Carthage et l'Empire carthaginois

Le général vaincu : Hannibal après la deuxième guerre punique

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Le général carthaginois Hannibal Barca, qui a envahi l’Italie pendant la deuxième guerre punique, est considéré comme un des plus brillants stratèges militaires de l’histoire. Toute sa vie, il était animé par une ambition suprême : détruire Rome. Même après sa défaite, il n’a pas renoncé à cette ambition.

Hannibal suffète

Hannibal Barca

A la fin de la deuxième guerre punique, Hannibal est âgé de 46 ans. Si sa défaite a beaucoup nui à sa popularité à Carthage, il a su rebondir, en argumentant que la défaite était due au manque de soutien du Sénat pour sa campagne.

Peu après la fin de la guerre, Hannibal est élu suffète, la fonction civile suprême de la République carthaginoise. Cette fonction n’était que rarement occupée par un militaire, mais Hannibal s’avérera être aussi habile en tant qu’homme d’Etat qu’en tant que général.

Le traité de paix impose à Carthage une indemnité de 10 000 talents, à payer sur 50 ans. Hannibal commence par ordonner un audit des finances de toutes les institutions, qui confirme que l’Etat carthaginois dispose des ressources nécessaires pour payer cette indemnité sans augmenter les impôts. Alors, Hannibal initie une série de réformes visant à réorganiser les finances de l’Etat, afin de combattre la corruption et de recouvrir les fonds détournés par l’élite carthaginoise.

Si ces réformes sont très populaires auprès du peuple, Hannibal se fait aussi beaucoup d’ennemis parmi les oligarques dont les intérêts sont ainsi menacés. Les principaux bénéficiaires des détournements de fonds étaient les membres du Conseil des Cent, le tribunal suprême carthaginois. Pour réduire l’influence de ce conseil, Hannibal fait voter une loi pour que ses membres, qui exerçaient auparavant leur pouvoir à vie, soient élus pour un mandat d’un an, avec interdiction de se présenter pour un deuxième mandat.

En exil

Après quelques années, les Romains, inquiets de la prospérité renouvelée de Carthage et alarmés surtout par les contacts entre Hannibal et l’Empereur séleucide Antiochus III, envoient une délégation à Carthage, pour accuser Hannibal de connivence avec un ennemi de Rome. Hannibal, conscient qu’il a beaucoup d’ennemis, surtout parmi les victimes de ses réformes financières, décide de partir en exil volontaire. Il quitte Carthage en 195, sept ans après la fin de la guerre.

Il voyage d’abord à Tyr, la ville mère de Carthage, puis à Antioche, la capitale de l’Empire séleucide, et enfin à Ephèse, en Asie mineure. Antiochus III le consulte pour ses propres projets de guerre contre Rome.

L’Asie mineure en 192 – Rouge : l’Empire séleucide et ses alliés – Bleu : alliés de Rome

Même en exil, Hannibal n’a jamais renoncé à sa haine contre Rome et à son désir de vaincre les Romains. En été 193, il planifie un coup d’Etat contre l’élite pro-romaine à Carthage, avec le soutien tacite d’Antiochus III. Ce projet ne sera jamais exécuté. Hannibal conseille aussi à Antiochus III d’équiper une flotte pour envahir le Sud de l’Italie, offrant de commander les troupes lui-même.

En 190, après qu’Hannibal ait passé cinq ans à sa cour, Antiochus III lui offre son premier commandement militaire. Il le charge de construire une flotte en Cilicie, qui viendra ensuite renforcer la flotte séleucide à Ephèse. Sa flotte sera cependant vaincue par la flotte de Rhodes, un allié de Rome.

Inquiet de voir Antiochus III le livrer aux Romains, Hannibal s’enfuit en Crète, puis en Bithynie, où il entre au service du roi Prusias. En 183, les Romains exigent que Prusias le leur livre. Prusias accepte, mais Hannibal refuse de tomber entre les mains de ses ennemis et s’enfuit à nouveau.

Il meurt peu après, à l’âge de 65 ans environ. Les historiens antiques rapportent différents récits de sa mort : d’après Pausanias, il est mort d’une infection après s’être blessé le doigt avec sa propre épée ; d’après Tite-Live, il s’est suicidé en buvant du poison pour ne pas être livré ; d’après Appien, il a été empoisonné par Prusias.

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