Carthage et l'Empire carthaginois, Les Grecs en Afrique du Nord

Massalia : une rivale de Carthage

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Massalia est une colonie grecque au Sud de la Gaule. Fondée au 6° Siècle avant notre ère, la ville grandira rapidement et établira plusieurs comptoirs commerciaux en Gaule, Espagne, Corse et Ligurie. Dès sa fondation, Massalia entrera en conflit avec Carthage, qui craint de voir la ville grecque menacer son hégémonie dans le bassin méditerranéen occidental. Au cours des siècles suivants, Massalia deviendra le port principal de la région et un rival important pour Carthage.

Fondation

Ruines de Phocée, ville d’origine des fondateurs de Massalia

Massalia a été fondée vers -600, par un groupe de commerçants grecs, originaires de la ville de Phocée (à l’Ouest de la Turquie actuelle). Au cours des prochaines décennies, trois autres colonies sont fondées depuis Massalia : Emporion (dans la province espagnole de Girone), Hemeroskopeion (dans la province espagnole d’Alicante) et Alalia (Aléria, en Corse). En 545, après la conquête de Phocée par les Perses, une nouvelle vague de colons rejoint Massalia et les autres colonies phocéennes. Dès la fin du 6° Siècle, Massalia est un centre commercial influent, qui domine la région environnante.

Le philosophe grec Aristote rapporte un mythe lié à la fondation de Massalia. D’après ce mythe, Euxène (ou Protis, selon les sources), le chef des premiers colons, était l’hôte de Nanos, le roi d’une tribu celte locale, au moment où celui-ci devait célébrer le mariage de sa fille Petta (ou Gyptis). Selon la coutume, le roi a organisé un banquet, au cours duquel la jeune fille devait offrir une coupe de vin à celui qu’elle souhaitait épouser. Lorsqu’elle a offert la coupe à Euxène, le roi a accepté de les marier, scellant ainsi l’union entre les anciens habitants de la région et les nouveaux arrivants.

Conflit avec Carthage

L’émergence de Massalia inquiète Carthage, surtout après la fondation de colonies en Espagne : la présence grecque constitue une menace pour les routes commerciales carthaginoises.

Vers 540, les Carthaginois s’allient aux Etrusques du Nord de l’Italie, pour attaquer Alalia, la ville phocéenne en Corse. Massalia envoie une quarantaine de navires au secours de la ville. Les deux flottes s’affrontent en mer, à la bataille d’Alalia. Les Phocéens sont vaincus et contraints d’abandonner Alalia, qui passe sous contrôle carthaginois. A long terme, ils sortiront cependant renforcés de cette défaite : leur domination sur les côtes gauloises, d’Emporion à la Ligurie, est reconnue.

L’apogée de Massalia

Pièce de monnaie de Massalia

Au cours des siècles suivants, le port de Massalia est devenu le plus grand du bassin méditerranéen occidental, après Carthage. Les Phocéens fonderont d’autres comptoirs commerciaux, à Agathe (Agde), Olbia (Hyères), Tauroentium (Six-Fours-les-Plages), Antipolis (Antibes) et Nikaia (Nice).

La Constitution de Massalia est louée à travers le monde grec comme un exemple de stabilité politique. La ville est une oligarchie : une boulê (assemblée) de 600 membres choisit 15 « premiers », qui administrent la ville. Trois d’entre eux sont les plus influents et détiennent l’essentiel des pouvoirs exécutifs.

Massalia sert d’interface culturelle entre le monde grec et la Gaule. Sous son influence, les Gaulois apprennent à écrire leur langue en alphabet grec.

Massalia était aussi une ville d’explorateurs : Euthymènes, qui, vers la fin du 6° Siècle, a remonté les côtes africaines, jusqu’au-delà du fleuve Sénégal, et Pythéas, qui, au 4° Siècle, a navigué jusqu’en Bretagne, puis exploré la Mer baltique et les côtes scandinaves. Si ces navigateurs grecs ont été précédés sur la même route par les explorateurs carthaginois, ils sont probablement allés plus loin qu’eux.

Pendant les guerres puniques, Massalia est une fidèle alliée de Rome. Après la deuxième guerre punique, le retrait des Carthaginois d’Espagne lui a permis d’étendre son influence.

Massalia à l’ère romaine

Vestiges du port de Massalia

Entre 125 et 121, Rome annexe presque tout l’arrière-pays massaliote à travers une série de campagne militaires. La région devient la province romaine de Gaule transalpine. La ville de Massalia elle-même devient cliente de Rome.

Pendant la guerre civile romaine (49-45), entre César et Pompée, Massalia, officiellement neutre, accueille néanmoins la flotte de Pompée. Pour se venger, César assiège la ville, qui doit se soumettre à Rome.

Massalia connaîtra encore un développement considérable à l’ère romaine, avec la reconstruction de son forum et la construction d’un théâtre et de thermes. Surtout, son port est agrandi, devenant un des plus grands ports de l’Empire.

Le christianisme est vraisemblablement entré en Gaule par Massalia : la première mission chrétienne documentée est celle de Lugdunum (Lyon), capitale de la Gaule romaine, vers 175, mais non seulement ces chrétiens, originaires d’Asie mineure, sont certainement venus en bateau par Massalia, mais il y avait probablement déjà une communauté chrétienne à Massalia avant eux.

La cité phocéenne aujourd’hui

Zinedine Zidane

A notre époque, Marseille est la deuxième ville de France. Au 20° Siècle, son emplacement stratégique lui a permis de devenir le port du commerce avec l’empire colonial, un monopole mis à mal par la décolonisation. Après l’indépendance de l’Algérie, en 1962, beaucoup de Pieds-Noirs français revenus d’Algérie s’installent à Marseille. En même temps, à cause de cette histoire, la ville compte aussi aujourd’hui une importante communauté nord-africaine, avec notamment le Français d’origine nord-africaine le plus célèbre de tous : la star du football Zinedine Zidane, champion du monde en 1998, né le 23 juin 1972 à Marseille.

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