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Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour le christianisme naissant. Trois des plus grandes figures chrétiennes de cette époque étaient nord-africaines. Dans cet article, nous découvrirons la vie d’Augustin d’Hippone, le plus grand théologien de l’Eglise romaine, surnommé le « docteur de la grâce ».
Sa vie

Aurelius Augustinus Hipponensis est né le 13 novembre 354, à Thagaste (Souk Ahras), en Numidie romaine. Son père, Patricius, un décurion (officier subalterne) dans l’armée romaine, possède un modeste domaine à Thagaste. Sa mère, Monique, est d’origine amazighe et fervente chrétienne, tandis que son père est païen.
Pour ce qui est des origines ethniques d’Augustin, il est généralement admis que son père était Romain et sa mère Amazighe. Le nom de sa mère, Monique, est d’origine amazighe ; il s’agit du seul prénom moderne courant d’origine amazighe. La famille d’Augustin était fortement romanisée, ce qui ne l’empêchait pas de revendiquer fièrement ses origines africaines et ses liens avec d’autres auteurs romano-africains, comme Apulée ou Marius Victorinus. Sa langue maternelle était probablement le latin, mais il parlait aussi couramment lybique (tamazight). Il n’a jamais appris à maîtriser le grec, à cause d’une relation difficile avec son professeur de grec lorsqu’il était jeune.

A l’âge de 11 ans, son père l’envoie étudier à Madaure (M’daourouch), où il découvre la littérature latine. A l’âge de 17 ans, il part étudier la rhétorique à Carthage. Malgré les avertissements de sa mère, il a de mauvaises fréquentations et mène une vie dissolue. En 372, il a un fils, Adéodat (don de Dieu). La mère de son enfant, qui vit à Carthage, demeurera son amante pendant plus de 15 ans, mais il ne l’a jamais épousée.
Pendant ses études à Carthage, il lit le dialogue Hortensius, de Cicéron, qui fait naître en lui un profond amour de la philosophie. Vers la même époque, il se convertit au manichéisme, une nouvelle religion d’origine orientale. Il sera manichéen pendant dix ans, avant d’abandonner cette doctrine.
En 373, il retourne enseigner la rhétorique à Thagaste pendant un an, avant d’ouvrir sa propre école de rhétorique à Carthage. En 383, il s’installe à Rome, où il espère trouver les meilleurs rhéteurs, mais il est déçu par le manque de sérieux de ses étudiants. C’est à Rome qu’il se détourne progressivement du manichéisme.
Peu après son arrivée à Rome, il rencontre Symmaque, le préfet de la ville. En 384, il est choisi comme professeur de rhétorique à la cour impériale, qui siège à Milan à cette époque. A l’âge de 30 ans, il occupe la fonction académique la plus prestigieuse du monde romain.

A Milan, il découvre le néoplatonisme en lisant Plotin et Porphyre, traduits en latin par son compatriote africain Marius Victorinus. Il rend visite à Ambroise, l’évêque chrétien de la ville, après avoir entendu parler de sa réputation de grand orateur. Les deux hommes deviennent très proches et après la mort de son père, Augustin considèrera Ambroise comme un nouveau père. Son étude de la philosophie néoplatonicienne et son amitié avec Ambroise l’amènent à s’intéresser sérieusement pour la première fois au christianisme, qu’il connaissait pourtant depuis son enfance étant donné que sa mère était chrétienne.
La famille d’Augustin, qui l’a suivi à Milan, le pousse à trouver une épouse respectable. Pour cela, il doit d’abord se séparer de son amante, avec qui il a un enfant. Cette séparation lui brise le cœur : il considérait leur relation comme équivalente à un mariage, que leur différence de statut social ne leur permettait pas d’officialiser.
En août 386, il a une expérience spirituelle qui l’amène à se convertir au christianisme : après avoir entendu une voix d’enfant lui dire : « Prends et lis », il ouvre ses manuscrits bibliques et lit un verset de l’épître de Saint-Paul aux Romains : « Marchons honnêtement, comme en plein jour, loin des excès et de l’ivrognerie, de la luxure et de l’impudicité, des querelles et des jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et n’ayez pas soin de la chair pour en satisfaire les convoitises. » Il se consacre immédiatement à Christ.

