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Avant l’ère romaine, la population juive en Afrique du Nord était assez peu nombreuse, en dehors des grands centres juifs comme Alexandrie, Cyrène et Djerba. Elle s’est multipliée après la destruction du Temple de Jérusalem, lorsque beaucoup de Juifs ont fui la Palestine pour s’installer ailleurs.
Contexte
La Judée était d’abord un royaume client de Rome, sous Hérode le Grand et ses fils, puis une province romaine, depuis l’an 6 de notre ère. Les Juifs jouissaient d’un certain nombre de privilèges. Ils étaient notamment dispensés de participer au culte impérial : ils devaient seulement offrir un sacrifice annuel accompagné d’une prière pour l’Empereur dans leur Temple à Jérusalem.

En 66, les Juifs se révoltent contre l’occupation romaine. En 70, l’armée romaine assiège Jérusalem. Après quatre mois de siège, la ville et son Temple sont détruits.
Une nouvelle révolte juive, la révolte de Bar Kokhba, a eu lieu en 132-136. Après cette révolte, les dernières populations juives restées en Palestine ont été exilées.
Les Juifs en Afrique romaine

La plupart des Juifs installés en Afrique du Nord pendant l’ère romaine étaient des réfugiés, exilés de la terre de leurs ancêtres. Ils étaient hostiles aux Romains, qui avaient détruit leur Temple et les avaient chassés de leur patrie. Les Amazighs au milieu desquels ils s’installaient étaient solidaires de leur sort, car ils souffraient également sous l’occupation romaine.
Les Juifs d’Afrique du Nord se sont retrouvés en concurrence avec le christianisme naissant. Des auteurs chrétiens comme Tertullien de Carthage, Cyprien de Carthage et Augustin d’Hippone ont écrit des ouvrages polémiques contre la foi juive.
En Afrique proconsulaire
La communauté juive de Carthage, la grande mégalopole nord-africaine, était la plus grande en Afrique romaine. Les Juifs de Carthage sont probablement à l’origine des communautés juives dans d’autres villes d’Afrique proconsulaire.
Une présence juive est attestée dans d’autres villes de la province : Utique, Hadrumetum (Sousse), Oea (Tripoli) et Leptis Magna.
Enfin, une ancienne carte romaine mentionne l’existence d’un domaine impérial, appelé Locus Iudaeorum Augusti (site des Juifs d’Auguste), tout à l’Est de la province, à côté de Syrte. On ne sait rien de plus sur comment ces Juifs, probablement esclaves de l’Empereur, ont été installés là. (Source)
En Numidie
Contrairement à la Maurétanie, la Numidie n’avait pas de population juive connue avant l’ère romaine, certainement à cause de l’absence d’un port important entre Carthage et Tingis. L’historien français d’origine juive algérienne Richard Ayoun, dans son livre Les Juifs d’Algérie. 2000 ans d’histoire, parle d’une présence juive « incontestable » à Cirta (Constantine), Hippone (Annaba), Igilgili (Jigel), Iol (Cherchell), Icosium (Alger), Médea et Gunugu (Gouraya), dès avant la conquête romaine. C’est possible, mais aucune preuve archéologique ne l’atteste.
La présence d’une communauté juive à Cirta est attestée dès le 1er Siècle de notre ère, par des épitaphes (en langue latine). Elle existait probablement déjà avant la destruction de Jérusalem et a augmenté après.
La communauté juive d’Hippone est mentionnée par l’évêque chrétien Augustin d’Hippone.
En Maurétanie césarienne
Le roi Juba II a épousé Glaphyra, la veuve d’Alexandre, le fils du roi de Judée Hérode le Grand. Même si Glaphyra n’était pas elle-même juive, une influence juive à sa cour, après leur mariage, est possible.
La communauté juive de Césarée (Cherchell) est attestée dès le 2° Siècle. La synagogue de Sitifis (Setif) date du 3° Siècle. Il y en avait une autre à Auzia (Sour el Ghozlane), à la même époque. La synagogue de Tipasa (Tipaza) a été construite au 4° Siècle.
Plus au Sud, une communauté juive vivait dans la région du Touat, dans le Sahara algérien, au moins depuis le 5° Siècle.
La Maurétanie tingitane
Cette présence juive se multipliera à l’ère romaine, notamment à Tingis, la nouvelle capitale provinciale, et à Volubilis. La synagogue de Volubilis date du 3° Siècle. L’existence d’une communauté juive à Sala (Salé) est également attestée.
