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Au cours du 3° Siècle, l’Empire romain a été ébranlé par la plus longue période de crise de son histoire, avec une longue série de guerres civiles, de tentatives de sécession et d’invasions étrangères. Les Amazighs de l’intérieur du continent africain, qui n’ont jamais accepté la domination romaine, en profitent pour se rebeller.
Contexte
A l’époque romaine, les grandes villes comme Carthage, Cirta (Constantine), Césarée (Cherchell) et Tingis (Tanger) étaient habitées par des populations aux origines mélangées, à la fois romaines et africaines. Les Amazighs romanisés des villes appréciaient les conforts liés à l’art de vivre romain et ont d’ailleurs acquis une forte influence dans l’administration impériale. En revanche, les Amazighs des régions rurales ont gardé leur mode de vie traditionnel et étaient hostiles à la domination romaine. Au 3° Siècle, lorsque le pouvoir romain était plus affaibli que jamais, ils ont saisi l’occasion pour se rebeller.

A cette époque, deux confédérations de tribus amazighes dominent les régions rurales à l’intérieur des limes romaines. Les Bavares vivent en Maurétanie césarienne et sitifienne (Algérie actuelle) : le cœur de leur territoire est la Kabylie et il s’étend jusqu’à l’Ouarsenis et l’Oranais. L’historien français Gabriel Camps a suggéré que le terme « Berbère » ne vient pas de « barbare », comme couramment admis, mais des Bavares. Les Baquates, eux, sont situés en Maurétanie tingitane (Maroc actuel), dans la région de Taza et le Rif oriental. Les Baquates sont mentionnés dans des inscriptions dès le 2° Siècle, tandis que les Bavares apparaissent pour la première fois dans une inscription à Volubilis, qui commémore une rencontre entre un émissaire de l’Empereur Septime Sévère (222-235) et un « princeps gentis Bavarum et Baquatum » (prince des peuples Bavares et Baquates). Ces peuples sont parfois décrits comme nomades, d’autres fois comme montagnards sédentaires, ce qui semble indiquer qu’il y avait à la fois des tribus nomades et sédentaires. Le géographe romain Julius Honorius précise que le fleuve Malva (Moulouya) constituait la frontière entre le territoire bavare et baquate.
L’insurrection bavare

Les Bavares entrent en rébellion en 253 et affrontent les troupes romaines en Maurétanie. En 255, ils envahissent la Numidie. Ils attaquent Cuicul (Djemila), puis remontent le fleuve Ampsaga (Oued Rhumel), jusqu’à Milève (Mila), où ils sont battus et repoussés par le légat de Numidie Macrinus Decianus, en 259. Ces événements sont décrits dans une inscription retrouvée à Lambèse (Tazoult). Une autre inscription, retrouvée vers El-Mahdia dans la plaine de Setif, relate l’insurrection bavare en Maurétanie.

La défaite des Bavares en Numidie ne suffit pas à arrêter leur insurrection : en 260, le commandant romain d’Auzia (Sour el Ghozlane), qui avait capturé et exécuté le chef bavare Faraxen, est tué dans une embuscade. Une autre offensive a lieu un peu plus tard au col de Teniet el-Meksen, dans les Babors. Une inscription retrouvée sur le champ de bataille mentionne les trois « rois » qui ont mené cette bataille : Taganin, Masmul et Fahem. Le titre de « rois » indique qu’ils commandaient des troupes assez nombreuses.
Une nouvelle rébellion éclate entre 290 en 298, obligeant l’Empereur Maximien à venir lui-même en Maurétanie pour mener la campagne contre les insurgés.
L’insurrection baquate

Les Baquates ont causé beaucoup de problèmes aux Romains dès le 2° Siècle. Vers 117, après le meurtre du général romain d’origine maure Lucius Quietus, ils ont attaqué la ville romaine de Cartennae (Ténès). Vers 173, ils s’allient à la tribu voisine des Makanitai et détruisent ensemble une légion romaine près de Volubilis, poussant les Romains à construire de nouvelles murailles pour la ville. La paix est restaurée en 175, par un accord entre les Romains et le chef baquate Ucmet. Vers 180, le nouveau chef baquate devient citoyen romain.
Vers 235, les Baquates, mécontents de l’expansion du territoire de la ville romaine de Volubilis sur des terres qu’ils utilisaient auparavant comme pâturages, font alliance avec les Bavares. Inquiets, les Romains envoient deux légats pour les amener à rompre leur alliance. Une série de quatre colloques organisés entre 239 et 245 indique d’intenses négociations pour résoudre le problème par voie diplomatique, sans succès.
Les Baquates entrent en rébellion en même temps que les Bavares. Vers 259, ils s’emparent de la ville romaine de Julia Valentia (Banasa), dans la plaine du Gharb. Un peu plus tard, ils prennent Thamusida (vers Kenitra).
La paix revient au cours de la décennie 270. Vers 277, les Romains accordent au chef baquate le statut de rex (roi). Un nouveau traité de paix, en 280, vise a établir une paix perpétuelle. Peu après, les Romains évacuent Volubilis. Les Baquates prennent le contrôle de la ville sans combats et récupèrent leurs terres.
Par la suite
Après le 3° Siècle, l’Empire romain ne contrôle plus que les villes côtières d’Afrique du Nord, de Césarée (Cherchell) à Tingis (Tanger). Les tribus amazighes de l’intérieur jouissent d’une large autonomie, tout en reconnaissant symboliquement la souveraineté de l’Empereur romain. Volubilis, la capitale historique de la Maurétanie, est de nouveau une ville amazighe, tout en gardant ses infrastructures romaines.
Au 4° Siècle, les Bavares ont également participé à la révolte de Firmus.
