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A l’époque où le christianisme a commencé à jouer un rôle de plus en plus influent dans la société romaine, certains croyants, déçus par la mondanité de l’Eglise, ont commencé à se retirer dans le désert, en quête d’une vie spirituelle plus authentique. Ils vivaient à l’écart de la société, seuls ou en communauté, et se consacraient à la prière et à la méditation. Né en Egypte, ce mouvement s’est répandu dans toute l’Afrique du Nord et partout dans le monde romain.
Les pionniers

Les premiers ascètes chrétiens sont apparus dans le désert égyptien. Ils vivaient une vie de solitude et de pauvreté volontaire, consacrée à la prière. On les appelle les Pères du Désert.

Paul de Thèbes est né vers 227, en Thébaïde. Après le décès de ses parents, le mari de sa sœur l’a dénoncé comme chrétien aux autorités romaines, afin d’obtenir sa part d’héritage. Paul s’enfuit alors dans le désert, vers 250, en pleine persécution. Il vivait dans une grotte au milieu du désert, se nourrissant uniquement des fruits d’un palmier qui se trouvait à proximité et se vêtant uniquement des feuilles de ce palmier. Il a vécu cette vie pendant presque une centaine d’années : il serait mort à l’âge de 113 ans ! Au cours de sa vie, d’autres ont suivi son exemple.

Si Paul de Thèbes est le premier Père du Désert, la figure la plus influente du mouvement est Antoine le Grand. Né vers 250, à Koma (Qiman al-Arus), en Haute-Egypte, dans une famille chrétienne aisée, il avait environ 20 ans lorsque ses parents sont décédés. Peu après, il a été interpellé par cette parole de Christ : « Si tu veux être parfait, va vendre ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens et suis-moi. » Il décide alors de vendre tout son héritage, distribue l’argent aux pauvres, puis part vivre le reste de sa vie dans le désert. D’après une légende, un corbeau venait lui apporter du pain quotidiennement. Beaucoup d’autres légendes racontent les tentations qu’il a subies et les miracles qu’il a accomplis. Il est brièvement sorti de sa solitude en 338, pour se rendre à Alexandrie afin de contribuer à la lutte contre l’hérésie arienne. L’évêque Athanase d’Alexandrie, qui l’admirait beaucoup, a écrit un récit de sa vie. Antoine est mort à l’âge de 105 ans.

La vie d’Antoine le Grand a été marquée par d’importants changements dans la société romaine. Lorsqu’Antoine s’est retiré dans le désert, le culte chrétien était encore officiellement interdit, avec des persécutions violentes sous l’Empereur Dioclétien. En 312, cependant, le nouvel Empereur Constantin s’est lui-même converti au christianisme. A partir de là, l’Eglise chrétienne s’est retrouvée associée aux structures de pouvoir de l’Empire romain et s’est beaucoup enrichie. Des foules de plus en plus nombreuses, souvent ignorantes des textes sacrés, commencent à affluer dans les églises. En même temps, beaucoup de jeunes hommes, inspirés par l’exemple d’Antoine et d’autres, abandonnent les églises pour se retirer dans le désert. Souvent riches, ils renoncent à leur fortune pour répondre à l’appel de Christ à une vie chrétienne authentique.

Le mouvement s’est étendu aussi aux femmes. La plus connue des Mères du Désert est Synclétique d’Alexandrie. Originaire de Macédoine, elle était issue d’une famille noble, qui avait fait fortune dans le commerce maritime. Après la mort de ses parents, elle distribue sa fortune aux pauvres, se coupe les cheveux et s’installe avec sa sœur, qui était aveugle, dans une petite cellule en dehors de la ville d’Alexandrie. Avec le temps, d’autres jeunes femmes se sont installées à proximité de sa cellule, pour bénéficier de son enseignement.

Paphnuce de Thèbes, un disciple d’Antoine le Grand, a vécu comme moine dans le désert pendant plusieurs années avant de devenir évêque de Thèbes. Victime de la persécution pendant le règne de l’Empereur Maximin Daïa, il a été torturé pour sa foi : il a perdu son œil gauche et le tendon de son pied droit a été coupé. Il a ensuite participé au Concile de Nicée, où il a été honoré par l’Empereur Constantin et par tous les participants pour les tortures qu’il a subies pour le nom de Christ. Il s’est opposé aussi à l’intention de certains évêques de rendre le célibat obligatoire pour tout le clergé chrétien, en affirmant la dignité du mariage et que le célibat n’est que la vocation de certains, pas de tous.

