Carthage et l'Empire carthaginois

Les Carthaginois pratiquaient-ils des sacrifices humains ?

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Plusieurs auteurs antiques affirment que les Carthaginois brûlaient des enfants nouveau-nés sur l’autel de leur dieu Baal et de leur déesse Tanit. Alors que cette idée était largement admise dans le passé, certains historiens modernes doutent que les sacrifices humains étaient réellement pratiqués à Carthage ou pensent qu’ils étaient très rares.

Le Tophet : un lieu de sacrifices humains ?

Tyr, la « cité-mère » de Carthage, offrait des sacrifices humains à ses débuts, de même que d’autres cités phéniciennes. La pratique des sacrifices humains à Tyr semble cependant avoir cessé à peu près à la même époque que la fondation de Carthage.

Il existe une théorie selon laquelle il y avait un lien entre l’abandon des sacrifices humains à Tyr et la fondation de Carthage. Lorsque Tyr a décidé de cesser d’offrir des sacrifices humains, les traditionalistes, qui restaient attachés à cette pratique, auraient quitté la ville pour partir fonder Carthage sur la côte nord-africaine. Le mythe du suicide d’Elissa, la légendaire reine fondatrice de Carthage, serait à l’origine un sacrifice d’auto-immolation pour obtenir la faveur des dieux sur la nouvelle ville. Le prestige de Carthage, par rapport aux autres colonies phéniciennes, s’explique peut-être par son rôle religieux, de ville sacrée, à cause du sacrifice de sa fondatrice. Cette théorie est intéressante, mais elle ne peut être formellement prouvée.

Les auteurs gréco-romains, comme Plutarque et Diodore de Sicile, décrivent les sacrifices humains offerts par les Carthaginois, notamment les enfants nouveau-nés brûlés vifs lors de cérémonies rituelles. Il faut cependant garder à l’esprit que ces auteurs sont des ennemis de Carthage et que leur œuvre contient une grande part de propagande. Cela ne veut pas dire que les sacrifices humains n’existaient pas, mais qu’ils étaient peut-être bien plus rares que le récit de ces auteurs n’en donne l’impression.

Le Tophet de Carthage, au cœur de la ville antique, était une ère sacrée, dédiée à Baal et Tanit. Des excavations ont permis de retrouver un grand nombres d’urnes funéraires contenant les restes d’enfants, parfois de nouveau-nés. Par ailleurs, des inscriptions mentionnant des offrandes d’animaux ou d’enfants aux dieux (molok) ont été retrouvées, sans qu’on sache si cela implique leur mise à mort. Il est possible que le Tophet servait de lieu de sacrifice d’enfants.

Certains spécialistes ont suggéré que le Tophet était peut-être plutôt un cimetière pour les bébés morts-nés et les autres enfants morts de mort naturelle. Un examen des squelettes d’enfants ne montre aucune trace de traumatisme indiquant qu’ils seraient morts de mort violente.

Le suicide du roi de Carthage Hamilcar Ier, après sa défaite en Sicile, pourrait être un auto-sacrifice afin d’inverser le cours de la bataille.

La femme de Hasdrubal et ses enfants, peinture d’Ercole de’ Roberti

Après la défaite finale de Carthage, le dernier commandant carthaginois, Hasdrubal le Boétharche, s’est rendu aux Romains. Sa femme l’a maudit pour sa lâcheté, puis elle a coupé la gorge de leurs enfants, les a jetés dans un temple en feu et s’est précipitée elle-même dans les flammes. Ce geste désespéré peut être interprété comme un sacrifice rituel, destiné à sauver la ville qui était sur le point d’être détruite. Le suicide de la femme de Hasdrubal a peut-être inspiré Virgile pour le suicide de Didon.

La plupart des spécialistes acceptent aujourd’hui que les Carthaginois pratiquaient des sacrifices humains, y compris d’enfants. Il est cependant probable que de tels sacrifices étaient extrêmement rares, réservés aux crises les plus graves.

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