Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English
A l’époque où l’Empire carthaginois étend sa domination sur les deux rives de la Mer Méditerranée, il entrera de plus en plus souvent en conflit avec une autre grande puissance maritime : la Grèce, présente au Sud de l’Italie et de la Gaule (à Massalia). La Sicile, la plus grande île méditerranéenne, située juste en face de Carthage, avec un grand nombre de colonies grecques, sera au cœur de cette rivalité. Au cours du 5° et du 4° Siècles avant notre ère, il y aura pas moins de sept guerres entre Grecs et Carthaginois, pour le contrôle de la Sicile.
Contexte
A partir du 6° Siècle avant notre ère, plusieurs colonies grecques ont été fondées au Sud de l’Italie. L’influence grecque dans cette région était telle que les Romains l’appelleront Magna Graecia (Grande-Grèce). En Sicile, la principale colonie grecque était Syracuse, fondée vers 734, par des colons originaires de la ville de Corinthe. Les Grecs de Sicile étaient divisés en deux groupes : les Ioniens et les Doriens.
La Sicile comptait également quelques anciennes colonies phéniciennes. D’abord indépendantes, ces villes sont passées sous contrôle carthaginois vers 540.
Vers 580, un groupe de colons grecs originaires de Rhodes et de Cnide tente d’établir une colonie grecque sur l’emplacement de la future ville de Lilybée (aujourd’hui Marsala), en plein territoire phénicien et tout près de la ville de Motya. Les Phéniciens de Sicile s’allient aux populations autochtones de l’île pour les chasser.
Vers 510, le prince Dorieus de Sparte, après l’échec de son projet de colonie en Tripolitaine, s’installe dans la région d’Eryx. Sa colonie, isolée des autres villes grecques de Sicile, fait face à l’hostilité des villes carthaginoises environnantes. Après quelques années, Dorieus et ses compagnons sont attaqués et tués par les habitants de la ville voisine de Ségeste, alliée à Carthage. Les survivants sont partis dans le Sud de l’île, où ils se sont emparés de la ville grecque d’Héracléa Minoa.
Vers le début du 5° Siècle, la plupart des villes grecques de Sicile sont tombées sous le pouvoir de tyrans (des dirigeants autoritaires, contrairement à l’idéal démocratique grec). Gélon, le tyran de Syracuse, qui contrôle le plus grand territoire, fait alliance avec Théron d’Acragas, créant un front uni des Grecs Doriens, contre les Grecs Ioniens et les autochtones Sicules. Face à cette menace, les Ioniens font alliance avec Carthage.
La première guerre sicilienne (480)

En 483, Théron d’Acragas dépose Terrilus, le tyran ionien d’Himère, qui appelle Carthage à l’aide. Les Carthaginois, craignant de voir l’alliance entre Gélon et Théron prendre le contrôle de toute la Sicile, interviennent en 480.
L’armée carthaginoise, menée par le roi Hamilcar Ier, est vaincue à la bataille d’Himère. Hamilcar lui-même est tué au combat ou se suicide après sa défaite, selon les sources. Carthage conserve cependant ses territoires en Sicile.
Cette défaite a provoqué de profonds changements dans la société carthaginoise : le gouvernement aristocratique a été remplacé par une assemblée élue, avec un roi aux pouvoirs purement symboliques.
Période intermédiaire (480-410)
La victoire de l’axe Syracuse-Acragas marque le début d’une ère de prospérité pour les colonies grecques en Sicile. Le butin de guerre servira à la construction d’édifices publics.
Cette période est marquée aussi par la chute des tyrans grecs et l’établissement de régimes démocratiques et oligarchiques à Syracuse et Acragas, ainsi que dans d’autres villes grecques.
La deuxième guerre sicilienne (410-404)
La deuxième guerre sicilienne a éclaté à l’issue d’une série d’affrontements entre les villes de Sélinonte, alliée de Syracuse, et de Ségeste, alliée de Carthage. Après avoir essayé en vain de résoudre le conflit par la voie diplomatique, les Carthaginois débarquent en Sicile et s’emparent de Sélinonte, puis d’Himère, puis se retirent.
Syracuse et Acragas, les deux villes les plus puissantes de Sicile, n’interviennent pas. Cependant, le général rebelle syracusain Hermocrate lève une armée pour s’attaquer aux possessions carthaginoises en Sicile. D’abord victorieux, il est tué à Syracuse en 407.
Après sa mort, Carthage lance une expédition punitive. Les Carthaginois s’emparent d’Acragas, puis de Gela et de Camarina, et infligent plusieurs défaites aux troupes de Denys Ier, le nouveau tyran de Syracuse. L’armée carthaginoise sera cependant décimée par la peste, contraignant ses généraux à un accord de paix avec Syracuse, qui impose cependant un tribut aux dernières villes conquises par Carthage : c’est l’apogée de la puissance carthaginoise en Sicile.
