L'Afrique du Nord romaine

La langue punique dans l’Antiquité tardive

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était toujours parlé en Afrique romaine, plusieurs siècles après la chute de Carthage. Les dernières populations puniques se sont mélangées aux tribus amazighes autochtones, au point où les Amazighs eux-mêmes étaient parfois appelées « puniques ».

Le punique est une langue sémitique, comme l’arabe. Son alphabet est dérivé de l’alphabet phénicien.

Inscription bilinque punique-libyque, au Mausolée numide de Dougga

Après la chute de Carthage, les manuscrits carthaginois qui avaient été sauvés des flammes ont été conservés à la cour du roi Massinissa de Numidie. Pendant le règne des fils de Massinissa, beaucoup de Carthaginois qui avaient fui leur ville détruite se sont installés en Numidie. L’administration numide était bilingue : tous les documents officiels étaient rédigés en libyque (tamazight) et en punique. L’influence punique était particulièrement forte dans la région de Tingis (Tanger). Avec le temps, un nouveau dialecte, appelé néo-punique, s’est développé, avec une forte influence libyque.

Inscription bilingue latin-punique, théâtre de Leptis Magna

Pendant l’ère romaine, le punique était toujours parlé en Afrique du Nord. A cette époque, les dernières populations puniques étaient tellement mélangées aux Amazighs que les Romains appelaient « puniques » toutes les populations non romaines d’Afrique du Nord. Ainsi, des figures comme l’Empereur Septime Sévère ou l’écrivain chrétien Tertullien de Carthage sont parfois décrits comme « Puniques », alors qu’ils étaient certainement Amazighs. On a retrouvé aussi des textes écrits en punique avec l’alphabet latin.

La Bible chrétienne a-t-elle été traduite en punique ? Plusieurs traductions bibliques dans des langues régionales de l’Empire romain, notamment deux dialectes coptes d’Egypte, ont été effectuées entre le 4° et le 5° Siècle. Aucun manuscrit n’a été conservé, mais il est tout à fait possible qu’il y ait également eu une traduction en punique (et en libyque).

Augustin d’Hippone

Le dernier grand auteur qui maîtrisait la langue punique, au début du 5° Siècle, est Augustin d’Hippone, qui écrit dans une de ces lettres : « Et si vous rejetez la langue punique, vous nierez ce qui est admis par la plupart des hommes instruits : que beaucoup de choses ont été sagement préservées de l’oubli dans des livres écrits en langue punique. Non, vous devriez même avoir honte d’être né dans un pays où le berceau de cette langue est toujours chaud. » Il est possible qu’il parle de manuscrits puniques datant d’avant la destruction de Carthage, auxquels il avait encore accès.

La région de Syrte, du fait de son isolement, est la dernière région de l’Empire romain où le punique était toujours parlé. On a retrouvé dans les catacombes de Syrte des inscriptions chrétiennes trilingues, en latin, grec et punique, qui datent du 5° Siècle. Encore plus tard, au 11° Siècle, l’historien arabe Al-Bakri écrit que les habitants de Syrte parlent une langue qui n’est ni le latin, ni le tamazight, ni le copte : peut-être parlaient-ils encore une forme de punique à ce moment-là. Si c’est le cas, la proximité entre le punique et l’arabe a certainement facilité leur arabisation.

Laisser un commentaire