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Dans le monde antique, le désert de Syrte servait de frontière naturelle entre l’Empire carthaginois et les Grecs de Cyrénaïque, tandis que le Golfe de Syrte était redouté des marins pour ses dangereux sables mouvants. Les Phéniciens ont établi une ville, appelée Macomedes-Euphranta, sur l’emplacement de l’actuelle ville de Syrte. A cause de son isolement, la région de Syrte était la dernière région du monde romain dont les habitants parlaient encore la langue punique, au moins jusqu’au 5° Siècle et peut-être encore après l’arrivée des Arabes.

Macomedes-Euphranta était à l’origine un simple port phénicien. A cette époque, les côtes du Golfe de Syrte étaient réputées très dangereuses, à cause des bancs de sable mouvant, appelés les Syrtes (du grec Σύρτις, étiré), sur lesquels les navires risquaient d’échouer. C’est la raison pour laquelle Macomedes-Euphranta n’est jamais devenue une ville importante.
Les références à la dangerosité de la région ne manquent pas dans la littérature antique. Dans le mythe des Argonautes, les héros de la Grèce antique font naufrage sur la côte de Syrte. La région est décrite dans l’Enéïde de Virgile comme « Syrte inhospitalière ». Elle est également mentionnée dans la Bible : pendant le voyage à Rome de l’apôtre Paul, l’équipage de son navire craint d’échouer sur la Syrte.

Le désert de Syrte, quasi infranchissable par voie terrestre avant l’introduction du chameau, constituait la frontière naturelle entre l’Empire carthaginois et la Cyrénaïque grecque. D’après une légende, afin de déterminer l’emplacement exact de la frontière, deux jeunes hommes, partis le même jour de Carthage et de Cyrène, ont voyagé à pied le long de la côte jusqu’à ce qu’ils se rencontrent. Un monument a été construit à l’endroit où ils se sont rencontrés, pour marquer la frontière. Ce monument était déjà perdu à l’époque romaine, mais un nouveau monument, l’Arc des Philènes, a été construit pendant l’occupation italienne, puis démoli en 1973. Les statues en bronze qui se trouvaient sur ce monument sont toujours conservées au Musée de Madina Sultan, près de Syrte.

Le désert de Syrte a été traversé pour la première fois en 308 avant notre ère, par l’armée d’Ophellas, le gouverneur de Cyrénaïque. Ophellas était en route pour Carthage, afin de rejoindre son allié Agathocle de Syracuse, qui assiégeait la ville.
A l’époque romaine, la région correspondant à l’Ouest de la Libye actuelle était d’abord appelée Syrtica, puis Tripolitania. La région de Syrte était très isolée et n’avait pas de centre administratif. Pendant plusieurs siècles, elle était infestée de brigands sur terre et de pirates en mer.
Vers le 4° Siècle, une autre ville, Corniclanum, a été construite sur le site de la ville moderne d’Ajdabiya. Ce site, qui a été choisi pour ses réserves d’eau potable, deviendra une étape importante sur la route entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque.

Du fait de son isolement, a région de Syrte est devenue la dernière région de l’Empire romain où la langue punique était toujours parlée. Une catacombe de Syrte, excavée en 1926, contient des inscriptions chrétiennes trilingues, en latin, grec et punique, qui datent du 5° Siècle. (Source)
Encore plus tard, au 11° Siècle, l’historien arabe Al-Bakri écrit que les habitants de Syrte parlent une langue qui n’est ni le latin, ni le tamazight, ni le copte : peut-être parlaient-ils encore une forme de punique à ce moment-là. Si c’est le cas, la proximité entre le punique et l’arabe a certainement facilité leur arabisation.

La ville de Syrte s’est beaucoup développée pendant l’ère Kadhafi. Le Guide Suprême libyen, qui est né dans la région de Syrte, a transformé la ville en un centre urbain important, dont il ambitionnait de faire la capitale des futurs Etats-Unis d’Afrique. Depuis la Révolution libyenne de 2011, Syrte, occupée par DAECH en 2015-2016, a souffert de la guerre civile et peine aujourd’hui à se reconstruire.
