Le christianisme en Afrique du Nord

Un héritage oublié : les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique (1/3 – Tunisie)

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A partir du 1er Siècle, une nouvelle religion a commencé à se répandre rapidement dans tout l’Empire romain : le christianisme. L’Afrique du Nord, de ses grandes villes cosmopolites à ses régions rurales les plus reculées, s’est avérée être un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien. Dans cet article, nous découvrirons les principales églises et autres vestiges archéologiques chrétiens qui existent encore aujourd’hui en Tunisie.

Série : Les églises et autres édifices chrétiens d’Afrique du Nord antique – TunisieLibyeAlgérie et Maroc

Basilique Damous el-Karita, Carthage

La Basilique Damous el-Karita de Carthage est la plus ancienne et la plus grande église chrétienne de la capitale africaine. Elle est située au sein du site archéologique de Carthage, sur la colline de l’Odéon. Son nom arabe, Damous el-Karita (داموس الكريطة), est probablement une déformation du latin domus caritatis, « maison de charité ». L’historien et archéologue français Noël Duval décrit cette basilique comme un des « plus célèbres monuments paléochrétiens » d’Afrique du Nord, mais aussi l’un des « plus maltraités et mal connus », qui a été fouillé « incomplètement [et] dans des conditions désastreuses » (Noël Duval, Études d’architecture chrétienne nord-africaine). Pourtant, plusieurs épisodes fondamentaux de l’histoire de l’Eglise chrétienne ont eu lieu ici, notamment le Concile de Carthage III, en 397, qui a définitivement fixé le Canon des Ecritures chrétiennes (c’est-à-dire les livres considérés comme sacrés).

Basilique St-Cyprien

Trois autres importantes églises de Carthage sont la Basilique Saint-Cyprien, construite sur le lieu du martyre de l’évêque Cyprien de Carthage, la Basilique Majorum, détruite, mais reconstruite à l’identique en 1930, et la Basilique de Bir el-Knissia.

Le Musée du Bardo de Tunis contient une vaste collection de pièces paléochrétiennes, retrouvées à Carthage et dans toute la Tunisie. Une des principales est la Mosaïque de Daniel dans la fosse aux lions, sur l’image de couverture de cet article, un rare exemple d’art monumental chrétien africain.

Basilique de Henchir Rhira

Les vestiges archéologique chrétiens ne sont pas limités à la région de Carthage, ni même aux grandes villes ! Des églises ont été retrouvées même sur des sites ruraux isolés, comme la Basilique de Henchir Rhira, dans la région de Beja, dont les ruines sont impressionnantes malgré son isolement.

Eglise de Victoria, Dougga

A Dougga, l’Eglise de Victoria est l’unique monument chrétien qui a été découvert sur ce site jusqu’à présent. Construite sur un ancien cimetière païen, elle est située en dessous du Temple de Saturne.

Le site archéologique de Thuburbo Majus, près de Zaghouan, contient également une église chrétienne, construite sur les vestiges d’un ancien temple païen. Son baptistère en forme de croix est caractéristique du christianisme nord-africain.

Bon Berger, gravure chrétienne dans les catacombes de Sousse

A Sousse, les Catacombes du Bon Berger contiennent près de 15 000 sépultures chrétiennes, avec des gravures qui remontent à l’époque où les chrétiens pratiquaient leur foi dans la clandestinité.

A Bekalta, dans la région de Monastir, un magnifique baptistère orné de mosaïques a été retrouvé en 1993. Il est conservé aujourd’hui au Musée archéologique de Sousse, où il constitue une des pièces principales du département paléochrétien. Un autre baptistère, retrouvé dans l’Eglise du prêtre Félix, à Demna, près de Kelibia, est conservé au Musée du Bardo de Tunis.

Baptistères de Bekalta (droite) et de Kelibia (gauche)

La Basilique de Makhtar est l’ancienne basilique romaine (tribunal) de la ville, qui a été transformée en église. Les anciens édifices civils transformés en églises sont courants dans tout le monde romain ; l’église principale d’une ville romaine, siège de l’évêque, était appelée basilique, comme l’édifice civil.

Eglise vandale de Henchir el Gousset (Source : Zaher Kammoun)

Les Vandales sont un peuple d’origine germaine, qui ont dominé l’Afrique de 439 à 533. Ils étaient chrétiens, mais adhéraient à la doctrine arienne, considérée comme hérétique par l’Eglise autochtone nord-africaine. Le site de Henchir el Gousset, près de Thélepte, dans le gouvernorat de Kasserine, est la seule ville d’origine vandale qui existe encore aujourd’hui. Son église, inaugurée en 521, sous le roi vandale Thrasamund, est une des rares églises d’origine vandale en Afrique du Nord. Une autre église vandale est la Basilique d’Hildeguns, à Makhtar.

Basilique St-Pierre du Kef

La Basilique St-Pierre du Kef, appelée également Dar El Kous, est une église du 5° Siècle, à El Kef. Elle est dédiée à Saint-Pierre, un apôtre de Christ. Cette église ancienne est si remarquablement bien conservée qu’elle a été réutilisée comme lieu de culte à l’époque du protectorat français.

Eglise de Servus, donatiste, Sbeïtla

Les ruines de la ville antique de Sufetula (Sbeïtla) contiennent plusieurs églises : les Basiliques de Bellator, de Vitalis et des Saints Sylvain et Fortunat, l’Eglise de Servus (probablement donatiste) et la Chapelle de Jucundus.

Enfin, le site byzantin de Ammaedra (Haïdra), à la frontière tuniso-algérienne, contient plusieurs églises, dont la plus grande est la Basilique de Melleus.

Il y a encore bien d’autres sites, mais nous avons dû sélectionner les plus représentatifs pour ne pas surcharger cet article.

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