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L'Afrique du Nord romaine

Tacfarinas et Aedemon : les révoltes amazighes contre Rome

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Si les habitants des grandes villes nord-africaines ont accueilli favorablement les avancées rendues possibles par la romanisation, les tribus amazighes rurales n’ont jamais accepté la domination romaine et se soulevaient régulièrement. Dès l’an 17, Tacfarinas, un ancien soldat de l’armée romaine, a mené une insurrection contre la présence romaine en Afrique du Nord. Après le meurtre du roi Ptolémée de Maurétanie, Aedemon, un esclave affranchi de Ptolémée, s’est révolté contre l’annexion de la Maurétanie par l’Empire romain.

La révolte de Tacfarinas

Tacfarinas, né à Thagaste (Souk Ahras), est issu de la tribu gétule des Musulames, qui vivaient dans la région des Chotts, en Algérie et Tunisie actuelles. Après avoir servi comme soldat dans l’armée romaine, il déserte et rejoint sa tribu musulame. A la tête d’un groupe de combattants, il lance quelques attaques contre le territoire romain. Il se sert de son expérience dans l’armée pour organiser ses hommes en une force militaire efficace, au point où les Musulames le choisissent comme leur chef.

Tacfarinas et ses alliés : Maures, Musulames, Cinithiens et Garamantes (Source)

En 17, Tacfarinas se retrouve à la tête de la plus grande insurrection de l’histoire de l’Afrique du Nord romaine. Il fait alliance avec Mazippa, un chef maure qui était probablement déjà en rébellion contre le roi Juba II de Maurétanie, ainsi qu’avec la tribu cinithe, du Sud de la Tunisie actuelle. Il est même soutenu par les Garamantes. Les historiens antiques ne mentionnent pas ses motivations, mais l’occupation croissante, par les Romains, des pâturages traditionnels des tribus nomades semble avoir été le facteur déterminant.

Pour les Romains, la menace est bien plus sérieuse que les habituelles incursions aux frontières. Les forces combinées des alliés de Tacfarinas sont plus nombreuses que les troupes romaines dans la région. Les Romains comptent cependant sur leur armement largement supérieur. Lors de la première bataille, l’armée de Tacfarinas est décimée. Tacfarinas s’enfuit dans le désert avec les survivants.

Stèle funéraire d’un soldat romain

Ce n’était cependant pas la fin de l’insurrection de Tacfarinas : s’il a compris qu’il ne peut résister à l’armée romaine en cas de bataille ouverte, il profite de sa connaissance du terrain pour recourir aux méthodes de guerre asymétrique dans lesquelles les tribus amazighes excellent depuis la nuit des temps. Ses hommes lancent des attaques ciblées, puis s’enfuient dans les montagnes ou le désert. Les Romains sont soutenus par le roi Juba II de Maurétanie, puis par son fils Ptolémée.

La guerre est aussi économique : les attaques des insurgés menacent la production agricole en Afrique romaine, provoquant une flambée des prix du blé à Rome.

Après plusieurs années d’insurrection, Tacfarinas envoie des messagers à Rome, pour proposer la paix en l’échange de terres pour ses partisans. L’Empereur Tibère refuse de négocier avec celui qu’un considère comme un déserteur et un brigand.

Les Romains, qui veulent en finir une fois pour toutes avec cette révolte, envoient un général expérimenté, Quintus Junius Blaesus, pour la réprimer. En trois ans (21-23), il remporte une série de victoires, grâce notamment à ses nouvelles unités mobiles, capables de poursuivre les insurgés partout. La grande force de Tacfarinas demeure cependant sa réserve quasi inépuisable de nouveaux combattants issus des tribus du désert.

En 24, Tacfarinas assiège la forteresse romaine de Thubursicum (le site de cette forteresse est débattu : Khamissa en Algérie ou Tebboursouk en Tunisie). Son armée, qui ne peut résister à l’infanterie romaine, est vaincue et s’enfuit en Maurétanie. Les Romains demandent l’aide du roi Ptolémée pour le poursuivre. Tacfarinas établit son dernier camp à Auzea (Sour El-Ghozlane, en Algérie actuelle). Les Romains attaquent le camp et massacrent Tacfarinas avec tous ses partisans. La mort de Tacfarinas marque la fin de l’insurrection.

La révolte d’Aedemon

Ptolémée de Maurétanie

Aedemon était un esclave domestique de Ptolémée, le dernier roi de Maurétanie, qui a été affranchi en récompense pour sa fidélité. En 40, Ptolémée, en visite à Rome, est assassiné, sur l’ordre de l’Empereur Caligula, qui voit en lui un rival potentiel. Sa mort ouvre la voie à l’annexion de la Maurétanie par l’Empire romain.

Pour venger son maître, Aedemon se révolte contre Rome. Contrairement à Tacfarinas, sa révolte n’obtiendra cependant qu’un faible soutien populaire : une inscription à Volubilis montre qu’une partie importante de la population de la ville s’est battue contre lui. Il est cependant soutenu par des chefs tribaux maures comme Sabalus, son principal allié. Les Romains, eux, sont soutenus par les tribus Maures romanisées, notamment autour de Lucius Quietus.

L’Empereur Caligula est assassiné en 41. Son successeur, Claude, envoie deux généraux, Paulinus et Geta, pour réprimer l’insurrection. L’un d’eux, Paulinus, deviendra le premier Romain à traverser les montagnes de l’Atlas. La ville de Tingis (Tanger) est en partie détruite par les combats violents entre Romains et insurgés. D’autres combats ont lieu à Volubilis, Lixus (Larache) et Tamuda (Tetouan).

La révolte prend fin après quatre ans : en 44, après une victoire décisive des Romains, Sabalus et ses hommes déposent les armes. D’après l’historien romain Dion Cassius, Sabalus se serait rendu après avoir vu le général romain Geta recourir à un rite traditionnel amazigh pour faire tomber la pluie, ce qui l’a convaincu que son adversaire avait des pouvoirs magiques. Le sort final de Sabalus et Aedemon est inconnu.

