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En 115-117, la communauté juive de Cyrène se révolte contre le pouvoir romain. Le soulèvement s’étend à toute la Cyrénaïque, puis en Egypte, en Chypre et jusqu’en Palestine. Lucius Quietus, un général romain d’origine maure, est chargé de réprimer les insurgés.
Contexte
Depuis la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70, les Juifs n’ont plus de capitale nationale. La plupart des Juifs vivent toujours en Palestine, d’autres sont dispersés dans tout l’Empire romain et au-delà. Les communautés juives d’Alexandrie et de Cyrène, qui remontent à l’époque des Ptolémée, sont parmi les plus nombreuses et influentes de l’Empire.
A cette époque, les Juifs se soulèvent régulièrement contre l’occupation romaine de leur patrie. La révolte de 115-117 est surtout une révolte des Juifs de la diaspora, ceux de Palestine n’étaient que peu impliqués. Dans l’histoire juive, elle est appelée Mered ha-galuyot (מרד הגלויות), la « révolte de la diaspora ».
Cette révolte est connue aujourd’hui sous le nom de « guerre de Kitos », une déformation du nom de Lucius Quietus, le général romain (d’origine maure) qui l’a réprimée.
La révolte

En 115, l’Empereur romain Trajan est en campagne militaire contre l’Empire perse. Pour cela, il a réquisitionné la plus grande partie des troupes stationnées dans les régions orientales de l’Empire, en ne laissant que peu de soldats dans chaque ville… un contexte idéal pour une révolte.
Les Juifs de Cyrène, mené par un certain Lukuas, se soulèvent et massacrent les légions romaines restées dans la ville. Ils détruisent beaucoup de temples, ainsi que des bâtiments civils symboles de l’occupation romaine, comme la basilique et les bains publics. Lukuas se proclame « roi des Juifs ».
Après avoir pris le contrôle de toute la Cyrénaïque, les insurgés se dirigent vers Alexandrie. Le gouverneur romain abandonne la ville avant leur arrivée. Les insurgés entrent dans la ville et détruisent des temples et le tombeau de Pompée.
Pendant ce temps, en Orient, l’Empereur Trajan a conquis plusieurs villes qui appartenaient à l’Empire perse, comme Edesse (Şanlıurfa), Nisibe (Nusaybin), Séleucie et Arbela (Erbil). Chacune de ces villes avaient une forte communauté juive. Encouragés par le soulèvement en Cyrène, les Juifs de ces villes se révoltent dès le départ de l’Empereur et massacrent les garnisons romaines restées sur place.
En 117, les Juifs de Chypre, menés par Artemion, se rebellent à leur tour. Ils massacrent les troupes romaines stationnées sur l’île, avec des civils grecs.
La répression

Pour réprimer la révolte, Trajan fait appel à un de ses meilleurs généraux : Lucius Quietus, le fils d’un chef de tribu maure qui a aidé les Romains à s’emparer de la Maurétanie.
Lucius Quietus mène une campagne victorieuse pour reprendre les villes insurgées en Orient. Pendant ce temps, un autre général romain, Marcius Turbo, reprend le contrôle de l’Egypte, de Chypre et de la Cyrénaïque.
Lukuas, le chef des insurgés, s’enfuit en Palestine, poursuivi par Marcius Turbo. Les derniers insurgés se réfugient dans la ville de Lydde (Lod). Lucius Quietus, entretemps nommé gouverneur de la province romaine de Judée, assiège Lydde. La ville tombe et les insurgés sont massacrés.
Conséquences
Cette insurrection a causé plus de 200 000 morts en Cyrénaïque. La ville de Cyrène a été saccagée par les insurgés et presque tous les bâtiments ont été détruits. La reconstruction de la ville a pris plusieurs décennies.
