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Alexandre le Grand, le plus grand conquérant de l’Antiquité, a conquis un Empire qui s’étendait de sa Macédoine natale jusqu’au fleuve Indus. Ses conquêtes ont suscité une grande crainte à Carthage, au point où les Carthaginois ont décidé d’envoyer un espion pour les tenir informés de ses projets.

Contexte : les campagnes d’Alexandre le Grand
Le jeune roi Alexandre III de Macédoine, qui a hérité de son père un Royaume qui domine déjà la plus grande partie de la Grèce, avait surtout pour ambition de vaincre l’ennemi mortel des Grecs : l’immense Empire perse. Il traverse l’Hellespont en 334, et se lance à la conquête de l’Asie mineure (Turquie actuelle).

En 332, il assiège Tyr, la capitale de la confédération de cités-Etats phéniciennes. Pendant ce siège, les femmes et les enfants de la ville sont évacués à Carthage. Alexandre le Grand finit par comprendre qu’il ne pourra prendre la ville qu’avec une flotte. A ce moment-là, 80 navires perses originaires de villes qu’il a déjà conquises se rallient à lui, suivis de 120 navires venus de Chypre, qui ont entendu parler de ses exploits et souhaitent le rejoindre. Grâce à cette flotte, il prend le contrôle de la ville. La civilisation phénicienne, qui dominait jadis une grande partie du bassin méditerranéen, n’existe désormais plus que dans la diaspora, centrée sur Carthage.
L’année suivante, Alexandre le Grand conquiert l’Egypte et fonde la nouvelle capitale de son Empire, à laquelle il donne son nom : Alexandrie. Les Grecs de Cyrénaïque, heureux de voir un roi grec qui aspire à réunir tous les Grecs, se soumettent à lui. Il marche ensuite vers l’Orient.
En octobre 331, il affronte l’armée de l’Empereur de Perse Darius III, à Gaugamela (probablement Tel Gomel, près d’Erbil, dans le Kurdistan iraquien actuel). Sa victoire est totale. L’Empire perse, l’ennemi historique des Grecs, est vaincu. Au cours des prochaines années, il étend ses conquêtes de plus en plus loin vers l’Orient. A sa mort, en 323, il règne sur le plus grand Empire de l’histoire antique.
La réaction de Carthage

Au début des campagnes d’Alexandre le Grand, les Carthaginois le voyaient avec une certaine indifférence : son armée était loin de leurs frontières et s’intéressait surtout aux régions orientales. Cela a changé après la conquête de Tyr, la cité-mère de Carthage, avec laquelle l’ancienne colonie avait gardé des liens étroits : les Carthaginois craignaient à présent qu’après avoir atteint son objectif en Orient, Alexandre le Grand ne se tourne vers l’Occident, vers leur Empire. Cette crainte s’est encore accentuée après la fondation d’Alexandrie, sur la rive Sud de la Mer Méditerranée, dont le port menaçait de devenir un rival de poids pour Carthage.

C’est à ce moment-là que les autorités carthaginoises ont décidé d’envoyer un espion auprès d’Alexandre le Grand. Cet espion est appelé Hamilcar le Rhodien (à ne pas confondre avec Hannibal le Rhodien, un officier carthaginois pendant la Première guerre punique). Sa mission était de les tenir informés de ses projets, notamment s’il prévoyait d’attaquer Carthage.
Cet espion carthaginois n’est mentionné que par trois auteurs antiques : Frontin, un officier militaire romain du 1° Siècle, Justin, un historien latin du 2° Siècle, et Paul Orose, un auteur chrétien du 5° Siècle, qui a écrit une histoire du monde dans une perspective chrétienne. Tous ces auteurs ont écrit plusieurs siècles après les faits, ce qui a amené certains historiens modernes à mettre en doute leur témoignage. Il est cependant possible qu’ils s’inspirent de sources plus anciennes, qui sont perdues. La plupart des historiens acceptent aujourd’hui que l’épisode de l’envoi de l’espion carthaginois est bien historique.
Les craintes carthaginoises étaient-elles fondées ? Alexandre le Grand avait-il effectivement l’intention de revenir attaquer Carthage après avoir conquis l’Orient ? Sur ce point, les historiens modernes sont en désaccord : selon certaines sources, après sa conquête de Tyr, il aurait renvoyé des Carthaginois vivant dans la ville avec le message que le tour de Carthage viendrait, mais même si c’est vrai, il pourrait s’agir davantage de rhétorique guerrière que d’un projet de conquête à venir. En tout cas, les craintes carthaginoises étaient bien réelles.
Qu’Alexandre le Grand ait effectivement eu l’intention de conquérir Carthage ou non, il n’en a pas eu le temps : il est mort en 323, à Babylone, à seulement 32 ans.