Après cette révolte, la Maurétanie est divisée en deux provinces romaines : la Maurétanie césarienne et la Maurétanie tingitane.

Les autres révoltes amazighes

Les révoltes de Tacfarinas et d’Aedemon sont les plus connues, mais pas les seules révoltes amazighes contre les Romains. Les Romains créeront même une province militaire spéciale dans le Sud de la Numidie, avec pour capitale Lambèse (Tazoult), afin de lutter contre ces insurrections.

Lucius Quietus et sa cavalerie

En 118, l’Empereur Hadrien fait exécuter le général d’origine maure Lucius Quietus (le fils de Lucius Quietus qui a combattu la révolte d’Aedemon). Sa mort provoque une insurrection en Maurétanie, où il reste très populaire. Hadrien envoie son homme de confiance, le général Quintus Marcius Turbo, pour réprimer l’insurrection.

D’autres insurrections auront lieu sous le règne de l’Empereur Antonin (138-161). Sous le règne de son fils Marc-Aurèle (161-180), des Maures de Maurétanie tingitane font même des incursions en Espagne. La situation se calme quelque peu sous le règne de la dynastie impériale des Sévères, d’origine amazighe. Vers la fin du 3° Siècle, Rome devra de nouveau faire face à plusieurs révoltes, menées par les Bavares, une confédération amazighe de Maurétanie césarienne.

Pour en savoir plus

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs amazighs : des tribus converties au judaïsme ?

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L’historien musulman médiéval Ibn Khaldoun affirme qu’un certain nombre de tribus amazighes se sont converties au judaïsme pendant l’ère romaine et que ces tribus amazighes judaïsées étaient encore présentes en Afrique du Nord au moment des conquêtes arabes. Qu’en penser ? A-t-on des traces de telles conversions ?

Ibn Khaldoun

Aucune preuve archéologique de la conversion au judaïsme de tribus amazighes ne subsiste, ce qui n’a cependant rien de surprenant, étant donné que l’histoire des tribus de l’Atlas et du Sahara est assez peu documentée. On sait cependant que des Juifs vivaient parmi ces tribus.

Quand ces conversions auraient-elles eu lieu ? Après la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, au 6° Siècle, les Byzantins ont imposé des restrictions aux Juifs de Carthage et des autres villes sous leur contrôle. Beaucoup de Juifs persécutés ont alors fui ces villes pour aller vivre parmi les tribus amazighes des montagnes et du désert. Si certaines de ces tribus ont été gagnées par leur prosélytisme, c’est probablement à ce moment-là. Certains spécialistes suggèrent que ces conversions auraient pu commencer quatre siècles plus tôt, dans le désert libyen, avec les Juifs de Cyrène qui fuyaient la répression de la révolte de Kitos. La figure du « prophète » amazigh Moshe ben Shelah (mentionné par Ibn Khaldoun sous le nom de Moussa ibn Salah) indique une influence juive encore plus ancienne.

La religion de la fameuse Dihya (Kahina), la reine des Aurès qui a mené la résistance contre les conquérants Arabes, est débattue : selon certaines sources (notamment Ibn Khaldoun), elle était issue d’une tribu amazighe judaïsée, tandis que d’autres sources affirment qu’elle était chrétienne. Il est possible aussi que sa tribu se soit d’abord convertie au judaïsme, puis au christianisme.

L’existence de tribus juives amazighes est aujourd’hui contestée par les spécialistes, notamment parce que le témoignage d’Ibn Khaldoun est tardif, il écrit plusieurs siècles après les faits. L’islamologue tunisien Mohamed Talbi a noté aussi que la traduction française d’Ibn Khaldoun est inexacte : elle ne prend pas en compte le caractère conditionnel de son récit. Par ailleurs, l’archéologue français Gabriel Camps a démontré que les tribus jarawa et nefzaoua, mentionnées par Ibn Khaldoun comme juives, étaient chrétiennes avant l’arrivée de l’islam.

On peut donc conclure que, s’il y a certainement eu des conversions individuelles, peut-être même de petits groupes au niveau local, la conversion massive de tribus entières est plus improbable.

En tout cas, des études génétiques récentes ont démontré que les Juifs Nord-Africains ont un patrimoine génétique distinct du reste de la population nord-africaine, mais plus proche de celui des Juifs d’Europe et du Moyen-Orient. Il n’y a donc aucun doute que la grande majorité des Juifs Nord-Africains descendent de Juifs originaires de Palestine. L’apport amazigh existe, mais il n’est pas déterminant au niveau génétique.

L'Afrique du Nord romaine

L’Afrique du Nord dans la mythologie romaine

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La mythologie romaine est largement inspirée de la mythologie grecque. Les Romains avaient davantage de relations avec l’Afrique du Nord que les Grecs et ils ont inventé leurs propres mythes dans cette région, en rapport avec Carthage, mais aussi avec les populations autochtones amazighes. En plus de l’Enéïde de Virgile, les autres sources pour les mythes décrits dans cet article sont les Métamorphoses, les Héroïdes et les Fastes d’Ovide, ainsi que les Fables d’Hygin.

La déesse Afrique : une incarnation du continent

Les Romains associaient fréquemment les nouvelles régions qu’ils conquéraient à des divinités. La déesse Afrique, une déesse de la fertilité et de l’abondance, est représentée comme une femme, vraisemblablement amazighe, qui porte une coiffe en forme d’éléphant. Nous lui avons consacré un article détaillé.

Didon, reine de Carthage

Didon

Didon (appelée aussi Elissa) est la fondatrice légendaire et la première reine de Carthage. Elle était la sœur du roi Pygmalion de Tyr, mariée à Acerbas (Zakarbaal, appelé Sychée dans l’Enéïde), le grand-prêtre de la ville. Après que son frère ait tué son mari, Didon et ses alliés ont fui la Phénicie et se sont établis en Afrique du Nord, où ils ont fondé Carthage. Nous avons écrit un article détaillé sur la légende de Didon.

