Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English
La Bible hébraïque mentionne à plusieurs reprises une ville ou région appelée Tarsis, ou Tarshish (en hébreu תַּרְשִׁישׁ), située très loin au-delà de la mer. Certaines sources affirment que Tarsis serait une référence à Carthage. Qu’en penser ?
Tarsis dans la Bible

Tarsis est mentionnée dans plusieurs passages historiques et prophétiques de la Bible hébraïque, le plus souvent comme une source de métaux précieux, d’argent surtout, mais aussi d’or, d’étain et de fer. Un de ces passages dit que le roi Salomon « avait en mer des navires de Tarsis avec ceux de Hiram [roi de Tyr] ; et tous les trois ans arrivaient les navires de Tarsis, apportant de l’or et de l’argent, de l’ivoire, des singes et des paons. » (1 Rois 10:22)
Dans le livre du prophète Jonas (Yunus يونس dans le Coran), après que Dieu lui ait ordonné d’aller prêcher à Ninive, la capitale de l’Empire assyrien, le prophète, qui refuse d’aller vers les ennemis de son peuple, désobéit et embarque sur un bateau pour pour Tarsis (Jonas 1:3). En route, son bateau est pris dans une tempête, il est jeté à la mer, puis avalé vivant par un grand poisson. A noter que dans ce récit, Tarsis est davantage un symbole qu’un lieu déterminé : le prophète cherche à fuir le plus loin possible dans la direction opposée à celle que Dieu lui a indiquée.
Tarsis est donc située très loin à l’Ouest de la Palestine, au-delà de la Mer méditerranée, et exportait des métaux précieux et d’autres richesses.

Tarsis dans d’autres sources
Tarsis est également mentionnée dans une inscription en l’honneur du roi Assarhaddon d’Assyrie, ainsi sur la stèle de Nora, une stèle phénicienne retrouvée en Sardaigne, considérée comme la plus ancienne inscription phénicienne en dehors de leur territoire d’origine.
Tarsis et Carthage
La Septante, la traduction grecque de la Bible hébraïque, réalisée au 3° Siècle avant notre ère par la communauté juive d’Alexandrie, traduit « Tarsis » par « Καρχηδών » (Karkhedon), le nom grec de Carthage. La Vulgate, traduction latine de la Bible chrétienne, reprend cette traduction.
Le roi Salomon a régné environ un siècle avant la date traditionnelle de la fondation de Carthage. Il est cependant possible que la ville ait été fondée plus tôt que ne le pensaient les anciens et existait donc déjà à son époque. Le fait que Salomon ait entrepris son expédition avec Hiram, roi de Tyr, la ville-Etat phénicienne à l’origine de Carthage, va dans ce sens.
L’identification de Tarsis à Carthage était largement admise dans l’Antiquité et au Moyen-Âge. Aujourd’hui, cependant, elle est remise en question. En définitive, le meilleur argument contre cette identification est l’existence d’une inscription phénicienne qui mentionne Tarsis (la stèle de Nora, découverte en 1773) : les Phéniciens connaissaient Carthage, alors pourquoi l’auraient-ils appelée par un autre nom ?
Quelles sont les autres possibilités ? L’historien juif Flavius Josèphe identifie Tarsis à la ville de Tarse, en Cilicie (Turquie actuelle). C’est peu probable, car cet emplacement semble trop proche de la Palestine.
Après la découverte de la stèle de Nora, certains spécialistes se sont basés sur leur traduction de l’inscription pour affirmer que Tarsis se trouvait en Sardaigne. D’autres spécialistes traduisent cependant l’inscription différemment.

L’hypothèse la plus probable aujourd’hui est que Tarsis serait en fait Tartessos, une civilisation antique contemporaine de l’Empire carthaginois, au Sud de l’Espagne. Les Tartessiens étaient des partenaires commerciaux importants de Carthage : ils produisaient des métaux, notamment de l’argent et de l’étain, un élément essentiel pour la fabrication du bronze, qu’ils vendaient aux commerçants carthaginois.
Il est intéressant de noter que cette théorie n’est pas si éloignée de celle qui identifie Tarsis à Carthage : les navires commerciaux phéniciens (et hébreux) qui achetaient des métaux précieux aux Tartessiens passaient certainement par le port de Carthage, et probablement aussi par les autres ports puniques en Espagne.
