs autres enfants de rois vaincus par Rome, notamment Cléopâtre Séléné, la fille du général romain Marc-Antoine et de Cléopâtre d’Egypte, qui deviendra son épouse. En effet, les Romains veulent élever une nouvelle génération de rois romanisés, qui serviront les intérêts de Rome.

Règne de Juba II

Juba II

En l’an 30 avant notre ère, le jeune Juba II est rétabli comme roi de Numidie, en tant que dernier descendant de Massinissa.

En 25, il est choisi et couronné par le premier Empereur romain Auguste comme roi d’une grande Maurétanie élargie à la Numidie occidentale. La même année, il épouse Cléopâtre Séléné, la fille de la reine Cléopâtre d’Egypte et du général romain Marc-Antoine.

Si le règne de Massinissa est l’âge d’or du Royaume de Numidie, le règne de Juba II peut être considéré comme l’âge d’or du Royaume de Maurétanie. Sa capitale est Iol (Cherchell), qu’il renomme Césarée en l’honneur de l’Empereur. Son royaume s’étend de Hippo (Annaba) et Cirta (Constantine) à Tingis (Tanger). Il règne pendant près de 50 ans (25 av. J.-C.-23 ap. J.-C.) Pendant tout son règne, il sera un allié très proche de Rome. Il est resté dans les mémoires comme le roi qui aura définitivement fait entrer la Maurétanie dans la zone d’influence romaine.

Le règne de Juba II sera une période de grande prospérité. La Maurétanie s’enrichit grâce à l’exportation de blé, de raisin, de poisson et de teinture pourpre. Le port de Tingis se développe considérablement et la ville de Lixus devient le plus grand complexe industriel du monde méditerranéen. Juba II reprend l’ancienne industrie phénicienne de fabrication de pourpre sur les Iles Purpuraires, au large de Mogador (Essaouira), et envoie même une expédition explorer les Iles Canaries.

Monnaie à l’effigie de Juba II

Partout dans son royaume, Juba II entreprend d’importants travaux de construction, afin de doter ses villes d’infrastructures de qualité. Les travaux d’architecture et de sculpture qu’il a réalisés, notamment à Césarée et Volubilis, montrent un riche mélange d’influences romaines, égyptiennes et grecques.

Juba II favorise aussi le développement des arts et la recherche scientifique. Son médecin de cour, Euphorbe, a découvert qu’une plante des montagnes de l’Atlas a un puissant effet laxatif. Juba II lui-même est un des rois les plus érudits de son époque, qui a écrit plusieurs livres sur l’histoire, les sciences naturelles, la géographie et l’art. Il a notamment écrit Libyca, sur la géographie de l’Afrique du Nord, ainsi que l’histoire et les coutumes de ses habitants.

Cléopâtre Séléné, reine de Maurétanie

Sa reine, Cléopâtre Séléné, joue un rôle très actif à ses côtés et exerce une forte influence sur sa politique. Elle fait venir un grand nombre de conseillers, scientifiques et artistes de la cour de sa mère, à Alexandrie, pour servir à Césarée. Elle fait construire aussi un phare, sur le modèle de celui d’Alexandrie, dans le port de Césarée, ainsi que beaucoup de temples consacrés à des divinités romaines et égyptiennes. Alors que la poésie romaine de cette époque donne une image très négative de Cléopâtre d’Egypte, Cléopâtre Séléné de Maurétanie a vigoureusement promu l’héritage de sa mère.

Vers le milieu de son règne, Juba II a été choisi par l’Empereur Auguste pour accompagner son petit-fils Caius César dans une expédition en Orient, afin de conseiller le jeune homme. Ce choix montre l’estime que l’Empereur avait pour lui.

Vers la fin de son règne, Juba II a dû faire face à une insurrection des tribus amazighes contre la présence romaine en Afrique du Nord, menée par Tacfarinas, un ancien soldat qui a déserté de l’armée romaine, issu de la tribu gétule des Musulames. Cette insurrection se poursuivra après sa mort, sous le règne de son fils Ptolémée.

Le Mausolée royal de Maurétanie

La reine Cléopâtre Séléné meurt en -5. Juba II se remarie avec Glaphyra, la veuve du fils du roi de Judée Hérode le Grand. Leur mariage n’est pas heureux, contrairement au précédent mariage de Juba II avec Cléopâtre Séléné.

Juba II meurt en 23. Il est enterré, avec Cléopâtre Séléné, dans le Mausolée royal de Maurétanie, près de Tipasa (Tipaza, en Algérie). Ce monument, surnommé le « tombeau de la chrétienne » (une erreur de traduction de « Qabr el-Rûmiyya », « tombeau de la Romaine »), est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Mort et succession de Juba II

Ptolémée de Maurétanie

Après la mort de Juba II, son fils Ptolémée (23-40) lui succède. Issu de plusieurs lignées royales, il a une des filiations les plus prestigieuses du monde antique. Son père, Juba II, en plus d’être un descendant direct de Massinissa, descend également de Hannibal, par sa mère. Sa mère, Cléopâtre Séléné, est la fille de Marc-Antoine et de la reine Cléopâtre d’Egypte. Ptolémée est donc à la fois l’héritier, par son père, de Massinissa et de Hannibal, et, par la mère, de l’aristocratie romaine, des anciens Pharaons et des Ptolémée d’Egypte. Enfin, il a hérité du trône des anciens rois de Maurétanie.

Une telle filiation fait de lui un prétendant potentiel au trône impérial, mais elle représente aussi un grand danger pour lui. En 40, l’Empereur Caligula le fait assassiner et annexe son Royaume. Son meurtre provoque une nouvelle révolte maure contre Rome, menée par Aedémon, un esclave affranchi de la cour royale. Peu soutenu par la population locale, Aedémon est tué après deux ans. Les Romains contrôlent à présent toute l’Afrique du Nord.