Didon apparaît régulièrement dans la mythologie romaine. D’après l’Enéide, Didon est tombée amoureuse d’Enée lors de son passage à Carthage et ils se sont même mariés secrètement, violant la promesse que Didon avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier. Ensuite, Enée l’a abandonnée, en repartant pour l’Italie afin d’y fonder Rome. Didon, désespérée, s’est suicidée. En mourant, elle maudit Enée et sa descendance, pour toute l’éternité. L’amour déçu de Didon et sa malédiction sont présentées comme la cause des guerres puniques. Nous avons également écrit un article détaillé sur la relation entre Enée et Didon.

Hiarbas, roi des Gétules

Hiarbas, qui pourrait être inspiré d’un roi numide historique, était le fils de Jupiter Hammon (une association entre le dieu suprême des Romains et des Phéniciens/Carthaginois) et d’une nymphe garamante, devenu roi des Gétules. D’après l’Enéïde, il avait demandé Didon en mariage avant l’arrivée d’Enée à Carthage ; leur union aurait représenté la fusion entre les populations autochtones d’Afrique du Nord et les nouveaux arrivants Phéniciens. Didon avait refusé sa demande en mariage, à cause de la promesse qu’elle avait faite à son défunt mari de ne jamais se remarier.

Lorsque Hiarbas apprend que Didon aime maintenant Enée, il est furieux et menace de les attaquer. Lorsqu’Enée l’abandonne, Didon lui dit qu’elle craint que Hiarbas vienne maintenant la prendre pour épouse de force. Selon Ovide, Hiarbas a envahi Carthage après le suicide de Didon.

Anna Perenna, la soeur de Didon

Anna Perenna

Anna est la sœur de Didon, qui a fui Tyr avec elle. Après la mort tragique de Didon, elle s’enfuit sur l’île de Malte, dont le roi promet de la protéger. Après trois ans, cependant, elle est de nouveau contrainte de s’enfuir, parce que son frère Pygmalion menace de déclarer la guerre à Malte pour la capturer. Naufragée en Italie, elle est accueillie par Enée. Alors, Didon lui apparaît en rêve pour l’exhorter à ne pas rester avec lui. Finalement, elle est emportée par un fleuve et transformée en déesse. Pour les Romains, Anna Perenna (per annum) représente le cycle de l’année, le temps qui passe et ne s’arrête jamais.

Diomède et le roi de Libye

Diomède, roi d’Argos en Grèce, est un héros de la guerre de Troie. Lorsqu’il retourne chez lui après la fin de la guerre, il découvre que sa femme a pris un amant en son absence et doit fuir sa ville pour ne pas être tué. Il s’installe au Sud de l’Italie, où il fonde plusieurs colonies grecques (Magna Graecia). Dans l’Enéïde, sollicité par les ennemis d’Enée pour les aider à le combattre, il refuse, estimant que les temps ont changé et qu’il ne veut plus être l’ennemi des Troyens.

En route pour l’Italie, il fait naufrage sur les côtes libyennes. Lycos, roi de Libye, est le fils de Mars, dieu de la guerre, qui a pour coutume de sacrifier à son père tous les étrangers qui échouent sur ses côtes. Heureusement pour Diomède, Callirhoé, la fille de Lycos, tombe amoureuse de lui et trahit son père en le libérant. Lorsque Diomède prend la mer sans même la remercier, Callirhoé se suicide de chagrin.

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs troglodytes du désert libyen

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Depuis l’Antiquité, des communautés juives installées dans le désert vivaient une vie entièrement souterraine : leurs maisons, et même leurs synagogues, sont des grottes creusées ! Les plus connus sont ceux du plateau de Gharyan, à l’Ouest de la Libye, appelés djebalia dans le dialecte local.

L’existence de Juifs troglodytes est attestée depuis l’Antiquité : ils sont mentionnés par l’historien juif Flavius Josèphe. De telles communautés ont vécu pendant des siècles dans les régions désertiques de la Libye, de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc actuels. Les seules qui ont survécu jusqu’à l’ère moderne sont celles de Gharyan et, dans une moindre mesure, celles des monts de Matmata, en Tunisie.

La description la plus détaillée de la vie des communautés juives troglodytes du Gharyan est celle de l’archéologue Nahum Slouschz, en 1906. Leur habitat souterrain était centré sur une cour, qui servait d’étable, d’atelier pour les artisans et de cuisine. Les logements individuels sont des compartiments creusés dans les murs de ces cours. Même les synagogues sont construites sous la terre, seuls les cimetières sont en surface.

Comme les Juifs du Mzab, les Juifs de Gharyan étaient arabophones dans une région largement amazighophone.

Après l’invasion de Tripoli par l’Espagne, en 1510, 800 Juifs de Tripoli ont fui à Gharyan et dans les environs. Au cours des siècles suivants, beaucoup de Juifs de Gharyan ont migré vers Tripoli, les autres villes côtières libyennes et Gabès, en Tunisie. Au début du 20° Siècle, il y avait encore entre 2000 et 2500 Juifs dans le Jebel Nefoussa. Comme les autres Juifs libyens, ils ont émigré au cours du 20° Siècle.

Certains noms de famille courants dans la communauté juive nord-africaine, comme Fitoussi, Gallula, Ankri, Magaïdes, Sitruk, Djebali, Gharyani ou Sroussi, correspondent à des toponymes du Jebel Nefoussa. Cela montre que ces familles ont des origines nefoussies.

Aujourd’hui, les communautés juives troglodytes n’existent plus. Certaines de leurs grottes sont louées comme gîtes touristiques par les habitants de la région.

L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

La guerre d’Actium : la dernière guerre civile romaine

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons la guerre d’Actium, la dernière guerre civile romaine avant la fondation de l’Empire, qui a eu lieu en grande partie en Egypte.

Contexte

Jules César, bien qu’il ait eu plusieurs enfant de différentes femmes, n’avait pas d’héritier légitime selon la loi romaine. Peu avant sa mort, il avait invité Cléopâtre d’Egypte à Rome, avec leur fils Césarion. Il avait probablement l’intention de faire de Césarion son héritier, mais il n’en a pas eu le temps : il est assassiné le 15 mars 44.

