Carthage et l'Empire carthaginois

La Guerre des Mercenaires : l’Afrique se rebelle

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Après la défaite carthaginoise à la Première guerre punique, les soldats étrangers qui se sont battus en Sicile se mutinent pour réclamer le paiement de leur solde. Les villes nord-africaines sous domination carthaginoise en profitent pour entrer en rébellion.

Contexte

Le chef rebelle Mathos, dessiné par Victor-Armand Poirson, pour le roman historique Salammbô, de Gustave Flaubert

En même temps que Carthage était en guerre contre Rome en Sicile, le général carthaginois Hannon le Grand a mené une série de campagnes militaires afin d’étendre le territoire carthaginois en Afrique. Afin de financer l’effort de guerre, il impose une taxation drastique aux villes et régions soumises à Carthage, qui doivent notamment donner la moitié de leur production agricole comme impôt de guerre. Ces mesures provoqueront des famines dans certaines régions.

L’armée carthaginoise était composée surtout d’étrangers : les citoyens carthaginois ne se battaient qu’en cas de menace directe contre la ville de Carthage. La plupart étaient des Libyens et des Numides d’Afrique du Nord, avec quelques Ibères et Gaulois.

A la fin de la Première guerre punique, l’armée carthaginoise en Sicile comptait environ 20 000 combattants, qui ont été évacués à Carthage. Avec plusieurs années de soldes impayés, ces hommes s’attendaient à recevoir tous leurs arriérés immédiatement à leur arrivée à Carthage. Lorsque les autorités carthaginoises ont tenté de négocier un paiement inférieur, ils se sont révoltés.

Lorsque la nouvelle s’est répandue, les Libyens et Numides qui souffraient sous la domination carthaginoise ont vu en cette rébellion une occasion de reconquérir leur liberté. Une armée de 70 000 hommes, venus de toute l’Afrique du Nord, a rejoint les premiers insurgés.

Les commandants de l’armée rebelle étaient Spendios, un ancien esclave romain, Mathos, un soldat d’origine libyenne, et Autaritos, un chef mercenaire gaulois.

La Guerre des Mercenaires (241-238)

Mouvements de troupes pendant la guerre

La première action entreprise par les rebelles a été le blocus d’Utique et Hippo Diarrhytos (Bizerte), deux villes alliées de Carthage. La riposte carthaginoise était menée par Hannon le Grand.

Début 240, Hannon le Grand force le blocus d’Utique et entre dans la ville en triomphe. Son armée était encore en train de fêter leur victoire lorsque les rebelles ont contre-attaqué et les ont chassés de la ville. Pendant le reste de l’année, ils affronteront sporadiquement les rebelles, sans parvenir à leur infliger de défaite significative.

Face aux échecs répétés d’Hannon le Grand, Carthage lève une autre armée, plus petite, sous le commandement d’Hamilcar Barca (le dernier commandant des troupes carthaginoises en Sicile et le père de Hannibal Barca), qui fait campagne à l’Ouest et au Sud de Carthage. Hamilcar et Hannon sont officiellement co-commandants, mais ils ne collaborent pas. Alors que Hannon est intransigeant avec les rebelles, Hamilcar fait preuve de davantage de diplomatie, en promettant l’amnistie aux combattants rebelles qui le rejoignent et en faisant des concessions en faveur des villes rebelles. Ces mesures lui permettront de ramener certaines villes à leur allégeance à Carthage sans recourir à la force.

Le chef numide Naravas (frère de Gaïa, le père de Massinissa), qui avait combattu aux côtés de Hamilcar en Sicile et admirait sa bravoure, rompt avec les rebelles et rejoint l’armée carthaginoise avec ses 2000 cavaliers. Pour éviter de nouvelles défections, l’armée rebelle fait torturer à mort 700 prisonniers carthaginois, dont le général Giscon, qui avait signé le traité de paix avec Rome en Sicile. Hamilcar réagit en tuant tous ses prisonniers. Après ces massacres, l’animosité entre les deux camps sera telle qu’aucun compromis ne sera plus possible.

Début 239, les garnisons carthaginoises de Sardaigne se rebellent à leur tour et tuent le gouverneur carthaginois de l’île. Les troupes envoyées pour reprendre l’île rejoignent la rébellion et massacrent les populations carthaginoises restantes.

Pièce de monnaie à l’effigie des chefs rebelles

Le prochain coup dur pour les Carthaginois sera la défection d’Utique et Hippo Diarrhytus, qui rejoignent la rébellion entre mars en septembre 239. Les habitants d’Utique offrent la ville à Rome, qui refuse, n’étant pas prête pour une nouvelle guerre avec Carthage.

La même année, les troupes d’Hamilcar et de Hannon se rejoignent, mais les deux généraux sont en désaccord sur la stratégie à suivre. Conformément à la coutume carthaginoise, l’armée vote pour décider qui d’entre eux sera leur commandant. Hamilcar est élu.

Début 238, les rebelles sont contraints de lever le siège de Carthage et se retirent à Tunis. Peu après, Hamilcar parvient à prendre une partie de l’armée rebelle au piège dans un passage montagneux : c’est la bataille du défilé de la Scie. Les rebelles sont massacrés jusqu’au dernier, écrasés sous les pieds des éléphants de guerre carthaginois. Cette victoire s’avèrera déterminante pour la victoire finale.

Chefs rebelles crucifiés pendant le siège de Tunis

Après cette bataille, Hamilcar assiège Tunis, la base de la rébellion, mais il est contraint de lever le siège après une attaque nocturne des rebelles.

Pendant ce temps, le Sénat carthaginois négocie une réconciliation entre Hamilcar et Hannon, qui acceptent de servir ensemble. Les rebelles, voyant qu’ils ne peuvent pas résister à une armée carthaginoise unifiée, quittent Tunis pour Leptis Parva (Lemta, vers Monastir), une des premières villes qui s’étaient rebellées contre Carthage. L’armée carthaginoise les poursuit. La bataille finale aura lieu fin 238 : tous les combattants rebelles restants sont massacrés. C’est la fin de la rébellion.

Les dernières villes rebelles qui n’avaient pas encore passé d’accord avec Carthage le font immédiatement. Les dernières seront Utique et Hippo Diarrhytus, qui craignent des représailles pour leur trahison.

Par la suite

En Sardaigne, les populations autochtones se soulèvent contre les troupes rebelles en 237 et les chassent de l’île. Les rebelles s’enfuient sur le continent, où ils font appel à Rome. Cette fois, Rome accepte d’intervenir et prend le contrôle de la Sardaigne et de la Corse. Le ressentiment suscité par la conquête romaine de la Sardaigne contribuera fortement à la reprise de la guerre entre Rome et Carthage.

Après la fin de la Guerre des Mercenaires, Hamilcar s’installe en Espagne, où il passera le reste de sa vie à solidifier la domination carthaginoise, en prévision d’une nouvelle guerre contre Rome.

La Guerre des Mercenaires inspirera le roman historique Salammbô, du romancier français Gustave Flaubert.

Laisser un commentaire