Balagrae (Al-Bayda), la dernière des cinq villes de la Pentapole de Cyrénaïque, était réputée surtout pour son temple d’Eusculape, le dieu grec de la médecine. Là, des pèlerins de toute la région accouraient, dans l’espoir d’être guéris de leurs maladies.
La ville de Balagrae était connue surtout pour son Asclépiéion, un temple d’Eusculape, le dieu grec de la médecine. Ce temple avait été fondé par des colons originaires d’Epidaure, une ville du Péloponnèse où se trouvait le plus grand sanctuaire d’Asclépios en Grèce. Les pèlerins venaient y passer la nuit, puis, le lendemain, ils racontaient leurs rêves aux prêtres. Les prêtres leur prescrivaient un remède à partir de l’interprétation de leurs rêves. Les serpents, des animaux considérés comme sacrés, jouaient un rôle important dans le culte d’Eusculape : des serpents non venimeux rampaient sur le sol du sanctuaire, au milieu des malades et des blessés. En plus de l’autel et du dortoir, le temple contenait aussi une fontaine pour nettoyer les plaies des malades, des bains et un gymnase. Les remèdes prescrits étaient le plus souvent un bain de purification ou un passage au gymnase, accompagnés d’un régime alimentaire spécifique. L’Asclépiéion de Balagrae était particulièrement réputé pour la guérison des enfants, ainsi que le montrent les objets découverts lors des fouilles.
Portique de l’Asclépiéion de Balagrae
Un nouveau complexe a été construit à l’époque romaine, par l’Empereur Hadrien. Il s’agit d’un espace de 40m de long sur 35m de large, entouré de portiques. Le complexe contenait trois temples : le plus grand était celui d’Eusculape, au centre, tandis que l’un des deux autres était consacré à Sérapis, le dieu protecteur de la ville d’Alexandrie ; on ne sait pas quel dieu était vénéré dans le troisième temple.
L’Asclépiéion contenait également un odéon, un petit théâtre destiné à des concerts musicaux. Il était connu dans l’Antiquité que la musique avait un effet apaisant sur les personnes atteintes de troubles mentaux. L’Asclépiéion employait probablement des musiciens qui jouaient de la musique pour les malades. L’odéon servait peut-être aussi de lieu de réunion du personnel médical.
Balagrae a beaucoup décliné au cours de l’ère romaine, jusqu’à ne plus faire partie de la Pentapole.
A l’ère islamique, la ville est célèbre pour son tombeau de Ruwaifi ibn Thabit al-Ansari, un compagnon du Prophète Mohammed. Plus récemment, en 1843, c’est ici que Mohammed Ali al-Senoussi a fondé la confrérie sanoussie. La zaouïa aux murs blancs qu’il a construite est à l’origine du nom de la ville, Al-Bayda (البيضاء, la blanche). Aujourd’hui, Al-Bayda est la quatrième ville de Libye, après Tripoli, Benghazi et Misrata.
Barca, une des villes de la Pentapole, la confédération de cinq villes grecques établies en Libye, était située à l’emplacement de l’actuelle ville d’El-Marj. Fondée dans une région auparavant habitée par des tribus autochtones libyennes, la ville sera peuplée, dès ses débuts, à la fois par des Grecs et des Libyens. Le mélange entre ces deux peuples est plus marqué à Barca que n’importe où ailleurs en Cyrénaïque. L’élite autochtone est intégrée à l’administration de la ville, ainsi que l’illustre l’exemple du gouverneur Alazir. Malheureusement, il ne reste rien aujourd’hui de la ville antique.
Cimetière d’Al-Munaykhrat : un des rares vestiges antiques qui subsistent près d’El-Marj (Source)
A l’origine, la région de Barca était habitée par la tribu amazighe libyenne des Barraci. Après la fondation de Cyrène, en 631 avant notre ère, les colons grecs ont fait alliance avec les tribus autochtones.