Marc-Antoine

Après sa mort, son fidèle allié Marc-Antoine et son fils adoptif Octave s’allient pour combattre ses assassins. Une fois victorieux, ils menacent de se battre entre eux pour le pouvoir.

Pour éviter une nouvelle guerre civile, ils forment un triumvirat avec un autre homme politique romain, Lépide, et décident de diviser le territoire romain entre eux. Pour sceller cet accord, Marc-Antoine épouse Octavie, la sœur d’Octave, présentée par les historiens romains comme la femme romaine idéale.

Octave Auguste

Peu après, cependant, Marc-Antoine part en Egypte, où, comme César avant lui, il a une liaison avec la reine Cléopâtre. Ils auront plusieurs enfants, dont Cléopâtre Séléné, la future épouse du roi Juba II de Maurétanie. En Egypte, Marc-Antoine tombe sous le charme, non seulement de Cléopâtre, mais aussi des mœurs flamboyantes de l’Orient… un crime impardonnable pour les sobres et fiers Romains.

Son rival, Octave, en profite pour fustiger Marc-Antoine comme un homme immoral, qui abandonne sa fidèle épouse et leurs enfants pour une vie de débauche avec une reine étrangère. En 32 avant notre ère, le Sénat romain déclare la guerre à Marc-Antoine, à l’initiative d’Octave.

La guerre d’Actium

Les premiers combats entre les armées d’Octave et de Marc-Antoine ont lieu en Grèce.

En septembre 31, leurs deux flottes s’affrontent en mer, lors de la bataille d’Actium. Cette bataille est une victoire décisive pour Octave : la flotte de Marc-Antoine, la plus large dans l’histoire romaine, est entièrement détruite. Marc-Antoine et Cléopâtre s’enfuient à Alexandrie.

Au printemps suivant, Octave poursuit Marc-Antoine jusqu’en Egypte. En juillet 30, il arrive à Alexandrie et assiège la ville. Marc-Antoine et Cléopâtre, vaincus, se suicident, Marc-Antoine en se jetant sur sa propre épée et Cléopâtre en se faisant mordre le sein par un aspic.

Après la guerre

Césarion, le fils de Cléopâtre et César, qui régnait sur l’Egypte avec sa mère, est tué peu après. Les enfants de Cléopâtre et Marc-Antoine sont amenés à Rome, pour être élevés par Octavie selon les mœurs romaines.

La défaite de Cléopâtre marque la fin du Royaume des Ptolémée : Octavien est proclamé Pharaon et l’Egypte devient sa propriété personnelle. En 27, lors de la fondation de l’Empire, l’Egypte devient une province romaine.

Par la suite

Après la défaite de Marc-Antoine, Octave règne en maître incontesté à Rome. En même temps, sa victoire met fin à la série de guerres civiles fratricides qui ont ravagé le monde romain, offrant aux peuples sous domination romaine ce qu’ils désiraient par-dessus tout : la paix.

Dans les mois qui suivent, il met en place une série de lois qui, tout en préservant les formes de la République, lui donnent des pouvoirs sans précédent dans l’histoire romaine. En 27, il proclame l’Empire romain et devient le premier Empereur, sous le nom d’Auguste.

Cléopâtre Séléné, la fille de Marc-Antoine et Cléopâtre, épousera Juba II et deviendra reine de Maurétanie. A Césaree (Cherchell), leur capitale, elle cherchera à raviver l’héritage de sa mère et de l’Egypte hellénistique. Leur fils Ptolémée sera le dernier roi de Maurétanie, avant son annexion par l’Empire romain.

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs Marocains : une histoire millénaire

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Les Juifs Marocains, la communauté juive la plus nombreuse du monde musulman, sont une minorité influente et respectée. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de cette communauté, qui est présente au Maroc depuis l’Antiquité pré-romaine.

Les premiers Juifs se sont probablement installés au Maroc actuel dès l’époque de la conquête de Jérusalem par les Babyloniens, en 586 avant notre ère. La plus ancienne communauté juive documentée au Maroc actuel est celle d’Ifrane Atlas-Sghir, dans la province de Guelmim, qui remonte à l’an -361. Si ces Juifs sont parvenus si loin vers le Sud, ils étaient forcément présents aussi plus au Nord.

Vers -150, une vague de persécution contre les Juifs de Cyrène a poussé un certain nombre d’entre eux à fuir. Arrivés à Tingis (Tanger) par la mer, ils se sont installés dans les montagnes du Rif et de l’Atlas.

A Volubilis, capitale historique du Royaume de Maurétanie, des inscriptions funéraires attestent de la présence d’une communauté juive, dès le 2° Siècle avant notre ère.

Epitaphe du fondateur de la synagogue de Volubilis

La présence juive au Maroc actuel s’est beaucoup multipliée à l’ère romaine, surtout après la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70 de notre ère. A Volubilis, une synagogue a été construite au 3° Siècle après notre ère, attestée par une inscription funéraire en l’honneur de son fondateur, un certain Caecilianos. L’emplacement de cette synagogue sur le site archéologique de Volubilis est inconnu. Il y avait aussi une communauté juive à Tingis, Lixus (Larache) et Sala (Salé), ainsi qu’à Azemmour, au-delà des frontières de la Maurétanie romaine.

En 429, les Vandales envahissent la Maurétanie depuis l’Espagne et entament leur conquête de l’Afrique du Nord. Les Juifs, qui subissaient de plus en plus de restrictions dans l’Empire romain chrétien, soutiennent l’invasion vandale, qui leur assure la liberté religieuse.

Au 7° Siècle, beaucoup de Juifs d’Espagne s’installent au Maroc actuel, pour fuir les persécutions des rois Visigoths d’Espagne, devenus catholiques.

