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A l’époque ou Carthage dominait le bassin méditerranéen occidental, les marins carthaginois ont exploré aussi les régions encore inconnues au-delà de leurs frontières : les côtes atlantiques de l’Afrique et de l’Europe. Dans cet article, nous découvrirons les expéditions des deux principaux explorateurs carthaginois : Hannon le Navigateur, qui a exploré les côtes africaines, et Himilcon, qui est allé vers le Nord, jusqu’en Bretagne.
Hannon le Navigateur explore les côtes ouest-africaines
Hannon le Navigateur était issu de la dynastie magonide, qui a régné sur Carthage de 550 à 340. C’était peut-être le fils de Hamilcar Ier (510-480), le dernier roi de Carthage avant que le Sénat n’assume le pouvoir politique. Dans ce cas, Hannon avait probablement aussi le titre de « roi », mais c’était une fonction symbolique.
Hannon le Navigateur est connu pour avoir exploré les côtes d’Afrique de l’Ouest, au cours du 5° Siècle avant notre ère. Il a écrit un Periplus, un récit de voyage. L’original en langue punique est perdu, mais une version grecque abrégée, en 101 lignes, a été conservée.
Ce Periplus raconte comment il est parti de Gadès (Cadiz) avec une flotte de 60 navires et 30000 hommes. Après avoir passé les colonnes d’Hercule, il a fondé des colonies (ou repeuplé d’anciennes colonies phéniciennes abandonnées) au Maroc actuel, puis il a continué à naviguer vers le Sud, dans des eaux encore inexplorées. On ne sait pas exactement jusqu’où son périple l’a mené : certains pensent qu’il n’a pas été plus loin que la péninsule de Dakhla, mais la plupart des spécialistes admettent qu’il est allé au-delà du delta du fleuve Sénégal, peut-être jusqu’au Gabon. Il s’est arrêté lorsque son expédition a manqué de vivres.
Les étapes de son voyage sont difficiles à déterminer avec certitude. Il est probablement passé par les Îles Canaries, peut-être aussi par celles du Cap-Vert. Une étape importante était une île qu’il appelle l’île de Cerné, où il a fondé une colonie. Cette île était probablement située dans le Banc d’Arguin, en Mauritanie actuelle.
Le Periplus mentionne aussi plusieurs peuples qu’il a découverts. Assez tôt dans son voyage, il rencontre les Lixitae, une tribu nomade, probablement amazighe, avec qui il noue des relations amicales. Quelques Lixitae l’accompagneront pour la suite de son voyage. Après l’île de Cerné, il trouve des « Ethiopiens » (Africains Noirs), dont même les Lixitae ne comprennent pas la langue. Enfin, près de la fin de son périple, à un endroit qu’il appelle la « Corne du Sud » (le Golfe du Biafra ?), il tombe sur une tribu sauvage et hostile qu’il appelle les « Gorillae ». Trois hommes de cette tribu seront tués et leurs peaux ramenées à Carthage.
Au Ier Siècle avant notre ère, le roi de Maurétanie Juba II a écrit un livre sur le voyage de Hannon.
Himilcon navigue jusqu’en Bretagne

Himilcon était un contemporain de Hannon le Navigateur. On ne sait rien de sa vie ; un Himilcon issu de la dynastie magonide a servi comme général en Sicile à cette époque, mais il n’est pas certain qu’il s’agisse de la même personne.
Alors que Hannon a exploré les côtes africaines, Himilcon est remonté vers le Nord, le long des côtes européennes, devenant le premier navigateur carthaginois à atteindre la Bretagne. Il a probablement suivi les voies commerciales des Tartessiens, une civilisation alliée de Carthage, qui vivait en Espagne.
L’expédition de Himilcon était certainement motivée par la quête de nouveaux marchés pour acheter de l’étain, un métal abondant en Europe de l’Ouest, dont on se servait pour fabriquer du bronze. Le monopole carthaginois sur le commerce atlantique de l’étain a permis à Carthage de devenir le seul important producteur de bronze dans la région.
Comme Hannon, Himilcon a écrit un Periplus, qui est perdu, mais des passages sont cités par plusieurs auteurs latins plus tardifs. Parti de Gadès (Cadiz), Himilcon s’est d’abord rendu au pays des Oestrymnides (au Portugal actuel), où il a acheté de l’étain. Ensuite, il a navigué jusqu’au Nord-Ouest de la France actuelle. Arrivé dans les Îles britanniques, probablement dans les Cornouailles, il a exploré les côtes de Bretagne et d’Irlande.
Le Periplus de Himilcon mentionne beaucoup de monstres marins qu’il aurait rencontrés pendant son voyage. Il s’agit probablement de propagande, destinée à effrayer les concurrents potentiels, notamment les marchands grecs, sur ces nouvelles voies commerciales.
Des Carthaginois au Nord des Îles britanniques ?![]() Pythéas le Massaliote | Le premier explorateur connu du Nord de l’Europe est Pythéas, originaire de Massalia (Marseille), une colonie grecque au Sud de la Gaule. Un siècle après Himilcon, Pythéas a également navigué jusqu’en Bretagne, en suivant le même itinéraire : parti de Massalia, il a contourné l’Espagne et le Portugal, puis longé les côtes françaises. Après la Bretagne, il a continué vers le Nord, explorant le premier la Mer baltique et les côtes scandinaves. Il est aussi le premier à avoir décrit l’aurore boréale. Pythéas a découvert une île qu’il appelle Thulé, située à six jours de navigation de la Bretagne, où « le soleil ne se lèvre que deux heures par jour », à proximité d’une « mer gelée » (l’Océan arctique). Plusieurs identifications ont été proposées pour cette île : Shetland, l’Islande, ou encore une île sur les côtes de la Norvège ou de l’Estonie. L’étymologie du nom de Thulé est un mystère pour les linguistes. Une possibilité serait une origine punique, dérivée de la racine tl, (sombre, ombrageux). Si c’était vrai, cela voudrait cependant dire que des marins carthaginois connaissaient cette île déjà avant Pythéas. Aucune trace d’une présence carthaginoise au-delà de la Bretagne n’a été conservée, mais ce n’est pas impossible. (Source) |