Augustin et son fils Adéodat sont baptisés ensemble à Pâques de l’année suivante, en 387. Sa mère, qui n’a jamais cessé de prier pour sa conversion de son fils, est très heureuse.
Après sa conversion, Augustin renonce à sa profession de rhéteur pour se consacrer à la prédication. Il décide aussi de rompre ses projets de mariage et de rester célibataire.
En 387, après son baptême, la famille d’Augustin décide de retourner en Afrique. Sa mère, Monique, meurt en route. Peu après leur arrivée à Thagaste, son fils Adéodat meurt également. Augustin, très affecté, vend le domaine familial et distribue l’argent aux pauvres. Il ne garde que la maison, où il vit en communauté avec un groupe d’amis chrétiens.

En 391, Augustin est ordonné prêtre à Hippone (Annaba). Il souhaite mettre ses études philosophiques et rhétoriques au service de l’étude et de la prédication des textes sacrés. En 395, il devient évêque d’Hippone. Il passera le reste de sa vie dans cette ville.
Peu avant la mort d’Augustin, les Vandales débarquent en Afrique du Nord. Au printemps 430, ils assiègent Hippone. Augustin tombe malade et meurt pendant le siège. Il passe ses derniers jours dans la prière. Après sa mort, les Vandales prennent la ville et la brûlent entièrement, sauf l’église et la bibliothèque d’Augustin, qu’ils laissent intactes. La basilique Saint-Augustin d’Annaba, construite en 1881, est située à proximité des vestiges de son ancienne église.
Son œuvre

En dehors de Christ et des apôtres eux-mêmes, personne d’autre n’a eu une telle influence sur l’Eglise chrétienne que le Nord-Africain Augustin d’Hippone.
Il commence à écrire immédiatement après sa conversion. A son retour en Afrique, il écrit plusieurs ouvrages critiques des manichéens, afin de combattre l’influence croissante de cette nouvelle religion. Devenu évêque d’Hippone, il s’engage dans une série de débats publics avec les manichéens de la ville. Il écrit aussi un livre pour réfuter Fauste de Milève, le chef de file des manichéens en Afrique, qu’il avait connu à Carthage à l’époque où il était lui-même manichéen.
Ses deux ouvrages principaux sont Les Confessions et La Cité de Dieu.

Les Confessions, écrites vers l’an 400, sont un récit de sa vie, dans lequel il examine son parcours spirituel, jusqu’à sa conversion. Ce livre peut être considéré comme la première autobiographie de l’histoire. Il a cependant ceci de particulier : il s’adresse directement à Dieu, à qui l’auteur confesse sa vie, ses fautes, ses errements et les leçons qu’il en a apprises.
La Cité de Dieu est de loin l’œuvre la plus influente d’Augustin. Cet ouvrage en 22 livres, écrits sur une période de 14 ans, décrit sa vision de la société chrétienne idéale, fondée sur la loi divine. Plus encore que dans ses autres ouvrages, il cite une abondance d’auteurs classiques gréco-romains, afin de démontrer en quoi l’enseignement chrétien les surpasse tous.
Il a également écrit des commentaires bibliques, des livres doctrinaux (De la doctrine chrétienne) et philosophiques, ainsi que des ouvrages polémiques contre diverses hérésies chrétiennes et contre les Juifs.
Enfin, il est célèbre autant pour ses sermons que pour son œuvre écrite : il a prêché environ 6000 sermons pendant sa vie, dont 500 ont été conservés.
Le réalisateur égyptien Samir Seif a produit Augustin : fils de ses larmes, un film sur la vie d’Augustin, en partenariat avec le Ministère algérien de la Culture. Le titre fait référence aux larmes de la mère d’Augustin, alors qu’elle priait pour la conversion de son fils. Le rôle principal est joué par l’acteur algérien Imad Benchenni. Nous partageons ce film ci-dessous.