Au moment des conquêtes arabo-musulmanes, les Juifs combattent l’envahisseur aux côtés des Amazighs chrétiens et païens. Dans la période agitée qui suit la Révolte berbère de 743, des communautés juives vivent dans la capitale des nouveaux Royaumes kharijites, comme Sijilmassa et Tlemcen. Selon certaines sources, Tarif al-Matghari, le fondateur de la confédération berghouata, était d’origine juive. Des Juifs, originaires d’Andalousie ou de Kairouan, faisaient partie aussi des tout premiers habitants de la ville de Fès, après sa fondation par les Idrissides ; plusieurs familles juives vivaient déjà dans la région avant l’arrivée de Moulay Idriss.

Ancien drapeau de l’Empire chérifien, avec l’étoile de David

Depuis lors, la communauté juive a joué un rôle important dans tous les royaumes qui se sont succédés dans la région. Après la reconquête de l’Espagne par les Royaumes chrétiens, beaucoup de musulmans et de Juifs expulsés d’Espagne se sont installés au Maroc, surtout dans la région de Fès, Meknès et Tetouan. En plus des villes déjà mentionnées, deux autres importants centres juifs marocains sont Sefrou et Essaouira.

Pendant la 2° Guerre Mondiale, alors que le Maroc était sous protectorat français, le sultan Mohammed Ben Youssef, futur roi Mohammed V, a protégé les Juifs marocains contre les mesures discriminatoires du gouvernement de Vichy, en déclarant publiquement qu’il ne faisait aucune différence entre ses sujets juifs et musulmans.

André Azoulay

Aujourd’hui, il y a environ 2000 Juifs au Maroc, qui vivent surtout à Casablanca, Marrakech et Fès. Même si leur nombre a beaucoup diminué au 20° Siècle, ils demeurent la plus grande communauté juive en Afrique du Nord et dans le monde musulman. L’Etat a également entrepris beaucoup d’efforts afin de mettre en valeur le patrimoine culturel juif marocain. Le Juif Marocain le plus influent est André Azoulay, conseiller des rois Hassan II et Mohamed VI, né le 17 avril 1941 à Mogador (aujourd’hui Essaouira). Sa fille Audrey Azoulay est actuellement directrice générale de l’Unesco. Un autre Juif Marocain connu, bien que converti au christianisme, est l’humoriste Gad Elmaleh.

Pour en savoir plus :

Mimouna, association pour la promotion de l’héritage juif marocain

Musée du judaïsme marocain

L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

La guerre civile romaine en Afrique : César contre Pompée

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons l’impact de la guerre civile romaine de 49-45, entre Jules César et Pompée, en Afrique romaine et sur les Royaumes de Numidie et de Maurétanie.

Contexte

Pompée
Jules César

Vers le milieu du 1er Siècle avant notre ère, la République romaine est en crise profonde, ébranlée par la dictature de Sylla, puis le complot de Catilina. En 59, les trois hommes les plus puissants de Rome, Jules César, Pompée et Crassus, s’allient, formant le premier triumvirat. Cette alliance servira leurs intérêts, mais ses conséquences pour la République seront néfastes.

De 58 à 50, César est absent de Rome, pour sa guerre de conquête en Gaule. Ses succès militaires, notamment sa victoire contre le chef gaulois Vercingétorix, en 52, lui permettent d’accroître de plus en plus son pouvoir et ses richesses. Pendant ce temps, Pompée accumule les pouvoirs à Rome. Après la mort de Crassus, en 53, un affrontement entre César et Pompée semble inévitable.

En 52, Pompée est élu consul unique, rompant avec la tradition des deux consuls. En 50, il exige que César renonce au commandement de ses légions, argumentant que la conquête de la Gaule est terminée.

Début de la guerre civile

César franchit le Rubicon

En janvier 49, César franchit le Rubicon, une petite rivière qui marque la frontière de l’Italie romaine, à la tête de ses troupes. D’après la loi romaine, pour revenir sur le territoire romain, il aurait d’abord dû dissoudre son armée. Cet acte de César est donc une déclaration de guerre, par laquelle il se déclare rebelle contre la République romaine. A l’occasion de son passage du Rubicon, il aurait prononcé la fameuse phrase : « Alea jacta est », « Le dé est jeté. »

L’Italie romaine n’était pas du tout préparée pour une invasion. César s’empare sans résistance de plusieurs villes, puis il marche sur Rome. Pompée et ses alliés fuient la ville, avec beaucoup de sénateurs, craignant des représailles.

Pendant que César prend le contrôle de toute l’Italie, Pompée parvient à s’échapper en Grèce, d’où il lève une armée issue des provinces romaines orientales.

Au cours de la guerre civile, les partisans de César et de Pompée s’affronteront en Italie, en Espagne, en Afrique, en Grèce et en Asie. Dans cet article, nous nous concentrerons sur l’Afrique.

Premiers combats en Afrique

Juba Ier

Après la fuite de Pompée en Grèce, César marche vers l’Espagne. En même temps, il envoie un de ses alliés, Caïus Scribonius Curion, en Sicile, puis en Afrique. Les troupes de Pompée en Afrique sont commandées par Publius Attius Varus et soutenues par la cavalerie du roi de Numidie Juba Ier.

La première bataille a lieu près d’Utique. Les partisans de César sont victorieux et Varus est repoussé dans la ville d’Utique. Quelques mois plus tard, cependant, les troupes de César subissent une défaite décisive à la bataille de Bagradas (près du fleuve Medjerda), en octobre 49. Curion lui-même est tué au combat. Les partisans de Pompée contrôlent l’Afrique.

Juba Ier entre dans Utique et tue les derniers survivants du camp de César, sauf quelques sénateurs romains, qu’il fait prisonniers et ramène avec lui en Numidie, où ils seront exécutés. Après cette victoire, Juba Ier reçoit le titre de roi ami de Rome. Sa relation avec ses alliés romains reste cependant marquée par une certaine défiance : il exige d’être traité comme un allié, non comme un vassal, et veut surtout préserver l’indépendance de la Numidie.

Guerre de succession en Egypte

Cléopâtre

En 48, César et Pompée s’affrontent en Macédoine. Après plusieurs défaites, Pompée, désespéré, s’enfuit en Egypte. Dès son arrivée à Pélouse (Tell el-Farama), il est assassiné. César, qui le poursuit, arrive en Egypte trois jours après sa mort.