Arcésilas II sur son trône
Pendant le règne du roi Arcésilas II de Cyrène (560-550), son conseiller, Léarque (qui, selon certaines sources, était aussi son frère), se rebelle contre lui. Léarque fait alliance avec les tribus amazighes, privant le roi de précieux alliés. Ensemble, Grecs et Amazighs fondent la ville de Barca. Ils déclarent ensuite la guerre à Cyrène. Ils sont victorieux et Léarque s’empare du trône de Cyrène, mais il sera rapidement tué.
Alazir (image créée par ChatGPT)
Quelques décennies plus tard, le roi de Cyrène Arcésilas III (530-515), craignant un soulèvement contre lui à Cyrène, s’enfuit à Barca. Arcésilas III a des liens familiaux avec les Amazighs de la ville : Alazir, le gouverneur de Barca, issu d’une tribu amazighe, est le père de sa femme. Un jour, sur la place du marché de Barca, il est reconnu par un groupe d’exilés de Cyrène, qui le tuent avec Alazir.
A cette époque, l’Egypte est sous occupation perse, depuis 525. Après la mort d’Arcésilas III, sa mère Phérétima fait appel au gouverneur perse d’Egypte pour le venger, prétendant qu’il a été tué à cause de sa loyauté envers les Perses. L’armée perse assiège Barca et déporte sa population, puis entre dans Cyrène, sur l’invitation de Phérétima : c’est le début de la domination perse de la Cyrénaïque.
L’Empereur de Perse Darius I installe une partie des captifs de Barca dans un village en Bactrie (Asie centrale, Afghanistan actuel). Cette communauté existait encore à l’époque de l’historien grec Hérodote, près d’un siècle après.
Lutte grecque
En 462, la même année où le roi Arcésilas IV de Cyrène remporte la course de chars aux Jeux Pythiques avec un attelage de chevaux libyens, Amnésias, un athlète originaire de Barca, est victorieux en lutte. Amnésias, qui était berger, est célèbre parce qu’il s’entraînait à la lutte avec un taureau alors qu’il gardait ses troupeaux. Il a emmené son taureau à Delphes pour la compétition, puis il a fait le tour de la Grèce avec lui. (Source)
Monnaie perse frappée à Barca
Barca a beaucoup prospéré pendant l’occupation perse. Vers la fin du 5° Siècle, elle était apparemment la plus grande ville de Cyrénaïque, devant Cyrène.
En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Barca, comme le reste de la Cyrénaïque, fait partie de l’Empire d’Alexandre le Grand.
Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron
Dans la guerre civile qui a suivi la mort d’Alexandre le Grand, Barca, comme la ville voisine d’Euhespérides (Benghazi), soutient la révolte du mercenaire spartiate Thibron, qui cherche à conquérir un Empire en Libye. Thibron est vaincu par Cyrène, avec le soutien des Ptolémée d’Egypte. Ensuite, la Cyrénaïque fera partie de l’Egypte des Ptolémée.
Ptolémée III Evergète construit une nouvelle ville, Ptolémaïs, sur le site de l’ancien port de Barca. La ville, privée de son accès à la mer, commence à décliner. Bientôt, elle ne fait plus partie de la Pentapole.
Barca existe toujours à l’époque romaine, puis byzantine, mais ce n’est plus qu’une petite ville sans importance.
Barca est une des premières villes de Cyrénaïque conquises par l’armée du califat islamique, en 643-644. Les musulmans décident d’en faire leur nouvelle capitale provinciale. Son nom est arabisé برقة (Barqa). Avec le temps, toute la région connue auparavant sous le nom de Cyrénaïque sera appelée برقة en arabe.
Taucheira (Tocra) est la moins connue des cinq cités grecques de la Pentapole antique. Pourtant, il s’agit probablement de la plus ancienne colonie grecque en Libye après Cyrène elle-même, dont les ruines recèlent des trésors archéologiques insoupçonnés.
