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La guerre civile romaine en Afrique : César contre Pompée

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Alors que l’influence romaine s’accroît en Afrique du Nord, le règne des derniers rois de Numidie et de Maurétanie sera tellement lié à Rome que les guerres et intrigues politiques romaines auront un impact croissant sur l’Afrique du Nord. Dans cet article, de notre série sur les dernières décennies de la République romaine, nous découvrirons l’impact de la guerre civile romaine de 49-45, entre Jules César et Pompée, en Afrique romaine et sur les Royaumes de Numidie et de Maurétanie.

Contexte

Pompée
Jules César

Vers le milieu du 1er Siècle avant notre ère, la République romaine est en crise profonde, ébranlée par la dictature de Sylla, puis le complot de Catilina. En 59, les trois hommes les plus puissants de Rome, Jules César, Pompée et Crassus, s’allient, formant le premier triumvirat. Cette alliance servira leurs intérêts, mais ses conséquences pour la République seront néfastes.

De 58 à 50, César est absent de Rome, pour sa guerre de conquête en Gaule. Ses succès militaires, notamment sa victoire contre le chef gaulois Vercingétorix, en 52, lui permettent d’accroître de plus en plus son pouvoir et ses richesses. Pendant ce temps, Pompée accumule les pouvoirs à Rome. Après la mort de Crassus, en 53, un affrontement entre César et Pompée semble inévitable.

En 52, Pompée est élu consul unique, rompant avec la tradition des deux consuls. En 50, il exige que César renonce au commandement de ses légions, argumentant que la conquête de la Gaule est terminée.

Début de la guerre civile

César franchit le Rubicon

En janvier 49, César franchit le Rubicon, une petite rivière qui marque la frontière de l’Italie romaine, à la tête de ses troupes. D’après la loi romaine, pour revenir sur le territoire romain, il aurait d’abord dû dissoudre son armée. Cet acte de César est donc une déclaration de guerre, par laquelle il se déclare rebelle contre la République romaine. A l’occasion de son passage du Rubicon, il aurait prononcé la fameuse phrase : « Alea jacta est », « Le dé est jeté. »

L’Italie romaine n’était pas du tout préparée pour une invasion. César s’empare sans résistance de plusieurs villes, puis il marche sur Rome. Pompée et ses alliés fuient la ville, avec beaucoup de sénateurs, craignant des représailles.

Pendant que César prend le contrôle de toute l’Italie, Pompée parvient à s’échapper en Grèce, d’où il lève une armée issue des provinces romaines orientales.

Au cours de la guerre civile, les partisans de César et de Pompée s’affronteront en Italie, en Espagne, en Afrique, en Grèce et en Asie. Dans cet article, nous nous concentrerons sur l’Afrique.

Premiers combats en Afrique

Juba Ier

Après la fuite de Pompée en Grèce, César marche vers l’Espagne. En même temps, il envoie un de ses alliés, Caïus Scribonius Curion, en Sicile, puis en Afrique. Les troupes de Pompée en Afrique sont commandées par Publius Attius Varus et soutenues par la cavalerie du roi de Numidie Juba Ier.

La première bataille a lieu près d’Utique. Les partisans de César sont victorieux et Varus est repoussé dans la ville d’Utique. Quelques mois plus tard, cependant, les troupes de César subissent une défaite décisive à la bataille de Bagradas (près du fleuve Medjerda), en octobre 49. Curion lui-même est tué au combat. Les partisans de Pompée contrôlent l’Afrique.

Juba Ier entre dans Utique et tue les derniers survivants du camp de César, sauf quelques sénateurs romains, qu’il fait prisonniers et ramène avec lui en Numidie, où ils seront exécutés. Après cette victoire, Juba Ier reçoit le titre de roi ami de Rome. Sa relation avec ses alliés romains reste cependant marquée par une certaine défiance : il exige d’être traité comme un allié, non comme un vassal, et veut surtout préserver l’indépendance de la Numidie.

Guerre de succession en Egypte

Cléopâtre

En 48, César et Pompée s’affrontent en Macédoine. Après plusieurs défaites, Pompée, désespéré, s’enfuit en Egypte. Dès son arrivée à Pélouse (Tell el-Farama), il est assassiné. César, qui le poursuit, arrive en Egypte trois jours après sa mort.

A cette époque, les deux derniers héritiers de la dynastie des Ptolémée, Ptolémée XIII et sa sœur Cléopâtre, s’affrontent pour le trône de l’Egypte. En arrivant en Egypte, César exige le remboursement de la dette égyptienne et propose de jouer le rôle de médiateur dans le conflit entre les deux prétendants. Assiégé à Alexandrie par les hommes de Ptolémée XIII, César rencontre Cléopâtre, qui le séduit et devient son amante. César prend alors le parti de Cléopâtre contre son frère.

Pendant le siège, César fait brûler les navires égyptiens qui se trouvent dans le port d’Alexandrie. L’incendie se répand et la bibliothèque d’Alexandrie est brûlée.

Début 47, une armée de soutien, venue de Syrie, arrive en Egypte. L’armée de César et Cléopâtre traverse le Nil pour les rejoindre. Ensemble, ils engagent le combat contre les troupes de Ptolémée XIII : c’est la bataille du Nil, qui se termine sur une victoire de César. Ptolémée XIII se noie en essayant de s’enfuir.

Après sa victoire, César reste plusieurs mois en Egypte. Sa croisière sur le Nil, avec Cléopâtre, est l’occasion de se reposer, mais aussi de s’assurer de la loyauté à Rome de la nouvelle reine d’Egypte. Lorsqu’il repart, Cléopâtre est enceinte. Leur fils, Ptolémée XV César, sera plus connu sous le nom de Césarion.

