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Après le règne de Massinissa et, surtout, l’insurrection de son petit-fils Jugurtha, les derniers rois de Numidie seront de plus en plus dépendants clients de Rome, jusqu’à l’annexion finale de leur royaume par l’Empire romain. Les rois de Maurétanie, eux, conserveront davantage d’autonomie, jusqu’au règne de Juba II.

Les derniers rois de Numidie : les descendants de Massinissa
Gauda et ses fils

Après la défaite de Jugurtha, Gauda (105-88), un jeune demi-frère de Jugurtha, a été choisi par les Romains comme nouveau roi d’une Numidie amputée de la moitié de son territoire. D’après l’historien romain Salluste, pendant la guerre de Jugurtha, Gauda avait demandé au commandant romain Quintus Metellus à être traité avec les honneurs dus à ceux que les Romains reconnaissaient comme rois. Lorsque Metellus a refusé, il a conspiré avec son adjoint Caïus Marius pour salir sa réputation et le faire remplacer par Marius.
Après sa mort, son royaume est divisé entre ses fils.
La Numidie orientale

Hiempsal II (88-60), l’aîné, reçoit la plus grande part, avec pour capitale Zama, en Tunisie actuelle. D’après Salluste, Hiempsal a écrit un livre sur l’histoire de l’Afrique, en langue punique.
Hiempsal sera immédiatement menacé par un usurpateur, Hierbas, qui s’est emparé du trône de son frère Masteabar. Les origines de Hierbas sont incertaines : selon certaines sources, il est également le fils de Gauda et le frère d’Hiempsal et de Masteabar, mais il est plus probable qu’il n’était pas apparenté à la famille royale. Il était peut-être d’origine gétule ; le poète romain Virgile le présente comme Gétule dans l’Enéïde.
Pendant la guerre civile romaine entre Sylla et Marius, Hiempsal prend le parti de Sylla et Hierbas celui de Marius. Lorsque Marius fuit Rome avec ses fils, Hiempsal les reçoit à sa cour avec des égards apparents, mais sa véritable intention est de les retenir prisonniers. Ils parviennent cependant à s’enfuir. En 84, Hierbas chasse Hiempsal de son trône, avec le soutien des partisans de Marius, mais en 82, Sylla envoie une armée menée par Pompée, pour le rétablir. Hierbas est tué et Hiempsal règne sans rival pendant près de 20 ans encore.

Après sa mort, son fils Juba Ier (60-46) lui succède. Juba, comme son père, est un allié du général romain Pompée. En 49, lorsque la guerre civile éclate entre Pompée et Jules César, Juba prend donc logiquement le parti de Pompée. Il espère aussi profiter de la guerre civile pour préserver l’indépendance de la Numidie. Après avoir résisté courageusement aux avancées de César, Juba se suicide après la défaite finale de son camp. Son royaume devient la province romaine d’Africa Nova (Afrique nouvelle).
Son fils Juba II grandit à Rome, dans une captivité dorée. Il est élevé par Octavie, la sœur du futur Empereur Auguste, avec plusieurs autres enfants de rois vaincus par Rome, notamment Cléopâtre Séléné, la fille du général romain Marc-Antoine et de Cléopâtre d’Egypte, qui deviendra son épouse. En effet, les Romains veulent élever une nouvelle génération de rois romanisés, qui serviront les intérêts de Rome.
La Numidie occidentale
Un autre fils de Gauda, Masteabar, a reçu la partie occidentale de la Numidie, plus petite, avec pour capitale Cirta (Constantine). Ce roi a laissé très peu de traces, au point où certains historiens doutent même de son existence. Cela s’explique certainement par le fait qu’il a été renversé très tôt par Hierbas.
Son fils Massinissa II (81-46) est établi sur le trône après la chute de Hierbas, en tant que vassal de la Numidie orientale. Comme Juba Ier, il prend le parti de Pompée dans la guerre civile romaine. On ne sait pas ce qu’il est devenu après la victoire de César.

