Carthage et l'Empire carthaginois

La deuxième guerre punique (218-201) : la revanche de Hannibal

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Après la défaite carthaginoise lors de la première guerre punique, Hamilcar Barca, le général vaincu en Sicile, a compris que, pour faire face à Rome à l’avenir, Carthage aurait besoin de développer ses bases économiques et militaires. Par conséquent, il a consacré le reste de sa vie à étendre les possessions carthaginoises en Espagne. Après sa mort, son fils Hannibal, à qui son père avait fait jurer vengeance, a mené une campagne contre Rome depuis l’Espagne : c’est le début de la deuxième guerre punique.

Contexte

Hannibal

En 219, Hannibal assiège la ville de Sagonte, une des forteresses les plus puissantes de la région, qui était alliée aux Romains. Les Sagontins ont fait appel à Rome, mais n’ont pas reçu d’aide, si bien que Hannibal a conquis la ville. Cette victoire lui a permis d’obtenir le soutien du Sénat carthaginois, pourtant dominé par une faction relativement pro-romaine menée par Hannon le Grand, pour son offensive contre Rome. Par la suite, le Sénat était souvent en désaccord avec les méthodes agressives de Hannibal, ce qui explique en partie son échec final.

Hannibal en Italie

En 218, Hannibal assemble une armée à Carthago Nova (l’actuelle Carthagène), la capitale de l’Espagne carthaginoise, à la tête de laquelle il remonte la côte espagnole, traverse la Gaule, puis franchit les Alpes pour envahir l’Italie par le Nord. Son armée contient notamment 37 éléphants de guerre, dont plusieurs mourront pendant la traversée des Alpes, mais dont les survivants participeront aux combats en Italie.

En novembre 2018, la cavalerie romaine est vaincue lors de la bataille du Tessin, suivie de l’infanterie, fin décembre, lors de la bataille de la Trebbia. Après ces deux victoires, les tribus gauloises de Gaule cisalpine s’allient à Hannibal et beaucoup rejoignent son armée.

Au printemps 217, l’armée de Hannibal passe les Apennins sans rencontrer de résistance. En juin 217, une armée romaine de 25 000 hommes est entièrement détruite lors de la bataille du Lac Trasimène. Hannibal poursuit sa marche vers le Sud de l’Italie, espérant obtenir des défections dans les villes grecques et italiques de la région.

Territoire contrôlé par Hannibal et ses alliés

Au printemps 216, Hannibal s’empare du dépôt de vivres de Cannae, en Apulie. L’armée romaine, toujours affaiblie par sa série de lourde défaites, envoie une armée de 86 000 hommes, la plus large de l’histoire romaine, qui sera vaincue à son tour à la bataille de Cannae (août 216). Les alliés de Rome en Italie, Sardaigne et Sicile font défection pour rejoindre Hannibal. En Sicile, le roi Hiéron II de Syracuse, la dernière ville officiellement indépendante (bien que vassale) de Rome, meurt en 215 et son successeur Hiéronyme s’allie à Hannibal. En 215 aussi, le roi Philippe V de Macédoine s’allie à Hannibal et déclare également la guerre à Rome. Rome réagit par des mesures drastiques pour lever de nouvelles légions, en recrutant même des esclaves et des criminels.

Malgré toutes ces victoires successives, Hannibal ne peut s’aventurer à une attaque contre la ville de Rome elle-même : il n’est pas soutenu par le Sénat carthaginois, qui refuse de lui envoyer les renforts dont il aurait besoin pour cela.

Pendant ce temps, en Afrique, de 215 à 212, le prince Massinissa, le fils du roi numide Gaïa, allié de Carthage, remporte une victoire décisive un autre roi numide, Syphax, allié de Rome.

En Sicile, les Romains assiègent Syracuse en 213. Pendant le siège, le célèbre scientifique Archimède, qui vivait à Syracuse, se serait servi d’une de ses inventions pour incendier la flotte romaine à l’aide d’une série de miroirs qui reflètent et amplifient la lumière du soleil. Les Romains finissent par prendre Syracuse en 212 et contrôlent à présent toute l’île ; Archimède est tué à la fin du siège de la ville.

En 211, les légions romaines reconstruites assiègent Capoue, la principale alliée des Carthaginois en Italie du Sud. Après avoir vainement essayé de chasser les assaillants, Hannibal marche sur Rome, espérant ainsi les contraindre à lever le siège. Sa stratégie échoue : le siège est maintenu et la ville tombe. Hannibal campe devant les murailles de Rome, mais ses forces sont insuffisantes pour attaquer la ville.

Hasdrubal en Espagne

Pendant tout ce temps, Hasdrubal, le jeune frère de Hannibal, gouverne les possessions carthaginoises en Espagne. Après sa victoire contre Syphax en Afrique, Massinissa le rejoint, avec sa puissante cavalerie numide.

En 210, le général romain Publius Cornelius Scipio (Scipion) arrive en Espagne avec des renforts en troupes romaines. En 209, il s’empare facilement de Carthago Nova. En 208, il défait les troupes de Hasdrubal à la bataille de Baecula.

En 207, Hasdrubal franchit les Alpes à son tour, pour soutenir Hannibal en Italie, mais il sera vaincu avant de pouvoir rejoindre son frère, lors de la bataille du Métaure. Cette bataille marque un point tournant en Italie : les forces romaines sont dorénavant plus puissantes que celles de Hannibal.

La bataille d’Ilipa, en 206, marque la fin de la présence carthaginoise en Espagne. Voyant le vent tourner, Massinissa rompt son alliance avec Carthage et se rallie à Rome.

Scipion en Afrique

Scipion l’Africain

En 204, Scipion envahit l’Afrique depuis la Sicile. Peu après son arrivée, il sera rejoint par Massinissa, à la tête d’une armée numide ; son rival, Syphax, est maintenant allié aux Carthaginois. Le Sénat carthaginois est contraint de rappeler Hannibal, qui abandonne sa campagne en Italie pour venir commander les forces carthaginoises en Afrique. La bataille décisive entre son armée et les forces alliées romaines et numides, commandées par Scipion et Massinissa, a lieu en octobre 202, à Zama (près de la ville moderne de Siliana). La victoire romaine est totale ; Hannibal lui-même est un des seuls combattants carthaginois survivants. Pour sa victoire, Scipion reçoit le titre honorifique de Scipion l’Africain.

Le nouveau traité de paix prive Carthage de toutes ses possessions en Espagne, qui deviennent la province romaine d’Hispanie. Une grande partie de son territoire en Afrique est accordé aux Royaumes de Numidie et de Maurétanie, alliés de Rome. Seuls les environs immédiats de la ville de Carthage et la Tripolitaine demeurent sous souveraineté carthaginoise. Le traite impose également à Carthage de payer de lourdes indemnités financières, lui interdit l’usage d’éléphants de guerre, limite sa flotte à dix navires de guerre et lui interdit de mener des guerres en Afrique sans la permission romaine. L’ancien Empire le plus puissant du bassin méditerranéen serait dorénavant soumis à Rome.

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