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La plus ancienne inscription connue dans une langue amazighe pourrait être une stèle égyptienne datant d’il y a plus de 4000 ans, qui mentionne les noms de cinq chiens ayant appartenu au Pharaon Antef II, dont au moins deux pourraient être des noms amazighs. Si c’était vrai, cela voudrait dire que, déjà à la fin du 3° millénaire avant notre ère, le désert libyen, voisin de l’Egypte, était habité par des tribus amazighes, qui parlaient une langue apparentée aux langues amazighes actuelles.

Antef II est un Pharaon de la 11° dynastie égyptienne, qui a régné de pendant 50 ans, de -2118 à -2069 environ. Sa tombe, à Thèbes, contient une stèle funéraire qui relate ses hauts faits, notamment le grand nombre d’édifices qu’il a construits. Cette stèle contient aussi une représentation de ses cinq chiens, assis ou debout autour de lui, avec leurs noms inscrits à côté d’eux.
Les noms des cinq chiens, comme probablement les chiens eux-mêmes, sont d’origine étrangère. Pour trois noms, une traduction en langue égyptienne est donnée. Voici les cinq noms : Bḥk3j, traduit par « gazelle », Phtz, traduit par « le noir », Tqrw, traduit par « pot de cuisson », 3b3qr et Tknrw.
Peu après la découverte de cette stèle, en 1876, l’égyptologue Gaston Maspero a été le premier à proposer qu’un de ces noms, 3b3qr, pourrait être d’origine amazighe. Un autre archéologue, Georges Daressy, est allé encore plus loin, en proposant une origine amazighe pour chacun de ces noms. C’est alors que René Basset, le plus grand spécialiste des langues amazighes à cette époque, est entré dans le débat. Après avoir évalué les cinq propositions de Georges Daressy, il a conclu qu’une seule était crédible : celle de 3b3qr, déjà proposée par Georges Maspero.
Les trois spécialistes ont identifié 3b3qr au terme touareg abaykor, qui désigne un chien de race inférieure. D’un point de vue linguistique, ce rapprochement est très crédible. Il pose cependant un autre problème : abaykor est un mot unique à la langue touarègue, sans aucun équivalent dans d’autres langues amazighes. Si ce mot existait déjà dans une langue amazighe aussi ancienne, supposément à l’origine des autres, il serait surprenant qu’il n’ait survécu que dans une seule langue amazighe actuelle. Pour cette raison, la plupart des spécialistes remettent aujourd’hui en cause cette origine et pensent qu’abaykor est un terme apparu bien plus récemment.
Par la suite, Georges Maspero a proposé une autre origine amazighe pour un autre nom : Tqrw, traduit en égyptien par wh3t, un type de pot de cuisson, qu’il met en lien avec tagra, un mot qui existe dans plusieurs langues amazighes modernes, pour désigner un plateau ou un pot de cuisine. D’autres spécialistes sont sceptiques, notamment pour la raison suivante : alors que le terme égyptien wh3t désigne clairement un pot destiné à cuire des aliments sur le feu, tagra désigne plutôt un récipient destiné à pétrir ou à servir le couscous. Le sens exact varie selon les langues, mais tagra n’est jamais utilisé pour un pot de cuisson destiné à être mis sur le feu.
Aujourd’hui, la plupart des spécialistes rejettent la théorie de l’origine amazighe de 3b3qr, mais admettent la possibilité d’une origine amazighe de Trqw, en lien avec Tagra. Pour les trois autres noms, il n’y a aucune origine amazighe possible.