Après la guerre civile, la plus grande partie de la Numidie occidentale est rattachée à la Maurétanie, tandis que la région autour de Cirta devient la propriété du mercenaire romain Publius Sittius (46-44), un allié de César, qui s’y installe avec ses troupes.
Après la mort de Jules César, en 44, Arabion (44-40), le fils de Massinissa II, qui s’était enfui en Espagne, revient et parvient à tuer Sittius pour reprendre le trône de son père. Il est tué en 40, en participant à une nouvelle guerre entre forces rivales romaines.
La Numidie unifiée
En l’an 30, le jeune Juba II (30-25) est rétabli comme roi d’une Numidie unifiée, dont le territoire comprend à la fois celui de son père Juba (devenue la province romaine d’Africa Nova) et de son oncle Massinissa II. La restauration du Royaume de Numidie ne durera cependant pas longtemps : il est définitivement aboli en 25. L’ancienne Africa Nova est à nouveau annexée par Rome, tandis que la Numidie occidentale est rattachée à la Maurétanie.
Les rois de Maurétanie : les descendants de Baga

Le premier roi connu de Maurétanie, Baga, a participé à la 2° Guerre punique avec Massinissa, est mort en 111. Son fils (ou petit-fils) Bocchus Ier (111-80), qui lui a succédé, est le beau-père de Jugurtha, qu’il finira par trahir.
Son fils Mastanesosus (80-49) lui succède. Son règne est assez peu connu. A son époque, un royaume indépendant émergera brièvement dans la région de Tingis (Tanger).
Après la mort de Mastanesosus, son royaume est divisé entre ses fils Bocchus II (49-33), à l’Est de la rivière Moulouya, et Bogud (49-38), à l’Ouest. Tous deux soutiennent tous deux Jules César contre Pompée dans la guerre civile romaine. Après sa victoire, en 46, César accorde à Bocchus une partie de la Numidie occidentale, qui sera cependant reconquise par Arabion en 44. En 45, Bogud aide César à réprimer une insurrection en Espagne. La femme de Bogud, Eunoé, a eu une liaison avec Jules César.
Après la mort de César, en 44, Bocchus soutient Octave (le futur Empereur Auguste), tandis que Bogud soutient son rival Marc-Antoine. En 38, Bocchus profite d’un voyage en Espagne de Bogud pour s’emparer du territoire de son frère. Bogud meurt pendant la guerre d’Actium.
Dès lors, Bocchus II règne seul sur toute la Maurétanie. Bien qu’allié des Romains, son royaume est bien plus indépendant de Rome que la Numidie.
Bocchus II meurt en 33, sans héritier. Après sa mort, la Maurétanie est administrée directement par Rome, sans être officiellement annexée : la région n’est pas encore assez romanisée.
Juba II et Ptolémée, rois de Numidie et de Maurétanie

En 25, Juba II (25 av. J.-C.-23 ap. J.-C.), le dernier descendant de Massinissa, est choisi par le premier Empereur romain Auguste comme roi d’une grande Maurétanie, élargie à la Numidie occidentale. Sa capitale est Iol (Cherchell), qu’il renomme Césarée. Son royaume s’étend de Hippo (Annaba) et Cirta (Constantine) à Tingis (Tanger). Son règne de près de cinquante ans est si marquant que nous lui consacrerons un article détaillé.

Après la mort de Juba II, son fils Ptolémée (23-40) lui succède. Au début de son règne, il doit réprimer l’insurrection de Tacfarinas, qui avait commencé sous son père.
Ptolémée de Maurétanie, issu de plusieurs lignées royales, a une des filiations les plus prestigieuses du monde antique. Son père, Juba II, en plus d’être un descendant direct de Massinissa, descend également de Hannibal, par sa mère. Sa mère, Cléopâtre Séléné, est la fille de Marc-Antoine et de la reine Cléopâtre d’Egypte. Ptolémée est donc à la fois l’héritier, par son père, de Massinissa et de Hannibal, et, par la mère, de l’aristocratie romaine, des anciens Pharaons et des Ptolémée d’Egypte. Enfin, il a hérité du trône des anciens rois de Maurétanie.
Une telle filiation fait de lui un prétendant potentiel au trône impérial, mais elle représente aussi aussi un grand danger pour lui. En 40, l’Empereur Caligula l’invite à Rome, où il le fait assassiner. Son Royaume est annexé par les Romains.
Le meurtre de Ptolémée provoque une nouvelle révolte maure contre Rome, menée par Aedémon, un esclave affranchi de la cour royale. Peu soutenu par la population locale, Aedémon est tué après deux ans. Les Romains contrôlent à présent toute l’Afrique du Nord.

