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Quelques dizaines d’années après la chute de Carthage, un homme politique et réformateur social romain nommé Caïus Sempronius Gracchus tente d’établir une colonie romaine sur le site de l’ancienne Carthage. L’aventure ne durera que 30 ans, en raison de l’impopularité de ce site auprès des Romains.

Caïus Sempronius Gracchus est né vers 153 avant notre ère, dans une famille romaine influente : son père a été consul et sa mère, Cornelia, était la fille de Scipion l’Africain, le général romain qui a vaincu Carthage lors de la Deuxième guerre punique. Il était membre de la plèbe, la classe sociale des citoyens romains libres qui n’étaient pas patriciens (aristocrates).
Après avoir servi dans l’armée, il commence une carrière politique, alors que son frère Tiberius servait comme tribun de la plèbe, en 133. Ensemble, les deux frères cherchent à faire adopter un certain nombre de mesures qui favorisent les Romains les plus pauvres. Ils veulent notamment adopter une réforme agraire, afin de redistribuer les terres appartenant à l’Etat et aux propriétaires fonciers les plus riches. Cette réforme suscite l’hostilité du Sénat, composé de patriciens aisés qui ne veulent pas perdre leurs privilèges. Tiberius Gracchus passe en force pour faire adopter son projet, outrepassant ses prérogatives de tribun et usurpant celles du Sénat, ce qui, malgré la popularité de sa réforme, suscite la crainte d’une dérive autoritaire. Après avoir cherché à se représenter pour un deuxième mandat, il sera finalement tué avec ses partisans. Pour les historiens romains, sa mort marque le début du déclin de la République romaine.
Caïus Gracchus sera élu tribun de la plèbe à son tour, en 123. A cette époque, la fonction de tribun de la plèbe constitue le principal contre-pouvoir au Sénat, dans une République romaine très aristocratique. Caïus Gracchus défend une nouvelle réforme agraire, encore plus audacieuse que celle de son frère. Conscient que les terres disponibles en Italie sont insuffisantes pour tous les habitants de la péninsule, il est aussi le premier à proposer l’établissement de colonies romaines en dehors de l’Italie.
Vers la fin de son mandat d’un an, Caïus Gracchus quitte Rome pour superviser l’établissement d’une colonie en Afrique, sur le site de l’ancienne ville de Carthage : Colonia Junonia. Il s’agit de la première colonie romaine d’outremer. Caïus Gracchus ne se représente pas pour un deuxième mandat, mais il est tellement populaire qu’il est réélu en son absence, sans avoir été candidat.
Malgré sa popularité personnelle, son projet de colonie peine à séduire les Romains, qui sont toujours très hostiles à Carthage. Beaucoup pensent même que le site de la ville est maudit ; certaines sources superstitieuses font état de mauvais présages pendant la construction de la colonie.
Pendant son deuxième mandat, Caïus Gracchus propose une loi élargissant l’accès à la citoyenneté romaine. Cette loi nuit à sa popularité, si bien qu’il n’est pas réélu lorsqu’il se représente pour un troisième mandat. Il continue de proposer l’établissement de nouvelles colonies ailleurs dans le bassin méditerranéen.
Après la fin de son mandat, ses adversaires s’attaquent à son programme. Ils veulent notamment faire cesser la construction de la colonie à Carthage. Après un incident lors d’une cérémonie religieuse, où un membre du public avait hué Caïus Gracchus avant d’être poignardé par ses partisans, le Sénat autorise le consul Lucius Opimius à recourir à la force contre Caïus Gracchus et ses alliés. Caïus Gracchus est tué, comme son frère avant lui.
Après la mort de Caïus Gracchus, son projet de colonie tombe dans l’oubli. Les 3000 Romains déjà installés sur place y restent, mais personne d’autre ne les rejoint. Colonia Julia disparaîtra définitivement après environ 30 ans. Deux générations plus tard, Carthage sera finalement reconstruite par Jules César.
