L'Afrique du Nord romaine

Le roman africain : une langue latine en Afrique du Nord

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Les Nord-Africains de l’Antiquité, comme aujourd’hui, parlaient plusieurs langues différentes. Les Puniques, Grecs et Romains, qui ont dominé la région, ont toujours cherché à enrichir et non à détruire, à enseigner leur langue sans éradiquer la langue autochtone amazighe. Vers le 3° Siècle, une nouvelle langue dérivée du latin est même apparue dans la région. Cette langue, appelée le roman africain, était toujours parlée pendant plusieurs siècles après les conquêtes arabes.

Inscription latine du 5° Siècle, forum de Leptis Magna

Les populations autochtones d’Afrique du Nord parlaient divers dialectes tamazight, que les Romains appelaient libyque. Le punique, la langue de l’ancien Empire carthaginois, était courant aussi. A l’époque romaine, les populations urbaines ont adopté le latin et les coutumes romaines. La romanisation n’était cependant pas totale : les habitants des villes nord-africaines comme Carthage et Cirta ne parlaient pas un latin pur, mais le mélangeaient avec leurs langues ancestrales. Avec le temps, une nouvelle langue, avec des racines latines et de nombreux emprunts tamazighs et puniques, s’est formée.

Le latin était la langue de l’administration impériale et de l’éducation, employée aussi pour le culte chrétien, en tout cas dans les grandes villes. Ainsi, un jeune Nord-Africain apprenait le latin à l’école, s’en servait pour les formalités administratives et le parlait à l’église, mais en famille et avec ses amis, il parlait le latin dialectal. Plus une ville était petite, plus le dialecte local s’éloignait du latin classique. Le tamazight dominait dans les régions rurales. Avec le temps, le latin dialectal nord-africain est devenu une langue à part entière.

On estime que le roman africain était probablement très proche du sarde, une langue parlée encore aujourd’hui en Sardaigne. L’image de couverture de cet article est un des plus anciens manuscrits en sarde, certainement ce qui se rapproche le plus d’un manuscrit en roman africain.

Le roman africain a survécu aux conquêtes arabes du 7° Siècle : il était encore parlé au 12° Siècle sur les côtes méditerranéennes, et même jusqu’au 15° Siècle dans certaines régions isolées de l’intérieur du continent. Un certain nombre de mots en arabe darija et en tamazight, notamment les noms des mois, viennent probablement du roman africain. Le v latin était prononcé b en roman africain, une habitude qu’on retrouve encore aujourd’hui en darija dans les mots empruntés aux langues européennes. La page Wikipedia anglaise contient un tableau de mots tamazight d’origine romano-africaine.

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