Dolia, teinturerie de textile
Dans l’Antiquité, Taucheira faisait partie de la Pentapole, une alliance de cinq villes grecques de la région, avec Cyrène, la ville principale, Euhespérides (Benghazi), Barca (El-Marj) et Balagrae (El-Bayda). Des excavations dans le port de Taucheira ont permis de retrouver des céramiques très anciennes, qui remontent à la fin du 7° Siècle avant notre ère. Taucheira est probablement la deuxième ville fondée par les Grecs en Cyrénaïque, quelques années après Cyrène.
Taucheira est située sur la route côtière de Cyrène à Euhespérides, les deux plus grandes villes de la Pentapole. Au Nord-Est de la ville, se trouve la carrière de pierres dont était extrait le calcaire rougeâtre caractéristique de Taucheira. Cette carrière était employée aussi comme cimetière, les trous là où la pierre avait été extraite servant de tombeaux.
Le port de Taucheira (sur la photo de couverture de cet article) entretenait des liens commerciaux avec Athènes, Corinthe et le Péloponnèse. Les photos suivante montrent des objets artisanaux retrouvés pendant la fouille du port, conservés au Musée de Taucheira.
En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte, où il bâtit sa nouvelle capitale : Alexandrie. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Après la mort d’Alexandre le Grand, Taucheira a été conquise par le mercenaire spartiate Thibron, qui cherche à conquérir un Empire en Libye. La Cyrénaïque fait ensuite partie de l’Empire des Ptolémée. La nouvelle ville portuaire de Ptolémaïs, fondée par Ptolémée III Evergète, deviendra un rival de poids pour Taucheira.
Pièce d’or à l’effigie d’Arsinoë II, la reine qui a donné son nom à la ville
En 276, Magas de Cyrène se proclame roi de Cyrénaïque. Il règne jusqu’à sa mort, vers 250. Après sa mort, sa fille Bérénice épouse Ptolémée III Evergète et la ville d’Euhespérides est renommée Bérénice, en son honneur. Les Ptolémée donnent également un nouveau nom à Taucheira : Arsinoë, en l’honneur d’Arsinoë II, l’épouse de Ptolémée II Philadelphe et la belle-mère de Ptolémée III Evergète. La Cyrénaïque fait de nouveau partie de l’Empire des Ptolémée, mais avec une large autonomie.
Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII, est proclamé roi de Cyrénaïque en 105. Après sa mort, en 96, comme il n’a pas d’héritier, son royaume est légué à Rome. Les Romains ne s’installent cependant qu’en 74. Pendant les années d’intervalle, Arsinoë est victime d’une attaque de tribus amazighes de Libye. Une inscription conservée au musée de la ville commémore un certain Aleximaque, fils de Sostrate, qui a financé l’agrandissement des murailles de la ville. Il a aussi importé de la nourriture pendant un temps de famine. Les autorités de la ville ont publié un décret pour le récompenser.
Pendant la guerre d’Actium, Arsinoë sera brièvement renommée Cléopatris, par le général romain Marc-Antoine, en l’honneur de son épouse Cléopâtre d’Egypte. La ville reprendra son nom d’Arsinoë avec la fondation de l’Empire romain et deviendra une colonie romaine. Son histoire à l’ère romaine est peu connue, mais plusieurs édifices romains ont été construits, notamment un gymnase et une teinturerie de textile. Le culte de Cybèle était particulièrement populaire dans la ville, qui organisait un festival annuel en l’honneur de cette déesse.
A l’époque byzantine, l’Empereur Justinien a fait construire de nouvelles murailles, avec une forteresse. Les murailles de la ville étaient si solides qu’Apollonius, le dernier gouverneur byzantin de Cyrénaïque, s’est réfugié ici lors de l’invasion arabe de la région. La ville a résisté trois ans, de 642 à 645.