A cette époque, les deux derniers héritiers de la dynastie des Ptolémée, Ptolémée XIII et sa sœur Cléopâtre, s’affrontent pour le trône de l’Egypte. En arrivant en Egypte, César exige le remboursement de la dette égyptienne et propose de jouer le rôle de médiateur dans le conflit entre les deux prétendants. Assiégé à Alexandrie par les hommes de Ptolémée XIII, César rencontre Cléopâtre, qui le séduit et devient son amante. César prend alors le parti de Cléopâtre contre son frère.

Pendant le siège, César fait brûler les navires égyptiens qui se trouvent dans le port d’Alexandrie. L’incendie se répand et la bibliothèque d’Alexandrie est brûlée.

Début 47, une armée de soutien, venue de Syrie, arrive en Egypte. L’armée de César et Cléopâtre traverse le Nil pour les rejoindre. Ensemble, ils engagent le combat contre les troupes de Ptolémée XIII : c’est la bataille du Nil, qui se termine sur une victoire de César. Ptolémée XIII se noie en essayant de s’enfuir.

Après sa victoire, César reste plusieurs mois en Egypte. Sa croisière sur le Nil, avec Cléopâtre, est l’occasion de se reposer, mais aussi de s’assurer de la loyauté à Rome de la nouvelle reine d’Egypte. Lorsqu’il repart, Cléopâtre est enceinte. Leur fils, Ptolémée XV César, sera plus connu sous le nom de Césarion.

Dernière campagne de César en Afrique

Caton d’Utique

Après la mort de Pompée, certains de ses partisans ont décidé de poursuivre le combat. L’un d’eux, Caton, mène ses troupes à travers le désert de Cyrénaïque, jusqu’en Afrique, où il retrouve Scipion Metellus, le commandant des troupes africaines de Pompée. Le gouverneur romain de la province d’Hispanie ultérieure, au Sud de l’Espagne, se rallie à eux.

En quittant l’Egypte, César doit d’abord gérer une crise en Asie, où le roi Pharnace II a profité de la guerre civile pour reconquérir des territoires que Rome avait pris à son père, Mithridate VI. Sa victoire contre Pharnace sera si facile qu’il la décrira par un autre adage devenu célèbre : « Veni, vidi, vici », « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ».

De retour à Rome, il fait face à une mutinerie. En décembre 47, il rassemble ses légions en Sicile, pour aller combattre les derniers partisans de Pompée en Afrique. D’après une rumeur, en débarquant sur la côte africaine, César aurait trébuché, mais, en se relevant, il aurait apaisé les craintes superstitieuses de ses officiers, en saisissant deux poignées de sable et en s’exclamant : « Je te tiens, Afrique ! »

Au début de sa campagne, les troupes de César sont nettement moins nombreuses que leurs adversaires : Scipion Metellus commande dix légions (contre six pour César), sans compter la cavalerie numide de Juba Ier, avec aussi 120 éléphants de guerre. Après le refus de la ville d’Hadrumetum (Sousse) de lui ouvrir ses portes, César établit son quartier-général à Ruspina (Monastir). La première bataille, à Ruspina, est une victoire des partisans de Pompée.

A ce moment-là, le roi Bocchus II de Maurétanie envahit la Numidie, avec le soutien du mercenaire romain Publius Sittius. César n’a joué aucun rôle dans cette attaque, mais il en a profité, car Juba Ier a été contraint de se retirer pour défendre son territoire.

En février 46, César assiège Thapsus (Ras ed-Dimas), afin de pousser Scipion Metellus à l’affronter. La bataille décisive a lieu en avril 46. La victoire de César est totale : plus de 10 000 soldats ennemis sont tués. Metellus Scipion parvient à s’échapper par la mer, mais il se suicide lorsque son navire est intercepté.

Après la guerre

Caton, l’autre chef des partisans de Pompée, n’a pas pris part à la bataille, parce qu’il gardait la ville d’Utique avec ses hommes. A la nouvelle de la défaite, il se suicide pour ne pas être capturé par César. Sa popularité à Utique est telle que, sans craindre la vengeance de César, les habitants de la ville l’enterrent avec honneur et lui donnent le nom honorifique de Caton l’Uticain (Cato Uticensis).

Juba Ier n’a pas non plus participé à la bataille. Après la défaite, il erre de ville en ville, jusqu’à sa capitale, Zama. Partout, ses sujets lui ferment les portes de leurs villes, parce qu’il leur avait auparavant ordonné de ne pas l’accueillir s’il perdait sa guerre contre César. Seul et abandonné de tous, il finit par se suicider.

Massinissa II, le frère de Juba Ier, qui règne sur la Numidie avec lui, a également pris le parti de Pompée. On ignore ce qu’il est devenu après la guerre.

L’Afrique du Nord après la guerre civile – en vert foncé, le territoire de Publius Sittius (Source)

La Numidie est divisée : la partie orientale devient la province romaine d’Africa Nova, tandis que la partie occidentale est rattachée à la Maurétanie. Publius Sittius prend possession de la région de Cirta (Constantine), comme butin de guerre.

César reste quelques mois en Afrique, pour régler ses affaires dans la région, punir les villes qui avaient soutenu Pompée et superviser la construction de la nouvelle Carthage romaine. Il aura aussi une liaison avec Eunoé, la femme du roi Bogud de Maurétanie. En novembre 46, il passe en Espagne, pour y réprimer une insurrection avec l’aide de Bogud : c’est le dernier épisode de la guerre civile, qui dure jusqu’en février 45.

Par la suite

La mort de César

De retour à Rome, César est proclamé dictateur à vie. Peu après, le 15 mars 44, il est assassiné par un groupe de sénateurs, menés par Brutus, qui s’inquiètent de le voir accumuler tant de pouvoir.

En Afrique, Carthage, reconstruite sur ordre de César, devient la nouvelle capitale de l’Afrique romaine.

En Numidie, Arabion, le fils de Massinissa II, parviendra à chasser Bocchus II et Publius Sittius, pour reprendre le trône de son père.

