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L’Empire romain a dominé l’Afrique du Nord pendant près de 6 siècles. L’empreinte de la culture et de l’art de vivre romains dans les villes nord-africaines était si forte qu’elle a rendu possible l’émergence d’une nouvelle culture, romano-africaine, et même d’une nouvelle langue distincte du latin : le roman africain. Les populations autochtones romanisées ont aussi acquis une forte influence à Rome, avec notamment plusieurs Empereurs d’origine nord-africaine.

La présence romaine en Afrique du Nord a commencé après la chute de Carthage, lorsque Rome a pris possession des derniers territoires carthaginois, qui sont devenus la province d’Africa. À partir de là, les frontières romaines se sont d’abord étendues vers l’Est, sur la Tripolitaine, puis la Cyrénaïque. En -27, année de la fondation de l’Empire romain, le premier Empereur Auguste a également pris possession de l’Égypte. À l’Ouest, la Numidie et la Maurétanie, gouvernées par des rois clients de Rome, seront annexées par les successeurs d’Auguste.
La première capitale de l’Afrique romaine était Utique. Le prestige de l’ancienne Carthage était tel que la ville a été reconstruite par Jules César, vers -44. La nouvelle Carthage romaine est devenue la capitale de la province d’Afrique et la ville la plus influente en Afrique romaine. D’autres villes importantes étaient Hadrumetum (Sousse), Thysdrus (El Jem), Leptis Magna (Khoms) en Tripolitaine, Hippone (Annaba) et Cirta (Constantine) en Numidie, et Césarée (Cherchell) et Tingis (Tanger) en Mauritanie. Toutes ces villes sont fortement romanisées.
En Afrique comme dans tout leur Empire, les Romains ont construit un réseau d’infrastructures de qualité. Les voies romaines permettaient aux voyageurs de circuler de Leptis Magna à Tingis par voie terrestre plutôt que par bateau, tandis que les aqueducs alimentaient les villes en eau.

L’architecture romaine en Afrique nous a également laissé plusieurs sites parmi les plus remarquables du monde romain. Le plus emblématique est certainement l’amphithéâtre de Thysdrus (El Jem), le plus grand en Afrique et un des mieux conservés au monde.
L’Afrique était une des régions les plus riches de l’Empire romain. Sa richesse a attiré des migrants originaires de tout l’Empire. Par ailleurs, un grand nombre de vétérans de l’armée romaine ont reçu des terres en Afrique, en récompense pour leur service. Plusieurs nouvelles villes, comme Tipasa, Thamugadi (Timgad) et Sitifis (Setif), ont été construites pour ces vétérans.

Dans les centres urbains africains, les enfants des grandes familles locales, d’origine amazighe et punique, étudiaient dans les écoles romaines, puis prenaient des responsabilités dans l’administration de l’Empire. La méritocratie romaine fonctionnait si bien qu’on estime que vers la fin du 2° Siècle, un tiers des sénateurs romains étaient d’origine africaine ! Il y a même eu plusieurs Empereurs romains d’origine africaine. Le premier, Septime Sévère (193-211), originaire de Leptis Magna, est le fondateur de la dynastie des Sévères, qui ont régné pendant plus de 30 ans.
Les Romano-Africains se sont illustrés aussi par l’éloquence de leur langue latine, à la fois écrite (littérature) et orale (rhétorique). Le dramaturge Térence, né dans les environs de Carthage, puis vendu comme esclave à Rome, est un des maîtres de la comédie latine. Apulée, né à Madaure (M’daourouch), est l’auteur de L’Âne d’or, considéré comme le premier roman en latin. Le plus grand rhéteur romano-africain était certainement Fronton, le tuteur de l’Empereur Marc-Aurèle, qui était originaire de Cirta.
Si les populations urbaines, surtout autour de Carthage, en Tripolitaine et à Cirta, ont accueilli avec joie les progrès techniques et culturels rendus possibles par la romanisation, les villes plus petites et les régions rurales étaient hostiles à la domination romaine. D’une manière générale, l’influence romaine était moins forte à l’Ouest de la région. Les populations autochtones se sont soulevées plusieurs fois contre le pouvoir romain ; la principale de ces révoltes est celle de Tacfarinas, en l’an 17.