Les premiers ascètes chrétiens menaient une vie solitaire (anachorètes). Au début du 4° Siècle, Pacôme le Grand a commencé à fonder des communautés, où une centaine de moines vivaient ensemble, sous la direction d’un guide spirituel appelé abbé. Ces communautés monastiques suivaient une discipline très stricte, rythmée par des prières collectives et des jeûnes. Le reste de leur temps était consacré au travail manuel (souvent agricole) et à la méditation silencieuse. Le premier monastère a été établi par Pacôme vers 318. Des monastères féminins ont été établis aussi, notamment sous la direction de Théodora d’Alexandrie, qui s’était enfuie dans le désert, déguisée en homme, pour rejoindre une communauté monastique. D’autres ascètes vivaient en petits groupes de 2 à 6 hommes ou femmes, qui se réunissaient avec d’autres groupes une fois par semaine.

La dernière grande figure du monachisme égyptien est Macaire le Grand. Né en Basse-Egypte vers 300, il part vivre dans le désert dans sa jeunesse, gagnant sa vie en fabriquant des paniers de paille. Peu après, une femme enceinte l’accuse de l’avoir violée. Macaire choisit de ne pas se défendre contre cette fausse accusation. Lorsque le moment est venu pour la femme d’accoucher, elle a eu un accouchement très difficile et n’a pas pu mettre son enfant au monde avant d’avoir avoué que Macaire était innocent. Une foule est venue lui demander pardon, mais Macaire s’est enfui dans le Désert de Nitrie. Là, il a fondé un centre monastique à Wadi Natroun, une région qui demeure un haut lieu du monachisme en Egypte jusqu’à aujourd’hui.
En plus des Evangiles chrétiens, le mouvement monastique était également influencé par l’ascétisme de certaines écoles philosophiques grecques, comme les pythagoriciens, les cyniques et les stoïciens, ainsi que par le manichéisme.
En Afrique et au-delà


Depuis l’Egypte, le monachisme s’est répandu dans d’autres régions. Le plus ancien monastère encore en activité est le Monastère Sainte-Catherine, fondé en 565 au pied du Mont Sinaï, où Moïse a reçu de Dieu la révélation des Dix Commandements. Ce monastère est consacré à Catherine d’Alexandrie, une jeune femme morte en martyre au début du 4° Siècle. Le Codex Sinaiticus, le plus ancien manuscrit de la Bible chrétienne, est conservé dans le monastère Sainte-Catherine.

En Syrie, une nouvelle forme de monachisme s’est développée : les stylites, qui vivaient sur des colonnes, avec un panier attaché à une corde pour faire monter leur nourriture, et prêchaient aux foules qui venaient vers eux. Le fondateur de ce mouvement, Siméon le Stylite, a vécu pendant 36 ans au sommet d’une colonne. Il est connu pour avoir prêché le christianisme aux tribus arabes nomades du désert syrien.
En Afrique du Nord, des monastères ont été fondés dans le désert libyen, puis au-delà, en Numidie et en Maurétanie. Augustin d’Hippone a vécu pendant plusieurs années en communauté monastique dans sa maison familiale à Thagaste (Souk Ahras) avant de devenir évêque. Sa sœur était abbesse d’un couvent de femmes à Hippone (Annaba). Au 5° Siècle, Fulgence de Ruspe, qui a lutté contre la doctrine arienne imposée par les occupants vandales, était moine. Au 11° Siècle, Constantin l’Africain, un chrétien de Carthage, médecin de formation, est devenu abbé d’un monastère en Italie et a traduit en latin les ouvrages des maîtres de la médecine arabe, jouant un rôle fondamental dans le développement de la médecine européenne médiévale. (Source)

Le monachisme joue un rôle très important dans l’Eglise copte d’Egypte jusqu’à aujourd’hui, surtout à Wadi Natroun. Le pape copte Tawadros II est issu d’un monastère de Wadi Natroun, de même que son influent prédécesseur Chenouda III. La force de la vie monastique a certainement joué un grand rôle dans la survie de l’Eglise copte au cours des siècles de domination islamique.