Forteresse byzantine de Taucheira/Arsinoë (Source)
Apollonie (Marsa Sousa), au Nord de Cyrène, a été fondée comme le port de Cyrène. Par la suite, elle est devenue une ville importante, qui a succédé à Cyrène et Ptolémaïs comme capitale de la Cyrénaïque.
Port oriental d’Apollonie
Apollonie était probablement le lieu de débarquement des premiers colons grecs en Libye, au 7° Siècle avant notre ère. Ce site offre un bon mouillage pour les bateaux, abrité par deux criques.
Théâtre grec d’Apollonie
A ses débuts, le port d’Apollonie n’était pas une cité, mais seulement une dépendance de Cyrène, composée du port et d’une série d’habitats échelonnés le long de la côte, sans défenses militaires efficaces, étant donné que les ennemis de Cyrène venaient du continent et non de la mer. Même le nom d’Apollonie n’est mentionné que tardivement, au 1° Siècle, par le géographe romain Strabon. Cela semble indiquer que le port de Cyrène n’a longtemps pas eu de nom propre.
Les plus anciens vestiges archéologiques découverts à Apollonie datent du 6° Siècle : un vase et deux céramiques originaires de Corinthe et de Rhodes.
Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron
En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte, où il fonde sa nouvelle capitale : Alexandrie. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Après la mort d’Alexandre le Grand, Thibron, un mercenaire originaire de Sparte, cherche à conquérir la Cyrénaïque. Il commence par s’emparer d’Apollonie (les sources mentionnent seulement le port de Cyrène, sans le nommer), profitant de l’absence de structures défensives. Après sa défaite, Thibron est crucifié à Apollonie.
La Cyrénaïque fait ensuite partie de l’Empire des Ptolémée. Pour défendre Apollonie, les Ptolémée construisent une muraille de protection tout autour du port. Une tête scupltée de Ptolémée III Evergète a été découverte à Apollonie.
Les restes de céramiques et de poteries découvertes à Apollonie nous informent sur les échanges économiques entre le port de Cyrène et le reste du monde méditerranéen aux 3° et 2° Siècles : près de la moitié des fragments proviennent des cités grecques de la Mer Égée, avec notamment des amphores de l’île de Rhodes ; un quart ont été fabriqués en Cyrénaïque ; un sixième est originaire de Magna Graecia (Sicile et Italie du Sud), essentiellement du vin italien importé. En revanche, alors que la Cyrénaïque est sous souveraineté égyptienne, très peu de vestiges sont originaires de Naucratis, l’ancienne colonie grecque en Égypte.
Acropole d’Apollonie
Apollonie est devenue une cité autonome vers la fin de la période hellénistique. D’après l’archéologue français André Laronde, qui se base sur un passage de l’auteur gréco-romain Plutarque, la ville a pris sont indépendance de Cyrène suite à une intervention romaine, vers 85, pendant la guerre civile entre Sylla et Marius.
Termes romains d’Apollonie
La Cyrénaïque est intégrée à l’Empire romain en 74. Apollonie, comme les autres villes grecques de Cyrénaïque, connaît une période de prospérité au début de l’ère romaine, marquée par le développement de monuments publics. La ville a consacré une statue de l’Empereur romain Hadrien, à Athènes, et une autre de l’Empereur Marc-Aurèle, à Eleusis.
Au cours du 4° Siècle, Apollonie est brièvement devenue la capitale de la Cyrénaïque romaine. Après le tremblement de terre de 365, qui a dévasté Cyrène et Apollonie, Ptolémaïs, relativement épargnée, redevient la capitale provinciale.
En 411, Ptolémaïs est dévastée par une attaque de tribus amazighes. Peu après, Apollonie lui succède définitivement comme capitale provinciale. Au même moment, la ville reçoit un nouveau nom : son ancien nom grec, qui fait référence au dieu païen Apollon, inacceptable dans un Empire devenu chrétien, est remplacé par Sôzousa, la « ville du Sauveur ».
