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Après la conquête romaine de l’Afrique du Nord, beaucoup de personnalités d’origine nord-africaine ont pris des responsabilités dans l’administration impériale. On estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Une inscription retrouvée à Makthar, dans la Dorsale tunisienne, raconte le parcours d’un paysan nord-africain, né dans la pauvreté, qui a finalement été élu par les citoyens de sa ville pour les représenter au Sénat.
Le site archéologique de Makthar est situé dans le gouvernorat de Siliana, en Tunisie, à 70 km de El Kef. Il s’agit du site de l’ancienne ville numide, puis romaine, de Mactaris, avec plusieurs édifices religieux et civils très bien conservés. Le parc archéologique et le musée de Makthar contiennent de nombreuses pièces d’une grande valeur qui ont été découvertes ici. D’autres pièces sont conservées au Musée du Bardo de Tunis et dans d’autres musées internationaux.
Parmi les trésors archéologiques qui ont été retrouvés sur ce site, il y a l’inscription funéraire, rédigée en latin, d’un certain Caius Mulceius Maximus. L’auteur, un paysan de la région, raconte comment, alors qu’il est issu d’une famille pauvre et n’a connu que les travaux des champs pendant toute sa vie, à force de persévérance et d’un dur labeur, il a réussi à acquérir une maison et un domaine et a même été élu sénateur ! Ce rare témoignage de première main offre un éclairage fascinant sur l’efficacité de la méritocratie romaine, qui permettait à un simple paysan de devenir sénateur. L’inscription contient aussi de précieuses informations sur la vie économique dans les campagnes d’Afrique romaine.
Cette inscription, découverte en 1882 par l’archéologue français Joseph Alphonse Letaille, est aujourd’hui conservée au Musée du Louvre, à Paris.
Voici le texte de l’inscription du moissonneur de Makthar :
« Je suis né d’une pauvre famille et d’un humble père, qui n’avait ni fortune ni maison en ville ; depuis ma naissance, je n’ai vécu que pour mon travail aux champs, et ni pour les champs, ni pour moi il n’y eut jamais de repos ; quand l’année avait conduit les moissons à maturité, alors j’étais le premier à couper le chaume ; quand s’avançait dans les campagnes la troupe des hommes porteurs de faux, se dirigeant vers les campagnes de la numide Cirta ou vers celles de Jupiter, pour moissonner le premier dans les campagnes, je devançais tout le monde, laissant derrière mon dos d’épaisses javelles ; pendant deux fois six moissons, j’ai fauché sous un soleil d’enfer ; ainsi ai-je réussi à devenir chef ; pendant onze années, j’ai dirigé des troupes de moissonneurs, et nos mains ont émondé les plaines de Numidie ; un travail comme le mien et une vie parcimonieuse ont rapporté : ils ont fait de moi le maître d’une maison et le propriétaire d’un domaine, ma maison ne manque de rien, et grâce à notre mode de vie, elle a récolte les fruits des honneurs ; je suis devenu membre du sénat de ma cité et, coopté par mes collègues, j’ai siégé dans leur temple ; j’étais un petit paysan, je suis devenu censeur ; j’ai vu naître et grandir mes enfants et mes chers petits-enfants ; juste récompense d’une vie, j’ai traversé des années glorieuses qu’aucune langue impie ne vient flétrir du moindre reproche ; mortels, apprenez à vivre sans reproches ; qui a vécu dans l’honneur a mérite de mourir de même. — Epitaphe de Mulceius Maximus »

