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Juba II, le dernier héritier du trône de Numidie, grandit à Rome. Jeune adulte, il est établi comme roi du dernier royaume nord-africain qui demeure indépendant de Rome, qui s’étend à la fois sur la Numidie et la Maurétanie historique.
Enfance de Juba II
Juba II est né en Numidie, vers 50 avant notre ère. Il est le fils de Juba Ier, roi de Numidie, ce qui en fait un descendant direct du glorieux roi Massinissa. Par sa mère, il est également descendant de Hannibal. Il est enfant lorsque son père, vaincu par César, se suicide, sans personne pour lui succéder sur son trône.
Après la mort de son père, Juba II grandit à Rome, dans une captivité dorée. Il est élevé par Octavie, la sœur du futur Empereur Auguste, avec plusieurs autres enfants de rois vaincus par Rome, notamment Cléopâtre Séléné, la fille du général romain Marc-Antoine et de Cléopâtre d’Egypte, qui deviendra son épouse. En effet, les Romains veulent élever une nouvelle génération de rois romanisés, qui serviront les intérêts de Rome.
Règne de Juba II

En l’an 30 avant notre ère, le jeune Juba II est rétabli comme roi de Numidie, en tant que dernier descendant de Massinissa.
En 25, il est choisi et couronné par le premier Empereur romain Auguste comme roi d’une grande Maurétanie élargie à la Numidie occidentale. La même année, il épouse Cléopâtre Séléné, la fille de la reine Cléopâtre d’Egypte et du général romain Marc-Antoine.
Si le règne de Massinissa est l’âge d’or du Royaume de Numidie, le règne de Juba II peut être considéré comme l’âge d’or du Royaume de Maurétanie. Sa capitale est Iol (Cherchell), qu’il renomme Césarée en l’honneur de l’Empereur. Son royaume s’étend de Hippo (Annaba) et Cirta (Constantine) à Tingis (Tanger). Il règne pendant près de 50 ans (25 av. J.-C.-23 ap. J.-C.) Pendant tout son règne, il sera un allié très proche de Rome. Il est resté dans les mémoires comme le roi qui aura définitivement fait entrer la Maurétanie dans la zone d’influence romaine.
Le règne de Juba II sera une période de grande prospérité. La Maurétanie s’enrichit grâce à l’exportation de blé, de raisin, de poisson et de teinture pourpre. Le port de Tingis se développe considérablement et la ville de Lixus devient le plus grand complexe industriel du monde méditerranéen. Juba II reprend l’ancienne industrie phénicienne de fabrication de pourpre sur les Iles Purpuraires, au large de Mogador (Essaouira), et envoie même une expédition explorer les Iles Canaries.
Partout dans son royaume, Juba II entreprend d’importants travaux de construction, afin de doter ses villes d’infrastructures de qualité. Les travaux d’architecture et de sculpture qu’il a réalisés, notamment à Césarée et Volubilis, montrent un riche mélange d’influences romaines, égyptiennes et grecques.
Juba II favorise aussi le développement des arts et la recherche scientifique. Son médecin de cour, Euphorbe, a découvert qu’une plante des montagnes de l’Atlas a un puissant effet laxatif. Juba II lui-même est un des rois les plus érudits de son époque, qui a écrit plusieurs livres sur l’histoire, les sciences naturelles, la géographie et l’art. Il a notamment écrit Libyca, sur la géographie de l’Afrique du Nord, ainsi que l’histoire et les coutumes de ses habitants.

Sa reine, Cléopâtre Séléné, joue un rôle très actif à ses côtés et exerce une forte influence sur sa politique. Elle fait venir un grand nombre de conseillers, scientifiques et artistes de la cour de sa mère, à Alexandrie, pour servir à Césarée. Elle fait construire aussi un phare, sur le modèle de celui d’Alexandrie, dans le port de Césarée, ainsi que beaucoup de temples consacrés à des divinités romaines et égyptiennes. Alors que la poésie romaine de cette époque donne une image très négative de Cléopâtre d’Egypte, Cléopâtre Séléné de Maurétanie a vigoureusement promu l’héritage de sa mère.
Vers le milieu de son règne, Juba II a été choisi par l’Empereur Auguste pour accompagner son petit-fils Caius César dans une expédition en Orient, afin de conseiller le jeune homme. Ce choix montre l’estime que l’Empereur avait pour lui.
Vers la fin de son règne, Juba II a dû faire face à une insurrection des tribus amazighes contre la présence romaine en Afrique du Nord, menée par Tacfarinas, un ancien soldat qui a déserté de l’armée romaine, issu de la tribu gétule des Musulames. Cette insurrection se poursuivra après sa mort, sous le règne de son fils Ptolémée.

La reine Cléopâtre Séléné meurt en -5. Juba II se remarie avec Glaphyra, la veuve du fils du roi de Judée Hérode le Grand. Leur mariage n’est pas heureux, contrairement au précédent mariage de Juba II avec Cléopâtre Séléné.
Juba II meurt en 23. Il est enterré, avec Cléopâtre Séléné, dans le Mausolée royal de Maurétanie, près de Tipasa (Tipaza, en Algérie). Ce monument, surnommé le « tombeau de la chrétienne » (une erreur de traduction de « Qabr el-Rûmiyya », « tombeau de la Romaine »), est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Mort et succession de Juba II

Après la mort de Juba II, son fils Ptolémée (23-40) lui succède. Issu de plusieurs lignées royales, il a une des filiations les plus prestigieuses du monde antique. Son père, Juba II, en plus d’être un descendant direct de Massinissa, descend également de Hannibal, par sa mère. Sa mère, Cléopâtre Séléné, est la fille de Marc-Antoine et de la reine Cléopâtre d’Egypte. Ptolémée est donc à la fois l’héritier, par son père, de Massinissa et de Hannibal, et, par la mère, de l’aristocratie romaine, des anciens Pharaons et des Ptolémée d’Egypte. Enfin, il a hérité du trône des anciens rois de Maurétanie.
Une telle filiation fait de lui un prétendant potentiel au trône impérial, mais elle représente aussi un grand danger pour lui. En 40, l’Empereur Caligula le fait assassiner et annexe son Royaume. Son meurtre provoque une nouvelle révolte maure contre Rome, menée par Aedémon, un esclave affranchi de la cour royale. Peu soutenu par la population locale, Aedémon est tué après deux ans. Les Romains contrôlent à présent toute l’Afrique du Nord.
