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Dans tout le monde romain, la croissance rapide du christianisme, avec ses dogmes radicalement nouveaux, suscitait beaucoup d’hostilité. Si l’Afrique du Nord était un terrain particulièrement fertile pour l’Evangile chrétien, les persécutions aussi étaient particulièrement fortes dans la région. Au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, un grand nombre de chrétiens nord-africains ont payé leur foi de leur vie.

Contexte

Pourquoi les autorités romaines persécutaient-elles les premiers chrétiens ?
La société romaine était polythéiste et assez tolérante en matière de religion : en plus de leurs propres dieux, les Romains « empruntaient » les divinités des peuples qu’ils avaient conquis. Le problème du christianisme était son exclusivité : les chrétiens irritaient leurs contemporains païens en proclamant que leur Dieu est le seul vrai Dieu et que tous les autres dieux ne sont que des idoles.
Un autre problème était le culte impérial : alors que l’Empereur était considéré comme divin, un intermédiaire entre les dieux et les hommes, les chrétiens (et les juifs) refusaient d’adorer un simple homme. Dans une société où les cérémonies et sacrifices en l’honneur de l’Empereur constituaient le socle de la vie civile, ne pas y participer était un crime à la fois politique et religieux. De plus, l’idée chrétienne d’égalité de tous les hommes devant Dieu était une menace pour l’ordre social antique.
Lorsque les autorités romaines arrêtaient des chrétiens, ils leur ordonnaient de renier leur foi en offrant un sacrifice à l’Empereur. Ceux qui refusaient pouvaient être exécutés pour rébellion contre l’Empereur. Les chrétiens n’avaient cependant pas peur de la mort : elle était l’accomplissement de leur espérance, leur entrée dans la vie éternelle.
Les premiers martyrs nord-africains

Les premiers martyrs chrétiens d’Afrique du Nord étaient un groupe de 12 croyants, qui ont été mis à mort à Scillium (Kasserine, en Tunisie actuelle) en l’an 180. Une lettre adressée à l’évêque Augustin d’Hippone, au 4° Siècle, mentionne quatre autres croyants qui seraient morts martyrs à Madaure (M’daourouch, en Algérie actuelle), vers la même époque. Cette source est cependant tardive et donc incertaine.
Les martyrs scillitains étaient sept hommes, appelés Spératus, Nartzalus, Cittinus, Veturius, Felix, Aquilinus et Laetantius, et cinq femmes : Januaria, Generosa, Vestia, Donata et Secunda. Leurs noms indiquent des origines à la fois amazighes, puniques et romaines, les trois principaux groupes qui composaient la société nord-africaine.
Le récit de leur martyre, qui peut être lu en ligne sur cette page, est le plus ancien texte chrétien nord-africain. Interrogés par les autorités civiles romaines, ce groupe de chrétiens, dont Spératus est le porte-parole, insistent qu’ils sont de bons citoyens, qui payent leurs impôts et ne font de tort à personne. Leur réponse au proconsul romain qui leur ordonne d’offrir un sacrifice à l’Empereur résume l’état d’esprit de tant d’autres martyrs chrétiens après eux : « Nous honorons César en tant que César, mais nous ne craignons que Dieu. » Face à leur refus, ils sont mis à mort.
Les martyrs de Carthage

Deux des martyrs les plus connus de tous sont Perpétue et son esclave Félicité, qui ont été tuées pour leur foi à Carthage, vers 203. Perpétue était une jeune femme noble de 22 ans, mère d’un enfant nouveau-né, tandis que Félicité était enceinte. On ne sait pas comment les deux jeunes femmes sont devenues chrétiennes, mais le récit de leur martyre montre clairement que, depuis qu’elles partageaient la même foi, elles ne se considéraient plus comme maîtresse et esclave, mais comme deux sœurs.
Le récit de leur martyre s’ouvre sur une visite du père de Perpétue, un notable de la ville, à sa fille emprisonnée, pour la supplier de renoncer à sa foi. Malgré les larmes de son père et son inquiétude pour le sort de son enfant, elle refuse de se laisser fléchir : sa foi en Christ est si forte que même la mort ne la séparera pas de lui.
Avant son exécution, elle a une vision dans laquelle elle se voit monter une échelle, au pied de laquelle se trouve un serpent. Le serpent ne lui fait aucun mal, elle arrive en haut de l’échelle et se retrouve dans un magnifique jardin. Elle comprend qu’elle devra mourir pour sa foi, mais qu’après sa mort, elle entrera au paradis.
Finalement, Perpétue et Félicité, avec d’autres croyants, sont dévorées par les animaux sauvages dans l’arène.
Autres martyrs nord-africains
L’évêque Cyprien de Carthage est mort martyr en 258, suivi de huit de ses disciples, Montanus, Lucius, Flavien, Julien, Victoricus, Primolus, Rhénus et Donatien.

Marcel était un centurion dans l’armée romaine, basé à Tingis (Tanger). En 298, il refuse de participer aux cérémonies organisées pour l’anniversaire de l’Empereur Maximien, à cause de sa foi chrétienne. Jugé par un tribunal militaire, il est condamné à mort et décapité. Cassien, le greffier du tribunal, a été tellement impressionné par son courage qu’il s’est converti lors du procès, a refusé de mettre par écrit cette sentence injuste et a donc été exécuté avec Marcel.
Victor le Maure, un soldat chrétien originaire de Maurétanie, qui servait dans la garde prétorienne, est mort martyr en 304, à Milan, en Italie.

Plus tard au cours du 4° Siècle, Fabia Salsa, une jeune fille chrétienne de 14 ans, a été tuée pour sa foi à Tipasa, en Algérie actuelle. D’après la légende, ses parents païens l’ont amenée à une fête en l’honneur d’une divinité locale, représentée par un dragon en bronze. Furieuse à la vue de cette idolâtrie, elle a jeté la tête du dragon à la mer pendant la nuit. Le lendemain, elle a été lapidée et jetée à la mer, mais un marin gaulois qui passait par là a recueilli et enterré son corps. Cette légende est plus tardive, donc certainement moins historique que les récits de martyrs plus anciens, mais il n’y a aucun doute que cette jeune chrétienne a effectivement été tuée pour sa foi à Tipasa. La basilique Sainte-Salsa existe encore à Tipaza aujourd’hui.
Enfin, après la conquête vandale de l’Afrique du Nord, les Vandales, qui étaient de religion arienne, ont également persécuté les chrétiens nord-africains. Plusieurs centaines, dont beaucoup d’évêques, mais aussi des croyants ordinaires, ont été mis à mort pour leur foi. Une martyr de l’époque vandale, Olive, a donné son nom à la mosquée Zitouna de Tunis, construite sur son tombeau.
Le sang des martyrs : une semence
La fermeté dans la foi des martyrs chrétiens, qui étaient prêts à mourir plutôt que de renier Christ, impressionnait tous ceux qui les voyaient et gagnait de nouvelles âmes à leur foi. L’auteur chrétien Tertullien de Carthage l’exprimait ainsi : « Le sang des martyrs est la semence de l’Eglise. »