La troisième guerre sicilienne (398-393)
En 398, Denys l’Ancien, après avoir consolidé son pouvoir, assiège la ville carthaginoise de Motya et s’en empare, en violation du traité de paix. Les Carthaginois interviennent et reprennent Motya, puis s’emparent de Messana. En 397, après une victoire décisive sur la flotte grecque lors de la bataille navale de Catane, ils assiègent Syracuse elle-même. Les troupes carthaginoises seront de nouveau décimées par la peste, les contraignant à lever le siège. Carthage perd ses dernières conquêtes, mais conserve le reste de son territoire.
Pendant les années suivantes, Carthage sera occupée à combattre une rébellion en Afrique. En 393, les Carthaginois tentent de reprendre Messana, mais échouent. Alors que les deux camps font face à des difficultés internes, un nouveau traité de paix, à travers lequel Carthage et Syracuse s’engagent à laisser leur rival en paix dans sa sphère d’influence, sera finalement conclu.
La quatrième guerre sicilienne (383-376)
Denys l’Ancien reprend les hostilités en 383. Carthage fait alliance avec les Grecs du Sud de l’Italie, afin d’attaquer les Syracusains sur deux fronts. En 378, les Carthaginois sont vaincus en Sicile. Ils veulent d’abord négocier un nouveau traité de paix, mais Denys l’Ancien exige qu’ils se retirent entièrement de l’île, une condition inacceptable pour eux. Les combats reprennent et les Carthaginois remportent finalement une victoire décisive en 376.
La cinquième guerre sicilienne (368-367)
En 368, Denys l’Ancien assiège Lilybée. Sa flotte est vaincue, un sérieux revers pour son effort de guerre. Après sa mort, en 367, son fils et successeur Denys II le Jeune fait la paix avec Carthage.
La sixième guerre sicilienne (345-333)
Vers la fin du règne de Denys le Jeune, les Carthaginois profitent des divisions entre factions politiques rivales à Syracuse pour entrer dans la ville, à l’invitation d’une de ces factions. Ils seront vite chassés.
En 343, Timoléon, le nouveau dirigeant de Syracuse, attaque les possessions carthaginoises en Sicile. L’expédition de secours carthaginoise est vaincue en 339. Carthage est contrainte de signer un traité de paix qui ne lui permet de garder le contrôle que de la moitié Ouest de l’île.
La septième guerre sicilienne (311-306)
En 311, Agathocle, le nouveau tyran de Syracuse, attaque les territoire carthaginois en Sicile, en violation du traité de paix. La contre-attaque carthaginoise le repousse et le contraint à se replier à Syracuse. Les Carthaginois occupent toute la Sicile, sauf Syracuse, qui est assiégée.
Désespéré, Agathocle mène une expédition armée en Afrique, afin d’attaquer Carthage elle-même. Sa manœuvre réussit : les troupes carthaginoises en Sicile sont contraintes de lever le siège pour revenir défendre Carthage.
La première bataille en Afrique est une défaite pour les Carthaginois. Ensuite, Agathocle assiège Carthage, mais la ville est trop bien fortifiée pour qu’il puisse espérer la conquérir. Alors, il fait alliance avec Aylimas, le roi des Numides Massyles, un ancêtre de Massinissa, et occupe tout le Nord de la Tunisie actuelle.
Les troupes d’Agathocle seront finalement vaincues et chassées en 307. L’année suivante, un nouveau traité de paix est conclu.
Après les guerres siciliennes
A l’issue des guerres siciliennes, Carthage contrôle la plus grande partie de l’île. Syracuse ne contrôle plus que le Sud et l’Est, de Gela à Messana.
Par la suite, le roi grec Pyrrhus d’Epire, en guerre contre Rome (280-275), envahit la Sicile en 279, afin de chasser les Carthaginois. Il s’empare de quelques villes, mais, après l’échec de son siège de Libybée, il retourne en Italie en 276. La campagne militaire de Pyrrhus en Sicile peut être considérée comme le dernier épisode des guerres entre Grecs et Carthaginois pour le contrôle de l’île. Les victoires de Pyrrhus seront si coûteuses que l’expression « victoire à la Pyrrhus » est utilisée aujourd’hui pour une victoire qui coûte si cher au vainqueur qu’elle équivaut à une défaite.

Enfin, la première guerre punique, entre Rome et Carthage, aura également lieu en Sicile. Rome entrera en guerre afin de venir en aide aux Mamertins, un groupe de mercenaires italiens qui occupent la région de Messana. A l’issue de cette guerre, les Carthaginois seront chassés de Sicile.
