Le christianisme en Afrique du Nord

La peste de Cyprien : une épidémie qui porte le nom d’un évêque nord-africain

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Les maladies et épidémies étaient courantes et souvent très dévastatrices dans l’Antiquité. Une des épidémies les plus mortelles qui a ravagé le monde romain est appelée « peste de Cyprien », du nom d’un évêque de Carthage qui la mentionne dans ses écrits.

Groupe de médecins romains

La médecine romaine était une des plus avancées du monde antique. Les Romains avaient beaucoup appris de la médecine grecque et avaient une très bonne connaissance de l’anatomie humaine. Ils ignoraient cependant l’existence des microbes, ce qui les rendait vulnérables aux maladies infectieuses. Les épidémies frappaient les riches et les puissants aussi bien que les plus pauvres. La pire de toutes, qui a ravagé l’Empire romain pendant 15 ans, entre 165 et 180, a fait 10 millions de victimes, soit environ un quart de la population, dont l’Empereur Marc-Aurèle lui-même.

Une autre épidémie, qui a duré une vingtaine d’années, de 250 à 270 environ, est connue des historiens sous le nom de « peste de Cyprien ». On estime que plus de la moitié de la population d’Alexandrie, la première ville touchée, est morte. A Rome, au pic de l’épidémie, on comptait 5000 morts par jour. On ne sait pas avec certitude de quelle maladie il s’agissait : peut-être la variole, la rougeole ou une fièvre hémorragique virale de type Ebola.

Cyprien de Carthage

Cyprien de Carthage, l’évêque chrétien de la capitale de l’Afrique romaine pendant cette épidémie, a écrit au sujet de l’épidémie. La communauté chrétienne était tout aussi affectée que le reste de la population, avec beaucoup de morts dans ses rangs. De plus, les païens les accusaient d’être responsables de la peste, qu’ils voyaient comme un châtiment divin contre ceux qui s’étaient détournés de la religion romaine. Leur attitude était cependant radicalement différente de celle de leurs contemporains : alors que tous ceux qui en avaient les moyens cherchaient à fuir les villes infectées, les chrétiens choisissaient de rester et de prendre soin des malades, qu’ils partagent leur foi ou non. Dans son livre De la mortalité, Cyprien explique les raisons de cette différence.

Cyprien donne une description détaillée des symptômes de la maladie : « Les boyaux, relâchés dans un flux constant, affaiblissent le corps ; un feu issu de la moelle fermente en des blessures dans l’arrière-bouche ; les intestins sont secoués de vomissements continuels ; les yeux sont enflammés et injectés de sang ; dans certains cas, les pieds ou certaines parties des membres sont rongés par la putréfaction ; à cause de la faiblesse due à la mutilation et à la perte du corps, la marche est affaiblie, ou l’ouïe obstruée, ou la vue affaiblie. »

Pourquoi donc les chrétiens choisissent-ils de rester ? Parce que, grâce à leur foi, ils n’ont plus peur de la mort : « renonçant à la crainte de la mort, nous songeons à l’immortalité qui suit. » De plus, cette épidémie est pour eux l’occasion idéale de mettre en pratique le premier commandement de Christ, l’amour du prochain, en prenant soin des malades et de ceux qui ont perdu des proches, au sein de la communauté chrétienne et au-delà. Des témoignages de cette époque rapportent que les chrétiens visitaient les malades et les soignaient. Ainsi, par leur exposition au virus, beaucoup de ces visiteurs étaient probablement immunisés… et leur résistance à la maladie pouvait sembler miraculeuse pour ceux qui les voyaient !

Dans le même ouvrage, Cyprien répond aussi à la question qui revient toujours dans les moments difficiles : pourquoi Dieu permet-il toute cette souffrance ? « Par ailleurs, mes frères bien-aimés, voyons donc à quel point cette pestilence qui semble si horrible et mortelle, est en fait grandiose, pertinente et nécessaire, afin d’éprouver la justice de chacun, d’examiner les pensées de l’humanité, et de voir si ceux qui sont en bonne santé prennent soin des malades ; si les parents aiment avec affection ceux de leur famille ; si les maîtres ont pitié de leurs serviteurs languissants ; si les médecins n’abandonnent pas leurs patients alors qu’ils les supplient ; si les féroces renoncent à leur violence ; si les voraces apaisent l’ardeur insatiable de leur avarice au moins face à la crainte de la mort ; si les arrogants courbent l’échine ; si les méchants renoncent à leur méchanceté ; si, lorsque leurs proches périssent, les riches se décident enfin à donner, alors qu’ils sont sur le point de mourir sans héritiers. Même si cette mortalité n’a rien accompli d’autre, elle a accompli ce bienfait pour les chrétiens et les serviteurs de Dieu, que nous commençons à désirer le martyre avec joie, alors que nous apprenons à ne pas craindre la mort. »

Les sources chrétiennes et païennes attestent que l’attitude des chrétiens pendant cette épidémie a marqué leurs contemporains et gagné beaucoup de nouveaux croyants à leur foi.

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