Juba II, le fils de Juba Ier, grandit en captivité à Rome. Il deviendra par la suite le dernier roi de Numidie et de Maurétanie, avant leur annexion par Rome.

La guerre civile dans la poésie romaine
Un siècle après les événements, le poète romain Lucain a écrit une épopée, la Pharsale, qui met en scène la guerre civile romaine dans un cadre semi-mythologique. Par son admiration pour les partisans de Pompée, qui représentent l’ancienne République, l’auteur exprime sa nostalgie de ce passé et son hostilité à l’Empire. Par la suite, Lucain sera arrêté et condamné à mort pour sa participation à un complot contre l’Empereur Néron.
Les livres 4, 9 et 10 se déroulent en Afrique. La Pharsale peut être lue en ligne sur cette page.

Les Juifs en Afrique du Nord

Les Juifs en Afrique romaine

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Avant l’ère romaine, la population juive en Afrique du Nord était assez peu nombreuse, en dehors des grands centres juifs comme Alexandrie, Cyrène et Djerba. Elle s’est multipliée après la destruction du Temple de Jérusalem, lorsque beaucoup de Juifs ont fui la Palestine pour s’installer ailleurs.

Contexte

La Judée était d’abord un royaume client de Rome, sous Hérode le Grand et ses fils, puis une province romaine, depuis l’an 6 de notre ère. Les Juifs jouissaient d’un certain nombre de privilèges. Ils étaient notamment dispensés de participer au culte impérial : ils devaient seulement offrir un sacrifice annuel accompagné d’une prière pour l’Empereur dans leur Temple à Jérusalem.

Après la destruction du Temple de Jérusalem, les Romains pillent la menorah et les objets sacrés du culte juif – Arc de Titus, Rome

En 66, les Juifs se révoltent contre l’occupation romaine. En 70, l’armée romaine assiège Jérusalem. Après quatre mois de siège, la ville et son Temple sont détruits.

Une nouvelle révolte juive, la révolte de Bar Kokhba, a eu lieu en 132-136. Après cette révolte, les dernières populations juives restées en Palestine ont été exilées.

Les Juifs en Afrique romaine

Carte des principales communautés juives d’Afrique du Nord romaine

La plupart des Juifs installés en Afrique du Nord pendant l’ère romaine étaient des réfugiés, exilés de la terre de leurs ancêtres. Ils étaient hostiles aux Romains, qui avaient détruit leur Temple et les avaient chassés de leur patrie. Les Amazighs au milieu desquels ils s’installaient étaient solidaires de leur sort, car ils souffraient également sous l’occupation romaine.

Les Juifs d’Afrique du Nord se sont retrouvés en concurrence avec le christianisme naissant. Des auteurs chrétiens comme Tertullien de Carthage, Cyprien de Carthage et Augustin d’Hippone ont écrit des ouvrages polémiques contre la foi juive.

En Afrique proconsulaire

La communauté juive de Carthage, la grande mégalopole nord-africaine, était la plus grande en Afrique romaine. Les Juifs de Carthage sont probablement à l’origine des communautés juives dans d’autres villes d’Afrique proconsulaire.

Une présence juive est attestée dans d’autres villes de la province : Utique, Hadrumetum (Sousse), Oea (Tripoli) et Leptis Magna.

Enfin, une ancienne carte romaine mentionne l’existence d’un domaine impérial, appelé Locus Iudaeorum Augusti (site des Juifs d’Auguste), tout à l’Est de la province, à côté de Syrte. On ne sait rien de plus sur comment ces Juifs, probablement esclaves de l’Empereur, ont été installés là. (Source)

En Numidie

Contrairement à la Maurétanie, la Numidie n’avait pas de population juive connue avant l’ère romaine, certainement à cause de l’absence d’un port important entre Carthage et Tingis. L’historien français d’origine juive algérienne Richard Ayoun, dans son livre Les Juifs d’Algérie. 2000 ans d’histoire, parle d’une présence juive « incontestable » à Cirta (Constantine), Hippone (Annaba), Igilgili (Jigel), Iol (Cherchell), Icosium (Alger), Médea et Gunugu (Gouraya), dès avant la conquête romaine. C’est possible, mais aucune preuve archéologique ne l’atteste.

La présence d’une communauté juive à Cirta est attestée dès le 1er Siècle de notre ère, par des épitaphes (en langue latine). Elle existait probablement déjà avant la destruction de Jérusalem et a augmenté après.

La communauté juive d’Hippone est mentionnée par l’évêque chrétien Augustin d’Hippone.

En Maurétanie césarienne

Le roi Juba II a épousé Glaphyra, la veuve d’Alexandre, le fils du roi de Judée Hérode le Grand. Même si Glaphyra n’était pas elle-même juive, une influence juive à sa cour, après leur mariage, est possible.

La communauté juive de Césarée (Cherchell) est attestée dès le 2° Siècle. La synagogue de Sitifis (Setif) date du 3° Siècle. Il y en avait une autre à Auzia (Sour el Ghozlane), à la même époque. La synagogue de Tipasa (Tipaza) a été construite au 4° Siècle.

Plus au Sud, une communauté juive vivait dans la région du Touat, dans le Sahara algérien, au moins depuis le 5° Siècle.

La Maurétanie tingitane

La Maurétanie avait déjà une communauté juive avant l’ère romaine, à Volubilis et dans les montagnes du Rif et de l’Atlas.

Cette présence juive se multipliera à l’ère romaine, notamment à Tingis, la nouvelle capitale provinciale, et à Volubilis. La synagogue de Volubilis date du 3° Siècle. L’existence d’une communauté juive à Sala (Salé) est également attestée.

L'Afrique du Nord romaine, L'histoire romaine en Afrique du Nord

Complot à Rome : la conjuration de Catilina

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons la conjuration de Catilina, un ancien gouverneur d’Afrique romaine.

Débuts de Catilina

Catilina

Lucius Sergius Catilina est né vers 108 avant notre ère, dans une vieille famille patricienne. Pendant la guerre civile de Sylla, il rejoint le camp de Sylla et s’enrichit ensuite pendant sa dictature, grâce aux proscriptions.

