Les Amazighs, les premiers Nord-Africains

Histoire de l’oasis de Siwa

Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English

Tamazgha, le pays des Amazighs, s’étend de l’oasis de Siwa, dans le désert égyptien, jusqu’aux Îles Canaries, sur la côte atlantique. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de l’oasis de Siwa.

L’oasis de Siwa

Siwa, appelée Sali dans le dialecte amazigh local, est la plus grande oasis du désert occidental égyptien. Au cœur d’une région très inhospitalière, on trouve cette oasis verdoyante, au climat tempéré, irriguée par plusieurs centaines de sources d’eau naturelles, qui fertilisent son sol et rendent possible la culture d’oliviers et de dattiers.

sḫt jꜣmw en hiéroglyphes

L’oasis de Siwa est habitée au moins depuis le 10° Millénaire avant notre ère. Ses premiers habitants, d’origine amazighe, vivaient de l’agriculture. Le nom égyptien de l’oasis était sḫt jꜣmw, qui signifie « champ d’arbres ». Le nom moderne de Siwa pourrait dériver du mot amazigh asiwan, oiseau de proie, en référence à son oracle d’Ammon, le dieu à tête de faucon.

Les premiers contacts connus entre Siwa et l’Egypte remontent à la 26° dynastie pharaonique (664-525), avec l’établissement d’une nécropole, qui demeurera en usage jusqu’à l’ère romaine. L’oasis faisait officiellement partie de l’Empire égyptien, mais son degré d’intégration réelle à l’Egypte est discutable.

Vers la même époque, les Grecs de Cyrénaïque découvrent également l’oasis. L’historien grec Hérodote évoque une « fontaine du soleil », dont l’eau est la plus froide dans la chaleur de midi. Il s’agit certainement d’une des sources de Siwa.

Ruines de l’oracle d’Ammon, à Siwa

Pendant l’Antiquité, l’oasis de Siwa était connue surtout pour son oracle du dieu égyptien Ammon. Construit par le Pharaon Ahmosis II (570-526), ce temple a été popularisé par les Grecs de Cyrénaïque. Par la suite, Siwa sera parfois appelée Ammonium, ou « oasis d’Ammon ».

Après la conquête perse de l’Egypte, en 525, l’Empereur de Perse Cambyse II a envoyé une armée de 50 000 hommes prendre le contrôle de Siwa. Cette armée n’est jamais arrivée dans l’oasis : elle s’est entièrement perdue dans le désert, sans laisser aucune trace.

Alexandre le Grand, après avoir conquis l’Egypte et fondé sa nouvelle capitale à Alexandrie, est allé à Siwa, pour consulter l’oracle d’Ammon. Ce voyage a été difficile : sa caravane s’est perdue dans le désert, a essuyé une tempête de sable et a manqué d’eau. A son arrivée, l’oracle l’a proclamé « fils d’Ammon », faisant de lui un dieu et confirmant sa légitimité en tant que Pharaon d’Egypte.

La source de Cléopâtre

D’après la légende, la reine d’Egypte Cléopâtre aurait également visité Siwa, pour consulter l’oracle d’Ammon, mais surtout pour se baigner dans ses sources d’eau chaude naturelle, réputées pour leurs vertus curatives et relaxantes. Une source d’eau dans laquelle elle se serait baignée porte son nom. Aujourd’hui, le tourisme thermal est très populaire à Siwa.

Avec l’annexion de l’Egypte par l’Empire romain, l’oasis de Siwa et son oracle sont passés sous autorité romaine. Les Romains se servaient de Siwa et des autres oasis du désert oriental égyptien comme des lieux de bannissement, où ils envoyaient des prisonniers politiques.

Parmi les prisonniers exilés à Siwa, il y avait notamment des chrétiens persécutés par les autorités romaines. L’évêque Athanase d’Alexandrie rapporte que des responsables d’église égyptiens ont été exilés à Siwa. Un texte découvert récemment atteste de l’existence d’un évêque de Siwa au 4° Siècle. Après la christianisation de l’Empire romain, l’ancien oracle d’Ammon aurait été transformé en église, consacrée à la Vierge Marie. Le christianisme semble cependant avoir eu assez peu d’impact sur les populations autochtones de l’oasis, qui n’étaient que superficiellement christianisées au moment de l’arrivée de l’islam.

L’islam est arrivé à Siwa en 708, lorsque les troupes de Moussa ibn Noçaïr assiègent l’oasis. Ses habitants se retirent dans leur forteresse et résistent courageusement à l’envahisseur, qui sera finalement repoussé. Peu après, Tariq ibn Ziyad échoue également à conquérir l’oasis. L’islam ne prendra racine à Siwa que plusieurs siècles après, vers 1150.

Peu après, la population de Siwa a presque entièrement disparu, réduite à une quarantaine d’hommes, à cause des attaques récurrentes de tribus bédouines. C’est pourquoi, au 13° Siècle, ceux qui restaient ont construit une nouvelle ville : la forteresse de Shali, qu’on peut visiter encore aujourd’hui. L’historien égyptien al-Maqrizi mentionne que l’oasis de Siwa comptait environ 600 habitants à la fin du 13° Siècle, qui parlaient une langue « semblable à celle des Zénètes ».

A notre époque, l’oasis de Siwa compte environ 30 000 habitants, en majorité Amazighs. La langue amazighe locale, le Siwi, est apparentée aux langues amazighes du désert de Libye. Des Bédouins sédentarisés vivent également dans l’oasis. La majorité de la population est musulmane, mais il y a également une communauté chrétienne copte. Les paysages naturels uniques et le riche patrimoine historique et culturel de cette oasis continuent de fasciner les visiteurs.

Pour en savoir plus (en anglais)

Laisser un commentaire