Le christianisme en Afrique du Nord

Jules l’Africain : un érudit nord-africain chrétien à la cour impériale

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Jules l’Africain est un militaire, diplomate et écrivain, originaire d’Afrique romaine et de religion chrétienne, qui a fait carrière dans l’administration de l’Empereur romain Septime Sévère et de ses successeurs. Alors qu’il a servi sous des Empereurs païens, ses qualités étaient si précieuses pour ses maîtres qu’il n’a jamais été inquiété pour sa foi.

Vie de Jules l’Africain

Portrait tardif de Jules l’Africain

Sextus Julius Africanus, plus connu sous le nom de Jules l’Africain, est né vers 160, à Aelia Capitolina, la nouvelle ville construite par les Romains sur le site de Jérusalem. A cette époque, les Romains, après avoir chassé les Juifs de Palestine, y installent de nouvelles populations venues de tout l’Empire. La famille de Jules l’Africain, originaire d’Afrique romaine, fait partie de cette migration.

Dans sa jeunesse, il s’engage dans l’armée romaine. En tant qu’officier militaire, il participe à la campagne de l’Empereur Septime Sévère contre les Perses. Cet Empereur, lui-même d’origine Africaine, veut promouvoir une nouvelle élite romano-africaine, dont Jules l’Africain fait partie.

A un moment donné de sa vie, on ne sait pas exactement quand, il se convertit au christianisme, une religion encore très minoritaire à cette époque. Après sa conversion, il est allé à Alexandrie, pour étudier à l’école théologique chrétienne de la ville. Jules l’Africain représente une nouvelle élite chrétienne, qui a reçu une excellente éducation et maîtrise parfaitement l’héritage culturel gréco-romain. Alors qu’il a servi sous des Empereurs réputés hostiles au christianisme, il n’a jamais été inquiété pour sa foi.

Le Royaume d’Osroène et ses voisins

En 212, le nouvel Empereur Caracalla lui confie la mission la plus importante de sa vie : il le nomme Ambassadeur auprès du Royaume d’Osroène. Le roi Abgar VIII d’Osroène vient de décéder et son fils Abgar IX, qui lui succède, a grandi comme otage à Rome. Le rôle de l’Ambassadeur romain était surtout de rendre compte à Rome de la loyauté du nouveau roi. Par ailleurs, depuis la conversion d’Abgar VIII, vers 200, l’Osroène est la première nation officiellement chrétienne de l’histoire, plus d’un siècle avant Rome, ce qui a certainement influencé le choix du chrétien Jules l’Africain comme Ambassadeur.

Son séjour à Edesse (Şanlıurfa, en Turquie actuelle), la capitale de l’Osroène, a permis à Jules l’Africain de s’adonner pleinement à sa passion : la recherche scientifique et littéraire. La ville était un important centre culturel syriaque, ainsi qu’un important centre théologique chrétien. Jules l’Africain a notamment rencontre Bardesane, le premier auteur connu en langue syriaque, qui a écrit des ouvrages philosophiques et historiques. Il a également voyagé plus loin, en Perse.

En 213, Abgar IX est convoqué à Rome et tué par Caracalla, ce qui permet à l’Empire romain d’annexer l’Osroène. Jules l’Africain s’installe en Palestine, où il se consacre à l’écriture.

Emmaüs-Nicopolis

Sa vie après son retour d’Edesse est peu connue. On ignore s’il a participé à la campagne militaire de Caracalla contre les Perses, en 218. Il a écrit une lettre au théologien chrétien Origène d’Alexandrie, dans laquelle il l’appelle « mon fils ». Il a dirigé une ambassade de citoyens de la ville d’Emmaüs, où il résidait, auprès de l’Empereur Héliogabale (218-222), pour demander la restauration de leur ville ; la ville sera effectivement restaurée et renommée Nicopolis. Une de ses œuvres, les Cestes, est dédiée à l’Empereur Sévère Alexandre (222-235). Sous son règne, il aurait ouvert une bibliothèque publique au Panthéon de Rome. Il est mort sous le règne de l’Empereur Gordien (238-244).

Son œuvre

Jules l’Africain parlait couramment grec, latin, punique, hébreu et syriaque. Il écrit en grec.

Son œuvre est essentiellement historique. Il a écrit une chronique de l’histoire du monde, depuis sa création. Il s’agit de la première chronique universelle, qui raconte l’histoire de tous les hommes, alors que les chroniqueurs plus anciens se concentrent sur un peuple particulier. Jules l’Africain est aussi le premier à avoir écrit l’histoire dans une perspective chrétienne. En cela, il a beaucoup influencé les historiens chrétiens après lui.

La chronique de Jules l’Africain contient notamment une liste des vainqueurs des Jeux Olympiques, sur une période de presque 1000 ans, de la Première (-776) à la 249° Olympiade (217). Il s’agit de la seule liste complète des vainqueurs des Jeux Olympiques qui ait été conservée.

Un autre ouvrage important sont ses Cestes, une sorte d’encyclopédie du savoir, dans des domaines allant de l’agriculture aux sciences naturelles et à la stratégie militaire. Dans cet ouvrage, les parties consacrées à l’art de la guerre sont particulièrement surprenantes : pour lui, la fin justifie les moyens, seule l’efficacité d’une tactique compte, non sa moralité. Il justifie l’emploi de méthodes comme l’empoisonnement des puits et la politique de la terre brûlée pour parvenir à la victoire. La violence des méthodes qu’il décrit est peut-être la raison pour laquelle les auteurs chrétiens ultérieurs, choqués par de tels propos, ne se sont pas beaucoup servis des Cestes.

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