L'Afrique du Nord romaine, Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Volubilis : une ville amazighe

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Volubilis, au Nord de la ville marocaine de Meknès, était la capitale de l’ancien Royaume de Maurétanie. Si la ville s’est beaucoup développée à l’époque romaine, sa population est toujours restée majoritairement autochtone africaine. Après le 3° Siècle, Volubilis, abandonnée par les Romains, est redevenue une ville amazighe, gouvernée par des chefs de tribus locaux qui se sont appropriés ses infrastructures urbaines romaines.

Origines

Vue d’ensemble de Volubilis

La ville de Volubilis est construite dans une plaine fertile, au pied du Mont Zerhoun. La région environnante est habitée depuis au moins 5000 ans : des poteries néolithiques y ont été retrouvées.

Le nom « Volubilis » est la forme latine de son nom amazigh Oualili (ⵡⴰⵍⵉⵍⵉ). Deux hypothèses ont été proposée pour l’origine de ce nom : il pourrait venir soit du terme tamazight walilit, qui signifie laurier-rose, une fleur abondante dans la région ; soit du verbe wlly (tourner). En latin, le V de « Volubilis » était prononcé « ou ».

Volubilis, capitale de la Maurétanie

Carte de la Maurétanie antique

Avant l’ère romaine, Volubilis faisait partie du territoire du Royaume de Maurétanie. L’histoire antique de la Maurétanie est peu connue. Les anciens rois de Maurétanie, qui régnaient sur une confédération tribale nomade, n’avaient pas de capitale fixe : leur cour était mobile. Volubilis était cependant déjà un des principaux centres de leur royaume.

Stèle punique

Au 3° Siècle avant notre ère, le site de Volubilis était occupé par les Carthaginois, ainsi que l’attestent le temple de Baal et des inscriptions en langue punique. L’influence punique a perduré longtemps après la chute de Carthage.

Juba II

En -25, Juba II est choisi par les Romains pour régner sur un nouveau Royaume de Maurétanie élargi à une grande partie de la Numidie historique. En plus de sa capitale, Césarée (Cherchell), il construit une résidence secondaire à Volubilis, qui devient sa deuxième capitale, pour la moitié occidentale de son royaume. Juba II, un roi d’origine africaine, mais fortement romanisé, a transformé Volubilis en véritable cité romaine, avec un forum, une basilique, des temples et des thermes.

Volubilis à l’ère romaine

L’Empire romain annexe la Maurétanie en l’an 40, après la mort de Ptolémée, le fils de Juba II. Aedémon, un esclave affranchi de la famille royale, mène une révolte contre les Romains. Volubilis demeure fidèle à Rome. En récompense, l’Empereur accorde la citoyenneté romaine à ses habitants et les dispense d’impôts pendant dix ans.

La basilique romaine de Volubilis

Les Romains choisissent Tingis (Tanger) comme capitale provinciale à la place de Volubilis, à cause de sa proximité avec l’Europe. Volubilis reste cependant la ville la plus peuplée de la province, avec un pic de 20 000 habitants vers la fin du 2° Siècle – Amazighs romanisés pour la plupart. La ville s’enrichit considérablement à l’ère romaine, grâce à ses terres fertiles, qui lui permettent de cultiver du blé et de produire de l’huile d’olive. Une route est construite pour relier Volubilis à Tingis et Lixus (Larache).

Epitaphe du fondateur de la synagogue de Volubilis

Volubilis a accueilli aussi une communauté juive. Des inscriptions funéraires attestent de la présence de Juifs à Volubilis dès le 2° Siècle avant notre ère. Une synagogue a été construite au 3° Siècle. Les Juifs de Volubilis sont à l’origine de l’influente communauté juive marocaine.

Volubilis, comme toute l’Afrique romaine, s’est avérée être un terrain fertile pour le christianisme. Le site de l’église de Volubilis est connu et ses fondations sont encore visibles, même si le bâtiment lui-même a disparu. Des inscriptions chrétiennes retrouvées à Volubilis montrent des liens avec l’Oranie plutôt qu’avec Tingis, ce qui indique que le message chrétien est probablement venu de l’Est. (Source)

Arc de Caracalla, à Volubilis

Malgré l’importance de Volubilis, sa position, face à des tribus amazighes hostiles à la domination romaine, était toujours précaire. Cinq forts, situés au niveau des villages actuels de Aïn Schkor, Bled el Gaada, Sidi Moussa, Sidi Said et Bled Takourart (l’ancienne Tocolosida), ont été construits pour défendre la ville. L’Empereur Marc-Aurèle a fait construire une muraille autour de la ville, avec huit portes et 40 tours.

Le départ des Romains

L’Empire romain a perdu le contrôle de Volubilis, avec tout l’intérieur de la Maurétanie, après la crise du 3° Siècle. Vers 255, la confédération amazighe des Baquates, de la région de Taza et du Rif oriental, se révolte contre les Romains. Leur révolte est motivée surtout par la confiscation de leurs terres dans la région de Volubilis. Après une insurrection longue et meurtrière, un traité de paix est conclu en 280, en vertu duquel les Romains acceptent d’abandonner Volubilis.

Mosaïque de Diane, maison de Vénus

Les Baquates prennent le contrôle de la ville et récupèrent leurs terres. Volubilis est de nouveau une ville amazighe, tout en gardant ses infrastructures romaines.

En 285, lorsque le nouvel Empereur romain Dioclétien réorganise l’administration romaine en Afrique, une campagne pour reconquérir Volubilis est brièvement envisagée, mais l’idée est abandonnée : cela coûterait trop cher.

L’abandon de Volubilis par les Romains n’implique pas l’abandon de l’art de vivre romain par ses habitants. Certaines mosaïques de la ville, notamment celle de la course de chars, dans la Maison de Vénus, datent du 4° Siècle, après le départ des Romains.

Par la suite

Koceïla

Volubilis n’a été que peu affectée par l’invasion vandale. Les Byzantins se sont probablement établis dans la ville, mais n’y ont pas exercé une influence durable. Avant l’arrivée des Arabes, la région de Volubilis était gouvernée par des chefs amazighs locaux, dont les noms indiquent qu’ils étaient de religion chrétienne.

Au 7° Siècle, beaucoup d’Amazighs qui fuyaient l’expansion islamique se sont installés à Volubilis, notamment les survivants de la tribu Awraba, après la défaite de leur chef Koceïla. La ville est restée majoritairement chrétienne bien après l’arrivée de l’islam : les tombes chrétiennes à Volubilis datent de jusqu’au 12° Siècle.

Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun

En 788, le cherif Idriss ibn Abdallah, un descendant du Prophète Mohammed, s’établit dans la région de Volubilis et fonde la dynastie idrisside, considérée comme la première dynastie royale marocaine. Idriss I est enterré dans le Mausolée de Moulay Idriss, à Moulay Idriss Zerhoun, tout près de Volubilis. Ainsi, la capitale de la Maurétanie antique est également devenue le berceau de la nation marocaine moderne.

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