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Balagrae (Al-Bayda), la dernière des cinq villes de la Pentapole de Cyrénaïque, était réputée surtout pour son temple d’Eusculape, le dieu grec de la médecine. Là, des pèlerins de toute la région accouraient, dans l’espoir d’être guéris de leurs maladies.


Balagrae a probablement été fondée au début du 6° Siècle avant notre ère, comme une colonie grecque. Elle faisait partie de la Pentapole, une alliance de cinq villes grecques de Libye, avec Cyrène, la ville principale, Euhespérides (Benghazi), Taucheira (Tocra) et Barca (El-Marj).

La ville de Balagrae était connue surtout pour son Asclépiéion, un temple d’Eusculape, le dieu grec de la médecine. Ce temple avait été fondé par des colons originaires d’Epidaure, une ville du Péloponnèse où se trouvait le plus grand sanctuaire d’Asclépios en Grèce. Les pèlerins venaient y passer la nuit, puis, le lendemain, ils racontaient leurs rêves aux prêtres. Les prêtres leur prescrivaient un remède à partir de l’interprétation de leurs rêves. Les serpents, des animaux considérés comme sacrés, jouaient un rôle important dans le culte d’Eusculape : des serpents non venimeux rampaient sur le sol du sanctuaire, au milieu des malades et des blessés. En plus de l’autel et du dortoir, le temple contenait aussi une fontaine pour nettoyer les plaies des malades, des bains et un gymnase. Les remèdes prescrits étaient le plus souvent un bain de purification ou un passage au gymnase, accompagnés d’un régime alimentaire spécifique. L’Asclépiéion de Balagrae était particulièrement réputé pour la guérison des enfants, ainsi que le montrent les objets découverts lors des fouilles.

Un nouveau complexe a été construit à l’époque romaine, par l’Empereur Hadrien. Il s’agit d’un espace de 40m de long sur 35m de large, entouré de portiques. Le complexe contenait trois temples : le plus grand était celui d’Eusculape, au centre, tandis que l’un des deux autres était consacré à Sérapis, le dieu protecteur de la ville d’Alexandrie ; on ne sait pas quel dieu était vénéré dans le troisième temple.

L’Asclépiéion contenait également un odéon, un petit théâtre destiné à des concerts musicaux. Il était connu dans l’Antiquité que la musique avait un effet apaisant sur les personnes atteintes de troubles mentaux. L’Asclépiéion employait probablement des musiciens qui jouaient de la musique pour les malades. L’odéon servait peut-être aussi de lieu de réunion du personnel médical.
Balagrae a beaucoup décliné au cours de l’ère romaine, jusqu’à ne plus faire partie de la Pentapole.
Avec l’avènement de l’ère chrétienne, l’Asclépiéion de Balagrae a été transformé en église. La Cyrénaïque est la première région d’Afrique du Nord où le christianisme s’est propagé et contient aujourd’hui certaines des ruines d’églises chrétiennes antiques les mieux conservées d’Afrique du Nord. Le philosophe chrétien Synesios, qui deviendra évêque de Ptolémaïs, est né à Balagrae.

A l’ère islamique, la ville est célèbre pour son tombeau de Ruwaifi ibn Thabit al-Ansari, un compagnon du Prophète Mohammed. Plus récemment, en 1843, c’est ici que Mohammed Ali al-Senoussi a fondé la confrérie sanoussie. La zaouïa aux murs blancs qu’il a construite est à l’origine du nom de la ville, Al-Bayda (البيضاء, la blanche). Aujourd’hui, Al-Bayda est la quatrième ville de Libye, après Tripoli, Benghazi et Misrata.