Théodora
La future Impératrice byzantine Théodora a séjourné à Sôzousa dans sa jeunesse, alors qu’elle était la compagne de Hécébolos, le gouverneur byzantin de Cyrénaïque. C’est son premier séjour en Afrique du Nord, une région à laquelle elle restera profondément attachée. En 539, Théodora ordonne la reconstruction d’Olbia (Qasr Libya), une ancienne ville de Cyrénaïque qui avait été détruite par les Vandales. La nouvelle ville est nommée Théodorias, en l’honneur de sa fondatrice. Une église de la ville contient une cinquantaine de mosaïques, considérées comme parmi les plus belles du monde.
La ville de Ptolémaïs (Tolmeita) a été fondée au 3° Siècle avant notre ère, par les Ptolémée d’Egypte, qui en ont fait le siège de leur gouverneur de Cyrénaïque. La ville a continué à prospérer à l’époque romaine.
Ruines de Ptolémaïs
La ville de Ptolémaïs a été fondée vers 240 avant notre ère. Il y avait déjà une petite ville grecque dont on ne connaît pas le nom sur ce site auparavant : elle servait de port à la ville de Barca.
Palais du gouverneur
Lorsque le roi d’Egypte Ptolémée III Evergète a repris le contrôle de la Cyrénaïque après la mort de Magas de Cyrène, il décide de construire une nouvelle ville qui porte son nom, afin d’en faire le siège de son gouverneur. Les murs de Ptolémaïs couvrent une surface de 280 hectares. Malgré sa taille, la ville ne sera jamais aussi peuplée que Cyrène ou Bérénice (Benghazi).
Mausolée royal de Ptolémaïs
La plupart des gouverneurs de Cyrénaïque étaient des membres de la famille royale des Ptolémée, souvent le jeune frère ou le fils du roi. En 163, Ptolémée VIII Physcon, chassé d’Egypte par son frère Ptolémée VI Philométor, règne sur la Cyrénaïque en tant que vassal de son frère. Même s’il régnait à Cyrène, le mausolée royal, à l’Ouest de Ptolémaïs, semble lui avoir été destiné. Il n’y a finalement pas été enterré, parce qu’il a été rétabli comme roi d’Egypte en 145 et a terminé sa vie à Alexandrie.
Villa des Colonnes
Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII, est proclamé roi de Cyrénaïque en 105. Après sa mort, en 96, comme il n’a pas d’héritier, son royaume est légué à Rome. Les Romains rétablissent Cyrène comme capitale de la Cyrénaïque romaine, mais Ptolémaïs demeure une ville importante.
L’Empereur Dioclétien (284-305), lors de sa réforme de l’administration de l’Empire, fait de Ptolémaïs la capitale de la province de Libye supérieure (Cyrénaïque). La ville décline au début du 4° Siècle, jusqu’à être remplacée par Apollonie comme capitale provinciale. Après le tremblement de terre de 365, qui a dévasté Cyrène et les autres villes de Cyrénaïque, tandis que Ptolémaïs a été relativement épargnée, la ville redevient capitale provinciale.
Citerne
De l’époque romaine, Ptolémaïs a gardé un hippodrome, un amphithéâtre, deux théâtres et un odéon (édifice de spectacles musicaux). Un aqueduc, probablement construit par l’Empereur romain Hadrien, acheminait de l’eau depuis une source située à 8 kilomètres de la ville, jusqu’à la Place des Citernes, qui contenait 17 citernes voûtées, d’une capacité totale de 7000 kilolitres. Pendant l’occupation italienne de la Libye, ces citernes servaient de refuge aux rebelles d’Omar al-Mokhtar.
Ptolémaïs a été dévastée par une attaque de tribus amazighes de Libye en 411. Apollonie redevient alors la capitale de la Cyrénaïque. Ptolémaïs a été rebâtie pendant le règne de l’Empereur byzantin Justinien, mais n’a jamais retrouvé sa gloire passée. La ville a été définitivement détruite par les Arabes.