En 67-66, il est gouverneur de la province romaine d’Afrique. Après son retour à Rome, des ambassades africaines viennent protester contre son administration. Il veut se présenter aux élections consulaires en 65, mais sa candidature est refusée. Il est jugé pour corruption pendant son mandat de gouverneur, mais acquitté grâce à ses relations haut-placées. Il se présente aux élections consulaires de 64 et 63, mais il n’est pas élu.

La conjuration de Catilina

Après sa dernière défaite aux élections consulaires, il commence à comploter pour s’emparer du pouvoir par la force en renversant les deux consuls de 63 : Cicéron – le plus grand orateur de l’histoire de Rome – et Caïus Antonius Hybrida. Sa conspiration rassemble une coalition de mécontents : sénateurs corrompus, aristocrates mécontents d’avoir perdu des élections, nostalgiques de la dictature de Sylla, etc.

Le complot est découvert par Cicéron, qui dénonce Catilina et ses complices au Sénat. Catilina fuit Rome, mais il est capturé, condamné à mort et exécuté.

Il est possible que Cicéron ait exagéré la menace que la conjuration de Catilina représentait pour Rome, afin de promouvoir sa propre carrière politique.

Par la suite

Pour les historiens romains, la conjuration de Catilina est un signe du déclin de la République romaine, qu’ils attribuent à la perte des valeurs traditionnelles romaines. L’historien Salluste en fait une des étapes principales de ce déclin, avec la guerre de Jugurtha, la dictature de Sylla et la guerre civile entre César et Pompée. L’Empire romain sera fondé par la suite afin de restaurer ces valeurs perdues.

Les Juifs en Afrique du Nord

Histoire des Juifs de Carthage

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La communauté juive de Carthage, la grande mégalopole nord-africaine, a prospéré surtout pendant l’ère romaine. Son histoire peut être divisée en trois parties : l’ancienne Carthage, avant sa destruction par les Romains, la nouvelle Carthage romaine et Carthage après l’ère romaine.

Grande synagogue de Tunis

L’ancienne Carthage

L’historien juif Flavius Josèphe affirme que des Juifs ont participé, aux côtés des Phéniciens, à la fondation de Carthage. Les Hébreux étaient voisins des Phéniciens et la Bible hébraïque rapporte que le roi Salomon a entrepris des expéditions maritimes avec Hiram, roi de Tyr, la ville-Etat phénicienne qui a fondé Carthage. S’il y avait effectivement des Juifs parmi les tout premiers habitants de Carthage, ils se sont cependant vite assimilés à la population phénicienne et ont cessé de pratiquer leur religion.

Carthage est parfois associée à Tarsis, un lieu mentionné à plusieurs reprises dans la Bible hébraïque, avec lequel les anciens Hébreux faisaient du commerce. En fait, Tarsis est probablement Tartessos, en Espagne. Les navires hébreux qui faisaient du commerce avec Tartessos passaient cependant certainement par le port de Carthage.

D’autres Juifs sont arrivés à Carthage après la conquête de leur patrie par les Babyloniens, en 586 avant notre ère. La communauté juive de Djerba, la plus ancienne en Afrique du Nord, remonte à cette époque. Aucun vestige archéologique d’une présence juive dans l’ancienne Carthage ne subsiste, mais la plupart des spécialistes pensent que l’existence de petites communautés juives installées à Carthage, ainsi que dans d’autres villes puniques, est probable.

La nouvelle Carthage romaine

La nécropole juive de Gammarth

Après la reconstruction de Carthage par les Romains, de nouvelles populations juives se sont installées dans la ville, surtout après la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70 de notre ère. Des inscriptions remontant au 2° Siècle constituent la plus ancienne preuve archéologique d’une présence juive à Carthage.

L’écrivain chrétien Tertullien de Carthage mentionne la présence d’une communauté juive dans la ville, qu’il décrit comme une « source de persécution » contre les chrétiens carthaginois. Il s’agit cependant probablement plus d’une opposition idéologique que de persécutions violentes. D’autres remarques de Tertullien montrent qu’il avait néanmoins un certain respect envers les Juifs, pour leur foi profonde, leur intégrité morale et leur refus de l’idolâtrie.

Le Talmud mentionne les noms de quatre rabbins de Carthage, dont le plus connu est Rabbi Abba. Pour certaines de ses références, les spécialistes ne sont cependant pas certains s’il s’agit de Carthage, en Afrique du Nord, ou de Carthago Nova (Carthagène), en Espagne, une ville qui avait une communauté juive florissante.

La principale découverte archéologique liée à la communauté juive de Carthage est certainement la nécropole de Gammarth, qui remonte au début du 3° Siècle. Cette nécropole contient 105 chambres funéraires, où jusqu’à 1500 personnes auraient pu être enterrées. L’identité juive de la nécropole est attestée par de nombreux symboles juifs.

Carthage après l’ère romaine

En 439, les Vandales envahissent Carthage et en font la capitale de leur Royaume en Afrique du Nord. Les Juifs, qui subissaient de plus en plus de restrictions dans l’Empire romain chrétien, soutiennent l’invasion vandale. Les rois vandales leur garantissent la liberté religieuse.

D’après certaines sources, le roi vandale Genséric, après avoir pillé Rome en 455, a emporté avec lui à Carthage les ustensiles sacrés du Temple de Jérusalem qui se trouvaient dans le trésor de la ville. Après la reconquête de Carthage par les Byzantins, en 533, le général byzantin Bélisaire les a faits transporter à Constantinople, d’où ils ont ensuite été renvoyés à Jérusalem.

Si les Juifs jouissaient de la liberté religieuse sous les Vandales, la reconquête byzantine marque une période de persécution, avec des restrictions à leur culte et des conversions forcées au christianisme. Pour les Juifs, comme pour les minorités chrétiennes dissidentes nombreuses en Afrique du Nord, la conquête arabo-musulmane était donc d’abord un soulagement.