Les Grecs en Afrique du Nord

Dorieus de Sparte : un prince grec en Libye

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Dorieus est un prince grec, de la ville de Sparte. Alors que son frère Léonidas s’est illustré en tant que commandant de l’armée grecque unifiée qui a résisté à l’envahisseur perse à la Bataille des Thermopyles, Dorieus, lui, est connu surtout en tant que fondateur d’une éphémère colonie grecque en Libye.

Origines

Ruines de Sparte

Dorieus est né vers 540 avant notre ère, à Sparte, une des villes grecques les plus influentes et la grande rivale d’Athènes. Son père était le roi Anaxandridas II de Sparte, de la dynastie agiade.

D’après l’historien grec Hérodote, le roi Anaxandridas n’avaient pas d’enfant après plusieurs années de mariage. Alors, les éphores, un conseil de cinq magistrats qui dirigeaient la ville, craignant que la lignée royale ne vienne à s’éteindre, lui ont conseillé de divorcer de son épouse pour en prendre une autre. Lorsque le roi a refusé, ils lui ont conseillé de prendre au moins une deuxième épouse, bien que la polygamie ne faisait pas partie des coutumes spartiates. Peu après le deuxième mariage du roi, ses deux épouses se sont retrouvées enceintes. L’enfant de la deuxième épouse, Cléomène, est né quelques mois avant Dorieus, l’enfant de la première épouse. Par la suite, la première épouse du roi aura deux autres enfants, Léonidas et Cléombrote, tandis que sa deuxième épouse n’aura pas d’autre enfant.

Lorsque leur père est décédé, le Conseil d’éphores a choisi Cléomène, l’aîné, pour lui succéder. Dorieus a contesté cette décision, affirmant qu’il était l’héritier légitime en tant que fils de la première épouse, mais il n’a pas obtenu gain de cause.

Le récit d’Hérodote ne peut être considéré comme entièrement fiable, étant donné que son auteur est ouvertement hostile à Cléomène.

Dorieus en Libye

Après s’être vu refuser le trône de Sparte, Dorieus a choisi de quitter sa ville natale, pour aller fonder une colonie ailleurs. Toujours d’après Hérodote, il est parti sous le coup de la colère, sans d’abord consulter l’oracle de Delphes. Hérodote attribue l’échec de sa colonie à cette erreur. Il écrit aussi que si Dorieus était resté à Sparte, il aurait fini par succéder à Cléobule.

Emplacement de Cinyps

Vers 515, Dorieus s’est installé en Libye, dans la Tripolitaine actuelle, où il a fondé une colonie : Cinyps (Κίνυψ). Sa colonie était à l’embouchure du fleuve Cinyps (Wadi Ka’am), à proximité de l’actuelle ville de Khoms. A cette époque, il y avait déjà plusieurs colonies grecques plus à l’Est, en Cyrénaïque, mais aucune dans cette région.

En revanche, plusieurs colonies phéniciennes étaient déjà établies dans la région et faisaient depuis peu partie de l’Empire carthaginois. La principale de ces villes, Leptis Magna, était très proche de Cinyps. Ses habitants ne voyaient évidemment pas d’un bon œil l’arrivée des nouveaux venus. Les Grecs de Cyrénaïque, cependant, ont soutenu cette nouvelle colonie, afin de barrer la route aux Carthaginois, dont les frontières s’étendaient de plus en plus loin vers l’Est. Dans un tel contexte, l’aventure coloniale a été de courte durée : après trois ans, Dorieus et ses compagnons ont été chassés par une tribu amazighe locale alliée aux Phéniciens de Leptis Magna.

Dorieus en Sicile

La Sicile dans l’Antiquité

De retour à Sparte, Dorieus a entendu parler d’une région en Sicile, qui, selon la mythologie, avait appartenu à Hercule et revenait donc de droit à ses descendants, les Héraclides, dont sa famille faisait partie. Cette fois-ci, il a consulté l’oracle de Delphes, qui lui a dit qu’il pouvait s’emparer de cette terre. Alors, il a rassemblé des compagnons et s’est mis en route pour la Sicile.

Au moment de son arrivée, deux villes grecques du Sud de l’Italie, Crotone et Sybaris, étaient en guerre. Crotone lui a demandé de les aider et il a accepté et participé à leur attaque contre Sybaris. Ensuite, il s’est installé à Eryx, en Sicile, afin d’y fonder une colonie. Sa ville, isolée des autres colonies grecques en Sicile, fait face à l’hostilité des villes carthaginoises environnantes. Après quelques années, Dorieus et ses compagnons sont attaqués et tués par les habitants de la ville voisine de Ségeste, alliée à Carthage. Les survivants sont partis dans le Sud de l’île, où ils se sont emparés de la ville grecque d’Héracléa Minoa. Dorieus est probablement mort vers 510.

Après sa mort

Statue de Léonidas

Une vingtaine d’années après la mort de Dorieus, son demi-frère Cléomène, roi de Sparte, est également mort. Léonidas, le frère de Dorieus par la même mère, lui a succédé.

En 480, lorsque l’Empire perse, déjà repoussé 10 ans auparavant lors de la bataille de Marathon, a de nouveau tenté d’envahir la Grèce, Léonidas a été choisi comme chef de l’alliance de villes grecques qui a combattu l’envahisseur. Lors de la bataille des Thermopyles, une des plus célèbres batailles de l’histoire, une armée de 7 000 Grecs, commandée par Léonidas, a tenu tête pendant trois jours à une armée persane au moins dix fois plus nombreuse, en leur bloquant le passage montagneux des Thermopyles. Bien qu’ils aient finalement été vaincus, leur courage a inspiré les Grecs pour continuer à résister, jusqu’à la victoire finale l’année suivante. Léonidas lui-même a été tué, mais après la bataille, les Grecs ont construit en son honneur une statue de lion, sur le site des Thermopyles. Hérodote souligne dans son récit que si Dorieus était resté à Sparte, il aurait fini par succéder à son frère et serait lui-même devenu le héros de la bataille des Thermopyles.

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