L’histoire antique de Benghazi est souvent négligée, éclipsée par celle de sa prestigieuse voisine, Cyrène. Pourtant, cette ville, qui s’appelait Euhespérides pour les Grecs, puis Bérénice à l’ère romaine, dispose d’une riche histoire antique et de très beaux vestiges archéologiques. Ce patrimoine est aujourd’hui en péril après les années de guerre civile. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire antique de Benghazi.
Euhespérides : une cité grecque
Ruines d’Euhespérides
Vase grec retrouvé à Euhespérides
La ville d’Euhespérides a été fondée vers 525 avant notre ère, probablement par des colons grecs originaires de Cyrène et/ou de Barca. La ville antique était située à l’Est de la ville actuelle de Benghazi, sur un terrain élevé en face du cimetière de Sidi Abeid, dans le quartier de Sebkha Es-Selmani.
Euhespérides a été construite au bord d’une lagune qui s’ouvre sur la mer. A l’époque, la lagune était probablement assez profonde pour que de petits vaisseaux puissent y naviguer.
La ville d’Euhespérides est mentionnée pour la première fois en 515 : l’historien grec Hérodote, dans son récit de la conquête perse de la Cyrénaïque, mentionne que l’armée perse a avancé « vers l’Ouest jusqu’à Euhespérides ».
Les premières pièces de monnaie frappées à Euhespérides datent de 480 environ. Elles montrent, côté pile, l’oracle de Delphes, et, côté face, une tige de silphium, une plante de la région, très populaire dans le monde antique pour ses vertus médicales. Ces pièces, distinctes de celles de Cyrène, suggèrent qu’Euhespérides jouissait probablement d’une vaste autonomie.
Pièce de monnaie à l’effigie d’Arcésilas IV de Cyrène
Un autre événement important qui a eu lieu à Euhespérides est la mort du dernier roi de Cyrène, Arcésilas IV. Après avoir remporté la course de chars aux Jeux pythiques de Delphes, en 462, avec un attelage de chevaux libyens, Arcésilas IV a voulu se servir de sa popularité suite à cette victoire pour attirer de nouveaux colons grecs à Euhespérides. Il espérait ainsi se créer un lieu de refuge dont la population lui serait redevable, alors que sa popularité à Cyrène était en déclin. Cette initiative s’est avérée totalement inefficace : après la révolution de 440, Arcésilas IV, renversé du pouvoir, s’est enfui à Euhespérides, mais il a été assassiné à son arrivée dans la ville.
Gylippe de Sparte, le libérateur d’Euhespérides (Source)
Euhespérides, la plus à l’Ouest des grandes villes de Cyrénaïque, était située en territoire hostile, entourée de tribus amazighes qui l’attaquaient régulièrement. L’historien grec Thucydide mentionne que la ville a été assiégée par des tribus libyennes, probablement Nasamones, vers 414. La ville a été délivrée par le général spartiate Gylippe, qui, alors qu’il était en route pour la Sicile, avait été repoussé vers les côtes libyennes par des vents contraires.
Une inscription datant du milieu du 4° Siècle montre que Euhespérides avait une Constitution proche de celle de Cyrène, avec une assemblée de magistrats (éphores) et un conseil d’anciens (gérontes).
En 399, lorsque les Messéniens ont été chassés de leur capitale, Naupacte, par les Spartiates, ils se sont réfugiés à Euhespérides.
En 332, Alexandre le Grand s’empare de l’Egypte. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Euhespérides, comme le reste de la Cyrénaïque, fait partie de l’Empire d’Alexandre le Grand.
Pièce de monnaie à l’effigie de Thibron
Dans la guerre civile qui a suivi la mort d’Alexandre le Grand, Euhespérides, comme la ville voisine de Barca, soutient la révolte du mercenaire spartiate Thibron, qui cherche à conquérir un Empire en Libye. Thibron est vaincu par Cyrène, avec le soutien des Ptolémée d’Egypte. Ensuite, la Cyrénaïque fera partie de l’Empire des Ptolémée.
