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La khamsa, une main ouverte en signe de protection, est un symbole omniprésent dans toute l’Afrique du Nord, qu’on retrouve aussi ailleurs dans le bassin méditerranéen. On en voit de toutes les couleurs et de toutes des formes, sur les battants des portes et sur les murs des maisons, sur les vêtements et, évidemment, sous forme de bijoux. On dit qu’elle porte chance à ceux qui la portent et qu’elle protège contre le mauvais œil. Si on est musulman, on l’appelle main de Fatma, ou main de Myriam, pour les juifs. Dans cet article, nous découvrirons l’histoire de ce porte-bonheur emblématique de notre région du monde.

Historiquement, le symbole de la main protectrice semble être apparu en Mésopotamie, sur des amulettes consacrées à la déesse assyrienne Ishtar. De là, il s’est diffusé dans tout le Proche-Orient, puis en Afrique du Nord, avec les navires phéniciens. On le trouve fréquemment à Carthage, ainsi que dans les colonies phéniciennes en Espagne, souvent associé aux signes des dieux puniques Tanith et Baal-Hammon. Il était supposé protéger les femmes, notamment en augmentant leur fertilité et en promouvant des grossesses saines. Les Amazighs l’ont ensuite emprunté aux Carthaginois et ont popularisé son emploi dans toute l’Afrique du Nord, bien avant l’arrivée des religions monothéistes.

Sa forme traditionnelle est entièrement symétrique, avec deux doigts tournés vers l’extérieur. La main peut être orientée vers le haut ou vers le bas. Elle est souvent bleue, une couleur considérée comme portant bonheur, comme pour toutes les maisons entièrement peintes en bleu qu’on trouve dans la région, de Chefchaouen à Sidi Bou Saïd. Enfin, elle peut être associée à d’autres symboles, placés en plein centre, dans la paume de la main, pour encore plus de force. Le plus courant est l’œil, réminiscence du vieux symbole égyptien de l’œil de Horus.

Dans l’islam, la main est devenue celle de Fatima, la fille du Prophète Mohammed, considérée comme la plus vertueuse des femmes. En fait, l’appellation « main de Fatima » (souvent abrégée en « main de Fatma ») est probablement d’origine coloniale, ce qui ne l’empêche d’être largement utilisée par les musulmans non arabophones aujourd’hui. En arabe, on préfère l’appeler khamsa, en référence aux 5 doigts de la main. Les quatre écoles de l’islam sunnite condamnent la khamsa comme une superstition pré-islamique, mais elle demeure néanmoins très présente dans la piété populaire. Les mains musulmanes sont souvent ornées de la chahada.

Les juifs, eux, l’appellent main de Myriam, la sœur de Moïse. D’après une tradition juive nord-africaine, les Hébreux, avant leur sortie d’Égypte, ont dessiné une main en traces de sang sur les portes de leurs maisons, afin de se protéger contre l’ange de la mort. La Torah raconte effectivement comment Dieu leur a ordonné de couvrir leurs portes du sang de l’agneau sacrifié pour la Pâque, mais le texte ne mentionne pas de forme particulière.
En Espagne, longtemps occupée par les Maures musulmans, il y avait aussi des mains chrétiennes, appelées « mains de Marie », la mère de Jésus. 30 ans après la fin de la domination islamique, elles étaient encore si courantes que l’Empereur Charles Quint a été obligé de les interdire, du fait de leur absence de fondement dans les textes sacrés chrétiens.
Plus récemment dans l’histoire, plusieurs mouvements de libération nationale et partis politiques nationalistes nord-africains ont adopté la khamsa sur leur drapeau, comme symbole de leur lutte. Voir, par exemple, ci-contre, un drapeau du mouvement national algérien.

Au-delà des religions, la main ouverte, le plus souvent féminine, en signe de protection ou de prospérité, est un symbole universel, qu’on retrouve dans beaucoup de civilisations à travers le monde entier. La khamsa, sous sa forme actuelle, est clairement liée à l’Afrique du Nord, même si on la retrouve aussi ailleurs dans le bassin méditerranéen. Elle n’appartient pas à une religion, nation ou identité ethnique particulière, mais elle est un patrimoine commun à tous les Nord-Africains, au-delà de leurs différences. Pour en savoir plus
Pour conclure, voici quelques images de khamsas que nous trouvons particulièrement belles ou originales.






Et notre préférée…