Dernière campagne de César en Afrique

Caton d’Utique

Après la mort de Pompée, certains de ses partisans ont décidé de poursuivre le combat. L’un d’eux, Caton, mène ses troupes à travers le désert de Cyrénaïque, jusqu’en Afrique, où il retrouve Scipion Metellus, le commandant des troupes africaines de Pompée. Le gouverneur romain de la province d’Hispanie ultérieure, au Sud de l’Espagne, se rallie à eux.

En quittant l’Egypte, César doit d’abord gérer une crise en Asie, où le roi Pharnace II a profité de la guerre civile pour reconquérir des territoires que Rome avait pris à son père, Mithridate VI. Sa victoire contre Pharnace sera si facile qu’il la décrira par un autre adage devenu célèbre : « Veni, vidi, vici », « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ».

De retour à Rome, il fait face à une mutinerie. En décembre 47, il rassemble ses légions en Sicile, pour aller combattre les derniers partisans de Pompée en Afrique. D’après une rumeur, en débarquant sur la côte africaine, César aurait trébuché, mais, en se relevant, il aurait apaisé les craintes superstitieuses de ses officiers, en saisissant deux poignées de sable et en s’exclamant : « Je te tiens, Afrique ! »

Au début de sa campagne, les troupes de César sont nettement moins nombreuses que leurs adversaires : Scipion Metellus commande dix légions (contre six pour César), sans compter la cavalerie numide de Juba Ier, avec aussi 120 éléphants de guerre. Après le refus de la ville d’Hadrumetum (Sousse) de lui ouvrir ses portes, César établit son quartier-général à Ruspina (Monastir). La première bataille, à Ruspina, est une victoire des partisans de Pompée.

A ce moment-là, le roi Bocchus II de Maurétanie envahit la Numidie, avec le soutien du mercenaire romain Publius Sittius. César n’a joué aucun rôle dans cette attaque, mais il en a profité, car Juba Ier a été contraint de se retirer pour défendre son territoire.

En février 46, César assiège Thapsus (Ras ed-Dimas), afin de pousser Scipion Metellus à l’affronter. La bataille décisive a lieu en avril 46. La victoire de César est totale : plus de 10 000 soldats ennemis sont tués. Metellus Scipion parvient à s’échapper par la mer, mais il se suicide lorsque son navire est intercepté.

Après la guerre

Caton, l’autre chef des partisans de Pompée, n’a pas pris part à la bataille, parce qu’il gardait la ville d’Utique avec ses hommes. A la nouvelle de la défaite, il se suicide pour ne pas être capturé par César. Sa popularité à Utique est telle que, sans craindre la vengeance de César, les habitants de la ville l’enterrent avec honneur et lui donnent le nom honorifique de Caton l’Uticain (Cato Uticensis).

Juba Ier n’a pas non plus participé à la bataille. Après la défaite, il erre de ville en ville, jusqu’à sa capitale, Zama. Partout, ses sujets lui ferment les portes de leurs villes, parce qu’il leur avait auparavant ordonné de ne pas l’accueillir s’il perdait sa guerre contre César. Seul et abandonné de tous, il finit par se suicider.

Massinissa II, le frère de Juba Ier, qui règne sur la Numidie avec lui, a également pris le parti de Pompée. On ignore ce qu’il est devenu après la guerre.

L’Afrique du Nord après la guerre civile – en vert foncé, le territoire de Publius Sittius (Source)

La Numidie est divisée : la partie orientale devient la province romaine d’Africa Nova, tandis que la partie occidentale est rattachée à la Maurétanie. Publius Sittius prend possession de la région de Cirta (Constantine), comme butin de guerre.

César reste quelques mois en Afrique, pour régler ses affaires dans la région, punir les villes qui avaient soutenu Pompée et superviser la construction de la nouvelle Carthage romaine. Il aura aussi une liaison avec Eunoé, la femme du roi Bogud de Maurétanie. En novembre 46, il passe en Espagne, pour y réprimer une insurrection avec l’aide de Bogud : c’est le dernier épisode de la guerre civile, qui dure jusqu’en février 45.

Par la suite

La mort de César

De retour à Rome, César est proclamé dictateur à vie. Peu après, le 15 mars 44, il est assassiné par un groupe de sénateurs, menés par Brutus, qui s’inquiètent de le voir accumuler tant de pouvoir.

En Afrique, Carthage, reconstruite sur ordre de César, devient la nouvelle capitale de l’Afrique romaine.

En Numidie, Arabion, le fils de Massinissa II, parviendra à chasser Bocchus II et Publius Sittius, pour reprendre le trône de son père.

Juba II, le fils de Juba Ier, grandit en captivité à Rome. Il deviendra par la suite le dernier roi de Numidie et de Maurétanie, avant leur annexion par Rome.

La guerre civile dans la poésie romaine
Un siècle après les événements, le poète romain Lucain a écrit une épopée, la Pharsale, qui met en scène la guerre civile romaine dans un cadre semi-mythologique. Par son admiration pour les partisans de Pompée, qui représentent l’ancienne République, l’auteur exprime sa nostalgie de ce passé et son hostilité à l’Empire. Par la suite, Lucain sera arrêté et condamné à mort pour sa participation à un complot contre l’Empereur Néron.
Les livres 4, 9 et 10 se déroulent en Afrique. La Pharsale peut être lue en ligne sur cette page.

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