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Caracalla était un Empereur romain, d’origine amazighe d’Afrique du Nord par son père et arabe de Syrie par sa mère. Né à Lugdunum (Lyon), en Gaule, il a été proclamé Empereur en Bretagne. A l’image de son Empereur, l’Empire romain de cette époque était plus multiculturel que jamais auparavant. C’est donc en toute logique que Caracalla a accordé, pour la première fois, la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de son Empire, quelles que soient leurs origines.
Origines et accession au trône de Caracalla

Lucius Septimius Bassianus, dit Caracalla, est le fils aîné de Septime Sévère, le premier Empereur romain d’origine nord-africaine. Sa mère, l’Impératrice Julia Domna, est d’origine arabe, issue de la dynastie royale d’Emèse (Homs), en Syrie. Il est né en 188, à Lugdunum (Lyon), pendant que son père était gouverneur de Gaule. Son surnom, Caracalla, vient de la tunique à capuche d’origine gauloise qu’il aimait porter et qu’il a contribuée à populariser. La diversité de ses origines témoigne de ce que l’Empire romain est devenu : un vaste territoire cosmopolite, où se côtoient des populations aux origines très diverses.
Vers l’âge de 10 ans, Caracalla commence à régner comme co-Empereur de son père, avec son frère Geta, qui a un an de moins que lui.
Septime Sévère meurt en 211, en Bretagne, en pleine campagne pour la conquête de la Calédonie (Ecosse actuelle). Ses deux fils, Caracalla et Geta, lui succèdent. Ils commencent par conclure un accord de paix avec les Calédoniens. Alors que Septime Sévère voulait qu’ils règnent ensemble, les deux frères se sont avérés incapables de partager le pouvoir. Finalement, Caracalla a fait assassiner Geta pour régner seul.
Citoyenneté pour tous
Avant le règne de Caracalla, moins de 10% de la population de l’Empire étaient citoyens romains : seuls les habitants de l’Italie et ceux des colonies romaines, ainsi que les élites locales des provinces, avaient droit à la citoyenneté. L’immense majorité des provinciaux n’étaient pas citoyens et étaient donc exclus de la vie civile.
Caracalla – d’origine provinciale par ses deux parents – estime que la citoyenneté romaine ne devrait pas dépendre des origines ou de l’appartenance ethnique. Son père, le premier Empereur d’origine provinciale, lui avait ouvert la voie en incluant les provinciaux dans l’administration impériale. Dès le début de son règne, en 212, Caracalla fait adopter une loi révolutionnaire, accordant la citoyenneté romaine à tous les hommes libres de l’Empire.
Cette mesure a été particulièrement bien accueillie en Afrique du Nord, en Syrie et en Gaule, les provinces d’origine de ses deux parents et sa propre province de naissance, qui faisaient partie des provinces les plus fortement romanisées de l’Empire.
Les historiens romains, issus de l’élite latine historique et cyniques sur le bien-fondé de cette mesure, affirment qu’il voulait surtout augmenter les revenus de l’Etat en faisant payer des impôts aux nouveaux citoyens. En réalité, il semble avoir agi par conviction que les provinciaux d’autres origines méritaient d’être reconnus comme partenaires égaux des Romains.
Un Empereur universaliste
Peu après l’adoption de sa réforme de la citoyenneté, Caracalla quitte Rome, pour une campagne militaire contre les Germains. Il ne reviendra jamais dans la capitale impériale.
Après sa victoire contre les Germains, il entame une vaste tournée des provinces de son immense Empire. Arrivé à Alexandrie, en Egypte, en 215, il rend hommage à Sérapis, le dieu tutélaire de la ville. Caracalla semble avoir eu beaucoup de dévotion pour Sérapis pendant toute sa vie : alors qu’il était encore co-Empereur de son père, il a fait renouveler le Sérapion, le temple de Sérapis à Alexandrie. Par la suite, il commence à frapper des pièces de monnaie avec son effigie sur une face et Sérapis sur l’autre.


Caracalla semble avoir eu pour ambition de faire de Sérapis le dieu protecteur de son Empire. Selon la vision du monde antique, un Empire universel a besoin d’un dieu universel – non pas un dieu unique, au sens des religions monothéistes, mais le dieu de tous les peuples. Sérapis, dont le culte est un syncrétisme entre la religion traditionnelle grecque et égyptienne, semble être le candidat idéal pour ce rôle.
La population d’Alexandrie n’est cependant pas sensible à ses faveurs : elle lui reproche son meurtre de son frère et d’autres injustices. Caracalla réagit en envoyant son armée piller la ville et massacrer ses habitants pendant plusieurs jours.
Caracalla part ensuite à Antioche, en Syrie, où il prépare une expédition militaire contre les Perses. Il demande la fille de l’Empereur de Perse en mariage, afin d’unir les deux Empires. Lorsque l’Empereur de Perse refuse, il profite de ce prétexte pour l’attaquer.
Mort et succession
Le 8 avril 217, en pleine campagne contre les Perses, Caracalla est poignardé par un soldat, alors qu’il était en train d’uriner. Macrin, son préfet du prétoire, qui est également d’origine nord-africaine, devient Empereur à sa place.
La famille impériale déchue soutient Héliogabale, le fils d’une cousine de Caracalla, dont la mère prétend qu’il est le fils illégitime de l’Empereur assassiné. La plupart des historiens modernes doutent que Caracalla était vraiment son père. Macrin est tué et Héliogabale lui succède.
