Les Juifs en Afrique du Nord

Histoire des Juifs de Carthage

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La communauté juive de Carthage, la grande mégalopole nord-africaine, a prospéré surtout pendant l’ère romaine. Son histoire peut être divisée en trois parties : l’ancienne Carthage, avant sa destruction par les Romains, la nouvelle Carthage romaine et Carthage après l’ère romaine.

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L’ancienne Carthage

L’historien juif Flavius Josèphe affirme que des Juifs ont participé, aux côtés des Phéniciens, à la fondation de Carthage. Les Hébreux étaient voisins des Phéniciens et la Bible hébraïque rapporte que le roi Salomon a entrepris des expéditions maritimes avec Hiram, roi de Tyr, la ville-Etat phénicienne qui a fondé Carthage. S’il y avait effectivement des Juifs parmi les tout premiers habitants de Carthage, ils se sont cependant vite assimilés à la population phénicienne et ont cessé de pratiquer leur religion.

Carthage est parfois associée à Tarsis, un lieu mentionné à plusieurs reprises dans la Bible hébraïque, avec lequel les anciens Hébreux faisaient du commerce. En fait, Tarsis est probablement Tartessos, en Espagne. Les navires hébreux qui faisaient du commerce avec Tartessos passaient cependant certainement par le port de Carthage.

D’autres Juifs sont arrivés à Carthage après la conquête de leur patrie par les Babyloniens, en 586 avant notre ère. La communauté juive de Djerba, la plus ancienne en Afrique du Nord, remonte à cette époque. Aucun vestige archéologique d’une présence juive dans l’ancienne Carthage ne subsiste, mais la plupart des spécialistes pensent que l’existence de petites communautés juives installées à Carthage, ainsi que dans d’autres villes puniques, est probable.

La nouvelle Carthage romaine

La nécropole juive de Gammarth

Après la reconstruction de Carthage par les Romains, de nouvelles populations juives se sont installées dans la ville, surtout après la destruction de Jérusalem par les Romains, en 70 de notre ère. Des inscriptions remontant au 2° Siècle constituent la plus ancienne preuve archéologique d’une présence juive à Carthage.

L’écrivain chrétien Tertullien de Carthage mentionne la présence d’une communauté juive dans la ville, qu’il décrit comme une « source de persécution » contre les chrétiens carthaginois. Il s’agit cependant probablement plus d’une opposition idéologique que de persécutions violentes. D’autres remarques de Tertullien montrent qu’il avait néanmoins un certain respect envers les Juifs, pour leur foi profonde, leur intégrité morale et leur refus de l’idolâtrie.

Le Talmud mentionne les noms de quatre rabbins de Carthage, dont le plus connu est Rabbi Abba. Pour certaines de ses références, les spécialistes ne sont cependant pas certains s’il s’agit de Carthage, en Afrique du Nord, ou de Carthago Nova (Carthagène), en Espagne, une ville qui avait une communauté juive florissante.

La principale découverte archéologique liée à la communauté juive de Carthage est certainement la nécropole de Gammarth, qui remonte au début du 3° Siècle. Cette nécropole contient 105 chambres funéraires, où jusqu’à 1500 personnes auraient pu être enterrées. L’identité juive de la nécropole est attestée par de nombreux symboles juifs.

Carthage après l’ère romaine

En 439, les Vandales envahissent Carthage et en font la capitale de leur Royaume en Afrique du Nord. Les Juifs, qui subissaient de plus en plus de restrictions dans l’Empire romain chrétien, soutiennent l’invasion vandale. Les rois vandales leur garantissent la liberté religieuse.

D’après certaines sources, le roi vandale Genséric, après avoir pillé Rome en 455, a emporté avec lui à Carthage les ustensiles sacrés du Temple de Jérusalem qui se trouvaient dans le trésor de la ville. Après la reconquête de Carthage par les Byzantins, en 533, le général byzantin Bélisaire les a faits transporter à Constantinople, d’où ils ont ensuite été renvoyés à Jérusalem.

Si les Juifs jouissaient de la liberté religieuse sous les Vandales, la reconquête byzantine marque une période de persécution, avec des restrictions à leur culte et des conversions forcées au christianisme. Pour les Juifs, comme pour les minorités chrétiennes dissidentes nombreuses en Afrique du Nord, la conquête arabo-musulmane était donc d’abord un soulagement.

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