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La ville d’Alger, qui s’appelait Icosium dans l’Antiquité, a une riche histoire qui remonte à plus de 2000 ans. Fondée par les Phéniciens comme un comptoir commercial, elle est ensuite devenue une ville influente pendant le règne du roi Juba II. A l’époque romaine, c’était une des principales villes de Maurétanie romaine. Pendant l’occupation vandale, elle est restée sous souveraineté romaine et a servi de refuge aux populations romano-africaines. La ville antique était située au niveau de la Casbah d’Alger.
Origine et étymologie

Un comptoir commercial phénicien a été fondé sur le site d’Alger vers -1200. Il ne s’agissait cependant que d’une petite ville sans importance. Vers le 4° Siècle avant notre ère, un village de pêcheurs s’est formé sur ce site.
Au début du 3° Siècle, les Carthaginois ont reconstruit l’ancien comptoir phénicien et l’ont intégré à leur réseau de villes portuaires sur la côte méditerranéenne. Une collection de 158 pièces de monnaie puniques, en bronze et en plomb, datant du 3° au 1° Siècle, ont été retrouvées en 1940 dans le quartier de la Marine.

A partir de cette époque, la ville était connue sous le nom d’Ikosim (Y KSM, 𐤀𐤉 𐤊𐤔𐤌), ce qui signifie « île aux mouettes » (ou « île aux hiboux »).
Les Grecs appelaient cette ville Ikosion. D’après la mythologie grecque, elle a été fondée par Hercule, qui, alors qu’il passait par la région, en quête du Jardin des Hespérides, a laissé vingt de ses compagnons derrière lui. Les Grecs pensaient que le nom de la ville vient de eíkosi (εἴκοσι), « vingt » en langue grecque, en référence aux compagnons d’Hercule qui ont fondé la ville. On sait cependant aujourd’hui qu’il s’agit d’une étymologie a posteriori.
En latin, Ikosim a été transcrit par Icosium.
La ville romaine

Après la Deuxième guerre punique, Icosium faisait partie du Royaume de Numidie, du glorieux roi Massinissa. Massinissa était un allié des Romains, l’influence romaine remonte à cette époque.
Après la révolte de Jugurtha, la moitié occidentale de la Numidie, dont Icosium faisait partie, a été rattachée au Royaume voisin de Maurétanie, du roi Bocchus.
La ville d’Icosium a commencé à gagner en importance pendant le règne du roi Juba II. A cette époque, la capitale de la Maurétanie était Césarée (Cherchell), à une centaine de kilomètres d’Icosium. La ville a été endommagée par la révolte de Tacfarinas, mais ensuite, elle a connu un renouveau, avec l’arrivée de 3000 vétérans de l’armée romaine qui se sont installés à Icosium. C’est aussi à cette époque que le nom de la ville a pris sa forme romanisée.
La région d’Icosium était habitée par les tribus amazighes Maghraouas, qui ont soutenu la révolte de Tacfarinas. Ptolémée, le fils de Juba II, les fait transférer vers Castellum Tingitanum (Chlef) pour éviter un nouvelle révolte.

En l’an 40, Ptolémée est assassiné par l’Empereur Caligula. Son royaume est annexé par l’Empire romain. Icosium fait partie de la province romaine de Maurétanie Césarienne.
La ville romaine était située au niveau de la Casbah d’Alger et du quartier de la Marine. La rue Bab el-Oued était son cardo maximus, la voie principale, qui traversait la ville du Nord au Sud. Des cimetières romains ont été retrouvés vers Bab el-Oued et Bab Azoun. Les ruines d’un aqueduc romain étaient également visibles près de la Porte de la Victoire (aujourd’hui Bab Jdid) jusqu’en 1845.
Icosium a obtenu le statut de colonie romaine en 75, sous l’Empereur Vespasien. A cette époque, la ville avait environ 15000 habitants. Leur langue était le latin.

Au 2° Siècle, la démographie de la ville a changé, avec l’arrivée de nouvelles populations amazighes originaires des campagnes environnantes. Les Latins sont devenus une élite minoritaire.
L’Afrique romaine s’est avérée être un terrain fertile pour le christianisme naissant. Le nouveau culte est probablement apparu au 2° Siècle à Icosium. Au 4° Siècle, la ville était majoritairement donatiste : Icosium était représentée par un évêque donatiste, Crescens, en 411, au Concile de Carthage. Deux autres évêques connus d’Icosium sont Laurentius, en 419, et Victor, en 484.
Icosium a été largement détruite pendant la révolte de Firmus (370-375).
Après l’époque romaine

Icosium a été conquise par les Vandales en 430. Cependant, en 442, un accord a été passé entre les Vandales et l’Empire romain, permettant à la ville de demeurer sous souveraineté romaine pendant toute l’occupation vandale de l’Afrique du Nord. La ville a beaucoup grandi à cette époque, grâce à l’arrivée de réfugiés d’Afrique vandale.
Vers le début du 6° Siècle, des tribus amazighes ont pris le contrôle d’Icosium. La ville a ensuite été conquise par les Byzantins, en 534. Au début du 7° Siècle, la tribu amazighe des Beni Mezghenna s’est installée dans la région d’Icosium.
La ville a été détruite par les Omeyyades, vers la fin du 7° Siècle. Ses habitants ont été tués ou déportés comme esclaves à Damas. Son infrastructure romaine est en grande partie perdue.
La ville moderne a été fondée en 972, par Bulughin ibn Ziri, le fondateur de la dynastie ziride. Son nom arabe, الجزائر (Les Îles), a la même origine que son nom antique. Occupée par les Ottomans au 16° Siècle, elle est ensuite devenue la capitale de l’Algérie française, puis de la République d’Algérie, depuis l’indépendance en 1962. La Casbah d’Alger est largement construite sur les ruines de la cité antique.
