Français – عربي – ⵜⴰⵎⴰⵣⵉⵖⵜ – English
L’historien musulman médiéval Ibn Khaldoun affirme qu’un certain nombre de tribus amazighes se sont converties au judaïsme pendant l’ère romaine et que ces tribus amazighes judaïsées étaient encore présentes en Afrique du Nord au moment des conquêtes arabes. Qu’en penser ? A-t-on des traces de telles conversions ?

Aucune preuve archéologique de la conversion au judaïsme de tribus amazighes ne subsiste, ce qui n’a cependant rien de surprenant, étant donné que l’histoire des tribus de l’Atlas et du Sahara est assez peu documentée. On sait cependant que des Juifs vivaient parmi ces tribus.
Quand ces conversions auraient-elles eu lieu ? Après la reconquête byzantine de l’Afrique du Nord, au 6° Siècle, les Byzantins ont imposé des restrictions aux Juifs de Carthage et des autres villes sous leur contrôle. Beaucoup de Juifs persécutés ont alors fui ces villes pour aller vivre parmi les tribus amazighes des montagnes et du désert. Si certaines de ces tribus ont été gagnées par leur prosélytisme, c’est probablement à ce moment-là. Certains spécialistes suggèrent que ces conversions auraient pu commencer quatre siècles plus tôt, dans le désert libyen, avec les Juifs de Cyrène qui fuyaient la répression de la révolte de Kitos. La figure du « prophète » amazigh Moshe ben Shelah (mentionné par Ibn Khaldoun sous le nom de Moussa ibn Salah) indique une influence juive encore plus ancienne.
La religion de la fameuse Dihya (Kahina), la reine des Aurès qui a mené la résistance contre les conquérants Arabes, est débattue : selon certaines sources (notamment Ibn Khaldoun), elle était issue d’une tribu amazighe judaïsée, tandis que d’autres sources affirment qu’elle était chrétienne. Il est possible aussi que sa tribu se soit d’abord convertie au judaïsme, puis au christianisme.
L’existence de tribus juives amazighes est aujourd’hui contestée par les spécialistes, notamment parce que le témoignage d’Ibn Khaldoun est tardif, il écrit plusieurs siècles après les faits. L’islamologue tunisien Mohamed Talbi a noté aussi que la traduction française d’Ibn Khaldoun est inexacte : elle ne prend pas en compte le caractère conditionnel de son récit. Par ailleurs, l’archéologue français Gabriel Camps a démontré que les tribus jarawa et nefzaoua, mentionnées par Ibn Khaldoun comme juives, étaient chrétiennes avant l’arrivée de l’islam.
On peut donc conclure que, s’il y a certainement eu des conversions individuelles, peut-être même de petits groupes au niveau local, la conversion massive de tribus entières est plus improbable.
En tout cas, des études génétiques récentes ont démontré que les Juifs Nord-Africains ont un patrimoine génétique distinct du reste de la population nord-africaine, mais plus proche de celui des Juifs d’Europe et du Moyen-Orient. Il n’y a donc aucun doute que la grande majorité des Juifs Nord-Africains descendent de Juifs originaires de Palestine. L’apport amazigh existe, mais il n’est pas déterminant au niveau génétique.
