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La civilisation carthaginoise, héritière de la civilisation phénicienne, fait partie des grandes civilisations de l’Antiquité, et sa langue, le punique, était considérée comme une langue savante. Carthage a produit une abondance d’œuvres littéraires, à la fois en punique et en grec. Pourtant, on ne sait presque rien de cette littérature carthaginoise, qui est entièrement perdue. Par conséquent, puisque nous n’avons pas de sources originales, tout ce que nous savons de l’histoire de Carthage vient d’auteurs étrangers, souvent ennemis de Carthage.
Histoire des manuscrits carthaginois

Plusieurs sources attestent qu’il y avait des bibliothèques à Carthage, probablement surtout dans les temples. Avant la destruction de la ville, elle possédait certainement plusieurs centaines, voire milliers de manuscrits. Que sont-ils devenus ?
La plupart des manuscrits carthaginois ont été détruits avec la ville, en 146, mais certains ont été sauvés des flammes par les légions romaines, qui les ont ensuite confiés à leur allié, le roi Massinissa de Numidie. Cela montre que les Romains, malgré leur hostilité à Carthage, reconnaissaient la valeur de ces manuscrits. L’auteur latin Pline l’Ancien, dans son Histoire naturelle, rapporte que le Sénat a même ordonné que certaines œuvres soient traduites en latin.

Qu’est-il advenu ensuite des manuscrits carthaginois ? L’historien romain Salluste a consulté et fait traduire ces manuscrits, afin de s’en servir comme source pour sa Guerre de Jugurtha. Cela montre que, près d’un siècle après la chute de Carthage, ils se trouvaient encore à la cour des rois de Numidie. Un autre historien romain, Ammien Marcellin, mentionne que les manuscrits de Carthage étaient toujours conservés à la cour de Juba II, le dernier roi de Numidie.
Après l’annexion romaine, on perd la trace de ces manuscrits. Certains ont cependant été conservés : l’évêque chrétien Augustin d’Hippone avait encore accès à des manuscrits puniques au 4° Siècle.
Malheureusement, aucun manuscrit carthaginois en langue punique n’est parvenu jusqu’à notre époque. On n’a conservé que des fragments de certaines œuvres particulièrement importantes, traduites en grec et en latin.
La littérature carthaginoise : un bref aperçu
Que savons-nous des auteurs carthaginois et de leur œuvre ? Les fragments d’informations dont nous disposons montrent qu’ils traitaient d’un vaste ensemble de thèmes, avec des textes législatifs, philosophiques, poétiques, historiques et religieux, des traités internationaux et des ouvrages consacrés à l’agriculture, à la géographie et à la navigation.

Un des premiers auteurs carthaginois que les Romains ont voulu traduire est Magon, considéré comme le père de l’agronomie. Il a écrit un traité d’agriculture, en 28 livres, un état des lieux des connaissances agricoles à son époque, qui décrit des pratiques à la fois puniques et amazighes. Il donne des conseils sur comment planter et tailler des vignes, comment planter des oliviers, comment planter des arbres fruitiers, sur la santé des animaux et même sur l’apiculture. Son œuvre est perdue, mais des citations par d’autres auteurs, en latin et en grec, ont été conservées, qui offrent un bon aperçu de sa pensée.
Avec le traité d’agriculture de Magon, les ouvrages carthaginois les plus influents dans l’Antiquité étaient les Périples (récits de voyage) des deux grands explorateurs carthaginois, Hannon et Himilcon. Une version grecque abrégée du Périple d’Hannon a été conservée, qui raconte son voyage d’exploration des côtes africaines. Il s’agit du seul ouvrage d’origine carthaginoise (relativement) complet qui soit parvenu à notre époque. Le Périple d’Himilcon, le premier Carthaginois à avoir navigué jusqu’en Bretagne, est perdu, mais des citations ont été conservées chez des auteurs plus tardifs.
La philosophie carthaginoise appartenait essentiellement aux écoles philosophiques platonicienne et pythagoricienne. Un philosophe néoplatonicien influent du 1er Siècle, Modératus de Gadir, pourrait être l’héritier d’une école philosophique plus ancienne dans la ville.
Quelques fragments de poésie punique ont également été conservés.
Pour ce qui est des livres historiques, il y a beaucoup de références à des historiens carthaginois chez des historiens grecs et romains, même si aucun nom d’auteur n’est mentionné. Si l’œuvre de ces historiens avait été conservée, elle constituerait un témoignage complémentaire sur les guerres entre Carthage et les autres civilisations méditerranéennes, notamment les Grecs et les Romains. Dans l’état actuel des choses, tout ce que nous savons sur ces guerres, et même sur les institutions et coutumes carthaginoises, vient d’autres civilisations, souvent ennemies de Carthage.
Enfin, plusieurs sources mentionnent des biographies de Hannibal. Il s’agit probablement de la continuation d’une tradition plus ancienne d’ouvrages écrits à la gloire des généraux carthaginois, afin de raconter leurs exploits.
La littérature étrangère traduite en punique
Les Carthaginois ont également traduit des œuvres d’auteurs étrangers en langue punique.

On a longtemps pensé que, de tous les peuples de l’Antiquité, seuls les Romains étaient assez éduqués pour traduire les pièces de théâtre grecques. Cependant, une pièce du comédien romain Plaute, Poenulus, contient deux passages en langue punique. Poenulus est une traduction-adaptation d’une comédie grecque plus ancienne. L’auteur se sert d’une langue étrangère pour amuser son public et pour faire des jeux de mots. Il est cependant clair qu’il cite une traduction punique existante de la même comédie grecque, ce qui montre qu’une telle traduction existait.