Bérénice à l’ère des Ptolémée
Mosaïque de Bérénice II, la reine qui a donné son nom à la ville – Musée grec d’Alexandrie
Pièce d’or à l’effigie de Bérénice II
En 276, Magas de Cyrène se proclame roi de Cyrénaïque. Il règne jusqu’à sa mort, vers 250. Après sa mort, sa fille Bérénice épouse Ptolémée III Evergète. La Cyrénaïque fait de nouveau partie de l’Egypte des Ptolémée, mais avec une large autonomie. Euhespérides est renommée Bérénice, en l’honneur de la nouvelle reine. La ville est également déplacée : la nouvelle ville de Bérénice est située au niveau de l’actuel centre-ville de Benghazi.
Mosaïque romaine (Source – Employé avec permission)
Ruines de Bérénice. En arrière-plan : phare de Benghazi
En 105, la Cyrénaïque reprend son indépendance, avec pour roi Ptolémée Apion, le fils de Ptolémée VIII. Lorsque celui-ci meurt sans héritier, en 96, son Royaume est légué à Rome.
Bérénice continue à prospérer à l’ère romaine. Au 3° Siècle, elle est même devenue la plus grande ville de Cyrénaïque, devant Cyrène. De l’époque romaine, la ville a gardé de nouvelles infrastructures, des termes (bains publics) et plusieurs édifices avec de belles mosaïques.
Statue romaine retrouvée à Benghazi en 1693, exposée au Château de Versailles, en France (Source)
Après la conquête vandale de la Libye, Bérénice est largement détruite par les Vandales. La ville est reconstruite par l’Empereur Justinien après la reconquête byzantine. La Cyrénaïque est ensuite rattachée à la province byzantine d’Egypte.
Pendant les dernières décennies avant l’arrivée des Arabes, les villes de Cyrénaïque sont largement laissées à elles-mêmes face aux révoltes amazighes récurrentes. Au moment de la conquête arabe de 642, Bérénice n’est plus qu’un village insignifiant au milieu de ruines magnifiques. Les Arabes l’appellent Berniq (برنيق).
De Berniq à Benghazi
Première mention du nom de Benghazi (sous la forme Marsa Bani Ghazi), par Ibn Abd al-Zahir
Quelle est l’origine du nom de Benghazi ? On peut lire sur Wikipedia que « le nom de Marsa Ibn Ghazi (مرسى ابن غازي, port d’Ibn Ghazi) apparaît sur des cartes du 16° Siècle ». En réalité, le premier à mentionner ce nom est Ibn Abd al-Zahir, un historien égyptien du 13° Siècle, qui parle de Marsa Bani Ghazi (مرسى بني غازي, port des fils de Ghazi, au pluriel). En arabe, غازي (Ghazi) signifie « guerrier » ou « conquérant ». Il s’agit d’un titre donné surtout aux guerriers musulmans qui combattent les non-musulmans.
Le chercheur libyen Ghalb Elfituri a découvert qu’une famille originaire de Fès, au Maroc, s’est installée à Benghazi en 1125, pour protéger les côtes libyennes contre de possibles attaques de navires byzantins. Les Bani Ghazi étaient probablement les hommes de cette famille, après qui la ville a été nommée. En savoir plus (lien en arabe)
Conclusion
Lupa Capitolina : statue en bronze de l’époque coloniale, volée dans les années 1970, puis retrouvée à Benghazi en 2023
Aujourd’hui, le patrimoine antique de Benghazi, comme son patrimoine historique plus récent, est menacé : beaucoup de vestiges historiques ont été détruits et pillés pendant les années de guerre civile. La perte de ce patrimoine serait une perte inestimable pour la Libye. Heureusement, le Département de Surveillance des Antiquités de Benghazi travaille à le préserver.